L’année 2020, qui devait être celle de la reprise, aura en réalité été celle d’une 5ème année de récession consécutive en raison, certes d’une dégradation du prix du baril et de la production de pétrole en volume de l’Angola, mais aussi et surtout des conséquences de la pandémie et des restrictions qui y sont liées. La conjoncture économique et financière angolaise début 2021 permet cependant d’être raisonnablement plus optimiste qu’en milieu d’année 2020  : 1) les cours du brut semblent bien orientés (avec une limitation tout de même liée à une production qui baisse encore sensiblement) ; 2) le kwanza semble se stabiliser voire légèrement reprendre depuis novembre 2020, après plusieurs années de dépréciation continue ; 3) l’Angola évite un pic de service de sa dette grâce aux moratoires mis en place avec la communauté financière internationale, ce qui pourrait libérer quelques marges de manœuvre pour les dépenses sociales (et / ou accélérer le remboursement de la dette) ; 4) le programme en cours du FMI, dont l’enveloppe a été augmentée à 4,5 Mds USD en 2020, à la suite du satisfecit du Fonds, prévoit encore deux décaissements et joue positivement sur l’appui des bailleurs de fonds (Banque Mondiale en premier lieu, qui envisage un appui budgétaire de 700 millions USD) et de la communauté financière internationale. Les facteurs de doute en 2021 : la consommation privée (en raison de l’appauvrissement continu de la population) mais qui semble repartir en janvier ; les investissements publics (en raison d’un endettement et d’un coût de la dette élevés mais qui pourraient être relancés dans la perspective des élections de 2022 et grâce à la marge budgétaire libérée par la hausse des cours du baril).

Les fondamentaux de l’économie et les équilibres externes ont continué de se dégrader en 2020 (en raison des conséquences macroéconomiques de la pandémie) mais des signaux encourageants apparaissent pour 2021

La croissance économique angolaise, qui avait atteint 12,9% en moyenne par an sur la période  2005-2008, a considérablement ralenti aux alentours de 4% - 5% en 2009-2014. La baisse des prix du pétrole à partir de la mi-2014, et la crise économique qui en a résulté, ont entrainé des taux de croissance négatifs en 2016 (-2,6%), 2017 (-0,2%), 2018 (-1,2%) et 2019 (-1,1%). 2020 aura connu une 5eme année de récession (-4%) sous l’effet également de la crise sanitaire qui a lourdement affecté le pouvoir d’achat des ménages et les projets d’investissement publics et privés. Un léger retour à la croissance est attendu en 2021 (0,9% selon la Banque Mondiale)[1], assez largement grâce à des perspectives plus favorables sur le prix du pétrole (53 USD en 2021 et 51 USD en 2022 d’après Fitch Solutions), avant une reprise plus franche en 2022 (+3,5% selon la Banque Mondiale). La reprise de la production de brut continuera toutefois d’être bridée en raison du manque d’investissements depuis plusieurs années[2] et du déclin naturel de la production de 10% par an (et non par les quotas de l’OPEP calculés sur la base de l’exercice 2018). Sur le front de la consommation des ménages et de l’investissement public, il conviendra de vérifier si les clignotants positifs qui semblent s’allumer en janvier (selon plusieurs entreprises françaises) se confirment.

Le gouvernement tente de diversifier son économie en développant d’autres secteurs comme l’agriculture (dont le poids est estimé à 11% du PIB en 2020 contre 6,7% du PIB en 2019) et bien entendu le secteur manufacturier (en croissance de +18,4% en glissement annuel au T3 2020). Il espère attirer des flux d’IDE dans ces secteurs, notamment via le programme de privatisations qui a pris un certain retard (les recettes résultant du processus de privatisations devraient représenter jusqu’à 2,4% du PIB en 2025 selon le gouvernement).

L’inflation a accéléré en 2020 à 25,1% (contre 16,9% en 2019) en raison essentiellement de l’augmentation des prix des produits importés (conséquence de la dépréciation continue de la monnaie) mais est restée en adéquation avec les prévisions du gouvernement dans le budget révisé 2020. Le budget 2021 table sur une progression des prix de 18,7% cette année. Celle-ci dépendra du comportement du change ainsi que du rythme de démantèlement du système de subventions aux carburants (improbable cette année compte tenu du caractère socialement et économiquement sensible du sujet).

La balance courante, largement dépendante des cours du pétrole, après avoir plongé dans le déficit en 2014, a renoué avec les excédents en 2018 (+7% du PIB) et 2019 (+6% du PIB). Ce redressement a été permis à la fois par la forte contraction des importations de biens et services et par la remontée du cours du baril par rapport aux années précédentes. Elle n’est que légèrement déficitaire pour 2020 (-1,7%) en raison de la diminution en valeur des exportations de pétrole mais aussi d’une baisse des importations en raison de la crise. Elle devrait redevenir positive (+0,1%) d’après les prévisions pour 2021, tirée par la reprise de la production de pétrole et la hausse des cours.

La libéralisation du système de changes qui a officialisé le flottement du kwanza en octobre 2019 a mis fin à la surévaluation de la monnaie angolaise qui favorisait les importations et permettait les transferts d’avoirs à l’étranger à un taux de change très favorable. La dépréciation du kwanza a été sévère : -210% entre février 2018 et février 2021 (dont -53% en 2019). Mais elle connait un ralentissement en 2020 (-34% sur l’année) et même une stabilisation voire à un léger mieux depuis novembre 2020 (à 650 AOA puis depuis le début mars à 625 AOA pour 1 USD).

Les réserves internationales brutes, qui avaient servi à soutenir le change fixe, sont passées de 13,6Mds USD en 2017 (soit 7,74 mois d’importations), à 11,7Mds USD en 2019 (soit 9,3 mois d’importations) en raison de la réduction très importante des recettes en devises. Elles ont encore diminué en valeur brute en 2020 à 8,7Mds USD mais ont progressé en mois d’importations à 12,2 mois d’importations. Ce niveau reste bien au-dessus de celui de nombreux pays en développement et de l’objectif de 6 mois fixé comme indicateur de convergence de la SADC. Les réserves liquides internationales ont quant à elles conclu l’année 2020 au-dessus de la limite minimale établie dans le programme du FMI (8,09Mds USD) soit 12 mois d’importations.

Les finances publiques ont souffert de la crise sanitaire mais le maintien d’une stricte discipline budgétaire et l’appui de la communauté financière internationale permettent d’envisager les 3 prochaines années avec un optimisme raisonné

Dans un mouvement largement contracyclique, le gouvernement a comprimé les dépenses publiques, passées de 40% du PIB en 2013-2014 à environ 20% pour 2019 et 2020. Cet effort d’ajustement très important a permis de dégager un excédent en 2018 et 2019. Si le déficit public s’est installé à nouveau en 2020 (-4%), en raison de rentrées fiscales moindres (de 23,1% du PIB en 2018 à 18,2% en 2020) liées à la récession, et ce malgré la mise en place de nouveaux impôts (TVA, …), la hausse du cours du pétrole et une stricte discipline budgétaire permettent désormais au gouvernement angolais de prévoir un excédent budgétaire pour 2021 de +0,4%. Le budget adopté en fin d'année 2020 tablait initialement sur un déficit de -2,1%, élaboré avec des prévisions pessimistes pour le prix du baril (34 USD/baril alors qu’il est à 68 USD le 5 mars 2021).                        

La dette publique a été très impactée (négativement) par la dépréciation rapide de la monnaie. Elle est ainsi passée de 39,8% du PIB en 2014 à 127% fin 2020. La composante externe de l’endettement public représente environ 84% du PIB en 2020 contre 69% en 2019. Si l’endettement demeure le plus grand défi du gouvernement, la stabilisation actuelle du kwanza devrait permettre de maintenir ce taux d’endettement en 2021 (119,9% du PIB d’après le FMI ; 111,9% d’après la BM). Les moratoires sur la dette accordés par le G20 / Club de Paris et surtout les créanciers chinois auront permis de lisser les échéances du service de la dette qui étaient prévues en 2021 et 2022. On estime que l’Angola est ainsi le premier bénéficiaire du DSSI (Initiative de Suspension du Service de la Dette), pour un montant équivalent à 2% de son PIB 2019. Dans ses dernières prévisions, la Banque Mondiale prévoit une diminution du service de la dette à 18,0% du PIB en 2021 et 18,4% en 2022 alors qu’il était de 21% en 2020. Avec une remontée prévue à 21,2% en 2024 et 22,9% en 2025. Compte tenu de ces éléments mais aussi de scénarios relativement positifs sur le pétrole et la diversification économique, le FMI d’une part et la Banque Mondiale d’autre part estiment, dans leurs exercices respectifs d’analyse de soutenabilité de la dette, que la dette angolaise reste soutenable pour les années qui viennent.

 

 

[1] Dans son rapport du 12/03, la Banque Africaine de Développement prévoit une croissance de +3,2% dès 2021, prévision basée sur une croissance de la production et un prix du baril plutôt optimistes.

[2] D’après les dernières données publiées par l’OPEP, l’Angola a produit 1,17 M de barils au mois de janvier 2021, soit une diminution de 7 000 barils par rapport au mois précédent, alors que son quota mensuel a été fixé à 1,27 millions de barils pour 2021. Pour mémoire, pour l’ensemble de 2020, la production pétrolière mensuelle moyenne du pays a été estimée à 1,22 M barils par mois, soit une baisse de 15% comparativement à 2019. A noter que le budget 2021 table sur une production mensuelle de 1,22 M de barils pour l’année en cours.