Les Etats-Unis restent de loin le premier investisseur étranger dans la tech israélienne, les entreprises européennes et asiatiques accentuent leur présence

La part de l’investissement étranger dans l’écosystème israélien est évaluée, en montant, à 70% dans les levées de fonds et à plus de 90% dans les exits sur les 5 dernières années. Au-delà des startups, les centres de recherche des entreprises multinationales (368, selon le cabinet IVC) contribuent à hauteur de plus de 40% à la dépense de R&D du pays et emploient davantage de personnel de R&D que l’ensemble des startups israéliennes réunies. En 2018, le volume des investissements étrangers dans les startups israéliennes devrait atteindre un niveau record –sur les trois premiers trimestres de l’année, il était de 11% supérieur à la même période en 2017. Ces investissements se concentrent sur les levées de fonds supérieures à 20 M$, dont ils financent 90% du montant total.

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Part des investisseurs étrangers par origine dans les levées de fonds (à gauche) et dans les exits (à droite) durant les 5 dernières années

Le zoom sur le segment des entreprises (investissement corporate direct), qui représente 18% du montant des levées de fonds israéliennes, montre une répartition plus équilibrée entre acteurs américains, européens et asiatiques. Sans surprise, ce sont néanmoins les grands acteurs américains (Intel, Dell, GE et Qualcomm, etc.) qui sont à la tête du plus grand nombre d’opérations, Samsung étant le premier asiatique et Bosch le premier européen. Parmi les principales opérations impliquant au moins un fonds de corporate capital venture depuis 2017, on peut citer Via, dans le domaine de la mobilité, qui a levé 250 M$ auprès de Daimler et Mercedes Benz (notamment), Lemonade, dans le domaine de l’assurance, qui a levé 120 M$ auprès d’Allianz X et HSB Ventures, InSightec, startup développant une solution de chirurgie non invasive soutenue à hauteur de 150 M$ par GE, ou encore Cybereason, en cyber-sécurité, qui a levé 100 M$ auprès de Softbank.

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Brèves de l’écosystème

  • [Fiscalité] La Tax Authority israélienne a émis en décembre une circulaire visant à assujetir à l’impôt sur le revenu la vente ou la monétisation des stock options détenues par des employés de startups en cas d’acquisition ou d’introduction en bourse de l’entreprise. L’interprétation générale jusqu’alors était que de tels revenus étaient issus du capital et en cela soumis à une taxe de 25%. La circulaire précise au contraire qu’ils doivent être inclus dans l‘assiette de l’impôt sur le revenu, induisant un taux d’imposition pouvant aller jusqu’à 50%. Le raisonnement de la Tax Authority est que de tels revenus, dès lors qu’ils sont immédiats et d’un montant prédéterminé, sont assimilables à une prime de performance. Bien que 6 mois seront accordés aux entreprises pour adapter leurs plans de stock options en conséquence, cette clarification a suscité de nombreuses critiques dans le secteur high tech, où les rémunérations sont déjà bien supérieures au reste de l’économie. En pratique le nouveau régime ne devrait cependant avoir un impact que sur une petite minorité des salariés du secteur (moins de 1% des détenteurs d‘options, selon EquityBee, plate-forme de mise en relation des bénéficiaires de stock options avec des investisseurs).
  • [Innovation & sécurité] Le Shin Bet, l’agence de sécurité intérieure israélienne, lance le deuxième cycle de son accélérateur Xcelerator, en partenariat avec la branche investissement de l’université de Tel Aviv, TAU Ventures. Après la sélection d’une promotion de 7 startups en intelligence artificielle en juillet, Xcelerator lance un nouvel appel à candidatures pour sélectionner, d’ici début 2019, neuf startups dans les champs de la robotique, de la cyber-sécurité et de la fintech. Celles-ci bénéficieront d’une subvention de 50 000 $, sans prise de participation ni retour financier, d’un espace de travail à l’université de Tel Aviv et d’un mentoring par des experts du Shin Bet. La poursuite de ce programme illustre une volonté de tirer davantage parti du dynamisme de l’écosystème tech au profit des besoins régaliens. Le Mossad avait déjà lancé en 2018 le fonds Libertad, qui octroie des tickets de 500 000 $ à des projets de R&D répondant à ses enjeux technologiques.
  • [UE, coopération] Le Technion, principale université technologique israélienne et dans le top 100 du classement de Shanghai, rejoindra l’EuroTech Universities Alliance à partir du 1er janvier 2019, groupe promouvant la coopération entre universités d‘excellence à l’échelle européenne. L’on relèvera que le Technion mentionne dans son propre communiqué que son adhésion suit celle de l’Ecole Polytechnique en juin 2018, avec laquelle le Technion a déjà mis en place un accord de coopération en 2015.
  • [Cybersécurité] Check Point, géant israélien de la cybersécurité dont les produits sont utilisés par plus de 100 000 entreprises dans le monde, a annoncé fin octobre faire l’acquisition de la startup israélienne Dome9, pour un montant estimé à 175 M$. L’intégration des technologies de Dome9 permet à Check Point de renforcer sa famille de solutions de protection des environnements cloud
  • [Santé] Nutrino, startup fondée à Tel Aviv en 2011, a été acquise fin novembre par l’américain Medtronic pour un montant non dévoilé, estimé à 100 M$. Nutrino développe une plate-forme d’analyse de données nutritionnelles permettant de mettre en relation des données cliniques et le comportement alimentaire des patients. L’entreprise sera intégrée à la branche diabète de Medtronic.
  • Levées de fonds
    • [Mobilité] Optibus, qui utilise des algorithmes d’IA en SaaS pour améliorer l’efficacité et la qualité des réseaux de transports en commun, a levé 40 M$ auprès d’Insight Ventures Partners et du chinois Alibaba. L’entreprise, basée à Tel Aviv, San Francisco, Londres et Düsseldorf, propose déjà ses services à plus de 300 municipalités dans le monde.
    • [AI] Chorus.ai, startup israélo-américaine offrant une solution de data analytics permettant d’augmenter les outils d‘interaction CRM classiques (vidéoconférences, etc.), a levé 33 M$ auprès du fonds canadien Georgian Partners et de ses premiers investisseurs (Redpoint Ventures, Emergence Capital).
  • Exits
    • [Cleantech] L’autorité israélienne de l’innovation, opérateur public du soutien à l’innovation, a annoncé le 4 décembre, à l’occasion de la principale conférence d’Israël sur les énergies renouvelables (Eilat Eilot), un programme pilote pour le financement de technologies liées aux ENR. Le programme sera lancé au premier trimestre 2019, en coopération avec le ministère de l’Énergie, de l’Eau et des Infrastructures, et bénéficiera d’un budget de 7 M$. 
    • [Cryptomonnaies] La Banque d’Israël a mis en place une équipe interministérielle en vue d’élaborer un cadre règlementaire adapté aux actifs virtuels et aux technologies de registres répartis (blockchain). Une consultation publique sur le sujet vient d’être lancée afin de nourrir cette initiative. Celle-ci procède notamment d’une attention accrue portée par l’État à la montée en puissance des cryptomonnaies, qui a notamment conduit la Tax Authority à redresser plusieurs centaines d’israéliens soupçonnés de bénéficier de revenus non déclarés issus d’actifs virtuels.