La sortie de récession du Nigéria depuis 2017 est fragile car elle repose principalement sur un rétablissement du secteur pétrolier qui représente pourtant moins de 10% du PIB. En 2017, le pays, qui reste la 1ère économie d’Afrique avec un PIB de 376,4 Mds USD, a enregistré une croissance de 0,8% (contre -1,6% en 2016), qui devrait atteindre 1,9% cette année. Or, cette sortie de récession repose principalement sur un rétablissement du secteur pétrolier nigérian ainsi que des allègements des pressions sur le change. Ainsi, en 2017, la croissance hors pétrole et hors agriculture (qui représente près de deux tiers du PIB) a été négative (-0,9%) et devrait s’élever à 0,4% en 2018. Les perspectives à moyen terme du scénario de base du FMI stabilisent le taux de croissance de l’économie autour de 2,4% à l’horizon 2023. Le pays doit freiner l’augmentation du taux de chômage qui s’établit à 18,8% fin 2017 (contre 14,2% fin 2016), un chiffre porté à 40% en comptabilisant le sous-emploi.

Au plan monétaire, le pays a connu une désinflation en 2017 qui s’est poursuivie jusqu’en août 2018 (avec un niveau néanmoins toujours supérieur à 11%), l’inflation repartant alors à la hausse à 11,23% et ce malgré une politique monétaire restrictive. Les pressions sur le change se sont allégées du fait de l’introduction d’une nouvelle fenêtre d’accès au change en avril 2017. La création de cette fenêtre a permis une convergence des taux de change avec le marché parallèle, devenant de facto la parité de référence retenue par les opérateurs économiques. Par ailleurs, la bonne tenue à la fois des prix et du niveau de production de pétrole brut ont permis un rétablissement du niveau des réserves de change (en baisse cependant depuis juillet), qui a atteint près de 42,1 Mds USD en octobre 2018 (près de 8 mois d’importations de biens et services) ; les comptes extérieurs se sont également améliorés sous l’effet des émissions d’Eurobonds à hauteur de 7 Mds USD depuis 2017.

S’agissant des finances publiques, la situation du Nigéria reste marquée par l’extrême faiblesse des recettes publiques (moins de 6% du PIB l’année dernière) et des recettes publiques non-pétrolières (3,4% du PIB). Malgré les ambitions expansionnistes des différents budgets votés par l’administration Buhari, le pays rencontre des difficultés structurelles d’exécution des dépenses notamment en capital. En investissement, les autorités devront poursuivre les efforts de priorisation, en misant notamment sur le développement des infrastructures de transport et énergétiques, véritables goulets d’étranglement à l’investissement. S’agissant des dépenses courantes, l’existence de subventions implicites aux carburants demeure problématique mais à ce stade, une augmentation du prix des carburants (qui permettrait de mettre fin aux subventions) semble peu envisageable à la veille d’un cycle électoral. Le budget pour l’année 2018 adopté en juin dernier s’élevé à 9,1 Bn NGN (30 Mds USD) et 32% de cette enveloppe sont destinés aux dépenses en capital.

S’agissant de l’endettement, la trajectoire reste soutenable. Sur la période 2014-2016, la dette a augmenté et, en 2017, cette dernière s’élevait à 21,8% du PIB (contre 46% en moyenne en Afrique subsaharienne) et devrait atteindre 24,8% en 2018. Le risque de surendettement externe reste faible (15% du PIB en 2017). A l’horizon 2019, le gouvernement se fixe deux objectifs en matière de structure de l’endettement : atteindre une répartition de 60/40 entre les dettes domestique et externe (contre 84/16 actuellement) ; et rallonger le profil des maturités pour atteindre une répartition des emprunts de 75% à long terme et 25% à court terme (contre actuellement un peu plus de 35% de la dette avec une maturité de moins d’un an). Le service de la dette représente pourtant une source d’inquiétudes ; le FMI parle d’un service de la dette représentant 82% des revenus de l’Etat fédéral à l’horizon 2023 (71,9% en 2017).

Enfin, s’agissant des questions sectorielles, trois éléments peuvent être mentionnés. En premier lieu, les améliorations du climat des affaires demeurent sujettes à caution. Les améliorations - bond de 24 rangs dans le classement Doing Business 2018 de la Banque mondiale (145ème sur 190) - reposent principalement sur des démarches règlementaires simplifiées et ne sont pas le reflet d’améliorations en matière d’infrastructures, qui restent un point noir. En second lieu, le secteur bancaire a été mis à mal depuis 2016, comme en témoigne notamment la hausse des créances douteuses (15% de l’encours de prêts en juin 2017, bien au-dessus de la limite de 5% fixée par la Banque centrale), notamment du fait de l’exposition au secteur pétrolier et gazier, ainsi que la détérioration progressive de liquidité. Les autorités doivent s’engager sur un renforcement de la supervision bancaire et une meilleure évaluation des risques.

Enfin, s’agissant du secteur de l’énergie, le pays pâtit grandement de la faiblesse de la génération électrique, avec une capacité disponible autour de 4 500 MW pour une demande au moins deux fois supérieure ; ainsi 60% de la population n’aurait pas accès à l’électricité.