Le commerce extérieur du Nigéria en 2019 et au temps de la Covid

L’année 2019 pré-covid s’est achevée avec une croissance de 13,4% des échanges (117,8 Mds USD ou 36 Trs NGN)[1], malgré la fermeture des frontières terrestres décidée en août. Cette progression s’explique surtout par la hausse des importations (+28,8%, 55,2 Mds USD), diversifiées, alors que les exportations, toujours dominées par celles de pétrole brut, ont peu progressé (+3,6%, 62,5 Mds USD). L’excédent commercial, en fort repli (17,6 Mds USD en 2018 et 7,2 Mds USD en 2019), a même laissé place à un déficit au dernier trimestre. La crise de la Covid-19 devrait accentuer cette tendance avec la chute des cours du pétrole, une première depuis 2016. L’Europe demeure le principal ensemble régional partenaire du Nigéria concentrant 35,1% des flux totaux. La Chine conserve sa place de premier fournisseur représentant désormais un quart des achats nigérians à l’étranger et devrait devenir le premier partenaire commercial en 2020. La fermeture des frontières, limitant fortement le commerce informel, a accru les échanges formels du Nigéria avec la région.

Les exportations évoluent toujours au rythme des cours du pétrole, souffrant ainsi d’une forte volatilité.

En 2019, les exportations pétrolières en baisse alors que les non-pétrolières progressent.

Les ventes nigérianes à l’étranger ont atteint 62,5 Mds USD en 2019, en faible croissance par rapport à 2018 (+3,6%). Les exportations restent majoritairement composées de produits minéraux (87,2%) et notamment de pétrole brut (76,5%). Alors que les exportations pétrolières ont chuté de 3,1% en glissement annuel, celles hors-pétrole ont connu une croissance de 33,4%. La baisse en valeur des exportations d’or noir s’explique avant tout par un effet-prix défavorable, le baril de pétrole ayant été en moyenne inférieur en 2019 (61,4 USD) par rapport à 2018 (68,3 USD). Très loin derrière se situent les exportations de matériel de transport avec 3,8 Mds USD et une part dans le total des exportations doublée par rapport à l’an dernier (6%). A noter la forte progression des ventes de « métaux communs et ouvrages en ces métaux » (+151%, 2,6 Mds USD).

Les exportations chutent en 2020 dans le contexte de la Covid-19.

Lors des trois premiers trimestres de 2020, les exportations nigérianes ont été divisées de moitié en dollars (-47,9% soit 24,5 Mds USD) et de 35,5% en naira, qui a connu une dévaluation de 19%. Cette chute s’explique principalement par la pandémie de la Covid-19 qui a entrainé un effondrement du prix du baril du pétrole. Celui-ci est passé sous la barre des 30 USD à partir de mars 2020 et un minimum de 14,3 USD en avril 2020. Les exportations de pétrole brut (18,3 Mds USD) ont ainsi reculé de 49% sur les trois premiers trimestres de 2020. Les exportations hors-pétrole sont passées de 10,9 Mds USD à 6,3 Mds USD soit une baisse de 42,3%. A noter en particulier la chute (-71%) des ventes des « métaux communs et ouvrages en ces métaux », troisième poste en 2019, qui traduit celle des cours.

Des destinations toujours aussi diverses.

Malgré une tendance à la baisse ces dernières années, l’Inde reste le principal client du Nigéria totalisant 15,4% des ventes nigérianes à l’étranger. L’Espagne (9,9%) et les Pays-Bas (9,1%), dont leurs achats se composent quasi-exclusivement de pétrole brut, ferment le trio de tête. A noter que les douze premiers clients du Nigéria voient tous leur part dans les exportations nigérianes reculer, à l’exception de la Chine et de l’Italie, illustrant une déconcentration progressive des destinations des ventes à l’étranger. Avec 12,8 Mds USD en 2019, les exportations intracontinentales sont en forte progression (+68% en dollars) et représentent désormais 20,4% du total. Cela s’explique notamment par l’évolution des exportations à destination de la CEDEAO qui ont plus que doublé entre 2018 et 2019 (3,4 Mds USD contre 7,3 Mds USD).

Les importations demeurent diversifiées alors que les achats de produits chinois progressent toujours.

Les importations ont poursuivi leur croissance en 2019.

Les importations nigérianes ont progressé de 28,8% entre 2018 et 2019 pour atteindre 55,2 Mds USD. Le profil des importations reste diversifié. Les achats de « chaudières, machines et appareils » représentent le premier poste avec 26,8% du total suivis par ceux de « produits minéraux » (16,03%), notamment de carburants, alors que les importations de matériels de transports » se classent troisièmes (13,9%).

En particulier celles en provenance de Chine.

Premier fournisseur du Nigéria, la Chine voit sa part de marché progresser de plus de cinq points et concentre désormais un quart des achats nigérians à l’étranger. Atteignant 14,1 Mds USD, les ventes chinoises vers le Nigéria ont progressé de 68% en g.a.. Les achats nigérians en provenance d’Inde ont également fortement progressé (x3) et le pays se classe désormais deuxième avec 12% de part de marché, soit un bond de deux places par rapport à 2018. Les États-Unis arrivent en troisième position avec 10% de part de marché (contre 7,3% en 2018) et passent ainsi devant les Pays-Bas.

Mais elles stagnent en 2020.

Sur les trois premiers trimestres de 2020 les importations nigérianes ont connu un léger recul de 3% par rapport à la même période de 2019 (37,8 à 36,7 Mds USD). Cette baisse en dollars s’explique par la dévaluation du naira en 2020. En revanche, exprimées en monnaie locale, les achats nigérians progressent de 11 610 Mds NGN sur les trois premiers trimestres de 2019 à 13 908 Mds NGN sur la même période en 2020 malgré la crise de la Covid-19 et la fermeture des frontières terrestres en août 2019.

Principal ensemble régional partenaire, l’Europe concentre plus d’un tiers des échanges.

L’Europe est le principal partenaire du Nigéria.

L’Europe pèse pour 35,1% des échanges commerciaux. Les Pays-Bas (8,3% des parts), l’Espagne (5,8%) et la France (4,5%) constituent les trois principaux partenaires européens. Le continent européen concentre ainsi 30% des importations nigérianes et 39,6% des exportations, largement dominées par le pétrole brut.

Alors que le commerce régional reste faible mais progresse.

Le commerce inter-régional demeure faible, les échanges avec la CEDEAO n’ayant pesé que pour 6,8% en 2019. Cela représente toutefois un doublement en part comparé à 2018 (3,6%). Il faut y lire l’effet de la fermeture des frontières terrestres par lesquelles circulait l’essentiel du commerce, informel et non comptabilisé, du Nigéria avec ses voisins. L’obligation de passer par quelques points désignés et par les entrées maritimes, mieux contrôlées, explique en grande partie cette évolution. En 2021, les échanges formels et informels devraient bénéficier de la réouverture des frontières terrestres et de l’entrée en vigueur au 1er janvier du traité de zone de libre-échange continental africain, ratifié le 11 novembre dernier par le Nigéria.

En 2020 la Chine deviendrait le premier partenaire commercial.

Outre les blocs régionaux, l’Inde demeure le premier partenaire commercial du Nigéria avec 13,8% des parts, au coude au coude avec la Chine qui a vu sa part passé de 9,3% en 2018 à 13,6% en 2019. Les données disponibles pour les trois premiers trimestres laissent prévoir que la Chine devancerait certainement l’Inde pour devenir le premier partenaire commercial du Nigéria en 2020. Sur cette période les échanges entre la Chine et le Nigéria ont en effet représenté 19,3% du total des échanges contre 10,1% pour l’Inde.

[1] Les taux de change employés sont les taux de change officiels soit 305 NGN pour un dollar en 2018, 307 nairas pour un dollar en 2019 et 379 nairas pour un dollar en 2020.

Source: Bureau national des statistiques.