La Turquie est entrée dans une phase de correction brutale. L’activité économique a ralenti durant les deux premiers trimestres de l’année 2018 et les derniers indicateurs publiés montrent que cette tendance s’inscrit dans la durée. L’accélération des exportations et la baisse des importations, liée au ralentissement économique, entraînent une amélioration de la balance commerciale turque et de la balance des comptes courants. Pour autant, le niveau d’endettement des entreprises reste un sujet de préoccupation majeur (le montant des crédits équivaut à 86% du PIB ; la Turquie présente la plus forte croissance de crédits privés au sein des pays émergents) et la question de la transparence financière est devenue centrale. Une évaluation précise du niveau d’exposition des banques aux prêts non performants est attendue, exercice compliqué par la nature du capitalisme turc composé de groupes familiaux qui ne publient pas toujours de résultats financiers.Dans un contexte pré-électoral (él

La Turquie est entrée dans une phase de correction brutale. L’activité économique a ralenti durant les deux premiers trimestres de l’année 2018 et les derniers indicateurs publiés montrent que cette tendance s’inscrit dans la durée. L’accélération des exportations et la baisse des importations, liée au ralentissement économique, entraînent une amélioration de la balance commerciale turque et de la balance des comptes courants. Pour autant, le niveau d’endettement des entreprises reste un sujet de préoccupation majeur (le montant des crédits équivaut à 86% du PIB ; la Turquie présente la plus forte croissance de crédits privés au sein des pays émergents) et la question de la transparence financière est devenue centrale. Une évaluation précise du niveau d’exposition des banques aux prêts non performants est attendue, exercice compliqué par la nature du capitalisme turc composé de groupes familiaux qui ne publient pas toujours de résultats financiers.

Dans un contexte pré-électoral (élections municipales en mars 2019), on peut s’attendre à ce que les autorités cherchent à soutenir l’activité (exemple de la récente baisse de l’ÖTV pour relancer le marché domestique automobile), alors que la crise économique induit une baisse des rentrées fiscales limitant les marges d’action budgétaires. Pour autant, la Turquie est tellement dépendante des flux de capitaux étrangers que tout milite pour qu’elle se range du côté de l’orthodoxie financière. Le projet de budget présenté par le Ministre des Finances, M. Albayrak, au Parlement s’inscrit dans ce sens avec un déficit budgétaire pour l’année 2019 certes en hausse mais qui demeure limité à 2,3% du PIB.

Les effets de la crise turque se ressentent dès à présent sur les exportations françaises vers ce pays. Nos ventes, qui étaient sur une bonne dynamique au 1er semestre (+5%,) connaissent une forte baisse depuis l’été (-10% sur juillet-août-septembre par rapport à la même période 2017). Certains marchés (automobiles, construction…) sont particulièrement affectés. De leurs côtés, les entreprises françaises implantées en Turquie adaptent leur stratégie à la baisse d’activité mais n’envisagent en aucune manière de se désengager de ce marché stratégique. Pour les sites industriels, l’export compense souvent la baisse du marché domestique mais la fragilisation du réseau des fournisseurs représente un risque majeur. Par ailleurs, de nouvelles opportunités se présentent en matière de diversification ou d’acquisition d’actifs sur un marché devenu favorable aux acheteurs.

Une délégation du MEDEF International s’est rendue en Turquie les 22 et 23 novembre. L’objectif de cette mission, composée d’une trentaine de représentants d’entreprises françaises, était de mieux décrypter les évolutions économiques du pays et les priorités sectorielles des nouvelles autorités publiques. Les rencontres avec les Ministres ont fait l’objet d’échanges très francs (ces derniers n’ont pas caché les problèmes) et ont été l’occasion pour les entreprises françaises de présenter leur contribution au développement économique du pays, mais aussi d’exprimer les difficultés qu’elles peuvent parfois avoir dans la conduite de leurs activités.

Daniel GALLISSAIRES, Chef du Service économique régional d’Ankara