Rédigé par : Pôle Macroéconomique, SER de Singapour
Juin 2018

 

Le stock d’IDE français en ASEAN s’est établi à 16,2 Mds EUR en 2017, en baisse de 18% par rapport à l’année 2016 (19,6 Mds EUR). Singapour occupe le rôle de plateforme régionale et continue de concentrer près des deux tiers des stocks français (10 Mds EUR). Pour la deuxième année consécutive, le flux d’investissement vers l’ASEAN est négatif, à -151 M EUR, reflétant en particulier la baisse des IDE vers Singapour et le désinvestissement en Malaisie. En dépit d’une année 2017 en demi-teinte, l’ASEAN demeure une région attractive pour les investisseurs français au regard de son fort potentiel de croissance (en particulier dans les infrastructures), de l’ouverture progressive de ses marchés, d’une main d’œuvre peu chère et de l’émergence d’une vaste  classe moyenne.

  1. Les investissements français progressent dans presque tous les pays de l’ASEAN mais ne compensent pas complètement les sorties nettes observées à Singapour et en Malaisie

Les IDE français en ASEAN enregistrent en 2017 des flux négatifs de 151 M EUR, après -1,2 Md EUR en 2016 et +546 M EUR en 2015[1]. Néanmoins, la France affiche des flux d’IDE positifs avec la majorité des pays de l’ASEAN, à l’exception de la Malaisie et de Singapour. Ce sont principalement des opérations financières intragroupes qui pèsent sur le bilan des flux d’IDE en 2017.

Dans un contexte général de baisse des investissements entrants à Singapour, qui continue néanmoins à concentrer l’essentiel des flux de la région, les investissements français reculent pour la quatrième année consécutive en 2017. Cette tendance s’inscrit dans un mouvement baissier des IDE français en direction des pays émergents asiatiques (Chine, Inde, Hong-Kong) depuis quatre ans. Pour 2017, les flux français sont en baisse à -512 M EUR à Singapour. Ce recul est à mettre en perspective avec la diminution de 20% des  IDE entrants dans la cité-Etat (+62 Mds USD en 2017), en raison principalement de la baisse des investissements dans le secteur financier, selon la CNUCED. Elle  semble davantage être le fait de transferts financiers intragroupes, avec -869M EUR  de bénéfices réinvestis[2], que d’une décapitalisation des entreprises françaises à Singapour. Au contraire, celles-ci ont augmenté de 4,2 Mds EUR leurs participations au capital social d’entreprises établies à Singapour au cours des quatre dernières années (240 M EUR en 2017).

Si le contexte pétrolier continue probablement d’affecter les investissements français en Malaisie, les autres économies intermédiaires de la région attirent de plus en plus. Les flux entrants sont largement positifs en Thaïlande (+172 M EUR après  +177 M EUR en 2016) et en Indonésie (+207 M EUR, après -610 M EUR en 2016), avec par exemple l’investissement de 90 M EUR de Saint-Gobain pour la construction d’une nouvelle usine de mortier à Medan. En revanche, ils restent négatifs en Malaisie (-217 M EUR, après -40 M EUR en 2016), où la faiblesse des cours du pétrole entre 2015 et mi-2017 a pu affecter les décisions d’investissement.

Les pays les moins développés de la zone attirent de nouveau les investisseurs français en 2017. Aux Philippines, le flux d’IDE (+18 M EUR, après -788 M EUR en 2016) est notamment alimenté par Engie qui a investi 29 M USD pour une usine de refroidissement urbain à Manille. La Birmanie continue de bénéficier de flux d’IDE positif en 2017 (+47 M EUR après +28 M en 2016). Le Cambodge bénéficie à nouveau de flux positifs (+48 M EUR après +56 M EUR en 2016) comme le Laos (+22 M EUR après +23 M EUR en 2017). La BRED a notamment augmenté son capital de 45 M USD et ouvert 20 nouvelles antennes. Les IDE repartent aussi nettement à la hausse au Vietnam (+64 M EUR après -76 M EUR en 2016) avec des investissements d’entreprises telles que Schneider Electric, Vinci et Bel. 

L’ASEAN demeure une région attractive pour les IDE, avec une augmentation de 11% en 2017, à 121 Mds EUR, selon la CNUCED (9,3% du total des IDE dans le monde). En particulier, l’année 2017 a été marquée par un fort rebond des fusions-acquisitions en ASEAN, avec 89 Mds USD d’opérations enregistrées (+54% par rapport à 2016).  La hausse des flux entrants en ASEAN s’explique notamment par le développement des IDE intra-ASEAN, à l’image de la montée au capital de Thai Beverage dans la Saigon Beer Alcohol Beverage pour 4,8 Mds USD en décembre, et l’expansion des entreprises chinoises, tel que l’investissement d’Alibaba dans le géant du e-commerce indonésien Tokopedia pour 1,1 Mds USD en août.

2. Malgré un repli sur les deux dernières années, le stock d’IDE français en ASEAN a été multiplié par 3 en 10 ans dans un contexte de croissance porteur

Les stocks d’IDE français en ASEAN atteignent 16,2 Mds EUR fin 2017, soit une baisse de 18% par rapport à 2016. Cette baisse reflète pour partie un effet comptable : le stock d’IDE du Brunei est ramené à 0 en 2017, contre 1,9 Mds EUR en 2016, ce qui compte pour 57% de la baisse du stock d’IDE en 2017[3]. Les investissements français en ASEAN représentent 1,3% du total des stocks d’investissements français dans le monde en 2017, Singapour comptant pour 0,8%. Pour comparaison, le total des stocks d’IDE en ASEAN (2 162 Mds USD en 2017) représente 6,9% de l’ensemble des stocks d’IDE dans le monde.

La cité-Etat continue de concentrer la majorité des IDE français présents dans la région, avec 62% du stock en 2017 en ASEAN (soit 10 Mds EUR), loin devant l’Indonésie (13% à 2,1 Mds EUR) et la Thaïlande (12% à 2,0 Mds EUR). La Malaisie, pourtant 3ème économie de la région en matière de PIB par habitant, accueille un stock d’IDE de 436 M EUR (-39% sur un an). La prépondérance de Singapour s’explique notamment par la propension élevée des entreprises françaises à s’implanter et investir dans la cité-Etat au regard des mesures incitatives déployées par les autorités. Singapour se classe ainsi régulièrement dans le trio de tête des classements internationaux relatifs à la compétitivité[4]. Cette configuration peut conduire à minorer les flux d’investissements effectifs des entreprises françaises dans la région, certains de leurs investissements pouvant être effectués via des holdings enregistrées à Singapour, qui fait alors office de point d’ancrage vers les marchés de la région.

Les économies moins développées de la région, où les stocks d’investissements français sont structurellement plus faibles, bénéficient des flux d’investissements positifs reçus en 2017. Les stocks augmentent ainsi en Birmanie et au Cambodge (+25% et +3% respectivement). En revanche, le stock d’IDE français régresse légèrement au Laos (-6% à 270 M EUR en 2017).

L’analyse de la répartition sectorielle des stocks français d’IDE en ASEAN  en 2016 révélait une forte pondération de l’industrie manufacturière (41%), des industries extractives (18%) et des services financiers (12%). Cette répartition est cohérente avec la présence des grands groupes français dans la région, en particulier dans le secteur agroalimentaire (Bel, Danone), dans les secteurs pharmaceutique et de la chimie (Servier, Air Liquide, Novacap), dans l’énergie (Total, ENGIE, EDF) ainsi que dans la finance et l’assurance (BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, AXA).

La structure du stock d’investissement français diffère notablement entre les économies de la région. Si elle est fortement axée sur l’industrie manufacturière et les industries extractives en Indonésie et en Malaisie, elle est plus équilibrée entre industries et services à Singapour et en Thaïlande. A noter que l’essentiel des stocks français d’IDE dans le secteur de la construction est concentré aux Philippines (plus de 60% du total du stock total d’IDE dans le secteur), en lien notamment avec la présence de Vinci Construction (via Soletanche Freyssinet) et Bouygues Construction dans le pays. Dans les économies plus modestes de la région, on remarque la forte pondération des services (en particulier les services financiers) : le secteur représente plus de 70% du stock d’IDE français au Vietnam, plus de la moitié au Cambodge et près d’un tiers au Laos. La part de l’investissement français dans l’industrie manufacturière dans ces pays, pourtant fortement intégrés aux chaînes de valeur de l’industrie manufacturière mondiale en raison notamment de coût de production avantageux, reste faible, se situant en moyenne autour de 15%.

 

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La marge de progression des investissements français dans la région est encore importante, la zone demeurant globalement ouverte et présentant un potentiel considérable. Avec une croissance de 5,2% en 2017 et des prévisions stables en 2018 et 2019, la région attire un montant d’IDE similaire à la Chine (134 Mds USD contre 136 Mds USD). La CNUCED table sur des flux d’IDE constants en 2018, avec la montée en puissance des IDE intra-ASEAN vers les pays CMLV[5]. La Banque asiatique de développement estime notamment l’importance des besoins en investissements dans les infrastructures à 210 Mds USD par an jusqu’en 2030 pour l’ASEAN.

 

Annexes

 1. Flux d'IDE France - ASEAN (en M EUR)

Flux IDE France ASEAN

 

2. Stock d'IDE France-ASEAN (en M EUR)

Stock IDE France ASEAN

Note : Les données d’IDE de la Banque de France sont susceptibles de varier fortement d’une année sur l’autre pour des raisons méthodologiques.

 

3. Evolution des stocks et des flux d’IDE français en ASEAN

Evolution IDE français en ASEAN

 

4. Répartition géographique et sectorielle des stocks d’IDE français en ASEAN en 2016

Répartition géographique et sectorielle des stocks d’IDE français en ASEAN en 2016

      Hors agriculture car négatif en 2016(-2 M EUR)

 

5. Détail des stocks d’IDE français en ASEAN du secteur manufacturier en 2016
(Total : 7,5 Mds EUR)

Détail des stocks d’IDE français en ASEAN du secteur manufacturier en 2016

      Hors automobile et matériels de transport car négatif en 2016 (-171 M EUR)



[1] Les flux d’IDE pour l’année en cours sont repris depuis la balance des paiements fournie par la Banque de France. Ces flux sont ensuite révisés sur la base d’enquêtes annuelles auprès des entreprises, ce qui peut amener à des révisions ultérieures significatives.

[2] Un solde des bénéfices réinvestis négatif correspond à une situation où les résultats enregistrés par les filiales sont inférieurs aux dividendes versés à leur maison mère.

[3] La suppression du stock d’IDE français ne fait pas l’objet de commentaires de la part de la Banque de France. En tout état de cause, Brunei souffre d’un ralentissement économique, après quatre ans de récession, et du désinvestissement dans les actifs pétroliers, alors que ses réserves en hydrocarbures devraient se tarir d’ici 30 ans.

[4] Classé 3ème dans l’édition 2017-2018 du classement du World Economic Forum ; 3ème dans l’édition 2018 de l’International Institute for Management Development ; 2ème dans l’édition 2018 du classement Doing Business de la Banque mondiale

[5] Cambodge, Myanmar (Birmanie), Laos et Vietnam