La Finlande s’est fixé des objectifs climatiques ambitieux favorisés par une part déjà très importante d’énergies renouvelables dans son mix énergétique, notamment grâce à l’utilisation de la biomasse forestière pour la production d’électricité, de chaleur et de biocarburants. Elle vise une réduction des émissions de GES d’au moins 80% en 2050, par rapport à 1990, et une société neutre en carbone à terme.Objectifs énergie & climat 2020 et 2030 de la Finlande         Source : ministère de l’Economie et de l’Emploi (TEM)         1. Le cadre des objectifs climatiques finlandais La politique finlandaise climatique s’inscrit dans le cadre d’une « stratégie climatique et énergétique nationale[1] » dont la 5ème édition date de novembre 2016 (ci-après « Stratégie 2016 »). La précédente édition fixait déjà des objectifs ambitieux tels que la réduction des émissions de GES d’au moins 80% en 2050, par rapport à 1990, et une société neutre en carbone à terme. La dernière édition s’

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La Finlande s’est fixé des objectifs climatiques ambitieux favorisés par une part déjà très importante d’énergies renouvelables dans son mix énergétique, notamment grâce à l’utilisation de la biomasse forestière pour la production d’électricité, de chaleur et de biocarburants. Elle vise une réduction des émissions de GES d’au moins 80% en 2050, par rapport à 1990, et une société neutre en carbone à terme.

Objectifs énergie & climat 2020 et 2030 de la Finlande

tableau        

Source : ministère de l’Economie et de l’Emploi (TEM)

 

        1. Le cadre des objectifs climatiques finlandais

La politique finlandaise climatique s’inscrit dans le cadre d’une « stratégie climatique et énergétique nationale[1] » dont la 5ème édition date de novembre 2016 (ci-après « Stratégie 2016 »). La précédente édition fixait déjà des objectifs ambitieux tels que la réduction des émissions de GES d’au moins 80% en 2050, par rapport à 1990, et une société neutre en carbone à terme. La dernière édition s’articule autour des orientations suivantes :

  • L’abandon du charbon pour la production d’électricité, d’ici 2030.

  • La réduction de 50% de la consommation de pétrole importé dans les années 2020 par rapport à 2005.
  • La réforme du système de subventions aux énergies renouvelables : la part des énergies renouvelables (EnR) dans la consommation d'énergie finale doit atteindre 50% dans les années 2020.
  • La priorité aux biocarburants avancés et à l’électricité pour les transports : le secteur des transports routiers est identifié comme celui disposant du potentiel de réduction des émissions de GES le plus élevé. L’objectif fixé pour 2030 est de porter la part de biocarburants dans la consommation d’énergie du secteur des transports à 40% et de disposer d’un parc de véhicules d’au moins 250 000 voitures électriques et 50 000 véhicules à gaz. L'utilisation des sous-produits de l'industrie forestière sera privilégiée pour la production de biocarburants. L’utilisation des véhicules et des machines alimentés au gaz devrait aussi être encouragée. Enfin, la réduction des émissions dans le secteur des transports devrait être favorisée par des mesures permettant d’améliorer l'efficacité énergétique des transports (par exemple le renouvellement accéléré du parc de véhicules) et le développement de nouveaux services de transport faisant une large place à l’intelligence numérique.
  • Une attention particulière à la préservation des puits de carbone : la croissance et la capacité d’absorption à long terme du carbone par les forêts devrait être renforcée, notamment en favorisant le boisement des zones non-boisées et en réduisant les coupes dans le cadre des travaux liés à la construction d’infrastructure urbaine. S’agissant du secteur agricole, la réforme de la politique agricole commune de l'UE sera étudiée afin de déterminer comment elle pourrait encourager les agriculteurs à augmenter la séquestration du carbone dans les sols et à entretenir ces puits de carbone.

Le 14 septembre 2017, le gouvernement finlandais a validé un plan climat à moyen terme[2] comportant des mesures de réduction des GES pour les secteurs hors système d'échange de quotas d'émission (EU-ETS), à savoir les transports, l'agriculture, le chauffage résidentiel/tertiaire et le traitement des déchets, à horizon 2030. Sans fixer de nouveaux objectifs de réduction d’émissions, ce document a pour vocation de compléter et de préciser les mesures de lutte contre le réchauffement climatique de la stratégie climatique et énergétique  et énergie nationale. Les principales mesures sont les suivantes :

  • Transports et aménagement du territoire : un objectif de réduction des GES de 50% a été fixé pour les transports à l’horizon 2030 (par rapport au niveau de 2005).
  • Agriculture : l’accent est mis avant tout sur la limitation des émissions des GES des sols organiques par  différentes méthodes (hausse de la nappe phréatique par drainage souterrain contrôlé, culture sans labour des sols organiques pendant plusieurs années, plantation de forêts et notamment de forêts adaptées aux zones humides dans des zones à sol organique, promotion de la production de biogaz ainsi que séquestration et stockage du carbone dans le sol).
  • Résidentiel/tertiaire (chauffage) : les mesures décrites (amélioration de la performance énergétique des bâtiments, augmentation de l'utilisation des biocarburants et changement de la méthode de chauffage) ciblent notamment le chauffage au fioul tertiaire et résidentiel qui est à l’origine de la majeure partie des émissions des GES du secteur. Le gouvernement central et le secteur public montreront l’exemple : le chauffage au fioul sera supprimé d'ici 2030 dans les bâtiments publics. Le plan climatique prévoit aussi une obligation de mélanger, à hauteur de 10%, du bioliquide dans le fioul utilisé pour le chauffage (l’échéance n’est pas précisée).

  • Traitement des déchets : la possibilité d’inclure des émissions issues de l’incinération des déchets dans le cadre du SEQE sera examinée.

  • Gaz fluorés, machines : les appareils contenant des gaz fluorés seront évités dans les marchés publics et les solutions techniques alternatives seront privilégiées. Cela permettrait de réduire des émissions des GES de 0,3 Mt éq. CO2 d’ici 2030.

    Ces deux documents sont complétés par la Feuille de route Energie et Climat 2050[3], publiée en octobre 2014, qui présente les outils nécessaires pour arriver aux objectifs de la stratégie climat-énergie ainsi que les mesures à plus long terme permettant d’atteindre une société neutre en carbone d’ici à 2050.  

    En outre, en mars 2015, le Parlement finlandais a voté une loi sur le changement climatique (609/2015)[4], modernisant le cadre juridique des politiques climatiques finlandaises et reprenant l’objectif de réduction des GES de 80% d'ici à 2050 par rapport à 1990.

    Enfin, le programme du gouvernement de Juha Sipilä (mai 2015) confirme que les objectifs fixés pour 2020 seront respectés pendant la législature (c’est-à-dire avant mai 2019) et que l’ensemble des énergies fossiles importées seront progressivement remplacées par des énergies renouvelables domestiques. Celles-ci devront représenter au moins 50% de la consommation énergétique totale d’ici 2020. Le degré d’autonomie énergétique visé est de 55% au minimum (comprenant la tourbe). En particulier, l’utilisation des biocarburants liquides ainsi que le biogaz seront favorisés.

    2. Mix énergétique et électrique finlandais

La priorité donnée aux énergies renouvelables est d’ores et déjà concrétisée dans le mix énergétique, essentiellement grâce à l’utilisation de la biomasse issue des ressources forestières.

Consommation totale d’énergie de la Finlande en 2016  (consommation totale : 1335 PJ)

graphique

Source : Finnish Energy (Energiateollisuus)

La forêt couvre plus de 70 % du territoire et sa surface place la Finlande au troisième rang des pays européens. Elle est largement exploitée, à hauteur de 80 % du renouvellement annuel environ. Les exportations de produits forestiers représentaient 22 % du total des exportations en 2016). En 2016, la production d’électricité de la biomasse, utilisée par les centrales CHP (cogénération d’électricité et de chaleur) et à condensation, était de 12 TWh. L’objectif est d’atteindre 25 TWh d’ici 2020 (copeaux de bois) et 2 TWh (granulés de bois), afin de remplacer graduellement les combustibles fossiles et la tourbe. Dans le mix énergétique, la production d’énergie par biomasse représentait 26% en 2016 (contre 25,6% en 2015) de la production totale. L'utilisation de copeaux de bois et de sous-produits de l'industrie forestière dans la production combinée de chaleur et d'électricité (PCCE) et dans la production de chaleur bénéficie d’un régime fiscal favorable.

Consommation d’énergie renouvelable

graphique 

Source : Statistics Finland

L’hydraulique et l’éolien occupent une place marginale (respectivement 4 et 1% de l’énergie consommée en 2016). Le quota pouvant bénéficier de tarifs de rachat pour certaines énergies renouvelables, notamment l’énergie éolienne, est épuisé et le système n’a pas été reconduit dans la stratégie 2016. Il sera remplacé par un système d’enchères qui reste à préciser mais serait a priori moins incitatif et d’une capacité très limitée par rapport aux projets à l’étude. La capacité installée pour l’éolien était de 552 turbines (1553MW) fin 2016, contre 387 turbines (1005 MW) en 2015. L’objectif est d’atteindre une production de 6TWh annuelle en 2020, contre 3,1 TWh en 2016 (2,3 TWh en 2015). S’agissant des petites unités de production solaires, il est estimé que la capacité totale d’électricité produite atteindra environ 600 MW d’ici 2020. Quant à l’hydroélectricité, bien développée en raison de multiples milieux lacustres et rivières finlandais, en 2016, la capacité totale installée était de 3 100MW environ pour une production électrique de 15,6TWh (16,6 TWh en 2015).

Au total, les énergies renouvelables représentaient 34 % de la consommation d’énergie totale en 2016 mais cette part est en baisse par rapport à 2015 (35%) et à  2014 (38 %). Dans le secteur des transports, la Finlande avait dès 2015 atteint 22% d’énergies renouvelables dans les carburants consommés.

L’utilisation de la tourbe (2,7TWh en 2016, contre 2,9 TWh en 2015), classée par la Finlande comme « lentement renouvelable », décroit au profit de la biomasse (12 TWh en 2016). En 2016, 4,1% de l’énergie était produite par tourbe (4% de la production d’électricité, contre 3,5% en 2015).

Les énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) représentent 38 % de l’énergie consommée en 2016. Elles sont importées principalement de Russie (55% en 2016) et de Suède (24%). Le gaz naturel est fourni exclusivement par la Russie via l’opérateur Gasum[5].

La consommation d’électricité s’élève en 2016 à 85,1 TWh (contre 82,5 TWh en 2015). Il est estimé que la consommation électrique du pays montera à 88 TWh en 2020 et 92 TWh en 2030. Près de 20% de l’électricité consommée est importée,  principalement depuis la Suède.

S’agissant de l’électricité produite en Finlande, la principale source est constituée d’énergies renouvelables (hydroélectricité, biomasse, éolien, biomasse, déchets), soit 46 % du total.

L’énergie nucléaire constitue la seconde source d’énergie pour la production d’électricité, soit 33,7 % en 2016,  avec quatre réacteurs en fonctionnement sur deux sites (Olkiluoto et Loviisa), soit environ 2,7 GWe. Les deux réacteurs exploités par TVO (Teollissuuden Voima Oy) à la centrale d’Olkiluoto sont de technologie à eau bouillante (fournie par la compagnie suédoise Asea Atom), leur arrêt est prévu en 2039 et 2042 ; les deux réacteurs exploités par Fortum Corporation à Loviisa sont de technologie russe à eau pressurisée (VVER modifié), leur arrêt est prévu en 2027 et 2030. Le taux de disponibilité de ce parc nucléaire est parmi les plus élevés du monde (>90%). Un EPR (1600 MWe) construit par TVO à Olkiluoto (OL3) devrait entrer en exploitation début 2019. Enfin, une demande de permis de construire pour un sixième réacteur (VVER de Rosatom, 1200 MWe) a été déposée par le groupement Fennovoima et pourrait être mis en service en 2024.

Production totale d’électricité en 2016 (66 TWh)

graphique

Source : Finnish Energy (Energiateollisuus)

Les énergies fossiles représentent 16% de la production d’électricité, le charbon étant toujours utilisé notamment pour les centrales de cogénération de la ville d’Helsinki.

           3. Evolution de la consommation d’énergie et émissions de GES en 2016

L’évolution de la consommation d’énergie par source d’énergie sur les 40 dernières années montre le recul des énergies fossiles et le recours accru aux ressources forestières. Le prolongement de la durée de vie des réacteurs existants et la mise en service des nouveaux réacteurs pourraient pourrait sensiblement accroître la part du nucléaire.

Consommation d’énergie 1975–2016

Appendix figure 8. Total energy consumption 1975–2016* 

Source : Statistics Finland

Les émissions de GES se sont élevées à 58,8 millions de tonnes de CO2 en 2016 (contre 344 pour la France), en hausse de 6 % par rapport à 2015. La hausse de 2016 est liée à une augmentation de l’utilisation du charbon et à un recul de l’utilisation des biocarburants dans le transport. La baisse par rapport à 1990 est de 18 % en 2016.

En raison de la rigueur du climat et de la présence d’industries fortement consommatrices d’énergie (métallurgie, pâte à papier), la Finlande est un pays dont les émissions de GES sont relativement importantes (à titre de comparaison, les émissions estimées pour la France en 2016 sont de 344 Mt). Les émissions de la Finlande ne représentent cependant que 0,16% du total des émissions mondiales. Le principal secteur émetteur est celui de l’énergie (39% en 2016), suivi des transports (20,5%) et de l’agriculture (10,4%).

Finlande : Emissions de GES par secteur

Finland's greenhouse gas emissions by sector (emissions are positive and removals negative figures)

Source : Statistics Finland


 

[4] Les secteurs concernés par les marchés du carbone, tels que le SCEQE (système communautaire d’échange de quotas d’émissions) et le secteur UTCAF (Utilisation des Terres, Changement d’Affectation des terres et Foresterie) ne sont pas régis par cette loi.
[5] La mise en service du gazoduc ”Balticconnector” entre la Finlande et l’Estonie est prévue en 2020.

 

 

2015/16

pm UE

Finlande

pm UE

Finlande

Réduction des gaz à effet de serre (GES)[1]

-18%

-20 %

niveau UE

-40%

niveau UE

     dans le cadre du système d’échange d’émissions (ETS)[2]

 

-21 %

niveau UE

-43%

niveau UE

     hors système d’échange d’émissions (non-ETS)2

 

-10 %

-16 %

-30%

-39%

Part d’énergies renouvelables (EnR) dans la consommation brute d’énergie finale

 

34%

20 %

38 %

 

27%

 

38%

     part de biocarburants dans le secteur des transports

22%

10 %

20 %

10%

40%

Amélioration de l’efficacité énergétique[3]

 

+20 %

niveau UE

+27%

niveau UE



[1] Année de référence : 1990.

[2] Année de référence : 2005.

[3] Par rapport au scénario de référence tel qu’estimé en 2007.