L’acquisition de Mobileye par Intel pour 15,3 Md$ en mars 2017 avait achevé de positionner Israël au cœur de l’attention des grands industriels de l’automobile. Si nombre de ces groupes sont déjà actifs dans l’écosystème local depuis un à deux ans, les nouveaux venus marquent leur arrivée à coups d’annonces d’investissements stratégiques et d’ouvertures de centres d’innovation. La concurrence pour capter les meilleures startups et les meilleurs ingénieurs dans le domaine risque de rendre la tâche ardue pour les retardataires (dont quelques français).

Les multinationales continuent d’implanter des centres de R&D en Israël

Octobre a vu l’annonce de deux nouvelles implantations majeures de centres de R&D en Israël : Amazon a ainsi programmé l’installation d’une équipe d’une centaine d’ingénieurs qui travailleront sur l’assistant vocal Alexa en double site à Tel Aviv et à Haifa ; lors de sa Computing Conference en Chine, le CTO d’Alibaba a annoncé un plan d’investissement de 15 Md$ dans la R&D qui inclut l’installation d’un laboratoire à Tel Aviv, l’entreprise chinoise ayant par ailleurs déjà investi 15 M$ dans les startups israéliennes Infinity Augmented Reality et Twiggle.

Ces annonces des géants du e-commerce révèlent l’intérêt des multinationales pour les technologies liées à l’intelligence artificielle (dont le traitement du langage naturel, l’apprentissage automatique, etc.) et la reconnaissance de l’écosystème israélien comme l’un des centres d’expertise sur le sujet. Intel, déjà fortement implanté, a pour sa part annoncé la création d’un nouveau centre d’expertise sur l’IA à Ra’anana et Haifa, débauchant un cadre de Samsung Israel pour assurer sa direction. 

On dénombre plus de 300 centres de R&D de multinationales en Israël, 70% d’entre eux appartenant à des groupes américains. Selon le bureau des statistiques israélien, ils représentent environ 40% de la dépense de R&D civile israélienne (trois fois plus que l’ensemble des startups) et 30 000 emplois de R&D (contre environ 21 000 pour l’ensemble des startups). En 2017, le gouvernement a renforcé les incitations fiscales en faveur des centres de R&D via « l’innovation box », qui permet aux multinationales investissant fortement en R&D en Israël de bénéficier d’un taux d’imposition de 6% (y compris pour la vente de PI) et d’un taux de taxation des dividendes de 4%.

Les initiatives pour promouvoir Israël comme un centre d’expertise et d’expérimentation mondial dans la mobilité du futur se multiplient et attirent les grands acteurs

Le Fuel choices and smart mobility summit, qui s’est tenu à Tel Aviv les 31 octobre et 1er novembre constitue l’occasion pour les israéliens d’affirmer leur ambition de positionner le pays comme un incontournable de la transformation du secteur de la mobilité. Le nombre de participants, 2000 professionnels issus de 30 pays, ne rend à lui seul pas compte de l’impact de la conférence. La plupart des grands constructeurs étaient représentés parmi les intervenants (entre autres : Ratan Tata, Luca de Meo – CEO de SEAT, Peter Harris - CCO de VW, Youngo Chi - CIO de Hyundai, Gilles Normand – SVP véhicule électrique chez Renault), autant pour présenter leur vision stratégique dans l’innovation que pour courtiser les 550 startups israéliennes actives dans la mobilité intelligente. Si Israël ne dispose pas d’industrie automobile, son expertise est reconnue dans les technologies nécessaires aux transformations futures du secteur : cyber-sécurité, intelligence artificielle (en vision, notamment), batteries, etc. Le gouvernement a lancé en janvier 2017 un plan stratégique qui prévoit, outre un soutien à la recherche, la mise en place d’expérimentations sur route et en ville (Ashdod), de centres de tests et de bases de données partagées.

Les annonces des grands constructeurs et équipementiers se sont par ailleurs multipliées au cours des derniers jours. SEAT et son importateur local ouvriront un centre de technologies, Toyota intensifiera ses investissements après avoir financé à hauteur de 14 M$ la startup Intuition Robotics, Hyundai ouvrira un centre de R&D et d’innovation en 2018, Delphi, qui a déjà réalisé des investissements dans des startups très en vue (Valens, Otonomo et Innoviz Technology), installera également un bureau. Enfin, Argus Cyber Security, pépite créée en 2013 par des anciens de l’unité d’élite des renseignements militaires (unité 8200), est en voie d’acquisition par Continental pour 400 M$.

Les levées de fonds croissent au T3 2017 grâce une poignée de deals majeurs 

 

Levee de fonds 

 Au troisième trimestre 2017, les levées de fonds des startups israéliennes se sont élevées au total à 1,44 Md$, 14% de plus qu’au deuxième trimestre. Le montant moyen, de 10 M$, représente un record, qui s’explique en partie par plusieurs opérations d’ampleur exceptionnelle : Via Transportation (partenaire en France de Keolis et LeCab) a levé à elle seule 250 M$ et quatre autres levées de fonds supérieures à 50 M$ ont été réalisées. La tendance sur le début de l’année 2017 est une diminution du nombre de deals (au plus bas depuis cinq ans) et une augmentation relative de la part des VC dans les opérations (84% ce trimestre contre 67% à la même période en 2016). Les investissements se sont concentrés davantage sur les startups les plus mures (late stage). Si ces tendances se poursuivaient, elles pourraient être l’indice d’une sélectivité croissante des investisseurs, en particulier dans les phases d’amorçage où le nombre de levée de fonds a diminué tandis que le montant global augmentait. En parallèle de cette concentration des investissements, les secteurs cibles se diversifient : les startups appartenant purement au domaine du logiciel ne représentent plus que 25% des montants, au lieu de 35% en moyenne sur les deux dernières années.

 Brèves de l’écosystème

  • [Fundraising, smart mobility] Innoviz, startup créée en 2016 qui fournit des capteurs LiDAR pour les véhicules autonomes a levé 73 M$. Ses produits, dont la mise sur le marché est attendue pour 2019, pourront être testés dès 2018 par les équipementiers.
  • [Fundraising, IA] Wibbitz, dont le produit permet la production de vidéos grâce à des outils d’intelligence artificielle a levé 20 M$. La startup souhaite se développer en France et compte TF1 parmi ses partenaires et investisseurs.
  • [Fundraising, IoT] Wiliot, qui developpe une technologie de recharge via les ondes radio pour l’IoT, a levé 19 M$, comptant parmi ses investisseurs Qualcomm Ventures et plusieurs VC israéliens.
  • [Fundraising, cyber] Skybox, éditeur d’un logiciel de management des vulnérabilités de cyber-sécurité, a levé 150 M$ auprès de CVC Capital Partners et Pantheon. Sise en Silicon Valley, l’entreprise a son centre de développement à Herzliya, où elle emploie 120 personnes.
  • [Fundraising, foodtech] TIPA, qui développe et fabrique des matériaux d’emballage végétaux et compostables, a levé 11 M$.
  • [Fundraising, biotech] Azura Ophtalmics a levé 16 M$ en vue de lancer la phase IIa des essais de son traitement contre le dysfonctionnement des glandes de Meibomius.
  • [Exit, cloud] ServiceNow, entreprise américaine de cloud computing, annonce l’acquisition de SkyGiraffe (cloud mobile).
  • [Biotech] L’entreprise pharmaceutique suisse Lonza annonce l’ouverture d’un centre d’innovation à Haifa pour la fin 2017.
  • [Événement] Le salon Cybertech, principal événement consacré à la cyber-sécurité en Israël, aura lieu à Tel Aviv du 29 au 31 janvier. L’édition 2016 avait reçu 13 500 participants. La conférence a été exportée pour la première fois en 2017 à Rome et à Tokyo.