SITUATION ECONOMIQUE ET FINANCIÈRE DU ZIMBABWE - Avril 2018

  • Situation politique : chute de Robert Mugabe et prochaines élections présidentielles à l’été.

A l’issue de la chute de Robert Mugabe, au pouvoir depuis plus de trente ans, Emmerson Mnangagwa a pris la tête d’un gouvernement provisoire. Sa principale tâche sera d’organiser les prochaines élections présidentielles, sans doute à l’été prochain.

  • Un pays en crise depuis de nombreuses années.

Le Zimbabwe fait partie des pays les plus pauvres de la région. Si le PIB / habitant, qui s’élevait à 490 USD en 2008, s’est graduellement redressé pour atteindre 1150 USD en 2017, les conditions de vie restent précaires : 154ème rang sur 188 pays en terme d’IDH, plus de 20% de la population vit avec moins de 1,9 USD par jour... Toutefois, le niveau d’éducation reste élevé en comparaison des autres pays de la région. L’éventuel retour de la diaspora (4 M de personnes pour une population nationale de 15 M d’habitants) constitue l’un des défis à venir pour le pays. L’économie zimbabwéenne, essentiellement fondée sur l’exploitation d’abondantes ressources minières (or, diamant, charbon, chrome, nickel, cuivre, fer, platine et platinoïdes) et agricoles (maïs, tabac, coton), a connu une phase de libéralisation entre 1991 et 1996 avant de plonger dans une crise profonde entre 1999 et 2008. La brutale mise en œuvre de la réforme agraire a provoqué l’effondrement de la production agricole. Du fait notamment de la montée de la défiance des investisseurs et du retrait des bailleurs, l’économie s’est contractée de plus de 50 % entre 1998 et 2008. A partir de 2009, un gouvernement d’union nationale a permis l’adoption de réformes facilitant le retour de la croissance tout en mettant un terme à l’épisode d’hyperinflation connu entre 2006 et 2009 avec l’abandon d’une monnaie nationale au profit principalement de l’US dollar.

 

  • Une croissance tirée par le cours des produits miniers.

Entre 2009 et 2012, le Zimbabwe a connu une croissance soutenue, supérieure à 10 %. Depuis, la croissance a été modeste : elle s’est établie à 1,1 % en 2015 et moins de 1% en 2016 alors que la prévision initiale des autorités se situait à 2,4%. Globalement, l’activité économique a été freinée par la contribution négative du secteur agricole (19 % du PIB) impacté par la sécheresse et par une production minière (environ 25 % du PIB) pénalisée par des cours mondiaux faibles. A ces éléments s’est ajoutée une sévère crise de liquidités (pénurie de US dollars) qui a contraint les autorités à instaurer un contrôle des changes. 

En 2017, la croissance a été soutenue par les exportations de produits miniers (hausse des cours mondiaux des de l’or, du chrome et du platine) et par la reprise de la production agricole suite à des conditions climatiques favorables après près de deux ans de sécheresse. Elle devrait ainsi avoisiner les 3% (+2,8% selon le FMI). S’agissant de 2018, les autorités zimbabwéennes anticipe une croissance encore plus soutenue que durant l’année précédente, à 3,5%. Cette prévision repose sur une poursuite du dynamisme de l’agriculture et la hausse prévisionnelle des cours mondiaux des produits miniers. Par ailleurs, le retour de la confiance des milieux d’affaires dans le fonctionnement de l’économie, après la chute de Robert Mugabé, devrait être favorable à l’activité économique. Le FMI est moins optimiste et prévoit une stabilisation de la croissance au même niveau qu’en 2017 (soit +2,8%).

Après une évolution moyenne des prix de +0,9 % en 2017, l’inflation repart au Zimbabwe atteignant +3% sur le premier trimestre 2018. La remontée du niveau des prix est probablement une conséquence de la dépréciation des bonds notes et de la monnaie électronique par rapport à l’US Dollar, signe d’un financement en partie monétaire du déficit budgétaire.  Selon le FMI, l’inflation est attendue à  +7% cette année.

 

  • Un déficit courant en baisse pour 2017.

Au plan externe, le déficit courant est demeuré élevé en 2016 à -4,1 % du PIB. Il devrait se réduire en 2017 (déficit de la balance des paiements courants attendu à -3,6% du PIB), reflet de l’amélioration de la balance commerciale (hausse des prix des matières premières exportées, réduction des importations de produits agricoles suite à la fin de la sécheresse et stagnation des autres importations du fait de la faiblesse de la demande intérieure). En revanche, pour 2018, il est attendu aux alentours de -4,5%, notamment du fait de la contraction des transferts des zimbabwéens de l’étranger (1 277 M USD en 2015 contre 1 105 M USD anticipés en 2017) conséquence de l’atonie de l’activité en Afrique du Sud (pays où est concentrée la diaspora zimbabwéenne) et d’une reprise sans doute moins forte qu’espérée des flux d’Investissement Direct Etranger.

A fin décembre dernier, les réserves couvraient 0,7 mois d’importations (contre 0,6 mois en décembre 2016), un niveau que le Fonds estime notoirement insuffisant. De fait, le déficit budgétaire est partiellement financé par des emprunts de l’Etat à la Banque Centrale, ce qui grève d’autant le niveau des réserves.

 

  • Un déficit et une dette publics élevés.

Pour l’année 2017, le déficit budgétaire est attendu en forte hausse (-12% du PIB contre -8,8% en 2016) notamment parce que les mesures annoncées de gel des salaires dans la fonction publique n’ont pas été prises. Par ailleurs, les subventions agricoles, si elles ont diminué par rapport à 2016, sont demeurées élevées. Lors de la présentation du budget 2018, le gouvernement a annoncé une prévision de croissance de 4,5% avec des revenus  estimés à 4,3 Mds USD et des dépenses à 5,1 Mds USD. Selon ces chiffres, le déficit devrait se situer à environ 4% du PIB. Par ailleurs, plusieurs mesures sont prévues pour réduire la masse salariale à 70% des dépenses (contre près de 90% actuellement) et soulager ainsi les finances publiques mais leur faisabilité n’est pas assurée.

En 2018, le financement du déficit budgétaire se fera grâce à un recours à des emprunts en USD auprès de la Banque Centrale (lesquels auront un impact négatif sur le niveau des réserves) et par de l’endettement auprès des banques locales (la dette interne étant passée de 14,2% du PIB en 2015 à 25% en 2016 et a continué à croître en 2017). Cette situation contribue à déstabiliser le marché monétaire (lequel est déjà complexe du fait de la coexistence de trois monnaies « nationales » (le dollar US, les bond-notes et la monnaie électronique) ainsi que le marché des changes (existence de taux change parallèles) et à alimenter l’inflation.

Enfin, la dette publique est de l’ordre de 90% du PIB (55% du PIB de dette publique externe et 35% du PIB de dette interne) tandis que les arriérés avec les bailleurs de fonds multilatéraux demeurent à des niveaux élevés. Selon les chiffres avancés par les institutions financières, le pays est endetté à hauteur de 1,2 Md USD avec la Banque Mondiale, 0,5 Md USD avec la BAfD et de 0,25 Md USD avec la BEI. L’Etat zimbabwéen demeure inéligible à une aide financière du FMI et des principaux bailleurs du fait de la persistance des arriérés de paiement dus à ces créanciers. L’endettement interne a fortement augmenté ces deux dernières années, notamment du fait d’un recours « systématique » à l’émission de T Bills.

 

  • Un secteur bancaire qui semble assaini mais qui reste fragile

En dépit de la reprise du marché interbancaire fin août 2014, le secteur reste confronté à une crise profonde de liquidités et à d’importantes difficultés de refinancement. En revanche, le niveau de créances douteuses, après avoir atteint un pic de 20,5 % en 2013, connait une trajectoire descendante depuis et s’élevait à 7,1 % fin décembre 2017, en dessous de l’objectif de 7,5 % fixé pour la fin d’année. Face à la multiplication des impayés, la Banque Centrale a supprimé les licences bancaires de plusieurs établissements en difficulté (Allied Bank Ltd, AfrAsia Bank Ltd) faisant suite aux faillites l’an passé d’Interfin Banking Corporation Ltd et de Capital Bank Ltd. Depuis la recapitalisation en mai 2015 d’Agribank et de ZB Bank Limited, l’ensemble des banques commerciales est désormais en conformité avec l’exigence minimale en capitaux propres (25 M USD pour un objectif de 100 M en 2020). Une crise du système bancaire n’est, toutefois, pas à exclure : si, globalement, les ratios d’activité des banques sont plutôt satisfaisants, il n’en reste pas moins vrai que le secteur est fragilisé par la crise actuelle de liquidités et par son niveau d’exposition sur titres publics.

 

  • Réformes structurelles : priorité à l’amélioration du climat des affaires

Au-delà des nécessaires efforts d’assainissement des comptes publics, le développement de l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers passe par l’amélioration du cadre de l’environnement des affaires (suppression ou assouplissement du dispositif d’indigénisation), le lancement de la réforme des entreprises publiques et une meilleure gouvernance foncière (notamment s’agissant du foncier agricole). Le nouveau gouvernement, soucieux d’améliorer l’attractivité du pays vis-à-vis des investisseurs étrangers a lancé plusieurs réformes importantes (dont celle de la loi sur l’indigénisation) portant sur l’amélioration du cadre de l’environnement des affaires. Ces réformes devraient entrer en vigueur à l’issue de la prochaine élection présidentielle.

 

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