Fiche pays (mai 2020)

Depuis octobre 2018, le pays fait face à une grave crise de change et de confiance dans la monnaie domestique. En 2019, la contraction du PIB a été supérieure à 8% et les perspectives de reprise pour 2020 étaient inexistantes avant la crise du Covid-19. La situation budgétaire est précaire, avec de fortes incertitudes sur la capacité du gouvernement à financer le déficit sans recourir à la création monétaire alors que le pays est coupé des financements internationaux pour cause d’arriérés de paiement vis-à-vis de la Banque Mondiale, de la Banque Africaine de Développement (BAfD) et de nombreux créanciers souverains. Sur le plan monétaire, la situation est aussi chaotique. Fin mars, l’inflation a atteint près de 680% sur un an et mi-mai, la prime sur le marché des changes parallèle atteignait 140%. Dans ce contexte, la population zimbabwéenne est très durement affectée – elle s’appauvrit, l’insécurité alimentaire gagne, les services publics ne fonctionnent plus. Les perspectives d’amélioration sont limitées alors que le réengagement de la communauté financière internationale s’éloigne, après l’échec du programme sans financement du FMI.

Mise à jour Covid-19 : Au 20 mai, le bilan fait état de 46 cas détectés et de quatre morts. Alors que le pays a abordé la crise sanitaire très affaibli, le président a annoncé des mesures de confinement strictes dès le 30 mars. Ces mesures ont été assouplies début mai, avec la reprise des secteurs minier et manufacturier (partielle pour ce dernier). Le régime de confinement a depuis été étendu jusqu’à nouvel ordre.

Pour 2020, le FMI anticipait une contraction de l’activité au moins aussi importante qu’en 2019 et pouvant aller jusqu’à -20% (prévision réalisée avant la mise en œuvre des mesures de confinement). La plupart des secteurs ont été à l’arrêt, en particulier ceux pourvoyeurs de devises – certains redémarrent progressivement comme le secteur minier (7% du PIB et 60% des recettes d’exportation), d’autres vont rester durablement affectés par la crise comme le tourisme. La culture du tabac (plus de 20% des recettes d’exportation) risque aussi de pâtir de la baisse de la demande mondiale et de la désorganisation des chaines d’approvisionnement. Le secteur informel (environ 60% de l’activité et 80% des emplois) est aussi particulièrement vulnérable. Enfin, les transferts de fonds des migrants (représentant environ 10% des devises qui entrent dans le pays) vont probablement diminuer suite au confinement instauré en Afrique du Sud.

Début mai, le gouvernement a annoncé un plan de soutien économique et social de 18 Mds ZWL, soit 9% du PIB : programme de soutien à l’agriculture (6,1 Mds ZWL), système de garantie de prêts bancaires en faveur de l’industrie (2,5 Mds ZWL), ligne de crédit en faveur du secteur minier (1 Md ZWL), fonds en faveur des PME et du tourisme (500 MZWL chacun), plan de soutien financier aux plus démunis (2,4 Mds ZWL), etc. Toutefois, les autorités n’ayant aucune marge de manœuvre, toutes ces dépenses additionnelles devront être financées à budget constant. Le risque est donc grand de voir le gouvernement recourir à la création monétaire, engendrant un nouveau dérapage de la monnaie domestique et de l’inflation.

Malgré la forte dégradation de la situation économique, sociale et alimentaire à prévoir, la position des bailleurs n’a pas évolué. Excepté les financements d’urgence des bailleurs sous forme de dons (42 MUSD de la part de l’Union Européenne, 15 MUSD de la Banque Africaine de Développement et 7 MUSD de la Banque Mondiale – pour les multilatéraux notamment), les Zimbabwéens devront faire face seuls à la faillite du système de santé, au tarissement des ressources, aux problèmes d’approvisionnement, etc.

1. Situation économique et politique

1.1. Situation politique

Emmerson Mnangagwa, auparavant vice-président, est arrivé au pouvoir en novembre 2017, suite à l’éviction de Robert Mugabe par un coup de force militaire après trente ans à la tête du pays. M. Mnangagwa a ensuite été élu, après des élections contestées, mais finalement validées par la Cour suprême en août 2018. Aujourd’hui, le ministre des Finances, qui défend une ligne réformatrice, montre des difficultés à s’imposer alors qu’une majorité du parti est réfractaire aux réformes qui pourraient bousculer les intérêts militaires et économiques en place.

1.2. Éléments structurels relatifs à l’économie

Dans les années 1980, le Zimbabwe était une des économies les plus développées et les plus riches du continent africain : puissance agricole (tabac) et industrielle, riche en minerais (pierres et métaux précieux, nickel, minerai de fer), aves des services publics performants. A la fin des années 1990, l’expropriation violente et sans compensation des agriculteurs blancs a entrainé une chute de la production et la mise en place de sanctions par les Etats-Unis et de mesures individuelles par l’Union Européenne. Par ailleurs, les déficiences en termes de gestion des finances publiques et de politique économique ont conduit le pays à accumuler des arriérés de paiement massifs vis-à-vis des Institutions Financières Internationales (IFIs – en particulier, Banque Mondiale pour 1,3 Md USD et BAfD pour 700 MUSD), des créanciers du club de Paris (pour 3,3 Mds USD) et de pays non-membres tels que la Chine.

En 2018, le Zimbabwe était la troisième économie d’Afrique australe avec un PIB de 31 Mds USD et un marché de 14,5 M habitants (PIB par tête de 2 150 USD). Au cours des dernières décennies, la population s’est appauvrie et la crise économique que traverse actuellement le pays accélère cette dynamique : le taux de pauvreté a augmenté de 54% en 2017 à 57% en 2019. Selon les dernières estimations, près de 60% de la population se trouve en situation d’insécurité alimentaire. Le pays se place en 150ième position sur 189 pays en termes d’Indice de Développement Humain (IDH), un classement qui risque de continuer à glisser puisqu’outre le secteur éducatif et la fourniture d’eau, le système de santé est en cours d’effondrement.

2. Conjoncture et finances publiques

2.1. Conjoncture économique

En 2019, le PIB s’est contracté de 8,3%. Cette profonde récession est d’abord le fruit de la crise de change et de confiance dans la monnaie domestique qui a éclaté en octobre 2018. Cette dernière a engendré une inflation à trois chiffres et une forte dépréciation de la monnaie, avec un impact important sur le pouvoir d’achat des ménages. La crise a également obligé le gouvernement à adopter un budget de rigueur. La pénurie de devises limite les importations, notamment d’intrants, ce qui se répercute sur l’activité. Au mois de janvier 2019, des émeutes ont éclaté dans la capitale suite au triplement du prix de l’essence, dont l’augmentation avait été décidée par le gouvernement pour faire face à la pénurie de carburant – cet épisode a eu un effet récessif important. De plus, les effets de la crise ont été fortement exacerbés par la survenue de chocs externes : le passage du cyclone Idaï au mois de mars, mais surtout la sécheresse qui a entrainé une chute de la production agricole (-15%) et hydroélectrique (qui représente environ la moitié de l’énergie produite localement). La pénurie de devises limite également la capacité du pays à importer les quantités habituelles d’électricité. En conséquence, l’électricité était coupée, avant la crise sanitaire, environ dix-huit heures par jour – avec un fort impact sur tous les secteurs.

2.2. Situation des finances publiques

A partir de 2016, le gouvernement a laissé filer le déficit, qu’il a largement financé par de la création monétaire. Fin 2018, en l’absence de marges de manœuvre du fait de la dollarisation de l’économie, le déséquilibre budgétaire devient insoutenable et la crise se déclenche. En 2019, malgré la forte pression qui s’est exercée sur les dépenses (situation alimentaire d’urgence, pression à la hausse des salaires de la fonction publique compte tenu de la forte dépréciation), le déficit s’est résorbé atteignant 2,6% du PIB contre 4,5% en 2018. Cette amélioration a été permise grâce (i) à des recettes en hausse gonflées par l’inflation et (ii) une maîtrise des dépenses, en particulier pour ce qui concerne les salaires de la fonction publique qui ont diminué de 70% en moyenne en termes réels.

Depuis 2019, le gouvernement a annoncé sa volonté de gérer le budget sur une logique de trésorerie, en ajustant les dépenses en fonction des recettes afin de limiter le déficit. Pour 2020, l’objectif de déficit était fixé à 1,5% du PIB. Toutefois, la loi de finances votée en novembre est largement obsolète compte tenu de l’évolution rapide de la situation. On notera (i) Qu’avant la crise les besoins supplémentaires pour financer la protection sociale et la fourniture des services de base pour 2020 avaient déjà été estimés par la Banque Mondiale à 600 MUSD (mise en place d’un système de transferts directs, réhabilitation de système d’irrigation et de distribution d’eau, appui aux écoles et aux hôpitaux, programme alimentaire) ; (ii) Une réforme à suivre en particulier, celle des programmes hors budget administrés par la Banque centrale (programme de soutien à l’agriculture Command Agriculture, programme de subvention Fidelity en faveur des producteurs d’or), largement financés par création monétaire et dont les bénéficiaires finaux ne sont pas toujours bien identifiés.

2.3. Situation monétaire

Sur ce plan, la situation est toujours aussi chaotique du fait de la pénurie de devises, des nombreuses distorsions qui subsistent sur le marché des changes et d’une profonde crise de confiance vis-à-vis de la monnaie domestique, encore alimentée par le récent revirement des autorités sur les réformes mises en œuvre en 2019. Fin mars, la Banque centrale (Reserve Bank of Zimbabwe – RBZ) a ainsi annoncé (au moins le temps de la crise) : (i) un retour sur la libéralisation du taux de change décidée en février 2019 – la parité avec l’USD est fixée à 25 ZWL ; (ii) un retour sur la fin du système multidevises annoncée en juin 2019, avec de nouveau la possibilité de réaliser des transactions en USD.

Alors que le FMI anticipait un reflux de l’inflation en 2020, cette dernière est de nouveau repartie à la hausse pour atteindre près de 680% sur un an en mars. Outre le contexte actuel (difficultés d’approvisionnement liées à la fermeture des frontières, fermeture des marchés informels, administration des prix des produits de première nécessité), la Reserve Bank of Zimbabwe aurait de nouveau imprimé de la monnaie pour financer le programme hors budget Fidelity comme mentionné ci-dessus. Par ailleurs, ces derniers mois, l’écart entre les taux de change officiel et parallèle n’a cessé de se creuser. Mi-mai, la prime sur le marché des changes parallèle atteignait 140%.

3. Relations avec la communauté financière internationale

Les arriérés de paiements dus aux IFIs empêchent toute intervention financière d’ampleur en faveur du Zimbabwe. Le prérequis pour un réengagement de la communauté financière internationale (qui ouvrirait la voie à un apurement des arriérés) passe par une démonstration de la bonne volonté des autorités et des premiers résultats en matière de stabilisation macroéconomique et de réformes (structurelles et politiques). Cependant, la première revue du programme sans financement du FMI (ou Staff Monitored Program – SMP) conclue au mois de mai 2019 n’a jamais pu être conclusive. Si le ministère des Finances a joué le jeu sur le plan de l’assainissement budgétaire, la RBZ a laissé filer la masse monétaire, engendrant un nouvel épisode de forte inflation et une nouvelle divergence entre les marchés des changes, rompant du même coup la confiance avec le FMI. Depuis l’échec du SMP, en l’absence de progrès sur le plan des réformes, on n’observe aucune avancée notable.

4. Aide publique au développement de la France

Entre 2016 et 2018 (dernières données disponibles), le Zimbabwe a reçu en moyenne 215 MUSD de versement brut d’Aide Publique au Développement (APD) par an de la part des bailleurs bilatéraux. La grande majorité de cette somme provenait des Etats-Unis (près de la moitié), du Royaume-Uni (plus du quart) et dans une moindre mesure d’Allemagne (environ 10%) – transitant principalement hors budget, par des associations et des ONG. La contribution de la France à l’APD bilatérale en faveur du Zimbabwe est très limitée – moins de 2 MUSD par an en moyenne.

Compte tenu des contraintes qui pèsent sur le pays, l’activité de l’AFD est très limitée et se fait uniquement en dons. Fin 2018, elle a engagé un financement en faveur du ministère des finances (assistance technique). Elle travaille actuellement sur un projet dans le domaine agricole avec le CIRAD (santé animale).

5. Relations économiques avec la France

5.1. Échanges commerciaux avec la France

En 2019, les exportations françaises vers le Zimbabwe se sont contractées de 12% – après avoir diminué de 5% en 2018. Elles s’élèvent désormais à un peu moins de 20 MEUR. Cette mauvaise performance s’explique avant tout par le contexte local. Les deux premiers postes d’exportations vers le Zimbabwe sont les « équipements mécaniques, électriques, électroniques et informatiques » (68% des exportations en 2019 – en particulier des machines utilisées par le secteur minier) puis les « produits agroalimentaires » (12% des exportations). En 2019, nos importations en provenance du pays ont atteint 54 MEUR (+4%, après +9% en 2018 et +84% en 2017). Cette évolution résulte presque exclusivement de l’augmentation des achats de produits agricoles (+4,6% – tabac et produits d’origine animale – premier poste d’importation, représentant 80% du total). In fine, le déficit commercial bilatéral continue de se creuser pour atteindre 34 MEUR (+16%), se rapprochant du record de 2015 (38 MEUR). Ce déficit reste toutefois modeste (60ième déficit de la France à l’échelle mondiale), à l’image de nos relations commerciales avec ce pays.

5.2. IDE et présence française

Fin 2018, le stock d’IDE français au Zimbabwe s’élevait à 184 MEUR, en constante augmentation depuis 2010 – après un fort mouvement de désinvestissement suite à la crise rencontrée par le pays à la fin des années 2000. La grande majorité de ces capitaux ont été investis dans le secteur de la distribution (plus de 95%) et dans le secteur industriel (environ 3%).

La présence française la plus significative est celle de Total qui dispose d’un réseau de distribution de plus d’une centaine de stations-services. Dans le secteur des services, on note également l’implantation de Bureau Veritas (contrat avec l’Etat zimbabwéen pour le contrôle de la conformité des produits sensibles à l’importation), de JCDecaux (panneaux publicitaire), de Schneider Electric (équipements électriques) et des entreprises de transport et de logistique AGS, Bolloré Logistics et CMA CGM.

Dans le domaine agro-industriel, le semencier Limagrain est présent en partenariat avec une entreprise locale, avec des efforts importants en matière de recherche et développement. L’entreprise Lesaffre (levure) dispose également d’une unité de production et d’un centre d’expertise (formation, d’assistance technique, de développement de produits et de procédés), avec à terme l’ambition de servir la région australe. Enfin, Saint Gobain, qui était déjà présent dans le pays, a fait l’acquisition début 2020 d’une usine (colle pour revêtement), avec aussi l’ambition de service le marché austral.

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