Fiche pays (Septembre 2021)

Au-delà de son impact sur l’économie réelle, la crise du Covid-19 a été le déclencheur d’une crise de la dette souveraine qui était en gestation depuis plusieurs années. Depuis novembre 2020, le gouvernement a été contraint de faire défaut sur le remboursement de plusieurs échéances – d’Eurobonds notamment. La seule issue pour le pays est désormais de bénéficier d’un traitement de sa dette. Pour cela, le nouveau gouvernement doit trouver un accord avec le FMI pour un programme de financement (avec les efforts de réformes associés) et progresser dans les discussions avec les principaux créanciers du pays.

Situation Covid-19 : Au 20 septembre, la Zambie comptait 209 000 cas détectés et 3 600 décès depuis le début de l’épidémie. Relativement à sa population, la Zambie a été moins affectée que la plupart des autres pays de la zone australe, mais le pays teste aussi moins (126 000 tests pour 1 M habitants). Alors que l’économie était déjà dans une situation difficile, le gouvernement a mis en place des mesures de confinement moins strictes que ses voisins lors de la première vague, pour prévenir une crise économique d’ampleur. Les mesures mises en place pour contenir la seconde (décembre 2020-janvier 2021) et la troisième vague (juin-juillet 2021) ont aussi été moins contraignantes. Actuellement, moins de 2% de la population a reçu au moins une dose de vaccin, loin de la moyenne en Afrique sub-saharienne.

1. Situation économique

1.1. Situation politique

Les élections générales du 12 août 2021 ont porté au pouvoir M. Hakainde Hichilema, qui a battu sèchement le président sortant Edgar Lungu – fragilisé par la dégradation de la situation économique et du pouvoir d’achat. Il s’agit de la troisième alternance politique depuis l’indépendance du pays en 1964. Malgré les coups portés à la démocratie ces dernières années (intimidation et emprisonnement d’opposants, fermeture de médias, etc.), le président Lungu a reconnu rapidement sa défaite. L’élection de M. Hichilema a été bien accueillie par la sphère économique et par les marchés. D’une part, elle est synonyme de forte baisse du risque politique. D’autre part, le profil du nouveau président (homme d’affaires et spécialiste des questions économiques) et le programme qu’il a porté pendant la campagne (axé sur la relance de l’économie et sur un retour à l’ordre budgétaire), sont pour eux très rassurants.

1.2. Éléments structurels relatifs à l’économie

Avec un PIB de 18,5 Mds USD et un marché de 17,4 M habitants en 2020, la Zambie est une économie de taille moyenne, la quatrième en Afrique australe derrière l'Afrique du Sud, l'Angola et le Zimbabwe. L’économie du pays est très dépendante du secteur minier – environ 15% du PIB et 75% des recettes d’exportation ces dernières années – en particulier du cuivre : second producteur au niveau du continent. L’agriculture représente environ 7% du PIB, mais plus de la moitié des emplois. L’économie est peu inclusive, centrée sur des secteurs d’activité à forte intensité capitalistique et/ou de rente (les mines, la construction et la distribution), largement contrôlés par des investisseurs étrangers, dont les bénéfices sont captés par une petite partie de la population.

En 2020, le PIB par tête de la Zambie s’élevait à 980 USD. Selon le classement de la Banque Mondiale, elle fait partie des pays à « revenu intermédiaire de la tranche inférieure ». Dans un pays déjà très marqué par les problèmes sociaux, la plupart des indicateurs socio-économiques ont reculé suite à la crise : le taux de pauvreté atteint près de 60% (au seuil de 1,9 USD par jour), la malnutrition est très répandue (35 % des enfants de moins de cinq ans souffrent d'un retard de croissance). Les inégalités sont aussi très prononcées : près de 45% des richesses sont concentrées chez les 10% les plus riches. Enfin, le pays se situe dans le dernier tiers du classement en termes d’IDH – 146ème rang sur 189 pays en 2020.

2. Conjoncture et finances publiques

2.1. Conjoncture économique

Après une décennie de forte croissance, avec des taux supérieurs à 7%, la Zambie a subi de plein fouet la fin du super-cycle des matières premières en 2015. Entre 2016 et 2019, le taux de croissance a atteint 3% en moyenne – avec une volatilité importante, et loin du potentiel du pays.

En 2020, l’économie zambienne a été notablement affectée par la crise du Covid-19 : le PIB s’est contracté de 3,5% – davantage que la moyenne en Afrique sub-saharienne, mais moins que ses voisins de la sous-région australe. Le secteur minier, qui exporte une grande partie de sa production vers la Chine, a été touché très tôt par la baisse de la demande et des prix du cuivre. Par ailleurs, les mesures de confinement mises en place pour lutter contre l’épidémie et la désorganisation des chaines logistiques ont affectés les autres secteurs moteurs de l’économie – construction, distribution et tourisme.

Malgré plusieurs indicateurs au vert, le rebond du PIB devrait être modéré en 2021, compris entre 1,5% et 2,5%. Tout d’abord, l’environnement macroéconomique dégradé continue de peser sur la confiance des agents, sur la demande interne et in fine sur la croissance – défaut partiel sur la dette souveraine, inflation supérieure à 24% sur un an au mois d’août, forte dépréciation du kwacha au premier semestre, etc. Ensuite, le pays ne tire pas entièrement parti de la très bonne orientation des cours du cuivre – supérieurs à 9 000 USD la tonne depuis le mois de février, un niveau qui n’avait plus été observé depuis dix ans. Malgré cela, la production domestique de cuivre a diminué de 4% au premier semestre 2021, par rapport à la même période l’an passé – un moment où elle était pourtant déjà particulièrement faible. Par ailleurs, même si elles sont moins contraignantes que lors de la première vague, les mesures de confinement mises en place pour lutter contre la deuxième (janvier 2021) et la troisième vague (juillet) de Covid-19 ont nécessairement pesé sur l’activité. D’autant que le programme de vaccination a pris énormément de retard et que le pays ne devrait pas échapper à une quatrième vague d’ici la fin de l’année. La bonne pluviométrie continue cependant de soutenir les performances du secteur agricole et la production d’électricité.

2.2. Situation des finances publiques

La crise du Covid-19 a été le déclencheur d’une crise de la dette souveraine, qui était en gestation depuis plusieurs années. Entre 2015 et 2019, le déficit public a atteint en moyenne 8% du PIB par an. D’une part, les finances publiques ont été plombées par les difficultés du gouvernement à mobiliser des ressources domestiques du fait de la faiblesse de la croissance et d’un système favorisant l’optimisation et l’évasion fiscales – en particulier dans le secteur minier. Les tentatives du gouvernement pour augmenter les recettes fiscales ont été au mieux maladroites (abandon de la réforme de la fiscalité indirecte en 2019) et au pire agressives – générant de fortes tensions avec les multinationales du secteur minier. D’autre part, à partir de 2015, le président Lungu s’est engagé dans une stratégie de développement des infrastructures tous azimuts, financées à taux de marché et avec une grande opacité, s’agissant notamment des prêts de la Chine.

Malgré la mise en œuvre de l’initiative de suspension du service de la dette (Debt Service Suspension Initiative – DSSI) par les pays du G20, le déficit public a atteint plus de 14% du PIB en 2020 et il devrait être supérieur à 10% du PIB en 2021 – dans le contexte de la campagne électorale, qui s’est traduite par l’augmentation des subventions et des transferts financiers directs, caractérisés là aussi par une grande opacité. A noter que les chiffres du déficit sont largement sous-estimés, compte tenu de l’importance des arriérés de paiement domestiques et de TVA, qui représentaient dix points de PIB fin 2020.

L’accumulation de déficits publics élevés et la forte dépréciation du kwacha (qui a perdu le tiers de sa valeur face à l’USD entre mars 2020 et juillet 2021) ont mené la dette publique zambienne sur une trajectoire toujours moins soutenable. Selon le FMI, la dette publique connue a atteint 120% du PIB fin 2020, contre 36% fin 2014. Toujours fin 2020, la dette externe représentait les deux tiers de la dette publique totale. Toutefois, on assiste au cours de la dernière période à un rééquilibrage : si la dette externe a été stable sur les six premiers mois de 2021, aux alentours de 13 Mds USD, afin de respecter les conditions de mise en œuvre de la DSSI, la partie domestique de la dette a elle augmenté de près de 40%, pour financer la forte augmentation des subventions dans le contexte de la campagne électorale. Fin 2020, la dette publique externe était principalement composés de prêts contractés auprès de la Chine (environ 30% – Exim China, China Development Bank, China National Aero-Technology Import & Export Corporation, etc.), de trois Eurobonds émis entre 2012 et 2015 pour un montant total de 3 Mds USD (un quart de la dette externe) et de financements multilatéraux (un autre quart, en particulier de la Banque Mondiale et de la Banque Africaine de Développement – BAfD). A noter que ces chiffres sont également largement sous-estimés, car ils ne prennent pas en compte les financements pour lesquels l’Etat s’est engagé (la plupart du temps adossés à des projets d’infrastructures), mais qui n’ont pas été décaissés. Fin 2020, le montant de ces prêts non-décaissés s’élevait à environ 6 Mds USD. Dans ce contexte, les autorités ont été contraintes de faire défaut sur le remboursement des créances non-G20 et non-multilatérales, principalement des échéances d’Eurobonds. Selon le ministère des Finances, le montant des arriérés externes s’élevait à 870 MUSD à fin 2020.

A noter que la pression sur la dette externe liée à la dépréciation du taux de change, s’est inversée ces dernières semaines. Entre mi-juillet et mi-août, l’intervention massive de la banque centrale (Bank of Zambia – BoZ) sur le marché des changes s’est traduite par une appréciation de la monnaie domestique de près de 20% par rapport à l’USD. D’autre part, on observe depuis l’élection du nouveau président un regain d’intérêt de la part des investisseurs pour la dette zambienne, ce qui a aussi permis de soutenir le cours du kwacha, qui a encore gagné près de 20% face à l’USD en un mois.

3. Relations avec la communauté financière internationale

La Zambie est éligible aux financements les plus concessionnels des banques multilatérales de développement. Le portefeuille de la Banque Mondiale compte une vingtaine de projets actifs, pour un montant total de 1,5 Md USD. Quatre nouveaux projets ont été engagés en 2020 (310 MUSD) : soutien au secteur de la santé dans le contexte de la crise, agriculture, éducation et genre. Jusqu’à présent deux nouveaux projets ont été engagés en 2021, pour un montant de 120 MUSD – des financements visant à soutenir la réponse du gouvernement face à la crise. Le portefeuille de la BAfD compte un peu plus d’une vingtaine de projets actifs, pour un montant de 800 MUSD. Aucun projet important n’a été engagé en 2020. En 2021, elle a financé un programme d’aide alimentaire à hauteur de 1,4 MUSD.

Depuis l’expulsion du représentant pays en août 2018, les relations étaient très tendues entre le gouvernement zambien et le FMI. La crise a permis un certain apaisement : une nouvelle représentante a été nommée il y a un peu moins d’un an, le directeur Afrique du Fonds s’est rendu Lusaka en décembre 2020. A partir de cette date les discussions ont pu reprendre sur la mise en œuvre d’un programme de financement. Toutefois, les négociations ont été interrompues au mois de mai, car l’ensemble du gouvernement a démissionné en amont des élections, comme le prévoit la constitution. L’enjeu pour la nouvelle équipe gouvernementale est désormais de parvenir rapidement à un accord de financement, ce qui ouvrirait la voie à un traitement de la dette dans le cadre du Common Framework décidé par les pays du G20. Les conditions à remplir sont cependant nombreuses et les efforts à réaliser conséquents pour parvenir à un début de résolution de la crise zambienne. Sur le plan des réformes, le gouvernement devra s’engager à (i) Améliorer le climat des affaires (pour les multinationales du secteur minier notamment) ; (ii) Assainir les finances publiques (réforme fiscale, apurement des arriérés domestiques, amélioration de l’efficacité des dépenses – rationalisation des programmes de subventions, réduction de la masse salariale de la fonction publique, etc.) ; (iii) Renforcer la transparence et la gestion des finances publiques. Par ailleurs, le FMI n’engagera pas de nouveaux financements si la dette du pays n’est pas considérée comme soutenable. En parallèle, le gouvernement doit donc avancer dans ses discussions avec ses principaux créanciers – Chine et détenteurs d’Eurobonds en tête. L’arrivée au pouvoir de M. Hichilema, favorable à un accord avec le FMI, devrait permettre l’accélération des discussions. Les observateurs estiment qu’un accord pourrait être trouvé d’ici le premier trimestre 2022.

Enfin, la Zambie a bénéficié d’une enveloppe de 1,4 Md USD sans contrepartie, au titre de l’allocation générale de Droits de Tirage Spéciaux (DTS), ce qui a permis de plus que doubler les réserves de change.

4. Aide publique au développement de la France

Entre 2016 et 2018 (dernières données disponibles), la Zambie a reçu en moyenne 700 MUSD de versements bruts d’Aide Publique au Développement (APD) par an de la part des bailleurs bilatéraux. La grande majorité de cette somme provenait des Etats-Unis (environ 65%) et dans une moindre mesure de Suède (8%), du Japon et de l’Allemagne (5% chacun). La contribution de la France à l’APD bilatérale en faveur de la Zambie n’a représenté que 2% du total (un peu plus de 15 MUSD par an en moyenne), avec notamment le décaissement de plusieurs prêts de l’AFD pour des projets dans le secteur des transports et de l’énergie.

5. Relations économiques avec la France

5.1. Échanges commerciaux avec la France

En 2020, le commerce bilatéral entre la France et la Zambie a augmenté de 6%, pour atteindre un peu plus de 33 MEUR – après avoir diminué de 13% en 2019. Cette évolution résulte en grande partie de la hausse de nos importations (+18% à 9 MEUR), principalement due à l’augmentation des ventes de produits agricoles et de produits issus des industries agroalimentaires (tabac brut, fruits exotiques, etc.). Les importations de la France en provenance de Zambie se composent principalement de pierres précieuses (60% en moyenne sur les cinq dernières années), de produits agricoles (15%) et de tabac (10%). Nos exportations à destination du pays ont aussi progressé, mais dans une moindre mesure (+2% pour atteindre 24 MEUR). Cette évolution résulte principalement de la progression des ventes d’équipements mécaniques, électriques, électronique et informatique (premier poste d’exportation avec plus de 60% du total – notamment des machines industrielles et agricoles). In fine, notre excédent commercial bilatéral (structurel) vis-à-vis de la Zambie a diminué de 6%, pour atteindre 16 MEUR en 2020. La Zambie est notre 148ième client à l’échelle mondiale et le 38ième  en Afrique sub-saharienne.

5.2. IDE et présence française

Le stock d’IDE français en Zambie s’élevait à 135 MEUR en 2019. Ces investissements concernaient principalement le secteur de l’immobilier et dans une moindre mesure celui de la distribution. Une quinzaine d’entreprises françaises sont implantées en Zambie, employant plus de 1 500 personnes. Il s’agit principalement de grandes entreprises, opérant dans les secteurs énergétique (Total dispose notamment d’un réseau de distribution d’une soixantaine de stations-services ; Engie et Neoen), du transport et de la logistique (Bolloré, CMA-CGM, AGS), du BTP (Solétanche Freyssinet/Vinci Construction, Razel-Bec), de l’agroalimentaire (Parmalat-Lactalis) et des services (Newrest, JCDecaux, Ipsos et Bureau Veritas).

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