Fiche pays Zambie (Avril 2019)

  • Une situation politique qui pose question au regard du traitement réservé à l’opposition

Le président Edgar Lungu a été réélu en août 2016 avec l’étiquette du Front patriotique – la précédente élection de janvier 2015 lui avait permis de terminer le mandat du président Michel Sata, décédé l’année précédente. Suite à l’élection de 2016, dont les résultats ont été contestés, les tensions politiques se sont accrues dans le pays. Le traitement réservé à certains membres du Parti unifié pour le développement national (principal parti d’opposition) a été souligné par plusieurs observateurs.

  • Une économie dépendante de l’exploitation du cuivre et peu inclusive  

Avec un PIB de 25 Mds USD en 2018, la Zambie est la 4ème économie d’Afrique australe, derrière l'Afrique du Sud, l'Angola et le Zimbabwe – le pays est aussi le 5ième plus important marché de la sous-région, avec une population de 18 M habitants. L’économie zambienne représente 4,3% du PIB d’Afrique australe et 1,5% de celui d’Afrique sub-saharienne. L’économie du pays est très dépendante du secteur minier qui représente environ 15% du PIB et plus de 75% des recettes d’exportation en moyenne ces dernières années – en particulier du cuivre : 2ème producteur au niveau du continent derrière la République Démocratique du Congo. L’économie zambienne est donc largement tributaire de la volatilité du marché de ce minerai.

Avec un PIB par tête de 1 515 USD en 2018, la Zambie appartient à la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (classement Banque Mondiale). Par ailleurs, le pays  est très marqué par un certain nombre de problèmes sociaux. Actuellement, près de 60% de la population vivrait avec moins de 1,9 USD par jour, un taux en augmentation depuis 2010. Sur cette même période, on note également une augmentation des inégalités (le coefficient de Gini est passé de 55,2 en 2010 à 55,6 en 2018) et l’Indice de Développement Humain reste très faible – la Zambie se situe au 144ème rang sur 188 pays. L’économie est peu inclusive, elle est centrée sur des secteurs d’activité à forte intensité capitalistique et/ou de rente (les mines, la construction et la distribution) qui sont largement contrôlés par des investisseurs étrangers, pour lesquels l’Etat peine à collecter des revenus et/ou dont les bénéfices sont captés par une petite partie de la population.

  • La croissance se redresse lentement après la crise de 2015/2016

Entre 2005 et 2014, la Zambie a enregistré une croissance soutenue, proche de 7,5% en moyenne, avec un pic à plus de 10% en 2010. Pendant cette période, l’économie a été essentiellement portée par la bonne orientation des marchés des matières premières, en particulier par le super-cycle du cuivre. En 2015, le pays a été touché brutalement par la chute des cours du cuivre et par un épisode de sécheresse qui a fortement affecté le secteur agricole et la production d’électricité – ce qui s’est traduit par une dégradation importante des fondamentaux économiques : chute de la croissance, forte accélération de l’inflation et dépréciation du kwacha.

Depuis 2017, l’on observe une stabilisation du cadre macroéconomique, permise par un fort resserrement de la politique monétaire menée par la Banque centrale qui a relevé son taux directeur jusqu'à 15,5% en novembre 2015. Toutefois, cette stabilisation s’est faite au détriment de la croissance, qui a été fortement affectée par les taux intérêt très élevés ayant entrainé un assèchement du crédit au secteur privé. A partir de février 2017, la Banque centrale a engagé un mouvement d’assouplissement de sa politique monétaire qui s’est poursuivi jusqu’en février 2018. Cela a permis de soutenir la croissance, en cours de redressement (3,5% en 2018) grâce à la bonne orientation des prix et de la demande de cuivre sur les marchés internationaux. Toutefois, les marges de manœuvre de la Banque centrale pour continuer à assouplir sa politique monétaire semblent épuisées devant la reprise de l’inflation qui a atteint 7% en moyenne en 2018 et qui devrait atteindre plus de 10% en 2019.

Pour 2019, le FMI table sur une décélération de la croissance à 3,1%, loin du potentiel du pays et du taux nécessaire pour augmenter le revenu par tête compte de l’accroissement démographique rapide de la Zambie.

  • La question de la soutenabilité des finances publiques est de plus en plus préoccupante

La Zambie enregistre des déficits publics largement supérieurs à 5% du PIB depuis 2013, avec des pics, comme en 2015 à près de 9,5% du PIB. Malgré quelques efforts d’assainissement budgétaire ces dernières années (lancement du processus de réforme des subventions à l’énergie et à l’agriculture, stabilisation de la masse salariale qui représente tout de même 45% des dépenses publiques), le gouvernement zambien a montré sa difficulté à mobiliser des ressources fiscales et son incapacité à maitriser ses dépenses – avec le lancement de nombreux projets, notamment d’infrastructures. Ces dernières années, le budget a également été plombé par le remboursement des arriérés de l’Etat qui ont été estimés à environ 1 Md EUR à la fin du premier semestre 2018. Si le gouvernement a commencé à traiter ce problème en remboursant une partie des arriérés en 2016 et en 2017, il semble que cet effort se soit arrêté en 2018. Enfin, les marges de manœuvre budgétaire sont largement limitées par l’explosion du service de la dette qui devrait représenter près du quart du budget en 2019.

La dette publique zambienne a fortement augmenté ces dernières années, alimentée par l’accumulation des déficits budgétaires et par la dépréciation du kwacha qui a perdu 46% de sa valeur par rapport au dollar entre janvier 2015 et fin 2018 – dans un contexte de fort creusement du déficit de la balance des transactions courantes (aux alentours de -5% du PIB ces dernières années), de ralentissement des investissements étrangers et de réduction des réserves de change (qui atteignaient 1,6 Mds USD fin décembre 2018, soit un peu moins de deux mois d’importations. Selon le FMI, la dette publique de la Zambie est passée de 36% du PIB en 2014 à plus de 70% à la fin de 2018 – principalement via l’augmentation de la dette extérieure qui représente près des deux tiers de la dette publique totale, ce qui la rend très vulnérable au risque de change. La dette publique extérieure zambienne a particulièrement augmenté vis-à-vis de la Chine dont l’encours représente près de 30% du total, selon les derniers chiffres connus. Par ailleurs, 40% de la dette publique extérieure zambienne est composée d’obligations souveraines émises sur les marchés internationaux en 2012, 2014 et 2015, pour un montant total de 3 Mds USD. Le principal de la première obligation, d’un montant de 750 MUSD, est dû dès 2022. Il s’agit d’un autre point d’inquiétude à court et moyen terme.

Les dernières analyses de soutenabilité de la dette du FMI ont classé le pays en risque élevé de surendettement (high level of debt distress). Ces deux dernières années, le gouvernement zambien a engagé sa signature sur un certain nombre de projets dont les financements (extérieurs) n’ont pas encore été décaissés mais qui viendront alimenter la dette publique dans les années à venir. Les estimations selon les interlocuteurs varient entre 6 Mds et 9 Mds USD sur la période 2017-2018 – ce qui représente entre 23% et 35% du PIB.

Dans ce contexte, les relations entre le gouvernement zambien et le FMI sont très tendues. Si les deux parties semblent toujours enclin à discuter (une mission article IV s’est déplacée à Lusaka du 16 au 30 avril derniers), les perspectives de signature d’un accord semblent éloignées. Le FMI insiste sur la nécessité d’engager un processus d’assainissement budgétaire, de poursuivre le remboursement des arriérés de paiement qui pèsent sur les entreprises (publiques et privées) et donc sur la croissance, d’éviter de contracter de nouveaux engagements financiers non-concessionnels et de procéder à la réforme de la gestion des finances publiques (marchés publics, cycle et engagement des projets, etc.). Du fait de ces difficultés, les agences de notation ont poursuivi leur mouvement de dégradation de la notation souveraine du pays en 2018 : Moody’s de B3 à Caa1, soit le premier rang de la notation « default » ; Standard & Poor’s et Fitch à B- (investissement très spéculatif).

  • Une fragilisation du secteur bancaire

On a observé ces dernières années une fragilisation du secteur bancaire. La qualité des actifs s’est sensiblement détériorée – avec une augmentation de la part des prêts non performants qui sont passés de 10% en janvier 2017 à 12,5% en juin 2018. De plus, le secteur a pâti de la politique de resserrement monétaire qui a asséché le crédit domestique au secteur privé, ce qui a pesé négativement sur son activité et sur la rentabilité du secteur – ROE à 10,5% en juin 2018. Toutefois, la plupart des banques restent bien capitalisées – avec un ratio de fonds propres compris entre 12% et 13% ces dernières années.

Une évaluation récente du FMI rapporte que la supervision du secteur n’est pas pleinement efficace en raison du manque de ressources de la Banque centrale et de la fonction judiciaire pour mener à bien cette mission.

  • Un environnement des affaires à améliorer pour attirer les investisseurs

Bien que l’économie zambienne dispose d’atouts importants (richesses minières, potentiel hydroélectrique significatif, foncier agricole disponible, attractivité touristique), elle reste toutefois peu attrayante pour les investisseurs étrangers. Selon le rapport 2018 du World Economic Forum, la Zambie se classe à la 118ième position sur 140 pays en matière d’environnement des affaires. Le pays est classé au-delà de la 100ième place aussi bien pour ce qui concerne la qualité de ses infrastructures que la stabilité de la situation macroéconomique. L’indicateur n’a pas connu d’évolution majeure ces dernières années.

Publié le