L’économie sud-africaine sur la voie de la reprise avec une croissance du PIB de 66,1% au troisième trimestre 2020 (décembre 2020)

L’agence nationale des statistiques a annoncé un net rebond de l’activité au troisième trimestre (+66,1%) après quatre trimestres consécutifs de récession. Cette évolution marque ainsi la reprise économique faisait logiquement suite à la levée des restrictions sanitaires  qui avaient entraîné une contraction du PIB inédite au deuxième trimestre (-51,7%). Les secteurs de l’industrie, de l’extraction minière et du commerce domestique ont été les plus dynamiques – ceux-là même qui avaient souffert des plus fortes baisses d’activité au deuxième trimestre, témoignant ainsi d’un rééquilibrage de l’économie. Toutefois, si la reprise est plus marquée qu’attendue, l’impact de la crise demeure particulièrement important et l’Afrique du Sud subira une récession record sur l’année 2020 (prévisions de croissance du FMI de -8%).

1. Mardi 8 décembre, l’agence nationale des statistiques a annoncé une croissance du PIB de 66,1% au troisième trimestre (variation trimestrielle annualisée et corrigée des variations saisonnières). L’économie enregistre ainsi  un retour à la croissance après quatre trimestres consécutifs de contraction du PIB respectivement -1,7% et -51,7% au premier et deuxième trimestre 2020. Le troisième trimestre témoigne ainsi d’un quasi retour à la normale après le choc économique d’offre et de demande provoqué par la pandémie de Covid-19, qui a entraîné une rupture des chaines de production au niveau mondial, une baisse de la demande extérieure et intérieure avec des mesures strictes de confinement, une défiance des entreprises, etc. La réouverture du commerce international et la levée progressive des mesures de restriction ont permis une relance de l’activité et des exportations depuis juin. Pour rappel, l’impact du Covid-19 sur l’économie sud-africaine a été d’autant plus important que celle-ci était déjà fragilisée avant la crise mondiale, souffrant d’importants déséquilibres structurels (faible croissance, entreprises publiques non performantes, dégradation des finances publiques etc.).  

2. L’augmentation du PIB au troisième trimestre s’explique principalement par un retour quasi-normal des niveaux des productions industrielle et minière,  les secteurs de l’économie qui avaient été les plus touchés par les mesures de confinement. La production manufacturière connaît le plus fort rebond (+210,2% et +16,2 points de pourcentage – pp – de contribution positive après une contraction de -74.9% et  -10,8 pp de contribution négative au trimestre précédent), avec notamment une relance significative de la production agro-alimentaire et des industries orientées vers l’export – acier et fer ; pétrole, produits chimiques et plastiques ; équipements de transport. Elle est suivie par l’industrie minière (+288,3% et + 11,8 pp contre -73,1% et -6 pp au deuxième trimestre), qui enregistre une forte augmentation de l’extraction des minerais de fer et de manganèse ; d’or et de diamants. Ces deux secteurs profitent de la réouverture du commerce international, plus marquée qu’espérée et du  renforcement des cours des matières premières. Les secteurs du commerce domestique (+ 137%, +14,6 pp), ainsi que ceux du transport et de la communication (+79,3% ; +5.38pp) se sont également fortement repris, grâce au retour de la confiance des consommateurs et entreprises ainsi que de l’autorisation des déplacements interprovinciaux. Le secteur touristique reste toutefois le plus affecté et ses perspectives de reprise sont à moyen terme seulement.

3. Par ailleurs, plus globalement, l’ensemble des secteurs enregistrent une croissance de leur activité sur la période. Le secteur agricole suit un développement plus modéré (+18,5% ; +0,6 pp), mais celui-ci il était le seul marqué par une expansion au deuxième trimestre, limitant marginalement l’impact de la récession. Il confirme donc son dynamisme sur l’année, résultat des bonnes récoltes de la saison. Le secteur financier a également suivi une reprise davantage atténuée (+16.5% ; +4,4 pp), de même que les services publics, qui sont le poste contribuant le plus faiblement à la croissance sur la période (+0,9% ; + 0,2 pp).

4. D’un point de vue de la demande interne, la consommation des ménages et les exportations sont les principaux contributeurs à la croissance du PIB. La consommation des ménages se relève fortement (+69,5% et une contribution positive de 43.8 pp), notamment portée par le secteur des transports (+173%, +17.2 pp), la hausse de l’achat de tabac et de cigarettes (+673% ; +9,5 pp), dont la vente était interdite pendant le confinement et celle de biens alimentaires (+39,4% ; 9,1 pp). Par ailleurs, les exportations doublent avec la reprise des échanges internationaux face à des importations en recul (-1.6%) du fait d’une demande intérieure qui reste en berne : les exportations nettes influent donc considérablement sur l’évolution du PIB (+38,9 pp). Les investissements rebondissent de 26,5%, ce qui demeure relativement modeste en comparaison de leur contraction de 58.9% au trimestre précèdent : ils restent ainsi marqués par l’impact de la crise sur le profit des entreprises – ce qui a poussé nombre d’entre elles à revoir leurs plans d’investissement, ainsi que par des perspectives de croissance à moyen terme peu prometteuses, du fait des déséquilibres structurels de l’économie sud-africaine déjà présents avant la crise mondiale. Les dépenses gouvernementales progressent très légèrement (+0,7%). A noter qu’à l’inverse, les difficultés d’approvisionnement et l’incertitude ont poussé les entreprises à écouler massivement leurs stocks (-156.2%, -20.5% pp).

5. In fine, bien que le rebond économique ait été plus marqué qu’espéré (+50,3% anticipé par la SARB), il reste à nuancer. Il s’agit en effet avant tout d’un rééquilibrage face au choc économique sans précédent subi au deuxième trimestre. L’économie demeure affaiblie : le marché du travail déprimé et le faible niveau d’investissement laissent à prévoir une reprise lente. Ainsi, si l’on prend en compte le cumul annuel (year-to-date), le niveau de production national demeure 7.9% en deçà de celui de la même période de 2019 – les secteurs de la construction (-20%), du transport et de la communication (-15,6%) et de l’industrie (-14,9%) enregistrant les baisses les plus significatives. De même, pour le cumul annuel de la consommation des ménages et du niveau d’investissement, qui enregistrent un recul (respectivement -6.8% et -15,5%). Enfin, à noter que dans un contexte de forte dégradation des finances publiques, le besoin d’assainissement budgétaire va limiter les dépenses publiques et donc l’impact de l’Etat dans la relance économique

 

 

 

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