Indicateurs et conjoncture

La dynamique de croissance du Kosovo (+4,9 % en 2019) a été durement impactée par la crise. Le pays a enregistré une récession de -6,0 % en 2020, mais pourrait connaître une croissance supérieure à +4,5 % en 2021. Pour faire face à la crise sanitaire et financière, le Kosovo a obtenu un soutien renforcé des IFIs, une ligne repo de la BCE (100 M EUR) et une assistance macro-financière de l’UE (décaissement de 100 M EUR en deux tranches). Le gouvernement kosovar est déterminé à mener les réformes nécessaires à l’assainissement de la gouvernance publique, en luttant contre la corruption, et à l’amélioration du marché du travail (47 % des jeunes sont au chômage).

1/ Une économie fragile, durement impactée par la crise du Covid-19
  • Une dynamique de croissance cassée par la crise

Le Kosovo était, avant la crise, dans une dynamique de croissance (+3,8 % en 2018 et +4,9 % en 2019) avec une inflation à +2,7 %. Nonobstant un PIB/hab. de seulement 3 947 euros (11 005 euros en PPA), la croissance repose sur la consommation, elle-même très dépendante des remises de la diaspora (15,6 % du PIB en 2019).

Cette dynamique a été stoppé par la pandémie et en 2002 le pays a enregistré une récession de -6,0 %, mais pourrait renouerait avec une croissance de +4,5 % en 2021, sous réserve d’une montée en régime de la campagne de vaccination, pour l’heure dépendante du dispositif COVAX, et de +5,5 % en 2022.

  • Une politique de soutien budgétaire importante

Pour faire face à la crise, le gouvernement a adopté un paquet de réponse budgétaire de 5,2 % du PIB en 2020 (dont 4,3 % a été effectivement dépensé en 2020) : un paquet de 180 M€ en mars 2020 pour soutenir les commerces, le système de santé, l’emploi et les personnes les plus vulnérables ; un paquet de 185 M€ en juillet 2020 pour poursuivre les mesures en place et soutenir l’économie. Un 3ème paquet de soutien de 2,5 % du PIB est venu compléter en janvier 2021 les mesures déjà en place.

Pour assurer le financement de ces mesures de soutien à l’économie, le pays a émis 170 M EUR d’obligations du trésor et devrait mettre en place un dispositif d’obligations destinées à la diaspora[1]. La dette publique a augmenté de +6,8 pp en 2020 (24,4 % du PIB), et devrait dépasser le seuil de la clause légale d’investissement dès 2022 (30,2 % du PIB)[2]. Le déficit budgétaire, limité à -2,0 % par la règle budgétaire[3], a atteint -7,7 % en 2020 et resterait élevé en 2021 à -5,9 % du PIB avant de se stabiliser autour de -3,0 % du PIB à moyen terme.

  • Un compte courant qui se dégrade et un déficit commercial qui reste structurellement important

Le déficit commercial des biens, structurellement important (-40 % en 2019), n’a que peu baissé durant la crise (-37,5 % en 2020) alors que l’excédent de la balance des services a diminué sous l’effet de l’arrêt du tourisme, passant de +13,1 % en 2019 à +5,8 % en 2020. Toutefois les remises de la diaspora ont progressé à 14,2 % du PIB en 2020 (contre 11,6 % du PIB en 2019), et ont permis de contenir la dégradation du déficit courant à -7,5 % du PIB (contre 5,5 % en 2019).  Les flux net d’IDE (toujours inférieurs à 4,0 % du PIB) ne compensent pas la détérioration du déficit courant. Selon le FMI, en 2021 le déficit courant se résorberait à -6,4 % du PIB principalement sous l’effet de la reprise attendue du tourisme, avec des niveaux de remises qui resteraient les mêmes que ceux observés en 2020.

  • Le secteur bancaire

Le Kosovo, qui a unilatéralement adopté l’euro, n’a encore jamais décidé d’accéder aux marchés financiers internationaux. Le secteur bancaire, dominé par les banques étrangères (9 sur 11), reste solide et liquide, le niveau des dépôts (4,4 Mds EUR en mars 2021) demeurant largement supérieur au montant total des prêts (3,3 Mds EUR). S’il est nécessaire  d’attendre la fin de l’année pour constater l’impact du retrait du moratorium sur le taux de NPL(à 3 %, l’un des plus bas de la région)[4], les derniers stress tests menés par la Banque centrale n’ont pas identifié de vulnérabilité particulière au sein du secteur[5].

  • Une structure économique fragile

Fin 2020, le PIB /habitant en PPA était limité à 26 % de la moyenne de l’UE 27. L’économie informelle était estimée à 39 % du PIB en 2016 par le FMI. Les problématiques de l’inemploi (taux d’emploi de 30,1 % et de seulement 14,4 % pour les femmes) et du chômage (25,6 % et près de 47 % chez les jeunes) sont prégnantes au Kosovo. Au sein de la population (1,8 M d’habitants) près de la moitié a moins de 18 ans, et 49,4% des 15-24 ans sont touchés par le chômage[6].

La base productive du pays est réduite et repose largement sur la production de matières premières, secteur lourdement impacté par la baisse de la demande lors de la crise : les métaux, minerais et matières plastiques représentent près de 49 % des exportations. L’agriculture, qui constitue 6,9 % de la valeur ajoutée, a été relativement épargnée par la crise, mais souffre d’un manque général de productivité.

2/ Une nécessaire amélioration de la gouvernance publique
Pour faire face à la crise, le Kosovo a reçu en avril 2020 un prêt de 51,6 M EUR de la part du FMI via l’Instrument de Financement Rapide. La Banque de développement du Conseil de l’Europe a accordé le 12 mai un prêt de 25 M EUR au pays pour soutenir le système de santé. L’Union européenne a quant à elle aidé le Kosovo à hauteur de 228 M EUR au total, dont un prêt de 100 M EUR au titre de l’assistance macro-financière (AMF).
  • Une structure économique fragile

La seconde tranche de AMF UE (50 M EUR) a été versée le 1er juin 2021. Cette dernière était assortie de conditionnalités qui ont été mises en œuvre, au regard notamment :

° Des finances publiques, en préparant une proposition en lien avec les IFI’s de création d’un nouvel organe de surveillance budgétaire et en s’assurant de la bonne mise à jour des prévisions macroéconomiques lors des projets de Loi de Finance.

°Du secteur financier, en réalisant une étude sur l’endettement des ménages auprès des institutions bancaires et non-bancaires

°De la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption : i) en réalisant des propositions de lois pour améliorer la collecte fiscale et lutter contre l’informalité, ii) en réalisant une proposition de loi sur l’état de droit basée sur les secteurs stratégiques, iii) assurer la transparence budgétaire des mesures d’urgences.

°De la relance économique, en préparant l’étude de faisabilité du projet de Garantie pour les Jeunes.

  •   Les recommandations du FMI et de la Banque mondiale

Sur le plan social, le FMI et la Banque mondiale préconisent un meilleur ciblage des allocations sociales sur les personnes les plus pauvres (20,8 % de la population se trouve sous le seuil de pauvreté), associé à une rationalisation de la dépense publique. Ils recommandent aussi d’investir dans le capital humain via un ensemble de mesures visant à améliorer les prestations du système éducatif (extension de l’éduction pré-primaire, renforcement de l’enseignement scientifique et technique, formation des professeurs, introduction d’outils d’évaluation par une agence indépendante, développement accru des outils numériques etc.).

 

[1] Le ministère des Finances a annoncé le 6 juillet l’émission, le 20 août, d’obligations du trésor afin de capter les fonds de la diaspora et de les rediriger vers les secteurs productifs de l’économie. Les obligations (montant minimum de 10 K EUR et maximum de 500 K EUR) auront une maturité de 3 ans (coupon de 1,2 %) ou 5 ans (coupon de 2,2 %). L’émission devrait atteindre 20 ou 30 M EUR, selon la demande. 6 banques sont impliquées dans le dispositif : Economic Bank, NLB Bank, National Trade Bank, Bank for Business, ProCredit Bank et Raiffeisen Bank.

[2] Excluant de facto (jusqu’en 2025) les investissements sur financement des IFIs (déficit primaire estimé à - 7,7 % par le FMI). Cette clause est elle-même liée au respect d’un plafond d’endettement fixé à 30% (recommandation du FMI de le porter à 40%, pour l’heure non appliquée).

[3] La règle budgétaire a été écartée pour une durée indéterminée pendant la crise sanitaire. Le déficit budgétaire devrait atteindre -5,1 % en 2021 -3,1 % en 2022.

[4] Le taux de NPL est de 2,7 % en mars 2021. Seuls 5,2 % des prêts ont été restructuré dans le cadre du moratoire sur les prêts, qui s’achèvera fin 2021.

[5] Seule l’hypothèse d’une augmentation de +8 pp du taux de NPL entraînerait des vulnérabilités au sein de certaines banques kosovares.

[6] 40% des personnes en âge de travailler ne disposent d’aucune éducation post-primaire.

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