KOSOVO
Situation économique et financière en 2025
Le Kosovo affiche des taux de croissance soutenus depuis la reprise (~4%), en lien avec sa trajectoire de rattrapage. Son économie est dépendante du secteur externe, pour les importations, les transferts de la diaspora, les investissements et les financements concessionnels. Depuis les élections législatives février 2025, l’absence de majorité claire au Parlement réduit les marges de manœuvre du gouvernement. Les deux élections anticipées en décembre 2025 et en juin 2026 n’ont pas permis de débloquer la situation.
La croissance ralentit. Depuis 2022, la croissance moyenne du Kosovo est de 4,3 %, dépassant ses voisins (Albanie à 4,2 %, Serbie à 3,4 %). Après 4,6 % en 2024, elle ralentit d’1 pp à 3,6 % en 2025. L’activité est toujours déséquilibrée entre une forte dépendance à la demande des ménages (contribution de 4 pt), et une moindre contribution de la consommation publique (1 pt) et de l’investissement (0,5 pt). Malgré leur atténuation, les gains de pouvoir d’achat continuent (les salaires réels augmentent de 9,5 % contre 13 % en 2024 ; pour un salaire net moyen de 636 EUR). Le commerce extérieur contribue négativement à la croissance (-2,2 pt), en raison de besoins d’importations substantiels (près de 60 % du PIB pour les biens) et croissants (+8,1 %, notamment énergie et alimentaire). En janvier 2026, le salaire minimum (20 % des emplois) a été relevé de 350 EUR à 425 EUR par mois, ce qui devrait alimenter la consommation. Au T1 2026, la 1ère estimation locale augure une reprise (+5,4 %), mais le FMI anticipe plutôt une croissance de +3,3 % sur l’année.
L’inflation accélère à 3,9 % en 2025, après avoir bien ralenti à 1,6 % en 2024, en raison des prix alimentaires, qui représentent 40 % de l’indice, et de l’énergie (hausse de 16 % des tarifs réglementés de l’électricité, importations). Le déclenchement de la guerre au Moyen Orient a aggravé ce tableau, l’inflation atteignant 6,8 % en mai. Elle devrait tangenter les 6 % en moyenne sur l’année d’après le FMI. La Banque centrale ne dispose pas de marge manœuvre pour lutter contre l’inflation, le pays ayant unilatéralement adopté l’euro.
Le déficit courant s’alourdit à 9,6 % du PIB en 2025 (7,6 % du PIB en 2023 et 8,4 % en 2024). Le déficit commercial sur les biens s’approche de 50 % du PIB : les besoins d’importation ne ralentissent pas, tandis que les exportations stagnent. L’excédent dans les services s’améliore (de 17,3 à 19,8 % du PIB), grâce aux séjours de la diaspora qui alimentent les recettes touristiques. Les revenus primaires (2,8 %) et secondaires (19 %) sont pourvoyeurs de devises et de stabilité, soutenant le pouvoir d’achat des résidents ; la part des revenus secondaires dans le PIB (incluant les transferts de fonds) se réduit néanmoins (21,3 % du PIB en 2023). Le déficit courant (9,6 % du PIB) est financé par les IDE (5,8 % du PIB), les autres investissements (4,2 % du PIB), et des transferts de fonds et services touristiques non identifiés (inscrits en erreurs et omissions pour 3,2 % du PIB). Le compte de capital enregistre des sorties (3,7 %), en raison d’investissements du fonds de pension public (KPST).
Un budget social et expansif, avec un déficit qui reste contenu à 0,8 % du PIB. En 2023 et 2024, le Kosovo enregistrait un solde public proche de l’équilibre (-0,2 % et -0,3 %). La hausse des retraites, de 20 % en octobre 2024, puis de 25 % en novembre 2025, explique, avec celle des salaires minimums, l’introduction d’un 13e mois dans le secteur public, et les transferts sociaux, la dégradation des comptes publics (le coût de ces mesures sociales est estimé par le FMI à 2,7 % du PIB en 2025 et 1,8 % en 2026). L’exécution des investissements publics s’améliore (autour de 80 %). Les recettes progressent également, mais à un rythme moindre, et sont encore assez faibles (30,4 % du PIB ; 27 % du PIB pour les recettes fiscales). A l’issue du Sommet UE-Balkans Occidentaux du 17 décembre 2025, la Commission a débloqué les fonds IPA gelés en juin 2023 (205 M EUR – versés début 2026) suite aux tensions interethniques dans le Nord.
La dette publique est limitée à 17,5 % du PIB. C’est le ratio le plus faible de la région, en diminution grâce à la forte croissance du PIB nominal et aux surplus primaires enregistrés en 2023 et 2024. Elle est à 52 % détenue au niveau domestique, par une base de créanciers étroite, ce qui pourrait compromettre les prochaines émissions. Le Fonds de retraites national (KPST) détient 41 % de la dette domestique, mais atteindra bientôt la limite de son portefeuille, tandis que les banques commerciales et la banque centrale en détiennent respectivement 25 % et 24 %. La dette publique est à 48 % externe. La dette publique externe est fortement concessionnelle (40 % Banque mondiale, 20 % FMI, 12 % UE, 9 % BEI). Le Kosovo est noté BB- par Fitch (confirmation en février 2026 avec une perspective stable), et n’a pas encore émis sur les marchés internationaux. En mai 2025, deux programmes FMI, validés deux ans plus tôt, ont été achevés : un Accord de Confirmation (à titre de précaution) et une Facilité pour la résilience et la soutenabilité (de 96,5 M EUR, entièrement utilisée).