La situation économique et financière de l’Ouzbékistan

1. Le modèle économique ouzbèke est en pleine transformation.

___________________________________________________________________________________________________

L’Ouzbékistan est le pays le plus peuplé d’Asie centrale, avec une population de 32,2 millions d’habitants. En 2017, le PIB nominal s’élevait à 47,9 Mds USD, soit un PIB par habitant de près de 1 500 USD. L’indice de développement humain est actuellement de 0,7, plaçant l’Ouzbékistan au 105ème rang mondial.

Jusqu’en 2017, les autorités ont mené une politique dirigiste avec des entreprises d’Etat exportatrices de matières premières bénéficiant de faibles coûts en monnaie locale et d’une protection artificielle – du fait des barrières aux échanges – qui permettaient de dégager des montants ensuite réinvestis dans le développement d’industries locales de substitutions aux importations (exemple de l’industrie automobile). D’autre part, le pays a connu un fort développement du secteur des PME. Ce système ne générait toutefois pas suffisamment de créations d’emplois pour les 500 000 nouveaux arrivants annuels sur le marché du travail, provoquant ainsi chômage et émigration.

Ce fonctionnement a en outre fait prendre du retard au pays en matière de développement économique et d’attraction des investisseurs internationaux, notamment du fait d’un accès complexe à la conversion de la monnaie locale en devises.

Depuis la disparition du Président I. Karimov en 2016, le pays connaît une vague de changements notoires, au premier rang desquels figurent le passage à un régime de change flottant et la convertibilité de la monnaie nationale depuis le 6 septembre 2017.

Par effet de contagion, la libéralisation a mis en lumière la nécessité de réformer en cohérence avec cette nouvelle politique dans plusieurs secteurs et notamment fiscal et douanier.

Dans le cadre de la libéralisation du marché, se pose également la question de l’avenir des entreprises publiques. Suite à la libéralisation du change, l’Etat a décrété un moratoire sur la dette des entreprises publiques mais cela ne règle pas le problème de fond de leur adaptation au nouvel environnement économique. Les privatisations de certaines entreprises ou l’ouverture de leurs marchés pourraient être envisagées.

Dans cette période de transition d’un modèle économique à un autre, certaines réformes apparaissent néanmoins délicates car elles dépendent d’arbitrages concernant le système que veut bâtir le pays pour les prochaines années et notamment la délimitation des rôles de l’Etat et du marché, ou nécessitent des compétences encore peu développées parmi les cadres des secteurs public comme privé.

Le climat des affaires reste l’un des plus difficiles de la CEI, malgré une progression spectaculaire de l’Ouzbékistan dans le classement Doing Business 2018 de la Banque mondiale passant à la 74ème place (87ème dans Doing Business 2017).

 

2. Une croissance en baisse mais des données désormais plus fiables

___________________________________________________________________________________________________

Après avoir enregistré une croissance officielle moyenne de près 8% par an de 2000 à 2016, selon les chiffres officiels –à relativiser en raison des doutes concernant la fiabilité des statistiques antérieures à 2017 –, la croissance du PIB en 2017 s’est élevée à 5,3% en g.a., chiffre repris par le FMI.  Ce qui serait la croissance la plus faible enregistrée depuis 2003 de source officielle. Le FMI prévoit 5% de croissance pour 2018 et 2019. Bien qu’inférieurs aux taux de croissance de 8% enregistrés annuellement les années précédentes, ces chiffres restent supérieurs aux prévisions du FMI pour les autres pays de la zone.

Taux de croissance annuel de l’Ouzbékistan par rapport aux pays de la zone entre 2007 et 2017

Taux de croissance annuel de l’Ouzbékistan

Source : FMI

La croissance a été soutenue par les bons résultats du commerce extérieur en 2017 : les exportations ont progressé de 15% en 2017 en g.a. – à 14 Mds USD –, tandis que les importations n’ont progressé que de 7,2% sur la même période en g.a. – à 13 Mds USD –, dégageant ainsi un excédent commercial d’1 Md USD. Toutefois, le commerce extérieur ouzbèk a débuté l’année 2018 sur une nettement moins bonne note avec un déficit commercial de 1,3 Md USD su janvier-avril, période au cours de laquelle les importations ont bondi de 57,8% en g.a. – 6,3 Mds USD – alors que les exportations n’ont progressé que de 48% en g.a. – 5 Mds USD –.

Les deux principaux partenaires commerciaux de l’Ouzbékistan sont la Chine et Russie qui ont fourni respectivement 21% et 20,6% des importations en valeur du pays et étaient clientes pour respectivement 16% et 15,5% des exportations ouzbèkes en valeur en 2017.

Les exportations ouzbèkes sont essentiellement composées d’hydrocarbures, métaux et produits agroalimentaires. Les données 2017 font état d’une forte augmentation des exportations de métaux (+30% en g.a.) ainsi que d’équipements et d’automobiles (+ 60% en g.a.).

Les flux d’investissements directs étrangers entrants auraient atteint environ 2,4 Mds USD, un niveau proche de celui observé en 2016 en USD.

Les transferts de migrants depuis la Russie, qui représentaient près de 12% du PIB en 2013, ont baissé de 59% entre 2013 et 2016 – suite à la crise de l’économie russe – et représentaient moins de 5% du PIB en 2016. La tendance s’est inversée en 2017 avec une progression de 42% en g.a. pour atteindre 3,9 Mds USD, soit 8% du PIB. Les transferts de fonds de migrants occupent néanmoins une place nettement moins significative dans l’économie qu’au Tadjikistan ou au Kirghizstan voisins.

L'Ouzbékistan dispose d'importantes réserves de change s’élevant à 28,3 Mds USD au 1er mai 2018, marquant une hausse de 1% depuis le début de l’année.  Les réserves représentent actuellement plus de deux ans d’importations.

3. L’inflation a fortement accéléré, notamment suite à la réforme monétaire.

___________________________________________________________________________________________________

Alors que jusqu’au 6 septembre 2017, il existait trois taux de change – un taux officiel, un taux de clearing boursier et un taux de marché noir – du jour au lendemain la Banque centrale a aligné le cours officiel – établi à 4 210,35 UZS pour 1 USD la veille – sur le cours du marché, soit environ 8100 UZS pour 1 USD. En unifiant les taux de change au taux du marché, la Banque centrale a de facto entériné une dépréciation, déjà établie sur le marché parallèle, de près de moitié de la valeur du soum. Le cours du soum se trouve désormais en situation de change flottant. Il s’échangeait à 7 944 UZS pour 1 USD le 7 juin 2018, soit un cours légèrement supérieur à celui du 6 septembre 2017.

Evolution du cours officiel du Soum par rapport aux monnaies des principaux partenaires commerciaux de l’Ouzbékistan

Evolution du cours officiel du Soum

Source : Banques centrales d’Ouzbékistan et du Kazakhstan

L’inflation a fortement accéléré en 2017 pour atteindre 18,9% en g.a. selon le FMI après 7,9% en 2016 en g.a. à 5,7% en 2016. Suite notamment à la libéralisation du change, l’inflation a bondi pour atteindre un niveau correspondant essentiellement à une officialisation du taux d’inflation jusqu’alors enregistré sur le marché parallèle. Par ailleurs, la croissance du crédit enregistrée au cours de l’année (cf. infra) pourrait également avoir contribué à la hausse de l’inflation. Les autorités s’attendent à ce que l’inflation reste forte en 2018 – comprise entre 11% et 12% – tout comme le FMI qui prévoit qu’elle atteindra 16,9% en 2018 en g.a.

Cette hausse de l’inflation a apparemment été anticipée par la Banque centrale qui avait relevé son taux directeur de 500 pdb de 9% à 14% le 28 juin 2017, probablement afin d’endiguer les risques d’accélération de l’inflation induits par l’alignement des cours et parer au risque d’emballement du crédit. 

Jusqu’en 2017, la situation budgétaire du pays était plutôt opaque. Le budget de l’Etat qui était légèrement excédentaire jusqu’en 2014 (+0,2% du PIB en 2014) était devenu déficitaire en 2015 (-1% du PIB). Une partie des ressources du Fonds pour la reconstruction et le développement (FRD), abondé par les recettes d’exportations de matières premières pour un montant annoncé de 25 Mds USD en 2016, a pu être transférée au budget, permettant au budget consolidé – budget de l’Etat et FRD – d’atteindre l’équilibre en 2016, l’excédent étant toutefois plus faible qu’en 2015. Le budget consolidé de l’Etat pour 2017 devrait enregistrer un excédent de l’ordre de 0,6% du PIB selon le FMI. Pour 2018 le projet de budget de l'Etat prévoit un excédent de 0,02% du PIB.

4. Le secteur bancaire va devoir s’adapter à un environnement en transformation

___________________________________________________________________________________________________

Avant les réformes lancées en 2017 – notamment la fin du double taux de change –, les banques ouzbèkes tiraient une partie de leurs revenus d’activités annexes comme le change au cours officiel – passage obligatoire pour les entreprises exportatrices – et différentes tâches de contrôle administratif – exécution des contrats, paiement des taxes – désormais caduques.

Plusieurs bailleurs de fonds internationaux coopèrent actuellement avec des banques ouzbèkes dans le but d’améliorer leur transparence – via notamment l’introduction progressive des normes comptables IFRS – et leur alignement sur les meilleures pratiques internationales.

Dans le cadre d’un secteur bancaire caractérisé par la prégnance de l’Etat – qui possède près de 80% du capital des 28 banques du pays – les banques assuraient relativement peu leur rôle de financement de l’économie, si ce n’est au travers de crédits dirigés aux entreprises des secteurs stratégiques. Le taux d’intermédiation financière a néanmoins enregistré une forte hausse au cours de l’année 2017 : Les crédits à l’économie représentaient 44,4% du PIB au 1er janvier 2018, contre 26,4% au 1er janvier 2017. Un fort effet de change est toutefois à souligner dans la mesure où 62% des prêts en valeur étaient libellés en devises au 1er janvier 2018 (43% au 1er janvier 2017).

Suite à l’augmentation du taux directeur de 9 à 14%, maintenu par la Banque Centrale le 28 avril 2018, les taux proposés par les banques seraient de l’ordre de 21% pour les particuliers et 19% pour les entreprises au 1er janvier 2018.

En raison du caractère autarcique du système financier, le système bancaire avait jusqu’alors été relativement peu impacté par les différents ralentissements et crises au niveau mondial. La prévalence de banques publiques, fortement soutenues par l’Etat – recapitalisées à hauteur de près de 700 M USD avant la réforme monétaire – au sein du système bancaire permet jusqu’à présent d’encaisser le choc de la réforme monétaire. Le ratio de crédits non performants demeure ainsi officiellement très faible – 2%–.

 

Clause de non-responsabilité - Le service économique s’efforce de diffuser des informations exactes et à jour, et corrigera, dans la mesure du possible, les erreurs qui lui seront signalées. Toutefois, il ne peut en aucun cas être tenu responsable de l’utilisation et de l’interprétation de l’information contenue dans cette publication.

 

 

 

Publié le