La situation économique et financière de l’Ouzbékistan

Pays le plus peuplé d’Asie centrale, avec une population de 34,2 millions d’habitants, l’Ouzbékistan est la deuxième économie de la zone avec un PIB nominal qui s’élevait à environ 58 Mds USD en 2019, soit un PIB par habitant de près de 1 750 USD. L’Ouzbékistan est touché par la crise de la COVID-19 alors qu’il traverse une période transformation économique. Malgré une baisse importante de l’activité, l’Ouzbékistan serait l’un des rares pays à ne pas connaître de récession en 2020.

I. Une économie relativement diversifiée en cours de tranformation

L’économie de l’Ouzbékistan repose assez largement sur l’exploitation des matières premières : les produits énergétiques (principalement le gaz), le coton, les métaux (or, cuivre) et les engrais représentent près des 3/4 des exportations. L’Ouzbékistan dispose néanmoins d’une économie relativement plus diversifiée que ses voisins. Les produits agricoles et agroalimentaires y occupent une place également non négligeable avec plus de 10% des exportations. Le pays a en outre conservé un tissu industriel hérité de l’URSS et de la politique dirigiste de substitution aux importations mise en œuvre après l’indépendance (automobile, agroalimentaire, construction, métallurgie, chimie). Le secteur des services n’est par ailleurs pas en reste avec notamment un fort développement du tourisme au cours des dernières années (favorisé par la mise en place de régimes sans visa avec de nombreux pays au cours des trois dernières années). L’Ouzbékistan a ainsi été visité par 8,3 millions d’étrangers en 2019, soit 30% de plus qu’en 2018 (6,4 millions), et près de 3 fois plus qu’en 2017 (2,8 millions).

Après avoir enregistré une croissance moyenne de près 8% par an de 2000 à 2016, selon les chiffres officiels – à relativiser en raison des doutes concernant la fiabilité des statistiques antérieures à 2017 –, la croissance du PIB s’est élevée à 4,5% en 2017. Elle a ensuite accéléré à 5,1% en 2018, puis 5,6% en 2019. La croissance est notamment tirée par l’investissement qui a augmenté de 33,9% en 2019 en g.a. pour représenter 39,8% du PIB et la consommation avec des ventes de détail en hausse de 7,9% en 2019 en g.a. La production industrielle progressait pour sa part de 6,6% en 2019 en g.a.

Depuis la disparition du Président Islam Karimov, suivie de l’élection du Président Shavkat Mirziyoyev le 4 décembre 2016 (avec 88,6% des suffrages), d’importantes réformes   permettent au pays de sortir de son modèle dirigiste, notamment : la convertibilité de la monnaie et la libéralisation du change, la réforme fiscale, l’amélioration de la statistique et la réorganisation des Ministères. Ces réformes font parties d’une stratégie globale sur cinq ans dont les objectifs devaient être atteints avant les élections présidentielles de 2021. La crise de la COVID-19 touche donc l’Ouzbékistan en plein cycle de réformes.

II. Crise de la COVID-19 et réponse des autorités

Au-delà d’un bilan officiel rassurant de 73 746 cas et 612 décès au 24 décembre 2020, l’Ouzbékistan semble touché tardivement mais assez fortement par l’épidémie, avec un pic à la fin du mois de septembre.

Dès la fin du mois de mars, des mesures de luttes contre l’épidémie ont été mises en place : fermeture des frontières, arrêt des transports en commun, limitation des déplacements vers la capitale, port du masque obligatoire et télétravail. Un régime de confinement  d’un mois a été introduit entre le 1er avril et le 10 mai dans la capitale, dans la ville de Noukous et dans toutes les capitales régionales.  Ces mesures ont été progressivement levées durant l’été, entrainant une forte recrudéscence de l’épidémie au cours de l’automne, obligeant les autorités à remettre en place certaines mesures de distanciation sociale.

L’économie Ouzbèke est touchée par la crise COVID-19 via plusieurs canaux, notamment : la chute des échanges commerciaux, la baisse des cours des hydrocarbures, la diminution des flux touristiques et les conséquences des restrictions locales. Le PIB n’a ainsi crû que de 0,4% en janvier-septembre 2020 en g.a. La consommation ralentit mais reste en territoire positif avec des ventes de détail en hausse de 2,4% en janvier-novembre en g.a. La production industrielle progresse pous sa part très faiblement de 0,1% sur la même période en g.a, probalement en raison de la baisse de l’investissement, de 8,7% en janvier-septembre 2020 en g.a. Principal moteur de la croissance ouzbèke au cours des dernières années, l’investissement devrait malgré tout représenter 39,5% du PIB en 2020 selon les prévisions du FMI et dépasser 40% en 2021.

Bien que fortement touché par la crise de la COVID-19, l’Ouzbékistan pourrait être l’un des rares pays à éviter la récession selon le FMI, qui a revu sa prévision de croissance pour 2020 de +6% à +0,7%. Le pays devrait renouer avec une croissance forte dès 2021 selon le FMI qui prévoit +5%, puis +6% en 2022.

En réponse à la crise, dès le 19 mars, un décret présidentiel instaurait un élargissement de 10% du cercle des familles éligibles aux prestations sociales et une baisse des cotisations sociales pour les entrepreneurs du 1er avril au 1er octobre 2020. Par ailleurs, un fonds anti-crise abondé par le budget et les Institutions financières internationales de 1,05 Md USD (environ 2 % du PIB) a été créé et placé sous la responsabilité du ministère des Finances avec notamment pour objectif d’attribuer des prêts à taux zéro aux entreprises d’intérêt stratégique et de financer des d’infrastructures sociales ou d’intérêt général. En juin 2020, des baisses d’impôts et subventions s’adressant aux secteurs les plus touchés, notamment le tourisme, sont venues compléter ces mesures.

De son côté, pour soutenir l’activité, la Banque centrale a abaissé son taux directeur à deux reprises de 100 points de base en avril et septembre 2020, le fixant à 14%. Ses marges de manœuvre restent cependant limitées par une inflation forte qui, après avoir atteint 15,2% en 2019 en g.a., s’établissait à 11,3% en novembre 2020 en g.a. Selon le FMI, l’inflation devrait atteindre 12,1% en décembre 2020 en g.a.

Par ailleurs, la Banque centrale a également chargé les institutions financières de faciliter, jusqu’au 1er octobre 2020, la prolongation de la durée de remboursement des prêts souscrits par les particuliers et les personnes morales ainsi que de supprimer jusqu’à cette date des pénalités sur les impayés.

Avant les réformes lancées en 2017 – notamment la fin du double taux de change –, les banques ouzbèkes tiraient une partie de leurs revenus d’activités annexes comme le change au cours officiel et différentes tâches de contrôle administratif désormais caduques. Elles assuraient relativement peu leur rôle de financement de l’économie, si ce n’est au travers de crédits dirigés aux entreprises des secteurs stratégiques.Depuis 2017, l’activité des 31 banques ouzbèkes (secteur relativement peu concentré) s’est progressivement recentrée vers le cœur du métier bancaire et le poids des actifs bancaires a fortement augmenté passant de 23,5 Mds USD en 2016 – 32% du PIB – à 31,8 Mds USD en 2020 – 53% du PIB –. Cette croissance rapide suscite néanmoins des inquiétudes quant au risque d’emballement du crédit dans le contexte d’opérations nouvelles pour les banques et leur personnel qui ont bénéficié de plusieurs programmes d’assistance technique de la part des institutions financières internationales au cours des dernières années (amélioration de la transparence et conformité avec les meilleurs pratiques notamment). Signe de ce risque d’emballement, le ratio crédits sur dépôts est passé de 191% au 1er janvier 2019 à 232% le 1er janvier 2020, puis à 256% au 1er décembre 2020. L’augmentation est particulièrement marquée au niveau des banques avec participation étatique pour lesquelles le ratio crédits sur dépôts est passé de 284% en janvier 2020 à 321% en août 2020. D’autre part, le ratio d’adéquation des fonds propre s’établissait à 18,4% au 1er décembre 2020, alors qu’il atteignait encore 23,5% au 1er janvier 2020. Le taux de prêts non performant reste néamoins faible, à 2,4% au 1er décembre 2020 selon la Banque centrale.

 III. Les comptes publics se dégradent mais le pays bénéficie du soutien des Institutions financières internationales

Après un déficit budgétaire estimé à 0,4% du PIB en 2019, selon le FMI il devrait atteindre 4,1% du PIB en 2020, en raison notamment de la réponse à la crise COVID-19. Le gouvernement a pour objectif de ramener ce déficit à 2% du PIB à moyen terme. Il serait de 2,7% du PIB l’an prochain selon le FMI. Malgré la forte augmentation de la dette publique, de 20,4% du PIB en 2018 à 36,1% en 2020, cette dernière reste sous contrôle et devrait se stabiliser à un niveau proche de 40% à partir de 2021 selon le FMI.Les élections présidentielles prévues en décembre 2021 pourraient cependant être précédées d’une augmentation des dépenses sociales et de soutien à la population, surtout dans un contexte de sortie de crise.

Depuis le lancement des réformes, l’Ouzbékistan bénéficie d’un fort soutien des institutions financières internationales offrant leur expertise et multipliant les projets. Face à la crise, la Banque asiatique de développement a accordé à l’Ouzbékistan un prêt de 500 M USD en juin 2020 pour soutenir la réponse du pays à la pandémie. En outre, le FMI a accordé un programme de 375 M USD en mai 2020 au titre de la facilité de crédit rapide et de l'instrument de financement rapide.Enfin,l’Ouzbékistan, noté BB- par Fitch, a bénéficié d’assez bonnes conditions d’émission lors de son entrée sur les marchés financier en février 2019. Les premières euro-obligations ouzbèkes, avec une maturité à 5 ans et 10 ans, ont alors été assorties de coupons à respectivement 4,75% et 5,375%.

IV. Le déficit des comptes extérieurs se réduit et la monnaie se déprécie progressivement

En période d’ouverture et de forts besoins en investissement, les résultats du commerce extérieur se sont nettement détériorés. Après un excédent d’environ 1 Md USD en 2017, le solde de la balance commerciale est devenu déficitaire à hauteur de 5,3 Mds USD en 2018, sur fond de hausse des importations de 39,6% tandis que les exportations n’augmentaient que de 13,6%. Le déficit s’est encore creusé de 18,5% pour atteindre 6,4 Mds USD en 2019 avec des exportations qui ont progressé de 28% en g.a. à 17,9 Mds USD et des importations qui augmentent de 24,9% en g.a. à 24,3 Mds USD.

Dans le contexte de crise et de ralentissement de l’investissement, en 2020 le déficit commercial pourrait se réduire avec des exportations et des importations qui diminuent de respectivement 10,5% et 14,7% sur janvier-novembre 2020 en g.a., portant le déficit commercial à environ 4,6 Mds USD sur la période.

L’Ouzbékistan reçoit d’importants transferts de ses ressortissants expatriés, notamment depuis la Russie, ce qui permet de compenser partiellement le déficit du commerce extérieur. En 2019, les transferts de travailleurs ouzbèks depuis la seule Russie ont atteint 4,7 Mds USD (environ 8% du PIB), en hausse d’environ 15% par rapport à 2018. Ces derniers risquent d’être fortement impactés par la crise. Ils étaient déjà en baisse de 13,1% au premier semestre 2020 en g.a.

En raison notamment de la dégradation de la balance commerciale, le déficit du compte courant a atteint 3,6 Mds USD en 2018 (soit 7% du PIB) contre un excédent de près de 1,5 Md USD en 2017. Il s’est néanmoins réduit en 2019 pour s’établir à environ 3,2 Mds USD (soit 5,6% du PIB), notamment en raison de l’augmentation des transferts de fonds entrants de travailleurs à l’étranger. Le déficit pourrait encore s’améliorer en 2020, il s’établit à 0,4 Md USD en janvier-septembre 2020, soit une baisse de 75,6% en g.a.

Les flux nets d’IDE entrants au 1er semestre 2020 se sont élévés à 750 M USD, soit une baisse de 29% en g.a. Ils avaient atteint 2,3 Mds USD sur l’ensemble de l’année 2019.

L’endettement externe du pays reste à des niveaux relativement bas, quoiqu’en hausse rapide.  La dette extérieure totale a en effet atteint 24 Mds USD à fin 2019 soit 44% du PIB, en augmentation de 40% en g.a.  

Officiellement en situation de change flottant, le soum s’est progressivement déprécié au cours des trois dernières années, la Banque centrale intervenant pour lisser le cours. La devise ouzbèke s’échangeait à 10 474 UZS pour 1 USD le 22 décembre 2020, soit une dépréciation de 9,2% depuis le début de l’année ou de 22,7% par rapport au cours de septembre 2017 (après réforme monétaire). La baisse de la devise ouzbèke apparait ainsi moins prononcée que celle d’autres devises émergentes ou de la zone CEI.

L’Ouzbékistan dispose de réserves de change considérables qui atteignaient 32,9 Mds USD au 1er décembre 2020, soit plus de 16 mois d’importations. Ces dernières n’ont pas été entamées par la crise, dans la mesure où elles étaient en hausse de 19,3% en g.a. au 1er décembre 2020. 

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