Situation de l'économie Américaine et perspectives à moyen terme (juin 2018)

 

Les Etats-Unis sont sortis plus rapidement que l’Europe de la crise de 2008-2009 grâce à des politiques macroéconomiques favorisant un soutien de grande ampleur. Le cycle d’expansion en cours depuis huit ans a ainsi permis d’effacer les effets négatifs de la crise, favorisant la sortie progressive des dispositifs de soutien. Pourtant, certains indicateurs suggèrent la persistance de fragilités à la phase d’expansion que connaissent les Etats-Unis depuis la crise.

  1. Le cycle de croissance américain est d’une longueur presque inédite et les Etats-Unis connaissent actuellement une situation de plein emploi. Après une performance décevante en 2016, la croissance a rebondi 2017 (+2,5 % en 2017 après 1,6 %), soutenue principalement par la consommation et l’investissement, pour établir une huitième année d’expansion consécutive. Ce cycle prolongé, en passe de devenir le deuxième plus long de l’histoire des Etats-Unis, a permis de retrouver un écart de production positif. Le chômage a ainsi pu être résorbé, passant de 10 % en octobre 2009 à 3,8 % en mai 2018, ce qui favorise la hausse des salaires qui a atteint 2,7 % (en glissement annuel en mai 2018). En plus du dynamisme du marché du travail, l’économie américaine bénéficie d’un niveau de confiance élevé des entreprises et des ménages, d’un environnement international porteur et de conditions financières favorables. La politique budgétaire expansionniste sera également un facteur de soutien supplémentaire en 2018 et 2019. Les analyses projettent ainsi une nouvelle baisse du taux de chômage à 3,6 % en fin d’année et une croissance du PIB de 2,8 % en 2018. Dans ce contexte, après huit années d’expansion, la plupart des observateurs pensent (i) que le cycle américain est arrivé à maturité mais qu’il peut se prolonger grâce à l’ampleur du soutien budgétaire et à une expansion généralisée au niveau international, et (ii) que l’hypothèse d’une récession est écartée à court terme.
  2. La politique budgétaire résolument expansionniste devrait apporter une impulsion significative à l’activité en 2018 et 2019 (impact estimé entre 0,6 et 0,8 point de croissance par an). Les Républicains ont adopté une réforme fiscale de grande ampleur en décembre 2017, qui pourrait soutenir l’activité économique à court terme grâce à la baisse conjuguée des impôts sur les ménages et les entreprises, le taux de l’impôt sur les sociétés passant notamment de 35 à 21 %, pour un coût global estimé à 1 500 Mds sur dix ans. En outre, le Congrès a décidé en février d’une augmentation des plafonds de dépenses de 380 Mds USD étalée sur les années fiscales 2018 et 2019 qui se traduit par une augmentation de crédit de l’ensemble des programmes de l’Etat fédéral, avec un effort spécifique sur les dépenses militaires.
  3. Le resserrement de politique monétaire s’accélère pour compenser l’impulsion de la politique budgétaire. La Fed a déjà augmenté les taux directeurs à cinq reprises depuis janvier 2017 et prévoit de nouveau deux augmentations supplémentaires en 2018 pour atteindre une fourchette de [2 %-2,25 %]. Si l’inflation reste modérée, à 2,8 % en mai selon l’indice des prix à la consommation IPC, (l’inflation sous-jacente ressort à 2,1 %), l’orientation de la politique budgétaire et les vulnérabilités des marchés financiers incitent la Fed à rester vigilante aux éventuelles tensions qui pourraient émerger. En parallèle de sa politique de taux d’intérêt, la Fed poursuit également la réduction de son bilan, engagée en octobre 2017 et qui attendre son rythme de croisière en fin d’année 2018.
  4. Le potentiel de croissance des Etats-Unis s’est affaibli sous l’effet de tendances de long terme. La croissance potentielle américaine est estimée à 1,9 % par an par le Congressional Budget Office jusqu’en 2029, en recul significatif par rapport aux cycles précédents (2,4 % par an entre 2002 et 2007 et 3,3 % par an sur entre 1991 et 2001). Ce recul s’explique par :(1) une démographie défavorable (vieillissement démographique et l’allongement de la période études) qui ralentit la croissance de la population active. Le taux d’activité reste pénalisé par les effets économiques de la crise; (2) des gains de productivité toujours faibles malgré l’accélération de l’activité (+ 0,9 % par an en moyenne depuis 2008, contre +1,4 % entre 2002 et 2007). Les économistes expliquent cette baisse de régime par le ralentissement des progrès techniques et le faible poids des secteurs les plus productifs dans l’économie et (3) l’investissement qui reste significativement inférieur à sa moyenne de long terme en raison nomment d’un taux d’utilisation des capacités de production toujours inférieur à son niveau d’avant 2008.
  5. L’économie américaine est également confrontée à des défis structurels. Les débats de politique économique aux Etats-Unis se concentrent sur (i) la situation du marché du travail moins robuste que ne le laisse paraître le faible taux de chômage, en raison d’un taux d’activité en baisse de 4 points par rapport à 2007, à 62,7 %, (ii) une hausse du degré de concentration dans plusieurs secteurs (transport, vente au détail, restauration, technologie, énergie) et (iii) le creusement des inégalités, alimenté par la divergence entre l’augmentation de revenus dont jouissent les deux premiers déciles et la stagnation des revenus des classes moyennes et inférieures.
  6. Les Etats-Unis affichent ces dernières années une situation prolongée de déficits jumeaux, alimentés notamment par une épargne publique insuffisante, notamment lié au poids du déficit de l’Etat fédéral. Les Etats-Unis connaissent une situation conjuguée de déficit budgétaire (3,5 % du PIB en 2017) et de déficit courant (2,4 % du PIB). Le déséquilibre de la balance courante semble être davantage le reflet d’un manque d’épargne domestique. Le déficit de la balance énergétique s’est résorbé, les Etats-Unis ayant fortement réduit leurs importations de pétrole grâce à la production de gaz de schiste. La politique budgétaire devrait rester expansionniste, le CBO anticipant un déficit de 4 % du PIB en 2018 puis 4,6 % en 2019. Le coût de cette politique pourrait d’ailleurs augmenter si les baisses d’impôt des ménages ou l’augmentation des plafonds de dépenses sont prorogées par le Congrès. Aussi, en tenant compte également de la hausse attendue des dépenses de santé et de retraite provoquées par le vieillissement de la population américaine, la dette américaine atteindrait près de 100 % du PIB en 2028.
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