Situation de l'économie américaine et perspectives à moyen terme

  1. L’activité est restée dynamique en 2018, portée par une demande domestique solide. La croissance a accéléré en 2018 (+3,0 % attendu par la Federal Reserve pour 2018, après +2,5 % en 2017), soutenue principalement par la consommation et l’investissement. La consommation privée est restée bien orientée grâce à la situation favorable du marché du travail, qui permet une progression du revenu disponible, et sous l’impulsion des baisses d’impôts de la réforme fiscale adoptée 2017. Le stimulus budgétaire décidé par le Congrès en mars 2018 contribue également à soutenir la croissance.
  2. L’économie américaine connaît une situation de plein emploi. Le taux de chômage s’établit à 3,9 % en décembre 2018, proche de son plus bas niveau depuis 1969, et les créations d’emplois restent robustes, malgré la situation de plein emploi, avec 220 000 emplois créés par mois en moyenne en 2018. Le dynamisme du marché du travail favorise le retour en emploi de personnes auparavant en marge de la population active. Le taux d’activité se maintient, à 63,1 %, à un niveau supérieur à sa trajectoire tendancielle fortement affectée par le vieillissement démographique. Ce contexte favorable contribue à la hausse des salaires, qui progressent de 3,2 % (en glissement annuel). Pour autant, la croissance des prix reste modérée : l’inflation s’établit à 1,9 % en décembre 2018, selon l’indice des prix à la consommation IPC (l’inflation sous-jacente ressort à 2,2 %), proche du niveau de la cible de la Fed.
  3. La politique budgétaire reste encore expansionniste, mais le Congrès devra se prononcer sur plusieurs aspects majeurs en vue de l’année fiscale 2020. Les baisses d’impôts de la réforme fiscale et l’augmentation des dépenses discrétionnaires auraient contribué à la croissance à hauteur de 0,8 point de PIB en 2018, selon les économistes de Goldman Sachs et J.P Morgan, et apporteraient 0,6 point de PIB supplémentaire en 2019. Cependant, une partie des mesures de rendement de la réforme fiscale prendront effet à partir de 2020 et la hausse des dépenses publiques expire au terme de l’année fiscale 2019 (30 septembre 2019). La politique budgétaire pourrait ainsi freiner la croissance à partir de l’année prochaine. Pour l’éviter, une partie du Congrès envisage de pérenniser la hausse des dépenses discrétionnaires. Par ailleurs, les parlementaires devront se prononcer sur le statut du plafond de dette, actuellement suspendu et dont la réactivation est prévue pour le 1er mars 2019.
  4. Les retombées des tensions commerciales contribuent à freiner la croissance. La hausse des droits de douane décidée par la Chine et les Etats-Unis dans le cadre de leur contentieux commercial affecte l’activité par plusieurs canaux. Le renchérissement des importations conduit les entreprises à subir une hausse du coût de leurs intrants, pénalise la consommation et l’investissement, et obère les exportations américaines. La Fed de New York estime que ces mesures auraient contribué à augmenter l’inflation de 0,3 point en 2018, et le Congressional Budget Office évalue leur impact sur la croissance à 0,1 point de PIB d’ici 2022.
  5. Après plusieurs hausses de taux consécutives au cours des derniers trimestres, la Fed poursuit la remontée des taux d’intérêt avec une prudence plus marquée. Le dynamisme de l’activité et les tensions sur le marché du travail ont incité la Fed à augmenter ses taux à quatre reprises en 2018. La fourchette de taux d’intérêt est aujourd’hui de [2,25 %-2,5 %]. Dans un contexte économique toujours favorable, la banque centrale prévoit de nouveau deux nouvelles hausses des taux en 2019 qui l’amèneraient à atteindre son objectif de taux d’équilibre de 3 %. Confrontée à des craintes sur le risque d’une remontée des taux trop rapide ainsi qu’une baisse de confiance des entreprises et des ménages, la Fed revendique une marche prudente, qui prend la forme d’un lien entre l’évolution des données économiques et les décisions en matière de taux d’intérêt (data dependance). En parallèle de sa politique de taux d’intérêt, la Fed poursuit également la réduction de son bilan, qui a atteint son rythme de croisière. La banque centrale a entamé une réflexion sur le cadre et la stratégie de la politique monétaire qu’elle entend appliquer dans les prochaines années.
  6. Après deux années d’activité soutenue, les observateurs anticipent un ralentissement de la croissance en 2019. Avec une reprise amorcée en 2009, l’économie américaine entame sa dixième année d’expansion et les facteurs de soutien de la croissance pourraient s’estomper. L’effet de la politique budgétaire expansionniste s’amenuise et le chômage semble avoir atteint un niveau plancher. Dans ce contexte, les observateurs pensent que le cycle américain est arrivé à maturité et s’interrogent sur les risques qui pourraient venir susciter un ralentissement de l’activité : emballement des salaires, impact des mesures commerciales entre les Etats-Unis et leurs partenaires, politique monétaire trop restrictive de la Fed ou encore risques financiers (surévaluation des prix d’actifs, endettement élevé des entreprises).
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