Conjoncture économique aux Etats-Unis - avril 2022

  1. L’économie américaine a connu un rebond très marqué depuis le 3e trimestre 2020, effaçant la perte liée à la crise sanitaire dès le 2e trimestre 2021, sous l’effet des mesures de soutien budgétaires et monétaires de très grande ampleur, de la vaccination ainsi que de la réouverture de l’économie. La croissance du PIB a ainsi atteint 5,7 % en 2021, après -3,4 % en 2020, tirée par une consommation dynamique, notamment dans les services, et l’investissement privé. Au 4e trimestre 2021, le PIB américain était ainsi 3,2 % au‑dessus de son niveau d’avant crise (4e trimestre 2019). Avec la reprise de l’activité, le taux de chômage a fortement reculé, jusqu’à 3,6 % en mars 2022, proche de son niveau pré-crise de février 2020 (3,5 %), après un pic de 14,8 % en avril 2020.
  2. Les autorités budgétaires et monétaires ont mis en place des mesures de soutien de très grande ampleur qui ont permis de favoriser une reprise rapide de l’activité, mais avec un niveau d’inflation élevé. Les mesures budgétaires d’aide aux ménages et aux entreprises se sont élevées à près de 25 % du PIB, à travers (i) le renforcement des mécanismes de protection sociale, (ii) des prêts garantis aux petites entreprises, (iii) un soutien financier aux collectivités infra-fédérales, ainsi que (iv) des mesures de soutien aux ménages (soutien monétaire direct, extension de l’assurance chômage, etc.). Par ailleurs, la politique monétaire très accommodante de la Réserve fédérale (Fed) a permis d’assurer la stabilité du système financier. Dans ce contexte, l’inflation s’est élevée à 8,5 % sur douze mois glissants en mars 2022 et sa composante sous-jacente (hors alimentation et énergie) à 6,5 %.
  3. La poursuite de la reprise dépendra des décisions de politique publique. Au plan budgétaire, la politique de relance initiée par l’administration Biden consiste à ce jour en (i) un plan d’investissement dans les infrastructures (Infrastructure Investment and Jobs Act) promulgué en novembre 2021, principalement dans celles de transport et les équipements collectifs de première nécessité ; (ii) une proposition de loi visant à renforcer les chaînes de valeur et la compétitivité de l’industrie américaine, actuellement en discussion au Congrès, comprenant notamment des aides aux industries des semi-conducteurs (52 Md USD) et des investissements dans la R&D publique ; (iii) le budget pour l’année fiscale 2023, axé sur la réduction du déficit, la sécurité et les investissements pour l’avenir. Sur le plan politique, les élections de mi-mandat (midterms) de novembre 2022 joueront un rôle déterminant dans la poursuite du programme économique de l’administration Biden. Quant à la politique monétaire, en mars 2022, la Fed a mis fin à ses achats d’actifs (quantitative easing) et a procédé à une première hausse de la fourchette-cible de ses taux directeurs (federal funds) de 25 points de base, la portant à [0,25 % ; 0,50 %]. Compte tenu de l’inflation élevée, elle prévoit plusieurs hausses de taux et une réduction de son bilan au cours de 2022.
  4. La trajectoire économique en 2022 est soumise à la persistance des tensions inflationnistes et à la capacité de la politique monétaire à assurer un atterrissage sans heurts ainsi qu’à l’évolution des tensions géopolitiques. Les contraintes pesant sur l’offre, notamment les difficultés d’approvisionnement de certaines composantes intermédiaires, comme la pénurie de semi-conducteurs, et de recrutement sur le marché du travail, limitent la reprise de l’activité et créent un déséquilibre entre l’offre et la demande, lequel alimente la hausse des prix, exacerbée par la guerre en Ukraine et dont la persistance reste un risque notable. En effet, la Fed prévoit de contenir l’inflation grâce à une normalisation de sa politique monétaire au cours de 2022, et sa capacité à atteindre cet objectif avec un impact limité sur l’activité économique n’est pas garantie

Les projections de la Fed de mars 2022 tablent sur une inflation à 4,3 % (+1,7 point par rapport à la projection de décembre) en 2022 et 2,7 % (+0,4 point) en 2023, scénario qui s’accompagnerait d’une croissance de 2,8 % en 2022 (revue de -1,2 point) puis 2,2 % en 2023. Cette reprise reste soumise à la capacité de la Fed à juguler l’inflation en assurant un atterrissage en douceur de l’économie, mais aussi aux tensions persistantes sur les chaînes d’approvisionnement et sur le marché du travail, ainsi qu’à la guerre russo-ukrainienne.

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