Conjoncture économique aux Etats-Unis - mai 2021

  1. L’épidémie de COVID-19 et les mesures de distanciation mises en œuvre pour la contenir ont engendré un choc économique d’une ampleur exceptionnelle. Les mesures d’endiguement mises en œuvre ont conduit à une contraction du PIB de 3,5 % sur l’ensemble de l’année 2020 (-9,5 % au 1er semestre 2020) principalement sous l’effet d’un recul des dépenses de consommation. La contraction de l’activité, d’une ampleur qui n’avait été observée que lors de la Grande dépression et au sortir de la Seconde guerre mondiale, a conduit à de nombreuses destructions d’emplois qui ont fait progresser le taux de chômage jusqu’à 14,7 % en avril 2020. Ce choc a toutefois été moins important qu’en Europe (baisse du PIB de 8,3 % en France et de 6,8 % en zone euro en 2020) du fait d’une politique d’endiguement moins stricte et d’une reprise d’activité plus rapide après la première phase de la crise sanitaire.
  2. Les autorités budgétaire et monétaire ont déployé des mesures de soutien d’une ampleur sans précédent afin de limiter les effets de la crise économique et sanitaire. Le Congrès a adopté cinq plans de soutien en 2020 comprenant (i) un renforcement des mécanismes de protection sociale pour les ménages (extension de l’assurance chômage, transferts monétaires directs, etc.), (ii) des prêts garantis aux petites entreprises pour limiter le choc de trésorerie et (iii) des crédits en faveur des administrations publiques pour prendre en charge la crise sanitaire. L’administration Biden a poursuivi et amplifié cette politique au travers d’un plan de 1 850 Md USD (8,8 % du PIB) voté en mars 2021 concentré sur l’aide aux ménages et aux collectivités infra-fédérales. Au total, le stimulus budgétaire cumulé s’élève à plus de 24 % du PIB (contre 7 % lors de la crise de 2008-2009), altérant au passage les finances publiques avec un déficit budgétaire de 15 % du PIB pour l’exercice budgétaire 2020 et probablement un niveau similaire en 2021.  Ce soutien budgétaire a aussi été accompagné par une réponse de politique monétaire de grande envergure, avec une baisse des taux d’intérêt de 150 points de base pour les ramener à zéro, des achats d’actifs massifs (2 600 Md USD entre mars 2020 et février 2021) et l’activation de nombreux mécanismes de prêt en dernier ressort.
  3. Ces politiques de soutien, l’avancée de la campagne de vaccination et le relâchement progressif des mesures de distanciation ont favorisé la reprise de l’activité. En avril, les ventes au détail étaient supérieures de 17 % à leur niveau du début d’année 2020 et plus de 80 % de la baisse de la production industrielle provoquée par la crise sanitaire a été récupérée. L’avancée de la campagne de vaccination et la levée des mesures de distanciation permettent désormais un retour à la normale des secteurs les plus directement affectés par la crise sanitaire. Cette amélioration favorise un recul du taux de chômage, qui atteint à 6,1 % en avril 2021 (-8,7 points par rapport à avril 2020). Le rétablissement de l’emploi doit toutefois être relativisé à la lumière de la sortie de certaines personnes du marché du travail : la part de la population en âge de travailler qui est effectivement en emploi (57,9 %) est inférieure de près de 3 points à son niveau pré-crise et certains groupes de population (jeunes, minorités ethniques, mères) restent sensiblement plus affectés par la crise sanitaire et ses conséquences.  
  4. Les États-Unis devraient connaître une sortie de la crise plus rapide que les autres pays, mais celle-ci pourrait s’accompagner d’une forte inflation. Le taux de croissance atteindrait 6,5 % en moyenne annuelle en 2021 selon la Fed et le FMI, ce qui permettrait aux États-Unis de retrouver leur niveau d’activité d’avant-crise au cours 2ème trimestre 2021. Cette reprise économique devrait se traduire par une amélioration progressive de la situation sur le marché du travail. Cependant, la combinaison d’une politique budgétaire active, d’une épargne élevée et d’un marché du travail en voie d’amélioration fait craindre à certains observateurs que le rebond de l’économie ne se traduise par une hausse de l’inflation à des niveaux très supérieurs à l’objectif de 2 % de la Fed. Cette dernière n’anticipe à ce stade qu’une poussée éphémère, liée à des facteurs transitoires et gonflée par des effets statistiques.
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