Cadrage général - indicateurs et conjoncture

Dotée d’un vaste marché, de ressources naturelles et humaines compétitives, l’Ukraine présente un important potentiel économique.

Avec un territoire de 603 000 km², l’Ukraine est le deuxième plus vaste pays d’Europe. Le pays constitue, avec près de 43 millions d’habitants, le 8ème marché européen par la population. L'Ukraine est un régime mixte parlementaire et présidentiel.

L’Ukraine dispose de ressources naturelles importantes, notamment les fameuses « terres noires » (le pays recouvre 25% des terres noires de la planète) qui font du secteur agricole, représentant près de 15% du PIB, l’une des richesses majeures du pays : les exportations agricoles, en forte progression depuis 10 ans, représentent plus de 40% des exportations totales du pays. L’Ukraine est notamment le premier producteur et exportateur mondial d’huiles de tournesol et l’un des leaders mondiaux de la production de céréales.

La diversification de l’économie ukrainienne est un atout du pays : outre le secteur primaire qui fait de l’Ukraine un géant agricole, les principales spécialisations industrielles résultent de l’héritage du complexe militaro-industriel soviétique : métallurgie (qui représente 23% des produits exportés par le pays, l’Ukraine faisant partie des dix premiers exportateurs mondiaux d’acier), énergie, machines-outils, armement. L’Ukraine est également dotée d’une économie de services moderne comportant des géants sectoriels (banque, assurance, distribution, télécommunications). Le secteur informatique connaît notamment un développement dynamique (troisième secteur à l’export).

Cinq ans après une crise sans précédent (démarrage d’un conflit armé, profonde récession), la situation économique du pays paraît stabilisée grâce à une importante assistance financière internationale. Alors que la croissance de l’économie se maintient proche des 3% en 2019, l’Ukraine s’est engagée sur la voie de réformes.

Sur fond de révolution du Maïdan ("Révolution de la dignité") durant l’hiver 2013-2014, du conflit armé qui s’en est suivi et des tensions avec la Russie, historiquement premier partenaire commercial de l’Ukraine, le PIB du pays s’est contracté de 7% en 2014 et la récession a atteint -10% en 2015. Après avoir perdu 67% face au dollar en 2014-2015, la monnaie ukrainienne (grivna) s’est stabilisée depuis le printemps 2015. L’inflation élevée qui en a résulté (+49% en moyenne en 2015) reflue aujourd’hui fortement. La Banque nationale d’Ukraine (banque centrale) poursuit l’objectif de ramener l’inflation à 5% en 2020 (après 7% en 2019 et 10% en 2018). Les mesures temporaires de contrôle des flux de capitaux, mises en place au plus fort de la crise, ont été levées, et le pouvoir envisage désormais de revenir à un système de changes totalement flottants afin de garantir la liberté de mouvement des capitaux.

La reprise économique est intervenue rapidement après la crise (croissance du PIB de 2,3% en 2016, 2,1% en 2017 et 3,4% en 2018), dans le contexte d’une aide financière internationale de grande ampleur. Les prévisions de croissance pour l’année 2019 s’établissent à 3,7% selon la Banque mondiale.

En mars 2015, dans un contexte de crise économique doublée d’une menace de défaut, le Stand-By Arrangement du FMI avait été converti en mécanisme élargi de crédit (« Extended Fund Facility » ou EFF) de 17,5 Md USD sur 4 ans, entraînant par la suite la mobilisation d’autres bailleurs (UE, bailleurs multilatéraux et bilatéraux). Un important travail de restructuration a été mené, notamment à travers un accord avec des créanciers privés.

Depuis l’adoption de l’EFF, la situation de l’économie ukrainienne s’est fortement améliorée. Les agences de notation ont relevé les notations de l’Ukraine, tandis qu’en septembre 2017, le pays a fait son retour sur les marchés financiers (levée de 3 Md USD dont plus de la moitié ont été utilisée pour racheter des titres échéant en 2019-2020). Ces éléments démontrent, cinq ans après la Révolution du Maïdan, le rôle moteur joué par le programme FMI dans la mise en œuvre des réformes en Ukraine.

Toutefois, en raison de la mise en place des financements internationaux, la dette publique a augmenté (72% PIB en 2017 contre 40% en 2013). Bien que la trajectoire actuelle de dette soit jugée soutenable par le FMI (décrue de la dette publique à environ 61% du PIB en 2018), l’Ukraine fait toujours état d’un intense besoin de financement extérieur, qui s’élèverait à 16,3 Md USD sur la période 2019-2021.

Les institutions financières internationales (BERD, Banque mondiale, Banque européenne d’investissement) sont très actives, via des appuis budgétaires visant à stabiliser la situation macro-économique, des soutiens au secteur de l’énergie et à la modernisation des infrastructures.

La stabilisation la situation macroéconomique a permis à l’Ukraine de revenir sur les marchés financiers dès 2017. La dernière émission de titre du trésor a eu lieu en juin 2019, pour près d’1 Md EUR – la première émission en euros depuis plus de 15 ans. En septembre 2019, l’agence de notation Fitch a relevé la note de la dette souveraine ukrainienne d’un échelon : elle passe de B- à B (« très spéculatif »), avec une perspective positive. La note émise par Fitch est désormais significativement plus favorable que celles attribuées par S&P (B-, stable) et Moody’s (Caa1, stable). L’amélioration des perspectives macroéconomiques compte est pour beaucoup dans ce relèvement : l’endettement public de l’Ukraine s’est fortement réduit, passant de 69% du PIB en 2016 à 48% en fin d’année 2019. De même, l’engagement en faveur de réformes structurelles, de la part d’un gouvernement disposant d’une large majorité et du soutien des électeurs, laisse augurer d’une continuité à moyen terme en matière de politique économique.

L’Ukraine se réforme en profondeur avec le soutien de la communauté internationale, bien qu’à un rythme ralenti par la situation géopolitique et la lourdeur des problèmes structurels à traiter.

Malgré la crise économique et le conflit dans le Donbass, les autorités sont parvenues à mener un important programme de réformes depuis 2014, soutenu par la communauté internationale. Les autorités ont engagé une politique budgétaire rigoureuse par des réductions de dépenses, le renoncement aux baisses d’impôts programmées, l’augmentation de certaines taxes et accises et une amélioration de la collecte ; tandis que la politique de change a permis de rééquilibrer rapidement les comptes extérieurs.

En 2019, le Président Volodymir Zelensky a été largement élu sur un programme réformateur axé sur la lutte contre la corruption et l’amélioration de la situation économique. Son Premier ministre Oleksi Hontcharouk a présenté dès son entrée en fonctions à la fin de l'été 2019 un vaste programme de réformes d’inspiration libérale, dont l’objectif est de favoriser l’investissement étranger et d’augmenter le potentiel de croissance de l’économie ukrainienne. Il comprend notamment la mise en concession d’un grand nombre d’infrastructures, tels que certains ports et aéroports, mais aussi la libéralisation du marché des terres agricoles, afin notamment d’encourager les investissements dans le secteur primaire. Afin de lutter contre le travail dissimulé et l’économie informelle, une vaste réforme du marché du travail est en préparation.

Les réformes menées au cours des dernières années commencent à porter leurs fruits et à être reconnues par les institutions externes : dans le classement Ease of Doing Business 2015 de la Banque mondiale, l’Ukraine était 96ème. Elle a progressé à la 71ème  place au classement 2019.

Le programme de privatisations, annoncé dès 2014, a longtemps tardé à être lancé : il constitue désormais l’une des priorités du Président Zelensky. Plus de 500 actifs, pour la plupart de taille moyenne ou petite, devraient être transférés au secteur privé d’ici la fin de l’année 2019.

La poursuite de la réforme du système judiciaire et des administrations publiques, pierre angulaire de la lutte contre la corruption, est indispensable à l'amélioration durable du climat des affaires. Le gouvernement a notamment annoncé la réforme en profondeur des agences publiques réputées être sujettes à la corruption. Ainsi, la « Police de protection de l’économie », particulièrement décriée pour son ingérence dans la vie des entreprises et les risques qu’elle faisait peser sur leurs activités, est en cours de démantèlement. La promesse de lutter plus fermement contre la corruption a fortement contribué aux succès électoraux de Volodymir Zelensky en 2019.

C’est que la lutte contre la corruption constitue, à n’en pas douter, le domaine où les résultats sont les plus difficiles à atteindre. Les autorités ont commencé à lutter contre la corruption et les conflits d'intérêt dans le domaine économique par des changements importants à la tête des administrations jugées les moins fonctionnelles, la création ex-nihilo d’un bureau d’enquête anticorruption (NABU) et la création d'une Cour spéciale anticorruption dotée de moyens de fonctionnement et de compétences internes renforcés. Des lois ainsi que des solutions techniques (plateforme ProZorro) ont été adoptées pour assurer plus de transparence dans les procédures, comme celles concernant les marchés publics ou pour simplifier les dispositifs d’autorisations administratives.

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