Agriculture & alimentation

 

L’Ukraine est le plus grand pays agricole d’Europe par sa taille (41,5 Mha de SAU dont 32,5 Mha de terres arables dont les terres les plus fertiles du monde) soit le deuxième réservoir de terres arables du continent. Le pays compte 30 000 exploitations fermières équivalentes au modèle français d’exploitations familiales et 15 000 exploitations professionnelles de grande dimension, héritées de la privatisation des kolkhozes dont 150 agro holdings de plus de 10 000 ha. Les grandes exploitations utilisent notamment les innovations technologiques en matière de machinismes agricole et constituent un marché où les constructeurs mondiaux font face à une forte concurrence reposant sur les dernières innovations technologiques ainsi que la puissance et la dimension des machines. En outre, de l’ordre de 5 millions de micro-exploitations individuelles de semi-subsistance constituent un réservoir de biodiversité mais dont le développement est freiné par la faiblesse des compétences et l’absence d’investissement en raison des difficultés d’accès au financement.

Face à cette dualité entre très grandes et très petites exploitation, la question du modèle d’agriculture pour l’Ukraine se pose, ce qui nécessite de définir un équilibre entre les grandes exploitations gourmandes en capitaux et les petites fermes qui participent au fonctionnement de territoires vivants, tout en veillant à la préservation des ressources naturelles.

Depuis trois ans, le poids de l’agriculture et de l’agroalimentaire est devenu prépondérant à tel que point que ce secteur est aujourd’hui le moteur de l’économie ukrainienne : générant de l’ordre de 15% du PIB, employant 20% de la population active, représentant 40% des exportations du pays. Dans ce contexte, l’agriculture ukrainienne qui dispose d’un potentiel important trouve des conditions favorables à son développement.

1. Un important potentiel de production et d’exportation

L’Ukraine enregistre des récoltes en progression régulière. En 2016, les récoltes de grains ont atteint un record, à 66 MT. La récolte de 2017 s’avère toutefois moins élevée à 62 MT et se caractérise par une qualité moindre. Les rendements en blé moyens restent inférieurs à 4 T/ha ce qui laisse présager le potentiel particulièrement important du pays, si les agriculteurs avaient davantage recours aux intrants, à l’irrigation, et parfois aussi à de meilleures conduites de cultures. La progression des récoltes permet au pays de disposer de capacités croissantes pour développer les exportations de matière première et de consolider progressivement ses positions sur les marchés internationaux, notamment sur les marchés du Maghreb et du Proche-Orient mais aussi d’Asie.

Les institutions ukrainiennes souhaitent promouvoir la progression des productions végétales, grâce au recours à l’irrigation dans les zones arides du sud du pays. Un projet d’amélioration de l’utilisation des terres est prévu sur plus de 500 000 ha et les investissements nécessaires dans les infrastructures d’irrigation sont en cours de chiffrage. Un tel projet, s’il devait voir le jour, pourrait créer des opportunités intéressantes pour les équipementiers français.

L’Ukraine est de plus en plus perçue comme une grande puissance agricole, mais qui suscite des craintes dans les filières agricoles européennes en raison de sa taille, de sa localisation, et de son potentiel alors que ses avantages compétitifs sur les marchés internationaux sont déjà importants. Pourtant, l’enjeu d’actualité pour le pays est de développer la transformation agroalimentaire pour bénéficier d’une plus forte valeur ajoutée : cela suppose que les filières agroalimentaires du pays s’organisent pour encourager les investissements dans la transformation mais aussi pour développer les débouchés en priorité sur le marché intérieur.

2.      Situation institutionnelle dans le secteur agricole

Le principal enjeu pour le ministère de la politique agraire et de l’alimentation consiste à soutenir la modernisation de l’économie agricole. Ses priorités ont été déterminées dans le cadre d’une stratégie « 3+5 » qui vise en priorité à stimuler le développement rural à travers le soutien des petites fermes (mais aussi à travers la création de nouveaux débouchés et valorisations des produits agricoles et alimentaires) ainsi qu’à préparer la levée du moratoire qui interdit depuis 2001 les transactions de terrains agricoles. Il doit aussi contribuer à améliorer le climat des affaires et à lutter contre la corruption ainsi que poursuivre la réforme de son administration, dans la suite des actions entreprises dès 2015.

L’accord d’association entre l’Union européenne et l’Ukraine constitue le cadre à travers lequel l’Ukraine met actuellement en œuvre les réformes qui visent à aligner ses dispositions réglementaires et normes sur les règles communautaires. Les enjeux agricoles et de sécurité sanitaire ainsi que de protection des indications géographiques y sont particulièrement importants. Dans ce contexte, le soutien des donateurs internationaux est cruciale pour accompagner les réformes et mettre en œuvre des actions concrètes de développement agricole. L’accord d’association UE-Ukraine offre en effet un cadre pour développer des partenariats et des complémentarités gagnantes.

S’agissant de la simplification administrative, des textes réglementaires adoptés par l’Ukraine depuis janvier 2015 ont visé à réduire le nombre de certificats et autorisations diverses exigés par l’administration pour produire et commercialiser des denrées agricoles. Dans la période récente, une réforme importante a consisté en la suppression du régime spécial de TVA dont bénéficiait l’agriculture jusqu’en 2016.

En outre, le Ministère de la politique agraire et de l’alimentation a audité 451 entreprises appartenant à l’Etat en vue d’évaluer la faisabilité et préparer leur privatisation. Les plus importantes entreprises sont Ukrspirt, monopole d’Etat de production d’alcool, la confédération des céréales et de l’alimentation (stockage et négoce de céréales), et Artiomsol (producteur de sel).

Des dispositions sont prises chaque année au Parlement pour reporter le moratoire sur les transactions foncières et accorder ainsi aux institutions un délai pour préparer la libéralisation de ce marché. Un projet de réforme est en cours de préparation par le gouvernement, mais il n’existe pas à l'heure actuelle de majorité au parlement pour soutenir une telle réforme. Il s’agit d’une réforme particulièrement cruciale pour le secteur en raison des enjeux économiques liés au développement des structures et des filières agricoles. Pour réussir, une telle réforme nécessitera uns stratégie claire et des outils de régulations adaptés.

3.      Présence française en Ukraine

Le secteur agricole et alimentaire résiste à la crise économique grâce à des efforts de modernisation réguliers réalisés par les investisseurs privés et rendus nécessaires par la nécessité d’améliorer la qualité des denrées alimentaires. Les exploitations agricoles ukrainiennes modernes dépendent beaucoup de l’importation des intrants (semences, fertilisants produits de traitement) et de machines. Ce contexte offre des opportunités pour les fournisseurs d’équipements et technologies agro-alimentaires, de matériels et machines agricoles ainsi que de génétique et d’animaux reproducteurs. Les grandes marques de machines françaises sont bien présentes en Ukraine, et souvent leaders dans leurs domaines. Business France en Ukraine propose au quotidien ses services d’accompagnement aux entreprises exportatrices.

Une quinzaine d’entreprises agroalimentaires et agricoles françaises sont présentes en Ukraine, plus particulièrement dans les domaines de la production, du négoce et de la transformation des céréales (Soufflet, Malteurop) ainsi que de la transformation du lait (Danone, Lactalis, Savencia, Bel), ou encore de la production de semences végétales (notamment Limagrain, Maïsadour et Euralis, les deux derniers groupes coopératifs ayant investi dans des usines de production). Les services financiers (Crédit agricole, BNP-Paribas) et les conseils (Agritel, ODA) sont toujours plus sollicités et enregistrent des progressions. Quelques exploitations agricoles sont aussi dirigées par des investisseurs et experts français, essentiellement spécialisées dans les grandes cultures. Ce secteur d’activité agricole est régulièrement animé au sein du Comité agricole de la Chambre de commerce et d’industrie franco-ukrainienne.

 

 

 

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