Relations bilatérales

 

 

TURQUIE – Commerce bilatéral 2025 : Nouveau record d’échanges mais repli de l’excédent français en 2025

 

Selon les données des douanes françaises, les échanges de biens entre la France et la Turquie ont atteint un nouveau record en 2025, pour une valeur totale de 23,8 Mds EUR (+1,6 % vs. 2024). Cette dynamique est surtout portée par la progression soutenue des importations françaises depuis la Turquie (11,7 Mds EUR, soit +6,4 % vs. 2024), principalement alimentée par la montée en puissance du poste « Automobile » (4,6 Mds EUR, +16,1 % vs. 2024), qui représente en 2025 plus du tiers (38,9 %, vs. 35,6 % en 2024) de nos importations.

A l’inverse, nos exportations vers la Turquie sont en repli et s’établissent à 12,1 Mds EUR (-2,7 % vs. 2024), une baisse principalement portée par la moindre performance à l’export des industries aéronautiques-spatiales (2,7 Mds EUR, -8,2 % vs. 2024) et chimiques (1,3 Mds EUR, -9,7 % vs. 2024). En conséquence, l’excédent commercial français diminue (352,7 MEUR, -74,7 % vs. 2024).

Les exportations françaises vers la Turquie connaissent un léger repli à 12,1 Mds EUR

 

Après cinq années de croissance post-Covid continue – dont +4,0 % sur 2023-2024 – nos exportations reculent en 2025 à 12,1 Mds EUR (-2,7 %). Deux secteurs expliquent l’essentiel de cette baisse :

  • Le secteur aéronautique et spatial s’établit à 2,7 Mds EUR (-8,2 %). Ce décrochage s’explique quasi-exclusivement par le ralentissement des livraisons d’avions Airbus aux compagnies aériennes turques Turkish Airlines et Pegasus Airlines (26 livraisons en 2025 contre 32 en 2024). En conséquence, si l’aéronautique demeure notre premier poste à l’export, sa part dans nos ventes totales à la Turquie recule (22,1 % en 2025 contre 23,5 % en 2024). Néanmoins, l’annonce par Airbus d’une montée progressive des cadences d’ici 2028 permettra théoriquement de rehausser à moyen terme le rythme des livraisons vers la Turquie.
  • L’industrie chimique (4ème poste à l’export, 10,9 % du total en 2025) connaît également un repli continu : elle cède de nouveau -9,7 % en 2025 (1,3 Md EUR), après déjà -3,5 % sur 2023-2024. Les produits chimiques de base (produits bruts, azotés, matières synthétiques, etc.) sont les plus touchés : leurs exportations vers la Turquie reculent de -17,5 % sur l’année, à 946,0 MEUR (contre 1,1 Md EUR en 2024). Les difficultés que traversent les filières chimiques française et européenne, sur fond d’érosion de la compétitivité liée à la hausse des prix de l’énergie, expliquent le repli nos exportations chimiques, alors même qu’en 2025 la production chimique française recule et retourne à ses niveaux de 2013.

Plus marginalement, on note également un léger repli de nos exportations métallurgiques (5ème poste à l’export, 7,5 % du total ; 903,5 MEUR, soit -2,2 % vs. 2025), qui coïncide avec la remise en ordre de marche des hauts-fourneaux turcs sur l’année, ainsi que des exportations pharmaceutiques (7ème poste ; 369,1 MEUR, -3,0 %), de navires (98,3 MEUR, -25,3 %) et de boissons (33,0 MEUR, -28,3 %).

En dépit d’une trajectoire globalement baissière à l’export, trois secteurs tirent leur épingle du jeu et se démarquent par la progression notable de leurs ventes en Turquie en 2025 :

  • La filière automobile (2,4 Mds EUR, +4,8 % vs. 2024 ; 3ème poste à l’export, 19,4 % du total). La montée en puissance et en gamme de l’industrie automobile turque, notamment via l’électrification, engendre une forte demande de pièces détachées à haute valeur ajoutée, expliquant la hausse soutenue des achats turcs à la France de ce sous-poste automobile (698,5 MEUR, +30,2 % vs. 2024).
  • Les biens d’équipements (2,6 Mds EUR, +1,4 % ; 2ème poste à l’export, 21,4 % du total). La mécanisation et l’automatisation croissantes de l’industrie turque conduisent à une hausse de la demande en biens d’équipements français de haute technologie, principalement des machines industrielles (991,7 MEUR, +3,5 %), des matériels électriques (658,2 MEUR, +10,9 %) et des appareils de mesure de précision (311,1 MEUR, +10,3 %).
  • Les parfums et cosmétiques (367,5 MEUR, +19,7 %). Cette hausse pourrait s’expliquer à l’aune de la guerre tarifaire menée par les Etats-Unis. Alors que les exportations françaises de parfums-cosmétiques vers les Etats-Unis ont fortement reculé en 2025 (-19,0 %), la Turquie a vraisemblablement absorbé une partie des volumes réorientés. En parallèle, les producteurs français ont baissé leurs prix vers le marché américain (-20 %) mais augmenté leurs tarifs vers le reste du monde (± 6 %), contribuant mécaniquement à la hausse en valeur des exportations vers la Turquie.

En lien avec la perte de vitesse de nos exportations, la part de marché française en Turquie diminue légèrement à 3,5 % (contre 3,6 % en 2024) et notre pays recule au rang de 7ème fournisseur de la Turquie (contre 6ème en 2024), derrière l’Italie et devant la Corée du Sud. La France demeure néanmoins le troisième fournisseur européen de la Turquie derrière l’Allemagne et l’Italie.

Les importations françaises depuis la Turquie s’inscrivent en hausse pour atteindre 11,7 Mds EUR

 

Après avoir pour la première fois diminué en valeur en 2024 (11,0 Mds EUR, -3,7 % vs. 2023), les importations françaises de biens turcs ont largement rebondi en 2025 (11,7 Mds EUR, +6,4 % vs. 2024). Cette hausse notable est principalement redevable de trois grands postes à l’import).

  • Les matériels de transport (41,9 % du total des importations en 2025 contre 38,1 % en 2024) représentent de loin le premier contributeur à la croissance des importations françaises (4,9 Mds EUR, +16,9 %). Parmi eux, les secteurs automobile (4,6 Mds EUR, +16,1 %) et aéronautique et spatial (304,8 MEUR, +28,2 %) expliquent l’essentiel de la dynamique. Le succès de la Renault Clio V principalement produite en Turquie (Bursa) – voiture la plus vendue en France en 2025 avec 100 000 exemplaires – explique cet élan, qui devrait se prolonger avec le lancement de la Clio VI en 2026, dont l’assemblage sera désormais entièrement réalisé en Turquie.
  • Les produits des industries agroalimentaires (6ème poste à l’import ; 4,5 % du total contre 4,4 % en 2024) se sont également inscrits en nette hausse (528,1 MEUR, +8,8 % vs. 2024), dans une tendance alignée avec la croissance des importations françaises de ces biens depuis le reste du monde en 2025 (+8,5 %).
  • Les industries lourdes et intrants industriels ont également progressé :
    • La métallurgie (4ème poste à l’import, 7,1 % du total) poursuit sa reprise (833 MEUR, +3,1 %) en lien avec le rétablissement progressif de la filière turque après les séismes de 2023 ;
    • Les caoutchoucs et plastiques (739,6 MEUR, +4,1 % ; 5ème poste à l’import, 6,3 % du total) ;
    • Les produits chimiques (319,1 MEUR, +23,9 % ; 2,7 % du total), dans le sillage du ralentissement de la chimie en France.

Confrontés à une perte de vitesse à la fois conjoncturelle et structurelle, les secteurs turcs du textile et de l’agriculture ont vu leurs exportations vers la France reculer nettement en 2025 :

  • Les produits textiles, toujours deuxième poste d’importations françaises depuis la Turquie, sont en recul (15,4 % du total en 2025 contre 17,8 % en 2024). Ils souffrent des faiblesses de l’industrie textile turque, confrontée depuis plusieurs années à une crise majeure de compétitivité qui a conduit nombre d’usines à se délocaliser en Egypte en 2025. Les importations françaises de textile turc décrochent ainsi à 1,8 Md EUR (-8,0 % vs. 2024), après déjà -5,9 % sur 2023-2024.
  • L’agriculture turque, confrontée à une crise multiforme en 2025 (gel, sécheresses, incendies, insectes ravageurs, etc.), a vu ses exportations vers la France diminuer très nettement (72,9 MEUR, -20,3 % vs. 2024). Les importations françaises de produits agricoles bruts turcs demeurent néanmoins limitées (0,6 % des importations depuis la Turquie) et concentrées sur certains produits spécifiques, notamment les fruits secs.

A noter également le recul persistant des importations françaises de biens d’équipement turcs : après -5,4 % sur 2023-2024, les achats poursuivent leur repli en 2025 (1,8 Md EUR, -0,6 %), principalement tiré par la forte baisse des importations françaises d’appareils électroménagers (381,4 MEUR, -15,2 %). Cette évolution peut s’expliquer à la fois par une demande intérieure atone en France et par la diminution de la production de ces biens en Turquie en 2025 (-4,0 %).

Conséquence de la croissance des importations françaises, la part de marché des biens turcs progresse de nouveau et s’établit en 2025 à 1,7 % (contre 1,6 % en 2024 et 1,4 % en 2023). La Turquie maintient sa place de 11ème fournisseur de la France à l’échelle mondiale.

 

Le renforcement des échanges commerciaux entre la France et la Turquie permet l’atteinte d’un nouveau record en 2025 et témoigne d’une progression notable des échanges sur une décennie (+72,5 % entre 2015 et 2025, de 13,8 à 23,8 Mds EUR). Excédentaire depuis 2023, notre balance commerciale a néanmoins souffert d’un fléchissement des livraisons d’aéronefs en 2025, alors même que près du quart de nos exportations vers la Turquie dépendent des commandes honorées par Airbus.

Au-delà, la vigueur de notre relation commerciale bilatérale s’articule notamment autour de la filière automobile, qui totalise près du tiers (30,4 %) des échanges croisés et engage de nombreux acteurs français de premier plan – Renault, Stellantis, Forvia, Valeo, etc. – dans les chaînes de valeur franco-turques.

Source : Douanes françaises, calculs SER
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