Commerce extérieur turc

TURQUIE - Creusement du déficit commercial en 2025 malgré des exportations records

 

Après une contraction en 2024, le déficit commercial turc s’est accru en 2025 à -92,7 Mds USD (+12,8 %, soit 5,9 % du PIB). Les exportations ont marqué un nouveau record (+4,5 % à 273,3 Mds USD), soutenues par le dynamisme des ventes de biens d’équipement ainsi que des industries métallurgique, automobile, chimique et pharmaceutique. À l’inverse, les secteurs textile et agricole, pourtant structurants, ont reculé, pénalisés par des pertes de compétitivité-prix et par des conditions climatiques défavorables. Côté importations, la reprise a été plus marquée avec un nouveau record (+6,5 % à 366,0 Mds USD), imputable à l’accélération des achats de biens d’équipement, d’automobile et d’or, dans un contexte macroéconomique marqué par la rigidité de l’inflation et le dynamisme de l’investissement, tandis que les importations d’énergie poursuivent leur reflux, grâce à une détente tendancielle des cours. L’Union européenne demeure de loin le premier partenaire commercial de la Turquie.

Les exportations ont atteint un nouveau sommet en 2025 (+4,5 % à 273,3 Mds USD)

La dynamique haussière des exportations a été tirée par les ventes de biens d’équipement

En 2025, la croissance des exportations s’est accélérée : +4,5 % en g.a (après +2,3 % en 2024), atteignant dès lors un niveau historique à 273,3 Mds USD, après le record de l’année précédente (261,7 Mds USD en 2024).

  • Premier poste, les ventes de biens d’équipement ont enregistré une forte croissance (+7,5 % à 70,8 Mds USD ; 1,9 pp. de contribution à la croissance), grâce à la hausse des machines et équipements industriels (+11,1 % à 53,2 Mds USD) et malgré le recul des ventes d’appareils électroménagers (-1,9 % à 17,7 Mds USD).
  • Les exportations de textiles ont poursuivi leur décrue (-2,2 % à 37,7 Mds USD ; contribution de -0,3 pp.), tout en restant le deuxième poste d’exportations. Ce secteur exportateur traditionnel pâtit des pertes de compétitivité-prix subies par l’industrie turque - qui se matérialisent par la poursuite de l’appréciation réelle de la livre turque.
  • Les exportations agricoles ont stagné (+0,2 % à 32,7 Mds USD), les productions ayant été pénalisées par des aléas climatiques, conséquence d’un choc d’offre négatif (-9,0 % pour le volume de production en 2025).
  • Les exportations des secteurs métallurgique, automobile, chimiques et pharmaceutiques ont nettement progressé : respectivement +6,1 % à 31,4 Mds USD ; +5,9 % à 25,0 Mds USD ; +9,3 % à 24,1 Mds USD ; soutenues par la hausse de la demande européenne, l’UE représentant 52,5 % des ventes turques de ces industries.

L’Union européenne a consolidé sa position de premier débouché des exportations turques

Les ventes vers l’Union européenne – 1er partenaire commercial de la Turquie avec 42,8 % des exportations, contre 41,4 % en 2024 – ont progressé de 7,8 % à 116,9 Mds USD.

  • L’Allemagne a conservé sa place de 1er client de la Turquie (+8,6 % à 22,2 Mds USD) après avoir enregistré une baisse des ventes en 2024 (-3,1 % à 21,1 Mds USD). Ce rebond s’explique par la dynamique des deux premiers postes d’exportations turcs que sont les biens d’équipement (+24,4 % à 8,0 Mds USD) et l’industrie automobile (+13,2 % à 3,6 Mds USD).
  • L’Italie s’est maintenue comme le 2e client européen de la Turquie (et son 4ème client mondial), marquant une hausse plus contenue (+2,3 % à 12,9 Mds USD), portée par la forte progression des ventes de biens d’équipement (+12,4 % à 3,5 Mds USD), et de l’industrie métallurgique (+15,8 % à 2,2 Mds USD).
  • La France est restée le 3e récipiendaire européen des ventes turques et conserve sa place de 6ème client mondial. Les exportations vers l’hexagone ont progressé de +11,5 % à 11,2 Mds USD selon les douanes turques, une croissance attribuable aux biens d’équipement (+23,6 % à 4,0 Mds USD), aux industries automobile (+7,1 % à 3,3 Mds USD) et métallurgiques (+9,2 % à 725 MUSD), alors que les ventes textiles se contractent (-6,5 % à 1,1 Mds USD).

Les exportations vers le Royaume-Uni ont marqué une hausse notable (+9,8 % g.a. à 16,8 Mds USD), faisant du pays le 2ème client de la Turquie, soutenues par les ventes de biens d’équipement et d’énergie, tandis que les exportations automobiles et textiles refluent (respectivement -2,3 % et -4,3 % à 1,9 Md USD chacune).

Si les exportations à destination des Etats-Unis ont stagné (+0,0 % à 16,3 Mds USD), celles vers l’Irak se sont repliées (-4,7 % à 12,4 Mds USD) : les Etats-Unis ont conservé leur place de 3ème client de la Turquie, tandis que l’Irak a reculé de la 4ème à la 5ème place.

Les exportations vers la Russie (11ème client) ont confirmé leur repli. Après avoir atteint un pic en 2023 à 10,9 Mds USD, celles-ci ont dévissé en 2024 (-21,6 % à 8,6 Mds USD), puis de nouveau en 2025 (-21,4 % à 6,7 Mds USD). Les exportations de biens à double usage vers la Russie ont également reflué, malgré l’existence de voies de contournement.

Le net rebond des importations marque également un nouveau record (+6,5 % à 366,0 Mds USD)

Les importations turques ont été dominées par les biens d’équipement et les hydrocarbures

En 2025, les importations ont atteint 366,0 Mds USD, en hausse de 6,5 %, après deux années consécutives de repli. Pour la première fois, les achats de biens d’équipements ont dépassé les achats énergétiques.

  • Les achats de biens d’équipement ont progressé de 8,0 % en g.a. à 71,1 Mds USD : ils contribuent à hauteur de +1,5 pp. à la croissance des importations et constituent désormais le premier poste d’importation (19,4 % du total). Ces achats sont majoritairement effectués auprès de l’UE dont la part de marché recule toutefois en 2025 (de 46,8 % à 45,4 %). La progression concerne à la fois les machines industrielles et les appareils ménagers dans un contexte inflationniste marqué par le dynamisme de l’investissement non-productif et une logique de consommation d’anticipation des ménages (cf. infra).
  • Les achats énergétiques se sont contractés de 5,4 % à 68,5 Mds USD, avec une contribution de -1,1 pp. à la croissance des importations. Bien qu’en baisse, les achats d’hydrocarbures ont représenté 18,7 % du total des importations, une évolution en lien avec le repli des cours énergétiques mondiaux en 2025, 74 % de l’énergie consommée étant importée. Si la Russie domine toujours ces importations (44,0 % du total), celles-ci ont reculé (-6,9 % à 30,1 Mds USD), mais demeureraient sous-estimées.
  • Les importations de produits pharmaceutiques et chimiques ont été vigoureuses (+2,6 % à 46,2 Mds USD ; contribution de +0,3 pp.). D’un côté, les importations de médicaments et vaccins sont en forte hausse (+19,2 % à 6,6 Mds USD), conséquence de l’inadéquation entre l’offre et la demande pour ces produits. De l’autre, les importations de produits chimiques ont stagné (+0,3 % à 39,5 Mds USD), traduisant une dépendance moindre aux importations pour les intrants industriels.
  • Les achats de produits des industries métallurgique, automobile et agroalimentaire se sont inscrits en forte hausse (+8,2 % à 39,1 Mds USD ; +18,0 % à 33,5 Mds USD ; +20,3 % à 26,3 Mds USD). S’agissant des produits métalliques, la dynamique s’explique par la reprise de l’investissement, en particulier dans la construction, alors que l’industrie domestique s’essouffle. Concernant la hausse des importations automobiles, celle-ci est imputable à une offre locale jugée trop faible concernant le segment haut de gamme - 70 % des véhicules vendus étant importés - et à la perception par les ménages turcs que l’achat d’un véhicule est également un investissement et non une dépense finale. Enfin, le relèvement des achats agricoles a été stimulé par une agriculture locale victime de conditions climatiques défavorables (cf. supra).
  • Les achats d’or ont grimpé (+35,6 % à 23,2 Mds USD), avec la contribution la plus forte aux importations à +1,8 pp. Ces importations reflètent : (i) une réorientation de la demande locale pour de l’or non monétaire, le métal étant perçu comme un actif refuge face à l’inflation ; (ii) un effet richesse, dopé par la hausse inédite du cours de l’or en 2025.

Les importations sont demeurées concentrées, la Chine a confirmé sa place de premier fournisseur turc

L’Union européenne, qui est la principale zone d’achat pour la Turquie, a effectué pour 116,0 Mds USD de ventes à la Turquie en 2025 (+5,0 % en g.a.), et a maintenu une part de marché stable à 31,7 %.

La structure par origine des importations reste concentrée : ses trois principaux fournisseurs (Chine, Russie, Allemagne) totalisant 33,4 % des importations, contre 33,7 % en 2024.

  • La Chine est pour la deuxième année consécutive le 1er fournisseur turc (+10,6 % à 49,7 Mds USD), couvrant 13,6 % des importations turques. Toutes les catégories de biens sont en hausse, notamment les biens d’équipement (+14,5 % à 19,4 Mds USD), et l’électronique (+8,7 % à 7,1 Mds USD).
  • La Russie voit ses exportations vers la Turquie refluer de nouveau (-3,4 % à 42,5 Mds USD), avec une part de marché de 11,6 %, en raison du recul – supposé – des achats énergétiques turcs auprès de la Russie.
  • L’Allemagne maintient sa place de 3e fournisseur de la Turquie (+11,4 % à 30,2 Mds USD) et représente 8,2 % des importations turques. Cette progression provient du bond des achats automobiles (+40,2 % à 8,2 Mds USD), des industries chimiques et pharmaceutiques (+3,7 % à 5,1 Mds USD), et métallurgiques (+5,5 % à 1,7 Mds USD).

 

Source : Douanes turques, calculs SER

 

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