Présentation du pays

Pays dAsie centrale doté des 4èmes réserves mondiales de gaz naturel, le Turkménistan cherche à diversifier une économie encore largement dominée par le secteur pétrogazier, très lié au marché chinois. Si les autorités turkmènes entendent développer à terme de nouveaux gazoducs vers lEurope et le sous-continent indien, les efforts de diversification des exportations se traduisent dans l’immédiat par le développement de capacités dans l’agriculture, le textile et la pétrochimie. Malgré la dégradation des comptes publics liée à la chute des exportations de gaz naturel dans le contexte de la crise sanitaire, l’Etat continue à financer de grands projets, générant des opportunités dans les secteurs de la construction et des infrastructures.

Le Turkménistan est une république dAsie centrale indépendante depuis 1991, dirigée par le Président Gourbangouly BERDYMOUKHAMEDOV depuis 2007. S’étendant sur 491 200 km2, le pays est entouré par le Kazakhstan et lOuzbékistan au nord, lIran et lAfghanistan au sud, et bordé par la mer Caspienne à louest. Sa population de 6 millions dhabitants en 2020, majoritairement rurale et musulmane, fait du Turkménistan le pays le moins peuplé de la région.

1/Une économie tributaire des exportations de gaz naturel

 Le PIB turkmène est estimé à 45,3 Mds USD en 2019 (+6,3% par rapport à 2018), selon les données communiquées par les autorités* au Fonds Monétaire International (FMI), faisant du Turkménistan la troisième économie dAsie centrale après le Kazakhstan et lOuzbékistan. Selon les données officielles reprises par le FMI, linflation aurait ralenti en 2019 pour atteindre +5,1% (contre +13,3% en 2018).

Le Turkménistan dispose des 4èmes réserves prouvées de gaz au monde (19 500 Mds de m3 fin 2019, soit 9,8% du total mondial) après la Russie, l’Iran et le Qatar. Le gisement gazier turkmène de Galkynysh, situé à l’ouest du pays, est notamment le deuxième au monde par ses réserves. En 2019, la production turkmène de gaz représentait 63,3 Mds m3 selon le dernier rapport du britannique BP, soit 1,6% de la production mondiale.

Les ventes de gaz naturel représentent plus de 90% des exportations turkmènes, acheminées dans leur quasi-totalité vers la Chine à travers le gazoduc transasiatique, doté dune capacité annuelle de 55 Mds m; l’intégralité des 31,6 Mds m3 de gaz naturel turkmène exportés en 2019 l’ont été vers la Chine selon BP. Les exportations gazières vers la Russie, interrompues depuis 2016, ont repris à la faveur dun accord avec lentreprise Gazprom en avril 2019. Si Achgabat peut à nouveau compter sur le gazoduc soviétique Asie centrale - Centre vers la Russie doté dune capacité annuelle de 90 Mds m3, le quota alloué par Gazprom au Turkménistan ne s’élève qu’à 5,5 Mds m3 annuels jusqu’à la mi-2024. A noter que ces gazoducs vers la Chine et la Russie traversent tous deux le Kazakhstan et lOuzbékistan, eux-mêmes pays exportateurs de gaz naturel. Enfin, les deux gazoducs turkmènes vers lIran ne sont plus en activité depuis un différend sur les paiements en 2017 (lIran a importé 6,7 Mds m3 de gaz en 2016).

En 2020, le Turkménistan est confronté à une baisse de ses ventes de gaz naturel en volume et en valeur dans le contexte de la crise sanitaire mondiale et de la chute du cours des hydrocarbures depuis mars 2020. Selon les données des douanes chinoises, les exportations turkmènes vers la Chine (presque exclusivement composées de gaz) se sont affaissées annuellement de 30,1% pour la période janvier-novembre 2020. Alors qu’Achgabat annonce une hausse du PIB de 5,8% sur les 11 premiers mois de 2020 par rapport à lannée précédente, le FMI anticipe un ralentissement de la croissance turkmène à 1,8% en 2020. Le budget prévisionnel de l'État turkmène pour l'année 2021 prévoit une croissance du PIB de 6,2 % en 2021 (174,7 Mds TMT  soit 49,9 milliards d'USD au taux officiel). Plus de 70 % des dépenses du budget 2021 seront fléchées vers le volet social, afin de préserver la demande intérieure et les conditions de vie de la population. Le budget prévoit notamment une augmentation de 10 % du montant des salaires, des pensions, des allocations gouvernementales et des bourses étudiantes pour 2021.

Face à la réduction des entrées de devises issues des exportations d’hydrocarbures, la Banque centrale mène une politique monétaire restrictive afin de défendre le taux de change officiel. Alors que le manat turkmène conserve son ferme arrimage au taux officiel de 3,5 TMT/USD depuis 2015, la monnaie nationale continue de saffaiblir par rapport au dollar sur le marché noir (27 TMT/USD en décembre 2020, contre 19 TMT/USD fin avril). Depuis le 1er avril 2020, les employés turkmènes payés en devises étrangères ne peuvent plus retirer leurs salaires en USD mais peuvent le faire en monnaie nationale au taux officiel. De même, depuis le 15 mai 2020, les entreprises exportatrices turkmènes sont contraintes à verser 100% de leurs revenus en devises étrangères au Fonds de Stabilisation (contre 50% précédemment), recevant en retour l’équivalent en monnaie nationale au taux officiel. En outre, la raréfaction des devises étrangères et la fermeture des frontières turkmènes pour des raisons sanitaires contribuent au renchérissement des importations, en particulier des produits alimentaires, portant les estimations dinflation du FMI à 8,0% pour lannée 2020.

2/Le gouvernement conduit une politique de diversification de l’économie et des marchés d’exportation

La dépendance des exportations turkmènes au débouché chinois et la taille modeste des livraisons à la Russie consenties par Gazprom laissent entier le défi pour le Turkménistan de sécuriser un accès direct à d’autres marchés régionaux. Les autorités turkmènes attachent ainsi une grande importance à la réalisation du projet de gazoduc vers lInde à travers lAfghanistan et le Pakistan (TAPI), lancé en 2015. Long de 1 700 km  et doté dune capacité de 33 Mds m3/an, le gazoduc est toujours à l’état de projet malgré de fréquents effets dannonce;  le contexte géopolitique et sécuritaire régional et des désaccords sur le prix des fournitures de gaz constituent encore des défis importants à sa mise en œuvre. Le Turkménistan est également intéressé douvrir un nouveau débouché vers l’ouest à travers le projet de gazoduc transcaspien, reliant le Turkménistan à lAzerbaïdjan et au corridor gazier Sud, lequel permettrait à Achgabat dapprovisionner les marchés turc et européen. Cependant, si des avancées ont été réalisées avec ladoption en août 2018 dune convention sur le statut de la mer Caspienne à travers laquelle passerait ce gazoduc, demeure la question de la délimitation des frontières maritimes et de la répartition des ressources contenues dans le sous-sol.

Les autorités font également état de leur volonté de diversifier lappareil productif turkmène, dans une logique de substitution aux importations et de développement des exportations pour diversifier les revenus.

Deuxième poste à lexportation (4% des exportations turkmènes), lagriculture joue un rôle significatif dans l’économie dun pays couvert à 80% par le désert du Karakoum. En complément du bassin de lAmou-Daria, le canal dirrigation du Karakoum datant de 1982 permet de maintenir une agriculture intensive pourvoyeuse demplois. Sont principalement cultivés le coton, destiné à l’exportation, et le blé, réservé à la consommation intérieure. Ces deux cultures créent un véritable défi de gestion des ressources en eau, alors que 94% de la consommation turkmène en eau est utilisée à des fins d’irrigation. D’autres productions, comme les tomates et des fruits, sont en développement rapide grâce à l’expansion des cultures sous serres, lesquelles bénéficient d’un soutien financier important de la part de la BERD en 2020. Les serres turkmènes couvrent actuellement 356 hectares ; 150 nouvelles serres d'une superficie totale de 1 300 hectares devraient ouvrir en 2021. Le Turkménistan cherche également à développer ses capacités de transformation de la production agricole afin d’en augmenter la valeur ajoutée, à travers l’industrie textile et l’agroalimentaire en particulier. L’élevage se pratique également, notamment celui des ovins pour la laine, ainsi que des chameaux et chevaux.

Enfin, le Turkménistan mise sur le développement dune industrie pétrochimique à partir de gaz afin de valoriser lexploitation de ses ressources naturelles. La pétrochimie attire de nombreuses entreprises japonaises ou sud-coréennes, particulièrement appréciées pour leur savoir-faire et la compétitivité de leurs offres, mêlant solutions clé en main et financement attractifs. De nouveaux sites de production d’engrais ont été ouverts ces dernières années à Mary, Turkmenabat et Garabogaz pour un coût total de 2,7 Mds USD, ainsi que des unités de production de polyéthylène et polypropylène à Kiyanly (3,4 Mds USD) et la plus grande usine au monde de production dessence à partir de gaz à Ovadan-Depe (1,7 Md USD).

Dans le contexte de la crise énergétique et de baisse des revenus d’exportations, lEtat continue à soutenir l’économie nationale en poursuivant son effort dinvestissement public. L'importance de ce levier est en recul (le FMI l'estimant à 24,4% du PIB en 2019 contre 40,8% du PIB en 2017 selon le FMI), mais continue à générer des opportunités dans le secteur de la construction et des infrastructures. 1,5 Md USD a ainsi été fléché par l’Etat en 2020 pour l’importation de matériaux de construction dans le cadre du chantier du futur centre administratif de la province dAkhal. La construction dune autoroute à péages entre Achgabat et Turkmenabat est en cours depuis 2019 pour un montant estimé à 2,3 Mds USD et devrait être mise en service en 2023. Le programme d’Etat pour 2019-2025 prévoit également la construction dune ligne ferroviaire à grande vitesse, lacquisition dun satellite, la réfection du canal du Karakoum et l’augmentation des capacités de production pétrochimique. Fin 2019, Achgabat et Bakou ont ressuscité le projet TASIM de construction dune « autoroute internet » entre lEurope et lAsie par la signature dun accord pour la construction de câbles de fibre optique sous la mer Caspienne, reliant ainsi les villes portuaires de Turkmenbashi et Siazan. Ces efforts vont de pair avec la volonté des autorités de développer le secteur privé en mobilisant lUnion des industriels et des entrepreneurs du Turkménistan (UIET), dont les membres sont les principaux bénéficiaires des investissements publics.

En 2020, des jalons importants ont été posés pour faciliter l’intégration du Turkménistan dans les marchés internationaux. Le Turkménistan s'est associé à lInternational Trade Centre (ITC) pour créer un guichet unique en ligne dans le pays et fournir des informations détaillées sur les procédures d'exportation et d'importation par type de produit dans le cadre d’un projet financé par l'Union européenne. On notera enfin que le Turkménistan a obtenu en juillet 2020 le statut d'observateur à lOrganisation mondiale du commerce (OMC); le gouvernement turkmène cherche à se rapprocher des normes de lOMC afin de dynamiser son commerce extérieur et dattirer des investissements étrangers, tout en gardant une certaine indépendance par rapport à lorganisation.

 

*Au Turkménistan, linformation statistique officielle est utilement complétée de celle des institutions financières internationales.

 

Annexe: carte du Turkménistan

 Carte du Turkménistan

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