Bilan de l’année économique 2019 pour le Turkménistan

Performance macroéconomique

Consolidation des finances publiques

Le PIB turkmène devrait atteindre 45,3 Mds USD en 2019 (+6,3%) selon les données communiquées par les autorités[1] au Fonds Monétaire International (FMI). Ce dernier prévoit une inflation de 6,3% en 2019. L’investissement public, moteur traditionnel de l’économie nationale, est toutefois en net recul, le FMI l'estimant à 24,4% du PIB en 2019 contre 40,8% en 2017. La dette publique resterait modeste, passant de 29,1% à 30,7% du PIB en 2019.

L’année 2019 a vu les fournitures de gaz, d’eau et d’électricité devenir entièrement payantes, avec la suppression des volumes forfaitaires mensuels ou semestriels jusqu’alors fournis gratuitement par l’Etat aux foyers et, parallèlement, l’installation massive de compteurs volumétriques.

Le commerce extérieur turkmène se serait stabilisé par rapport à l’année 2018 (importations +1,6%, exportations +8,1% en g.a.), qui avait connu une réduction brutale des importations en réaction à une politique monétaire restrictive et à la politique nationale de substitution aux importations, conjuguée à un rebond des exportations en valeur portées par la remontée du cours des hydrocarbures. Pour la deuxième année consécutive, cette dynamique permet au Turkménistan de générer à nouveau un excédent commercial (7,2 Mds USD en 2019), après trois années de déficit.

Politique monétaire

En 2019 la banque centrale a poursuivi sa politique monétaire très restrictive. En novembre 2019, le FMI mentionne la surévaluation de la monnaie nationale (dont la dernière dévaluation remonte au 1er janvier 2015) et le rationnement des devises étrangères par la Banque centrale depuis 2015 parmi les facteurs qui pèsent sur l'investissement privé et la compétitivité des exportations hors hydrocarbures.

En parallèle, le gouvernement turkmène promeut activement l’utilisation de cartes bancaires. Les salaires et les retraites sont versés sur des comptes bancaires mais les distributeurs de billets limitent sévèrement les retraits de devises, contribuant à la numérisation par nécessité des paiements dans le pays. Certains magasins publics (aux prix subventionnés par l’Etat) ne sont plus autorisés à accepter de paiements en liquide depuis mi-décembre.

Emploi

Le gouvernement a accordé une importance croissante au sujet de l’emploi en 2019. Le Ministère du Travail a ajouté une section « emploi » à son site et le Président a ordonné la création de nouveaux emplois manufacturiers dans le pays. Si le gouvernement ne publie pas de données relatives au chômage, les observateurs évaluent le taux de chômage à 50%, une partie non négligeable de la population active émigrant (Turquie, Russie, EAU…) pour trouver du travail.

Evolutions par secteur économique

Hydrocarbures

En avril 2019, le géant énergétique russe Gazprom a annoncé la reprise des achats de gaz en provenance du Turkménistan. L’accord prévoit des exportations gazières turkmènes à hauteur de 5,5 Mds m3 annuels jusqu’à la mi-2024. Depuis 2016, les importations avaient été mises à l’arrêt à la suite d’un différend sur les prix couplé aux surcapacités de Gazprom.

A l’été 2019, la Russie et l’Iran ont renouvelé leur opposition au projet de gazoduc transcaspien, arguant de préoccupations environnementales liés aux travaux de construction sous la mer Caspienne. Ces préoccupations n’empêchent pas Moscou de poser ses propres gazoducs sous la mer Noire, tandis que Téhéran appelle ses voisins régionaux à utiliser ses propres infrastructures pour acheminer leur production gazière vers les marchés mondiaux.

Les autorités font état de la progression des travaux de construction du gazoduc vers l’Inde (TAPI). Multipliant les effets d’annonce, Achgabat avait déclaré avoir terminé les travaux du tronçon turkmène en février 2018, bien que son fournisseur russe pour les tubes n’ait confirmé avoir remporté le contrat qu’en avril 2019. Les perspectives à court terme de ce projet restent floues, le Pakistan ayant notamment conditionné il y a quelques mois le démarrage des travaux sur son sol à une baisse des prix du gaz turkmène.

Le 28 juin 2019, le Turkménistan a ouvert une usine d’essence produite à partir de gaz (projet de 1,7 Mds USD avec assistance technique et financière japonaise). Cette essence  est de haute qualité (Eco-93, norme Euro-5). Les 60 premières tonnes produites seront fournies à l’Afghanistan en tant qu’aide humanitaire, mais la Bulgarie, la Grèce et la Roumanie ont déjà placé des futures commandes auprès du producteur turkmène.

Construction

Le gouvernement continue sa politique de grands chantiers et investissements industriels. Un programme 2019-2025 (240 Mds TMT soit environ 68 Mds USD au cours officiel) prévoit ainsi la construction de deux villes nouvelles, du gazoduc TAPI, d’une nouvelle unité de production d’engrais potassés, d’autoroutes, d’une ligne ferroviaire TGV, mais aussi l’acquisition d’un satellite, la réfection du canal du Karakoum et le dédoublement de plusieurs unités pétrochimiques, etc. A la fin 2019 plus de deux mille installations industrielles et sociales seraient en cours de construction, pour une valeur d’environ 35 Mds USD.

La construction d’une autoroute à péages entre Achgabat et Turkmenabad est en cours, pour un montant estimé à 2,3 Mds USD. L’autoroute, dont le chantier a débuté en janvier 2019, devrait être mise en service en 2023

Achgabat et Bakou ont ressuscité le projet TASIM de construction d’une « autoroute internet » entre l’Europe et l’Asie par la signature d’un accord pour la construction de câbles de fibre optique sous la mer Caspienne, reliant ainsi les villes portuaires de Turkmenbashi et Siazan.

Agriculture

Le Président estime que le pays a atteint son objectif de sécurité alimentaire publiant en décembre 2019 des photos de magasins remplis de biens de consommation, ce que contredisent des pénuries occasionnelles constatées pendant l’année. 1,7 M tonnes de blé et plus d’1 M tonnes de coton auraient été produites. L’Etat veut à partir de 2020 réduire la superficie des champs de blés au profit de la production cotonnière, ce qui aura un impact en termes de consommation d’eaux d’irrigation. Le gouvernement a également lancé un programme de construction de serres de grande envergure dans son effort de substitution aux importations.

Les agriculteurs turkmènes peuvent désormais louer des terres pour une durée de 99 ans. La réforme foncière annoncée par le gouvernement turkmène en septembre 2018 est entrée concrètement en vigueur 13 mois après : moyennant certains engagements en matière de production, les agriculteurs locaux pourront bénéficier de baux de 99 ans sur les terres qu’ils exploitent, leur nue-propriété restant étatique.

Numérisation des services publics

Un portail de services publics en ligne a été dévoilé fin novembre (e.gov.tm), présenté comme un guichet unique, qui permet en particulier les transactions par carte bancaire. Par ailleurs, les douanes turkmènes ont annoncé passer aux déclarations de douane numérisées en 2020, fruit d’un accord de coopération technique sur la mise en œuvre du système automatisé de données douanières ASYCUDA World avec l’organisme onusien UNCTAD. Enfin, un site spécifique (www.invest.gov.tm) est en cours de création sous les auspices du Ministère des Finances et de l’Economie, afin de partager des informations relatives aux réformes économiques en cours, de communiquer sur les grands projets et d’attirer les investisseurs étrangers.


[1] Précaution méthodologique : au Turkménistan, l’information statistique officielle reste parcellaire et sa qualité est très contestée en dépit d’une amélioration depuis quelques années.

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