La situation économique et financière du Tadjikistan

1.    Un pays enclavé à l’économie peu diversifiée, dépendant des transferts des migrants.

 

  • Seul Etat persanophone d’Asie centrale, le Tadjikistan est un pays enclavé peuplé de 8,5 millions d’habitants. Son PIB était de 7,1 Mds USD en 2017, soit un PIB par habitant de 840 USD. L’indice de développement humain est de 0,63, plaçant le pays au 129ème rang mondial en 2016.
  • L’économie repose essentiellement sur les transferts de migrants environ un tiers du PIB en 2017 , la production d’aluminium et la culture du coton (environ 14% des exportations en valeur en 2016). Les importations représentaient 39% du PIB et le degré d’ouverture de l’économie s’élevait à 28% en 2017.
  • Après avoir été durement touché par la guerre civile (1992-1997), le Tadjikistan a renoué avec des taux de croissance positifs en 1997 et opéré un rattrapage rapide sur la période 2003-2008 (taux de croissance annuel moyen de 8,3%). Pays au revenu par habitant le plus faible de la CEI, le Tadjikistan est assez dépendant des financements des institutions financières internationales essentiellement effectué sous la forme de dons depuis que le niveau de risque de surendettement externe du Tadjikistan est passé de modéré à élevé dans l’analyse de soutenabilité de la dette du FMI en octobre 2017. A noter que le FMI avait octroyé au pays une Facilité de crédit étendue d’environ 160 M USD sur 2009-2012. Un nouveau programme serait toujours en discussion.
  • En quête de nouveaux relais de croissance, le gouvernement a décidé en octobre 2016 de relancer la construction du barrage de Rogoun, projet pharaonique au regard de la taille de l’économie du pays et qui doit permettre à terme au Tadjikistan d’exporter de l’électricité vers le Pakistan et l’Afghanistan. Le coût du projet atteindrait en effet 3,9 Mds USD entre 2017 et 2028, soit près de 55% du PIB annuel tadjik.
  • Montrant sa détermination, le Gouvernement a émis 500 M USD d’euro-obligations en septembre 2017 destinés à financer le début des travaux jusqu’au lancement des deux premières turbines prévu en octobre 2018 pour l’une et avril 2019 pour l’autre. Une seconde émission pourrait être réalisée à moyen terme pour financer la suite de la construction.

2.    L’économie croît à un rythme moins rapide mais pourrait bénéficier de la hausse des transferts de migrants.

 

  • Après avoir atteint 6,9% en 2016, la croissance du PIB s’est établie à 7,1% en 2017 en raison d’une hausse de l’activité dans les secteurs de l’industrie et de l’agriculture. Le Tadjikistan figurerait ainsi parmi les dix pays – au niveau mondial – connaissant la plus forte croissance du PIB en 2017 selon la Banque mondiale. Les autorités tadjikes prévoient une croissance du PIB de l’ordre de 6% en 2018, alors que le FMI prévoit une croissance de 4%, la Banque mondiale de 6,1% et la BERD de 5%. Le PIB a progressé de 7% au premier trimestre 2018 en g.a. selon les statistiques officielles.
  • Les transferts de migrants, provenant de Russie à plus de 90%, représentent près d’un tiers du PIB – contre près de la moitié du PIB en 2014 –, soit 2,5 Mds USD en 2017. Cette situation rend le Tadjikistan fortement vulnérable aux variations de l’économie russe.
  • Les IDE entrants annuels représentaient environ 2,7% du PIB en 2017 contre 5% en 2016. La Chine est le 1er investisseur étranger au Tadjikistan et totalise plus de 70% des IDE entrants.

 Taux de croissance annuel du Tadjikistan par rapport aux pays de la zone entre 2007 et 2017

Graphique 1

Source : FMI

  • Structurellement très déséquilibré – les exportations représentent moins du tiers des importations –, le commerce extérieur est très dépendant du cours de quelques matières premières (l’aluminium, l’or et le coton). En 2017, la diminution des importations (-8%) et la hausse des exportations (+26%) ont permis de réduire le déficit commercial de 20,1% en g.a. La tendance s’est néanmoins inversée au premier trimestre 2018 : le déficit commercial a atteint 547,5 M USD (soit une hausse de 73,5% en g.a.). En effet, sur la période, exportations ont progressé de 5,7% en g.a., tandis que les importations ont progressé de 45% en g.a. Le déficit du compte courant a atteint 3,8% du PIB en 2016 (6% en 2015).

3.    Le déficit budgétaire et l’inflation diminuent.

 

  • Grâce à l’augmentation des transferts de fonds de migrants entrants, à la diminution du taux de NPL permettant de d’éviter de nouvelles recapitalisations de banques après le plan de fin 2016, le déficit budgétaire s’est réduit à 2,4% du PIB en 2017, après 9,8% en 2016 selon le FMI.
  • La dette publique a atteint 50% du PIB à fin 2017 – contre 42% à fin 2016 –, niveau toutefois moins élevé que les 52,4% anticipés par le FMI.
  • En 2016, la dette publique externe était à plus de 90% composée de dettes concessionnelles des institutions financières internationales et de prêts chinois. L’émission d’euro-obligations a probablement fait diminuer leur part à environ 75% en 2017.
  • En mai 2018, l’inflation s’est établie à 1,7% en g.a. et devrait atteindre 6,3% en 2018 en g.a. selon les prévisions du FMI.  Après un point haut en juin 2017 – à 8,9% en g.a. – alors que le somoni perdait 10,5% de sa valeur face au dollar, le rythme de l’inflation a ralenti à 6,6% en g.a. fin 2017 en parallèle d’une stabilisation du cours de la devise.
  • La Banque centrale reconstitue ses réserves de change qui, après avoir chuté à environ 400 M USD en 2014 (un mois d’importations), se sont rapprochées de 500 M USD à fin 2015, et ont atteint 682 M USD fin 2016 (2,7 mois d’importations). Elles ont atteint un niveau record en septembre 2017 en s’établissant entre 5 et 6 mois d’importations, contre 2,6 mois au 31 mars 2017, notamment grâce à l’émission de 500 M USD d’euro-obligations souveraines réalisée en septembre.

4.    La situation toujours problématique du secteur bancaire tadjik

 

  • Le secteur bancaire est morcelé – 17 banques à fin 2017 – et le ratio de pénétration bancaire demeure très faible : les crédits bancaires ne représentent en effet que 14% du PIB, tandis que les dépôts bancaires ne représentent que 15% du PIB fin 2017, soit pour ces deux éléments le niveau le plus faible de la région. Le niveau de dollarisation est élevé mais en baisse (55% des dépôts fin 2017, contre 67% fin 2016). Les taux d’intérêt très élevés sur les crédits – 28% en moyenne fin 2017 – pénalisent le développement des petites entreprises et expliquent en partie le faible taux d’investissement (18% du PIB pour 2017).
  • Le secteur bancaire tadjik, et notamment les plus grandes banques a enregistré une forte augmentation des taux de NPL (prêts non performants) qui atteignaient près de 50% en moyenne pour le secteur bancaire fin 2016. En réponse, deux banques systémiques (Agroinvestbank et Tojiksodirotbank) ont bénéficié début 2017 d’un soutien public à hauteur de 3,3 Mds TJS (environ 400 M USD au cours de fin 2016) tandis qu’un processus de liquidation était enclenché pour deux banques de moindre importance. Depuis, la situation du secteur bancaire tadjik s’est améliorée mais le taux de NPL reste très élevé, atteignant 33,4% au premier trimestre 2018. 
  • La Banque nationale du Tadjikistan tente de mettre en place une politique de ciblage de l’inflation – cible de 7% +/-2% en 2018 après avoir atteint son objectif de 7% +/-3% pour 2017 –. Après avoir maintenu son taux directeur à 16% en 2017, avec la diminution de l’inflation, la Banque centrale a abaissé son taux directeur à 14,75% en janvier 2018.
  • Les activités de microfinance ont connu un développement rapide jusqu’en 2015, notamment dans les zones rurales où la demande privée n’est que partiellement satisfaite par les banques : les microcrédits représentaient 5% du PIB fin 2017.

5.    Un climat des affaires complexe

 

  • Le Tadjikistan doit relever un certain nombre de défis pour assurer son développement à long terme : diversifier son économie, développer ses infrastructures énergétiques, améliorer sa connectivité avec les pays voisins pour réduire son enclavement. En 2016, l’Indice de performance logistique place le Tadjikistan au 153ème rang sur 160. Par ailleurs, il dispose d’un important potentiel en termes d’hydroélectricité.
  • Le climat des affaires est difficile. En 2017, le Tadjikistan s’est classé 161ème sur 180 dans l’Indice de perception de la corruption de Transparency international. Le poids de l’économie souterraine est important.
  • Le Tadjikistan est classé à la 123ème place de l’étude Doing Business 2018 de la Banque mondiale, en progression de 5 places par rapport à 2017 (sur 190 pays). l’adhésion à l’OMC en 2013 ne semble pas avoir eu d’effets concrets

 

 

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