Indicateurs et conjoncture

 

Après avoir subi de plein fouet les conséquences économiques de la crise sanitaire en 2020 (contraction du PIB de - 6,1 %), l’économie thaïlandaise a entamé une reprise fragile et limitée en 2021 (+1,6 %), nettement affectée par les effets du durcissement des restrictions sanitaires intervenu à partir du mois d’avril pour répondre à la troisième vague épidémique (provoquant une nouvelle récession de -0,3 % au T3, après + 7,5 % au T2 et -2,6 % au T1).

Bien que l’activité économique ait été plus fortement stimulée au T4 (+1,9 %) grâce, d’une part, à l’assouplissement progressif des règles sanitaires depuis le 1er octobre et à la réouverture du pays au tourisme international au 1er novembre (en lien avec le fort accroissement de la protection vaccinale), et d’autre part, au dynamisme continu des exportations (+ 16,6 % au T4 et + 14,9 % en 2021 du fait de la reprise de le demande chez ses principaux partenaires commerciaux), la consommation domestique est globalement restée atone (+0,3 %) et les arrivées touristiques très limitées (430 000 entrées en 2021 contre 40 M en 2019), ne permettant pas une reprise marquée de la croissance sur l’ensemble de l’année.

Fort d’une croissance meilleure qu’anticipée au quatrième trimestre et pour l’ensemble de l’année 2021, le National Economic and Social Development Council (NESDC) maintient ses perspectives de croissance du PIB pour 2022 à +3,5-4,5%. La croissance devrait être soutenue par la consolidation de la dynamique des exportations de biens (+4,9% après +14,9% en 2021), un rebond de la consommation des ménages (+4,5% contre +0,3% en 2021) et du tourisme international (avec 5 M d’arrivées prévues pour un revenu de 14,4 Mds USD), la poursuite du redressement de l’investissement privé (+3,8%, après +3,2% en 2021) et de l’investissement public (+4,6% après +3,8% en 2021).  Toutefois, ces perspectives de croissance resteront tributaires, pour une large part, de l’évolution de la situation sanitaire (maîtrise des contaminations du variant Omicron ou d’un potentiel nouveau variant).  Au risque sanitaire vient aujourd’hui s’ajouter les conséquences indirectes du conflit en Ukraine (sur le tourisme, les échanges extérieurs et l'inflation via le canal des prix des hydrocarbures et des produits alimentaires).

Soumise à des évolutions complexes et profondes, et engagée dans quatre transitions politique, démographique, géostratégique et économique, la Thaïlande ambitionne de rejoindre les économies développées. Pour y parvenir le pays devra en particulier relever dans les prochaines années les défis que lui posent les tensions commerciales sino-américaines et le ralentissement économique chinois, ainsi que la montée en puissance du Viet Nam. Le pays devra aussi faire face à un vieillissement démographique rapide, l’âge médian étant de 38 ans et la population active en baisse déjà depuis deux ans. Pour sortir d’une économie « low cost» et s'orienter vers une croissance plus durable, la Thaïlande doit aussi rénover son système éducatif et rééquilibrer son économie vers la consommation intérieure, ce qui passe par une dynamique salariale et la résorption d’une importante  pauvreté rurale persistante. En 2018, la richesse médiane par adulte s’élevait à 1 087 USD.  La Thaïlande fait partie des pays les plus inégalitaires en termes de répartition des richesses.

Pour donner un nouveau souffle à son économie et sortir de son statut d’économie intermédiaire supérieure, la Thaïlande a aussi engagé un ambitieux programme d'investissements dans ses infrastructures de transport et une stratégie de modernisation économique "Thailand 4.0" tournée vers l'avenir et fondée sur l’innovation. Cette même ambition sous-tend le projet d’aménagement de l’Eastern Economic Corridor (trois provinces du sud-est de Bangkok) fondée en partie sur la capacité du pays à attirer des investissements directs étrangers dans les secteurs d’avenir. La Thaïlande s’est hissée au 21ème rang du classement « Doing Business» 2020 de la Banque Mondiale. C’est en réussissant la transformation de son appareil productif (y compris agricole) que la Thaïlande s’engagera dans la voie d’une économie plus compétitive et mieux redistributive.

Publié le