Indicateurs et conjoncture

La Thaïlande subit de plein fouet les conséquences économiques de la crise liée à l'épidémie de Covid-19, du fait en particulier de la fermeture quasi complète de ses frontières. Le pays a connu en 2020 une récession de l’ordre de 6,1%, suite notamment à l’arrêt du tourisme international et à la chute des exportations. L’économie thaïlandaise a entamé une reprise fragile en 2021 : moindre diminution du PIB à - 2,6% au T1, puis retour à la croissance au T2  (+7,5 %) pour la première fois depuis 2019 grâce notamment au dynamisme des exportations de biens (+ 36,2 % à 67,8 Md USD au T2) tirée par la reprise de la demande chez ses principaux partenaires commerciaux. La croissance s’est néanmoins de nouveau faiblement contractée au T3 (-0,3 % g.a.) sous l’effet du durcissement des restrictions sanitaires intervenu à partir du mois d’avril pour répondre à la troisième vague épidémique.

Sur l’ensemble de l’année, le consensus des prévisions de croissance s’établit aujourd’hui autour de 0,7-1,2 % (contre 2-3 % en juin dernier) . En dépit d’un assouplissement des règles sanitaires depuis le 1er octobre et de la réouverture du pays au 1er novembre, la consommation domestique devrait globalement rester atone (croissance attendue entre 0 et 1,2 %) et la reprise du tourisme international encore faible (entre 160 000 et 300 000 entrées prévues contre encore 40 M en 2019, alors que les recettes touristiques contribuent à environ 20 % du PIB en temps normal). La crise sociale liée à ces difficultés économiques est par ailleurs importante, dans un contexte politique agité. 

Soumise à des évolutions complexes et profondes, et engagée dans quatre transitions politique, démographique, géostratégique et économique, la Thaïlande ambitionne de rejoindre les économies développées. Pour y parvenir le pays devra en particulier relever dans les prochaines années les défis que lui posent les tensions commerciales sino-américaines et le ralentissement économique chinois, ainsi que la montée en puissance du Viet Nam. Le pays devra aussi faire face à un vieillissement démographique rapide, l’âge médian étant de 38 ans et la population active en baisse déjà depuis deux ans. Pour sortir d’une économie « low cost» et s'orienter vers une croissance plus durable, la Thaïlande doit aussi rénover son système éducatif et rééquilibrer son économie vers la consommation intérieure, ce qui passe par une dynamique salariale et la résorption d’une importante  pauvreté rurale persistante. En 2018, la richesse médiane par adulte s’élevait à 1 087 USD.  La Thaïlande fait partie des pays les plus inégalitaires en termes de répartition des richesses.

Pour donner un nouveau souffle à son économie et sortir de son statut d’économie intermédiaire supérieure, la Thaïlande a aussi engagé un ambitieux programme d'investissements dans ses infrastructures de transport et une stratégie de modernisation économique "Thailand 4.0" tournée vers l'avenir et fondée sur l’innovation. Cette même ambition sous-tend le projet d’aménagement de l’Eastern Economic Corridor (trois provinces du sud-est de Bangkok) fondée en partie sur la capacité du pays à attirer des investissements directs étrangers dans les secteurs d’avenir. La Thaïlande s’est hissée au 21ème rang du classement « Doing Business» 2020 de la Banque Mondiale. C’est en réussissant la transformation de son appareil productif (y compris agricole) que la Thaïlande s’engagera dans la voie d’une économie plus compétitive et mieux redistributive.

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