Situation économique et financière

Salvador : Le gouvernement met en place un plan économique d’envergure pour faire face à la pandémie.

 

A l’image de la plupart des pays d’Amérique centrale, le Salvador a réussi à limiter la propagation du virus grâce à des mesures de confinement mises en place très rapidement. Ces mesures d’endiguement ont un coût économique élevé, que le gouvernement espère limiter grâce à plan de relance ambitieux, de près de 8% du PIB. Ce plan, entièrement financé par la dette, aura pour conséquence de dégrader les finances publiques, que le gouvernement salvadorien essaye d’assainir depuis plusieurs années.    

Le Salvador a rapidement mis en place des mesures d’endiguement pour limiter la propagation du virus

  • Une propagation limitée du virus…

Le pays a réagi assez rapidement face à l’arrivée du virus : il fut notamment le premier pays de la région à fermer ses frontières dès le 11 mars, avant même le recensement du premier cas.  Le gouvernement a ensuite déclaré l’état d’urgence nationale le 14 mars qui a, entre autres, limité la circulation de personnes dans le pays, suspendu les cours et les activités non-essentielles. Les mesures se sont depuis durcies avec notamment la mise en place d’une quarantaine stricte (deux sorties par semaine autorisée pour l’achat de biens alimentaires ou de médicaments) et la suspension des transports publics.

  • …au prix d’une récession économique sévère

Ces mesures ont un prix économique important : alors que le pays avait atteint une croissance moyenne de +2,4% depuis cinq ans, le FMI anticipe une récession de 5,4% en 2020. Outre les effets directs du confinement, l’économie salvadorienne devrait également souffrir du ralentissement mondial et en particulier, de l’économie étatsunienne. La banque centrale du Salvador estime en effet que pour chaque point de pourcentage de contraction de l'économie américaine, l'économie salvadorienne se contracte de 0,8 %, une élasticité similaire à celle des autres pays d'Amérique centrale. Une contraction de l’économie étatsunienne - actuellement estimée à -5,9% en 2020 par le FMI – affectera  la demande extérieure du Salvador, notamment les exportations et le tourisme, mais aussi l’arrivée des remesas qui représentent aujourd’hui environ 17% du PIB. Le FMI s’attend ainsi à une baisse de 9% des exportations, de 17% des remesas et de 80% des IDE.

La Banque Mondiale prévoit notamment que le taux de pauvreté pourrait augmenter de 29% à 40% des foyers, soit une augmentation de 600 000 personnes. Le choc pourrait également entraîner une augmentation des inégalités de revenus, au vu de l’importance du secteur informel, qui représente près de 70 % de la main-d'œuvre.

Le gouvernement met en place un plan de relance ambitieux, à hauteur de 8% du PIB

Pour faire face aux conséquences économiques de la crise, la gouvernement a rapidement mis en place un plan d’envergure : l’Assemblée législative a approuvé dès la fin du mois de mars un ensemble de mesures d'aide proposées par le gouvernement et la création d'un Fonds d'urgence, de redressement et de reconstruction économique (FERRE) d'un montant maximum de 3 Mds USD (8 % du PIB), pour financer toutes les dépenses liées à la COVID-19. Les principales mesures d’ores et déjà adoptées sont  : (i) l'exonération des droits d'importation sur certaines catégories de biens ; (ii) la suspension temporaire du paiement de services tels que l'eau, l'électricité et les télécommunications ; (iii) le transfert de 300 USD aux familles à faible revenu qui ont perdu leur source de revenu[1] ; (iv) le versement d'une prime de 150 dollars USD aux employés publics essentiels ; et (v) la prolongation de la date limite de paiement de l'impôt sur le revenu de 2019 pour plusieurs types de contribuables. Depuis, le gouvernement a annoncé une nouvelle série de mesures pour continuer de limiter les impacts socio-économiques de cette crise : subvention aux salaires maintenus dans les entreprises de moins de 100 salariés ; crédits concessionnels aux entreprises et des paniers alimentaires pour 1,7 millions de foyers (qui ont déjà commencé à être livrés).

En tout état de cause, après une stabilisation des niveaux de dette depuis quelques années, le FMI anticipe une augmentation de la dette publique[2] de plus de 10% du PIB pour atteindre 82% du PIB en 2020.  Le FUSADES[3] table lui sur une dette publique à hauteur de 90% du PIB. Le solde budgétaire global pour 2020 devrait également se détériorer après trois années d’excédent primaire, à environ -4,5% du PIB, principalement en raison de l'augmentation des dépenses liées aux éléments liés à la COVID-19 (3,5% du PIB), de la perte de recettes fiscales (1,5% du PIB en raison de la contraction économique) et de l'augmentation des paiements d'intérêts (environ 0,5% du PIB).


[1] D’après la Banque mondiale, grâce à cette aide, l'impact sur la pauvreté pourrait être réduit de près de trois points de pourcentage, à condition que les transferts d'argent soient parfaitement ciblés.

[2] Dont la retraite représente à elle seule 19% du PIB, hors coronavirus

[3] Fondation salvadorienne pour le développement économique et social, think-tank reconnu dans le pays.

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