Le secteur agricole à Sao Tomé & Principe

L’agriculture reste le secteur prédominant de l’économie santoméenne, par ailleurs peu diversifiée. Le secteur agricole représenterait environ 20% du PIB, selon les données de la Banque centrale. Il rassemble 60 % de la population active et représente 80% des recettes d’exportation du pays (essentiellement du cacao). Le secteur agricole peine toutefois à se développer, le démantèlement des grandes exploitations dans les années 80 pesant sur l’organisation et la rentabilité du secteur, alors que l’Etat se révèle peu présent, son action étant freinée par un manque de ressources. Les Agences internationales de coopération sont néanmoins très présentes et veulent contribuer à la restructuration du secteur.

Etat des lieux

Cultures de rente

Le pays reste marqué par la période postcoloniale et l’impact des réformes du secteur agricole privatisant les exploitations afin de les redistribuer à des petits planteurs dans les années 80. Pendant les deux décennies qui ont suivi, le manque d’investissement et d’organisation a conduit à un appauvrissement du secteur. Les productions, tant de café que de cacao, peinent à se relancer, alors que le pays était, dans le passé, un des principaux producteurs mondial. Les perspectives aujourd’hui restent incertaines, malgré le fait que ces petits producteurs se sont organisés pour beaucoup en coopératives.

Les productions issues de ces cultures traditionnelles de rente restent bien inférieures à leur niveau d’antan, voire résiduelle (1500 tonnes de cacao produits par la coopérative CECAB en 2014 par exemple, pour un total national estimé à 3000 tonnes). Mais les données statistiques font défaut. La société suisse SATOCAO dispose d’une concession de 1 500 hectares de cacao, obtenue en 2011 pour une durée de 25 ans. Le reste de la production se répartit entre plusieurs coopératives, accompagnées par des ONG dans la plupart des cas. Concernant la production de café, le français MALONGO projetait de reprendre la grande concession de Monte Café, en partenariat avec la société MANE pour l’exploitation de la vanille, mais le projet n’a pu aboutir. Le gouvernement santoméen cherche actuellement de nouveaux investisseurs.

Plus récemment, le développement de la filière du poivre s’est concrétisée grâce à un partenariat avec la société familiale bretonne HENAFF qui a importé une tonne de poivre de Sao Tomé en 2012 pour sa conserverie, et prévoit à l’avenir de faire de l’ile un de ses fournisseurs majeurs. Sao Tomé s’est aussi lancée dans la production d’huile de palme. La société AGRIPALMA[1] détient une concession de 25 ans renouvelable de palmiers à huile de 4 500 ha. 800 emplois ont été créés et l’exportation de l’huile de palme pourrait être envisagée d’ici un an ou deux sur les marchés de la sous-région. La construction d’une usine de fabrication de savons pour l’export (Portugal et Angola) est, par ailleurs, également prévue.

Productions vivrières

L’alimentation de base des santoméens est dominée par les céréales (maïs, riz), les tubercules et racines (manioc, taro), les fruits et légumes (fruit à pain, maïs, banane, papaye, poivron, tomate), ainsi que par le poisson et la viande. L’agriculture et la pêche locales permettent de couvrir en partie ces besoins (59%), le reste (huiles, riz, produits laitiers, produits transformés) étant importé.

Elevage

L’élevage représenterait 14% de la production agricole et 3% du PIB selon les dernières données du Programme des Nations Unies pour le Développement[2]. Sur près de 300 structures agricoles recensées dans le pays, près de 40 % pratiquent l’élevage. Mais en l’absence de chiffres récents, il est difficile d’estimer précisément les productions. La production de viande est assurément insuffisante, au vu du recours systématique aux importations de viande d’Amérique Latine et d’Europe. Enfin, l’absence de soutien aux agriculteurs (notamment à travers le crédit) et l’insuffisance de l’investissement (intrants, aménagement du territoire, stockage, sécurité juridique,  banques etc.), conjugué au manque d’infrastructures, compliquent fortement le développement du secteur. Il existerait pourtant, d’après le PNUD, une masse critique d’éleveurs suffisamment aptes à la production à grande échelle et à la concurrence.

Pêche

Le secteur contribue à hauteur de 5% du PIB[3] environ et ferait vivre indirectement 15% de la population ; il est dominé par la pêche artisanale. La production est estimée à 4 500t/an alors que le potentiel de capture est estimé à 12 000t/an. Faute d’équipements, le rayon de capture ne s’étend qu’à 4 km des côtes. En haute mer, l’activité est assurée par des navires européens dans le cadre de l’accord de pêche São-Tomé-et-Príncipe-UE en vigueur pour la période 2014-2018. En prenant en compte la Zone Economique Exclusive s’étendant sur 160 000 km², le potentiel halieutique de l’archipel est évidemment bien supérieur (entre 23 et 29 000 tonnes selon les estimations) avec une plus grande concentration autour de l’île de Principe.

Malgré un potentiel et des débouchés certains (Angola, Gabon, Nigéria, Guinée Equatoriale et Europe), le secteur se retrouve confronté au manque d’organisation et de structuration des acteurs et à l’inadaptation des infrastructures (traitement, conservation etc.). Le gouvernement n’est d’ailleurs pas encore doté d’outils suffisamment efficaces et fiables pour documenter la production. De même, les produits sont difficilement exportables, en l’absence de certification phytosanitaire internationale, préalables à leur entrée sur le marché européen. Un projet mené par l’Union Européenne vise cependant à doter l’organisme de certification existant (le CIAT[4]) des compétences afin de délivrer des certificats internationaux qui faciliteraient l’exportation des produits agricoles, notamment ceux issus de la pêche. La BAfD a également soutenu dans le cadre du PRIASA (Projet de réhabilitation des infrastructures de sécurité alimentaire) la mise à niveau du laboratoire de contrôle de qualité des produits de la pêche.


 

[1] Agripalma est une filiale (88%) de STP Invest, société de droit belge elle-même détenue par la Socfinaf, société luxembourgeoise qui détient des participations dans plusieurs sociétés exploitant de nombreux hectares de plantations de palmiers à huile et d’hévéa en Afrique. L’Etat santoméen détient 12% de parts d’Agripalma.

[2] PNUD, Cadre de programmation pays, 2014-2017.

[3] Source : Banque Centrale de Sao Tomé

[4] Centre d’Investigation Agronomique et Technologique

 

Politiques publiques et coopération

Une planification défaillante

 

La politique du gouvernement en matière agricole est difficilement lisible. Les conditions pour la planification à long terme ne sont pas réunies : en l’absence de ressources,  les projets dépendent davantage de l’agenda des bailleurs de fonds que des politiques publiques. Le manque de ressources humaines qualifiées handicape également l’action gouvernementale. Le tissu agricole santoméen est avant tout marqué par sa situation d’ancienne colonie d’exploitation, d’où la prééminence des cultures de rente.

A l’indépendance, ces cultures ont laissé place aux cultures vivrières. En réalité, le secteur agricole n’a pas bénéficié d’une réelle planification de long terme jusque dans les années 90 avec le NLPTS (Plan national à long terme) et l’intervention du FMI. Dès lors, la réforme agraire a principalement consisté en la redistribution des terres et des fermes d’Etat à leurs salariés agricoles.

Les grandes orientations économiques figurent depuis 2002 au sein du Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP), fréquemment réactualisé et complété par une série de documents stratégiques rédigés en coopération avec les partenaires multi et bilatéraux (FAO, GIZ, AFD).

Le gouvernement a ainsi fixé l’objectif d’augmenter les productions vivrières (manioc, maïs, banane etc.) de 6% par an d’ici 2021. Les effets de la planification sont toutefois encore peu perceptibles. Les exportations de cacao sont estimées à 3 000 tonnes pour l’année 2016, soit 7,8M€, largement en tête des exportations de produits agricoles (785 tonnes cocos, 41 tonnes d’épices, 30 tonnes de fruits secs, 12 tonnes de piment en grains et 1,2 tonne de café). En 2015, les exportations de cacao représentaient 94% du total des exportations de l’archipel.

Les importations françaises se concentrent essentiellement sur deux postes, chacun pour moitié : les produits des industries extractives (pétrole et minerais), et les produits du bois. Après une forte hausse en 2015, (+38,1%), elles se sont contractées de -11,7% en 2016 pour atteindre  152,7 M€, ces fortes variations touchant les importations, en valeur, de pétrole, tandis que les importations de bois sont relancées (+18,7%).

Des partenaires au développement nombreux mais inarticulés

Le secteur agricole santoméen est caractérisé par la multiplicité de partenaires extérieurs, bilatéraux et multilatéraux. L’Agence Française de Développement se positionne parmi ceux-ci, mais de manière modeste. Si l’action des bailleurs de fonds revêt une grande importance, une faible coordination reste préjudiciable à la remise à niveau du secteur agricole, malgré les tentatives du PNUD. Les principaux soutiens recensés relèvent de :

 

AFD

L’AFD intervient dans les filières historiques : café, cacao, poivre. En coopération avec le FIDA, l’Agence a lancé le Programme d’Appui Participatif à l’Agriculture Familiale et à la Pêche Artisanale (PAPAFPA) pour une période de 12 ans (2003-2015), divisée en 4 cycles de 3 ans, d’un coût de 19,5 M$, dont 14 M ont financés par le FIDA. Il a été suivi par le Projet d’Appui à la Petite Agriculture Commerciale (PAPAC), sur la période 2006-2016, financé à hauteur de 6M$ par le FIDA et 1,3 M$ par l’AFD. Ce second programme ciblait davantage l’appui aux marchés de niche et à l’exportation de la production vivrière.  En coopération avec les Cafés MALONGO, l’AFD a également mené un projet ciblé sur la restructuration de la filière caféière (700M€ sur la période 2011-2015) dans le cadre du Programme National d’Appui à la Petite Agriculture Familiale.

UE

L’Union Européenne, dans le cadre du 11ème Fonds Européen de Développement (2014-2020), prévoit 6,75 M€ pour appuyer les filières agricoles d’exportation. Des activités d’appui et de renforcement de la gouvernance du secteur ainsi qu’un accord de partenariat de pêche UE/Sao Tomé et Principe signé en 2007, sont en cours (2014-2018). L’accord de pêche entre l’UE et l’archipel autorise 34 navires provenant d’Espagne, de France et du Portugal à pêcher dans les eaux santoméennes et le protocole d’accord vise la promotion d’une politique de pêche durable, avec une contribution financière de 2,8M€ sur 4 ans.

FAO

Les activités de la FAO sur l’archipel portent sur un appui institutionnel (actualisation de la lettre de politique agricole et de développement rural / LPADR) et technique (appui à la mise en marchés des produits halieutiques, assistance d’urgence pour le contrôle d’un insecte ravageur de plantations de maïs etc.). La FAO est également présente à Sao Tomé à travers une action sociale (fourniture d’intrants aux populations les plus fragiles : ménages pauvres, femmes démunies, chefs de ménage, etc.). Le programme de coopération technique (projets en cours) dédié à l’archipel est budgétisé à hauteur de 1,78 M$ actuellement.

BAfD

La Banque Africaine de Développement (BAfD) a financé à hauteur de 5,26 M$ une remise à niveau des infrastructures dans les domaines de la pêche et de l’agriculture dans le cadre du Projet de Réhabilitation des Infrastructures Africaines de Sécurité Alimentaire (PRIASA) sur la période 2010-2015[1]. 5 M$ ont également été versés sous forme de don au secteur de l’élevage sur la période 2007-2011, dans le but de soutenir des activités de renforcement de capacités, d’information et de sensibilisation des éleveurs, tout particulièrement sur la prévention et la protection contre les maladies animales.          

Coopération japonaise

La contribution japonaise se concentre sur des micro-projets, notamment dans la filière pêche. Ont ainsi été financés la fourniture de matériels, la réhabilitation d’un bâtiment pour l’installation des panneaux solaires et d’un hangar de machines à glace (51 M€), et la participation au projet de ravitaillement des produits halieutiques pour le Programme National d’Alimentation et Santé Scolaire-PNASE, (52 M€). Il a également été fait don de 2 579 tonnes de riz (29% des besoins de la population) au titre de l’Aide Alimentaire Japonaise en novembre 2015.

 

Coopération taiwanaise

 

Taïwan, jusqu’encore récemment partenaire majeur de Sao Tomé et Principe avant que le gouvernement ne décide de rompre ses liens, a financé à hauteur de 4,8 M$ un projet d'appui à la production agricole (amélioration des semences et des techniques de culture) sur la période 2012-2017, ainsi qu’un projet de développement de l’élevage porcin à hauteur de 5,1 M$. La récente rupture des relations diplomatiques entre Taiwan et Sao Tomé a stoppé toute coopération entre les deux pays. La Chine, en revanche, est déjà active et semble déjà avoir repris certaines des activités de la coopération taiwanaise.

 

 



[1] Le PRIASA II (2013-2022) est en cours

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