SOUDAN DU SUD
Indicateurs et conjoncture
Éléments structurels de l'économie
Avec un PIB de 6,1 Md USD (soit une chute de -65 % depuis 2011) , le Soudan du Sud est l’une des économies les plus petites d’Afrique. L’économie repose majoritairement sur le pétrole (60 % du PIB), mais l’agriculture (14 % du PIB) reste la principale source de subsistance pour près de 75 % des foyers. Les services publics et hôteliers (15 %), les transports, la construction et autres services (7 %) complètent la structure de l’économie. La part de l’industrie (limitée à quelques unités de transformation) et des mines est très limitée (4 %).
L’économie Sud-Soudanaise, étranglée par les conflits internes, est en crise. Le Soudan du Sud est né sur des bases économiques très fragiles, avec des infrastructures quasi inexistantes. Les indicateurs de développement sont très dégradés : le pays est à la dernière place mondiale à l’IDH son PIB/habitant ne s’élève qu’à 470,3 USD en 2025, et le taux de pauvreté, tel qu’évalué par la Banque mondiale (< 1,9 USD/j) s’élève à 42,7 % en 2016 et à 82,3 % selon le seuil de pauvreté national. 70 % de la population a moins de 25 ans et plus de la moitié serait au chômage. Le pays se distingue aussi par le taux d’alphabétisation des adultes le plus faible au monde, inférieur à 35 % (la moyenne est de 66 % pour l’Afrique Subsaharienne). Par ailleurs, en 2024, le pays se classe aussi à l’avant dernière place mondiale au classement de Transparency International.
Le développement du pays est handicapé par son extrême dépendance aux ressources pétrolières. Handicapé par la faiblesse de la gouvernance et du cadre de gestion des finances publiques, le partage de la rente pétrolière, 95 % des recettes d’exportation, est opaque et ne bénéficie qu’aux élites. Pourtant, un programme ambitieux de réforme de la gestion des finances publiques articulé autour de treize réformes majeures prioritaires, a été décidé et bénéficie d’un appui important des partenaires au développement mais sa mise en œuvre se heurte à un manque de volonté et de portage politiques. D’importantes réformes telles que la libéralisation du marché des changes et l’unification des taux de change officiels et parallèles ont toutefois été introduites suite à la mise en place d’un Staff-Monitored Program par le FMI en août 2021 avec résultats positifs jusqu’à février 2024. Cependant, les résultats du Staff Monitored Program with Board Involvement (PMB), mis en place par la suite et achevé en novembre 2024, avec comme objectif d’ajuster les politiques macroéconomiques pour atténuer les effets des chocs extérieurs, ont été médiocres. De ce fait, le SMP staff monitored program (SMP) de 9 mois approuvé en juin 2025, a gardé les mêmes objectifs que le précèdent. Ce dernier, n’a pas encore été revu. Les dépenses en matière de santé et d'éducation sont très faibles et dépendent largement de l'aide des bailleurs. L'insécurité alimentaire demeure élevée dans la majeure partie du pays avec environ les deux tiers de la population ayant besoin d'une aide alimentaire à la suite de quatre années consécutives d'inondations intenses et les retombées de la guerre au Soudan.
Conjoncture et finances publiques
L’économie sud-soudanaise demeure extrêmement fragile et dépendante du pétrole, qui représente près de 95 % des exportations et 90 % des recettes publiques. L’interruption en février 2024 du principal oléoduc transitant par le Soudan a ainsi provoqué un effondrement de l’activité (-26,1 % en 2024). Sa remise en service au printemps 2025 a entraîné un rebond spectaculaire du PIB (+46,1 % en 2025), qui traduit toutefois essentiellement un effet de base et la reprise de la production pétrolière, passée d’environ 30 M de barils en 2025 à un rythme proche de 55 M en 2026. Les perspectives restent très incertaines, compte tenu des tensions sécuritaires internes, de la dépendance des exportations à la situation au Soudan et de graves déficiences de gouvernance.
Les déséquilibres macroéconomiques demeurent considérables malgré les réformes engagées avec l’appui du FMI. La livre sud-soudanaise s’est fortement dépréciée en 2024 et 2025, alimentant une inflation estimée à +97,6 % en FY2024/25 et une dollarisation croissante de l’économie. Les réserves internationales restent extrêmement faibles (0,4 mois d’importations), tandis que le financement monétaire du déficit continue d’alimenter les tensions inflationnistes. Les finances publiques restent également très déséquilibrées et opaques : l’exécution budgétaire est marquée par d’importants dépassements, notamment au bénéfice des institutions présidentielles et sécuritaires, tandis que les dépenses sociales et d’infrastructures sont largement sous-exécutées.
D’après la Debt Sustainability Analysis (DSA) du FMI de février 2026, le Soudan du Sud est en situation de surendettement. Depuis l’indépendance en 2011, la dette publique du Soudan du Sud a cru rapidement (100 % du PIB en 2025, après 15 % en 2014). Cette hausse s’explique par des déficits budgétaires importants, liés notamment aux fluctuations des cours mondiaux du pétrole brut, qui a généré des recettes inférieures au fiscal breakeven point. La dette externe représente 61 % de la dette publique contractée à des conditions non concessionnelles. La dette commerciale représente la plus grande part de la dette publique, avec 1,57 Md USD, soit 45 % du total. Elle est majoritairement détenue par des sociétés pétrolières. Toutefois, Qatar National Bank est le principal créancier commercial avec 629,3 MUSD, soit 18,2 % de la dette totale. Elle est suivie par Afreximbank, qui détient 382,7 MUSD (11,1 % de la dette totale). La dette bilatérale s’établit à 132,9 MUSD, soit 3,8 % du total de la dette. Elle est détenue intégralement par Exim Bank of China. Le service de la dette est en situation de quasi défaut de paiement et le gouvernement négocie une restructuration des échéances avec ses créanciers.