Situation économique et financière de Singapour

Rédigé par: Pôle macroéconomique SER Singapour
Mars 2018

1. Une cité-Etat qui joue le rôle de plateforme financière et commerciale des pays de l’ASEAN

Petit pays dépourvu de ressources naturelles, Singapour se situe au 3ème rang mondial par son PIB par habitant mesuré en parité de pouvoir d’achat (90 531 USD en 2017). Depuis son indépendance en 1965, Singapour a connu une trajectoire de rattrapage extrêmement dynamique, qui lui a valu d’être classé parmi les quatre « dragons » asiatiques (avec la Corée du Sud, Taiwan et Hong Kong). Tirant parti de son positionnement stratégique, au cœur de l’Asie du Sud-Est et à l’entrée du détroit de Malacca, le modèle économique impulsé par le premier Premier ministre Lee Kuan Yew est fondé sur (i) l’attractivité des capitaux étrangers (implantation de firmes multinationales réalisant aujourd’hui 75% des dépôts de brevets d’innovation), (ii) l’insertion dans le commerce mondial et la remontée des chaînes de valeur (le poids des échanges commerciaux est l’un des plus élevé au monde à 220% du PIB, notamment en raison de l’importance des réexportations) et (iii) le recours à la main-d’œuvre étrangère (un tiers de la population active).

L’économie repose aujourd’hui sur trois piliers principaux : les activités financières et les services aux entreprises (26% du PIB), les activités de commerce, logistique et communication (27%) et l’industrie manufacturière et la construction (22%). Ces secteurs s’appuient sur une place financière à la réputation établie (4ème place financière mondiale, parmi les leaders sur le marché des changes, actifs du secteur bancaire équivalents à près de 600% du PIB), une dynamique commerciale étroitement liée à la fonction prééminente du port (2ème mondial en nombre de conteneurs) ainsi que sur un cadre règlementaire et fiscal attractif et conforme aux normes internationales de référence en vigueur.

2. Portée par la reprise du commerce mondial, la croissance singapourienne s’établit à 3,6% en 2017

La croissance du PIB s’est établie à 3,6% pour l’année 2017, après 2,4% en 2016 et 2,2% en 2015. La demande intérieure a augmenté de 5,4%, soutenue par la consommation privée (+3,1%) et les dépenses publiques (+4,1%), malgré le déclin des investissements publics (-2,6%) et privés (-1,6%).

La demande extérieure, qui bénéficie de la reprise de l’économie mondiale, est la principale contributrice à la croissance et a cru de 4,1%. Le commerce extérieur a progressé pour la première fois depuis trois ans : les exportations physiques ont sensiblement augmenté (+10%) grâce aux produits pétroliers (+30%) qui transitent par les raffineries de la cité-Etat mais également par les produits non-pétroliers (+6,9%), essentiellement de l’électronique (circuit intégrés). Les services exportés ont aussi repris avec 4,2% de croissance grâce aux transports et à la finance. Les importations, quant à elles, ont bondi de 12% conduisant à une légère contraction du solde commerciale (-1,4%).

Enfin, du côté de l’offre, l’industrie manufacturière, en hausse de 10%, a le plus fortement contribué à la croissance du PIB (1,8 point). Tous les autres secteurs de l’économie ont augmenté à l’exception du secteur de la construction (-8,4%). Ces bonnes performances de l’activité en 2017 ont conduit à une reprise de l’inflation à 0,6% après deux années en territoire négatif.

L’année 2017 s’est caractérisée par le renforcement de la régionalisation du commerce au profit des pays asiatiques, avec en tête la progression des achats de son premier client, la Chine (+31% pour les exportations domestiques non pétrolières). Sur dix ans, la cité-Etat s’est progressivement recentrée vers la Chine (+113%), Taiwan (+86%) et la Corée du Sud (+65%), au détriment de l’UE (-31%) et des Etats-Unis (-35%).

Enfin, l’indice actions de référence Straits Time Index a récemment atteint un niveau proche du plus haut historique d’avril 2015, enregistrant une croissance de plus de 18% depuis début 2017 et de plus de 34% depuis février 2016 (point bas des cinq dernières années, atteint suite au scandale relatif à Noble Group dont l’action a chuté de plus de 85% entre février 2015 et septembre 2016).

3. La politique économique est modérément expansionniste avec des finances publiques toujours excédentaires

Le ministre des Finances a présenté en février une proposition de budget pour 2018 plus expansionniste que les années précédentes, avec des dépenses en hausse de 8,3% et un déficit final estimé à 0,1% du PIB. Le Ministre a souligné les enjeux auxquels Singapour fait face (transformation de l’économie, vieillissement, besoin en infrastructures, sécurité) et annoncé la hausse de plusieurs impôts, en particulier la TVA de 7 à 9% à horizon 2021 – 2025. Les droits d’enregistrement des nouvelles propriétés d’une valeur supérieure à 1 M SGD sont également rehaussés de 3 à 4% à partir de février 2018 et des méthodes d’imposition du e-commerce et des services de streaming sont à l’étude.

La politique monétaire repose sur la régulation exclusive du taux de change effectif réel (TCER) contre un panier de devises des principaux partenaires commerciaux, ce qui rend délicates les comparaisons avec les stratégies monétaires plus traditionnelles. Elle a été assouplie à trois reprises entre janvier 2015 et avril 2016 dans le but de soutenir la croissance par une dépréciation du TCER. L’appréciation du dollar singapourien face à l’USD ainsi qu’à d’autres monnaies de la région qui ont suivies un mouvement de dépréciation et selon la volonté d’assurer la stabilité des prix sur le moyen terme, la MAS a confirmé cette politique accommodante en octobre 2017 mais la modification de l’élément de forward guidance présent dans le communiqué final a été majoritairement interprété comme ouvrant la voie à un possible durcissement de politique en 2018.

4. Le secteur bancaire, dominé par l’activité offshore, est bien capitalisé et liquide

Le secteur bancaire, qui pèse près de 600% du PIB et 80% du secteur financier total, est dominé par l’activité bancaire offshore et se caractérise par l’importante présence d’établissements internationaux. Les trois groupes bancaires locaux, DBS, OCBC et UOB, qui détiennent environ 30% des actifs, sont cependant en situation de quasi-monopole sur le segment de la banque de détail. Les banques sont bien capitalisées et présentent des ratios de liquidité confortables, leur permettant d’après le régulateur de résister à un choc éventuel. Le rebond du crédit bancaire observé depuis mi-2016 a marqué le pas en mai 2017 (+6,8% en g.a) aussi bien pour les entreprises que pour les ménages mais aussi en raison de la demande des non-résidents. L’activité de banque privée est en plein développement (+7% des actifs sous gestion  en 2016) et les trois groupes singapouriens sont d’ailleurs très actifs dans ce domaine.

5. Le modèle économique singapourien fait désormais face au défi de la compétitivité et du vieillissement

Le Premier ministre Lee Hsien Loong, réélu en octobre 2015, a lancé une large consultation sur l’avenir économique de la cité-Etat dans un contexte de ralentissement structurel de la croissance : le Comité sur l’économie du futur (CEF). Le CEF, rassemblant des représentants des principaux ministères et agences de l’Etat et du secteur privé, a examiné les pistes pertinentes pour assurer à Singapour une croissance de 2 à 3% en moyenne sur les 10 prochaines années, tout en équilibrant les différents besoins émanant de son double statut de ville (évolution de la stratégie d’étalonnage en priorité vers les classements des métropoles internationales de référence) et de micro-Etat (714 km²).

Le comité a rendu ses conclusions en février 2017, enjoignant le gouvernement à renforcer la diffusion aussi large que possible de nouvelles connaissances par l’éducation et la formation ainsi qu’à en faire usage pour renforcer les capacités technologiques des entreprises. Le développement d’un environnement urbain innovant et connecté est un volet central de la stratégie engagée, ainsi que l’internationalisation de l’activité des entreprises sur des marchés à forte croissance (Asie, Afrique). Davantage qu’un plan d’action à court terme visant à stimuler une croissance au rythme désormais conforme à celui d’une économie mature, riche et à la population vieillissante, le CEF contient des orientations stratégiques et structurelles de long terme afin de faire de la cité-Etat la première nation « intelligente » du monde et maintenir un niveau de compétitivité élevé dont une hausse annuelle de la productivité du travail de 2 à 3% d’ici à 2020 (alors que le gouvernement n’est pas parvenu à cet objectif qu’il s’était assigné dès 2010). Dans son dernier rapport de surveillance de l’économie singapourienne, le FMI constate la difficulté qu’elle a à générer des gains de productivité alors que 30% des emplois occupés aujourd’hui par des citoyens singapouriens seraient menacés par l’automatisation à un horizon de 20 ans (la proportion toutefois la plus faible en ASEAN).

Certains problèmes structurels ne sont pas traités par le CEF, dont la perte de compétitivité prix (la surévaluation du dollar singapourien serait d’au moins 10%), le vieillissement de la population (les personnes de plus de 65 ans représenteront 20% de la population totale en 2030 : le FMI évalue à 10% du PIB le montant induit par le vieillissement en dépenses publiques de transfert), la vulnérabilité de la prééminence de hub régional de Singapour (avec notamment la concurrence chinoise), ou la difficulté à faciliter l’émergence d’entrepreneurs locaux.

Les autorités de la cité-Etat confirment toutefois leur capacité d’anticipation à l’image de ce qui a été réalisé sur le secteur des FinTech, Singapour s’étant imposée en moins de 3 ans comme l’un des hubs de référence au niveau mondial.

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