Situation économique et financière de Singapour

Singapour est la plateforme financière et commerciale des pays de l'ASEAN

Petit pays, dépourvu de ressources naturelles, classé parmi les quatre « dragons » asiatiques, Singapour se caractérise par l’un des PIB par habitant les plus élevés au monde (65 573 USD en 2019 selon la Banque Mondiale). L’emplacement stratégique de la cité-Etat, à la pointe du détroit de Malacca, et au cœur de l’Asie du Sud-Est, en a fait une plaque tournante du commerce régional et mondial (2ème port de commerce mondial), lui permettant de développer des activités industrielles (21% du PIB) et financières (14% du PIB, 4ème place financière mondiale) de premier plan.

Le modèle économique repose sur une forte ouverture au commerce international et aux investissements étrangers, avec un environnement des affaires très attractif. La stratégie économique proactive du gouvernement vise à organiser la montée en gamme de l’industrie et des services en attirant i) le commerce (160% du PIB), ii) les investissements étrangers (stock d’IDE à 410% du PIB) et iii) la main d’œuvre étrangère (40% de la population active). Son cadre règlementaire et fiscal très attractif en fait une place de choix pour les sièges d’entreprises dans la région : 40 000 entreprises internationales, dont 7 000 multinationales y disposent aujourd’hui de leur siège régional ou mondial.

Profitant de l’émergence chinoise dans l’économie et le commerce international durant les années 2000, Singapour s’est progressivement réorientée vers la Chine. Au cours des vingt dernières années, la part des exportations (hors pétrole et réexportations) de Singapour vers la Chine et Hong Kong a fortement augmenté (de 9% à 24% des exportations totales de Singapour), au détriment des Etats-Unis (de 25 à 13%), de l’UE (de 14 à 10%) et du Japon (de 9 à 5%). On note toutefois un léger fléchissement sur les deux dernières années des exportations vers la Chine, au profit des Etats-Unis.

L’économie repose aujourd’hui principalement sur trois secteurs : i) les activités financières, d’assurance et de services aux entreprises (29% du PIB en 2019),  ii) les activités de commerce et de logistique (24% du PIB), iii) l’industrie manufacturière (21% du PIB), spécialisée dans l’électronique, le biomédical, l’ingénierie de précision et la chimie – dont pétrochimie. Singapour cherche aujourd’hui à s’établir en hub régional dans différents domaines d’avenir, notamment les fintechs, les technologies médicales et l’agrifood tech.

 

Mise sous pression par les tensions commerciales, l'économie entre en récession avec la crise liée à l'épidémie de COVID-19.

Singapour est entré en récession à l’issue du deuxième trimestre 2020, après avoir vu sa croissance ralentir en 2019. Le PIB de Singapour s’est contracté pour le troisième trimestre consécutif en glissement annuel au T3, de 7,0% selon les premières estimations du ministère du commerce et de l’industrie (après −13,3% au T2 et −0,3% au T1). Ces chiffres s’expliquent par une chute de l’activité dans presque tous les domaines côté offre. Le secteur de la construction enregistre une contraction de 44,7% (après −59,9%) et les industries de production de service – incluant l’hébergement et le transport aérien – de 8,0 % (après −13,6%), alors que l’industrie manufacturière voit son activité augmenter de 2,0 % (après −0,8%) sur la période. Le MTI prévoit une contraction du PIB allant de −7,0% à −5,0% sur l’ensemble de l’année. La croissance avait déjà ralenti en 2019 (+0,7 % après +3,1 % en 2018) en raison notamment de la baisse des exportations découlant des tensions commerciales sino-américaines.

Les autorités singapouriennes ont assoupli leurs politiques monétaire et budgétaire en soutien à l’activité. Les quatre budgets annoncés en février, mars, avril et mai (unité, solidarité, résilience et fortitude), ajoutés aux mesures additionnelles dévoilées en août, portent le montant total du soutien à l’économie à 100 Mds SGD soit 74 Mds USD et près de 20% du PIB. Ces mesures prennent la forme de subventions aux salaires, d’aides aux travailleurs indépendants, de paiements en cash pour les Singapouriens, de crédits et de reports d’impôts pour les entreprises, ainsi que de facilitation d’accès au crédit. Pour aider à leur financement, les autorités ont annoncé qu’elles puiseraient, pour la première fois depuis la crise financière de 2008, dans les réserves accumulées au fil des exercices précédents à hauteur de 36 Mds USD. La MAS a, de son côté, assoupli sa politique monétaire en avril, après un premier ajustement en octobre 2019  (pour la première fois depuis avril 2016).

 

 

Singapour tente d'adapter son modèle économique pour développer une résilience face à des défis internes et des risques externes croissants. 

Singapour fait face aux défis du vieillissement et des inégalités, ainsi qu’à la baisse de sa croissance potentielle. Le vieillissement de la population entraîne la baisse de la population active (le taux de fertilité est parmi les plus bas au monde, à 1,14) et pèse sur le budget de l’Etat. Par ailleurs, une partie de la population s’estime laissée pour compte de l’augmentation des richesses (coefficient de Gini supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE), ce qui se traduit par une demande croissante pour davantage de dépenses sociales et de santé, mais aussi pour le resserrement de la politique migratoire. Le gouvernement singapourien s’est engagé vers la consolidation de son budget (annonce de la hausse de la TVA de 7 à 9% avant 2025) et réduit régulièrement les quotas d’étrangers dans les entreprises, tendance qui s’est accentuée avec le Covid-19. Enfin, il cherche à relancer la productivité, en ralentissement sur les dernières années, et même en baisse en 2019 (–1,5 %), en ralentissement les dernières années, via le soutien à l’innovation et à la transformation des entreprises.

Le pays est exposé à des risques liés à sa forte ouverture au commerce international. Singapour apparait parmi les pays de la région les plus intégrés aux chaines de valeurs centrées sur la Chine, dont la croissance connait un ralentissement, et gagnerait à diversifier les débouchés de sa production. La forte dépendance de Singapour vis-à-vis des exportations de biens (105 % de son PIB) rend le pays particulièrement vulnérable aux instabilités créées par les tensions commerciales sino-américaines. Enfin, la crise du Covid-19 a mis en lumière la forte dépendance de Singapour aux importations, notamment alimentaires. La cité-Etat a introduit une stratégie visant à atteindre 30% d’autonomie alimentaire d’ici à 2030 mais cette dernière semble difficile à atteindre du fait d’un manque de terrains et de matières premières, et des coûts élevés de production à Singapour, en comparaison avec les pays voisins qui sont déjà largement producteurs.

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