Présence française à Singapour et investissements bilatéraux

Singapour concentre l’essentiel des investissements français en Asie du Sud-Est, en forte hausse en 2019

Singapour concentre plus des deux tiers des investissements français en Asie du Sud Est avec un stock de 13,7 Mds EUR d’IDE en 2019[1] (cf. graphique 1), un record historique, en forte hausse (+43%) par rapport à 2018. Les investissements français à Singapour sont largement supérieurs à ceux observés dans les autres pays de l’ASEAN, notamment en Thaïlande (1,8 Md EUR), en Indonésie (1,7 Md EUR), ou en Malaisie (1,3 Md EUR). D’après l’agence singapourienne des statistiques, la France est le 11ème pays investisseur à Singapour et le 6ème investisseur européen[2], représentant 1,2% du stock d’IDE en 2018.

Environ 800 filiales d’entreprises françaises sont implantées à Singapour, la cité-Etat bénéficiant de sa position au cœur de l’ASEAN et d’un cadre favorable pour les entreprises. Singapour dispose d’infrastructures de pointe (transport, santé, etc.), d’une fiscalité avantageuse, d’un cadre légal et politique stable et d’un environnement des affaires parmi les meilleurs au monde[3]. Sa situation géographique en fait par ailleurs un point d’ancrage naturel pour les entreprises, qui peuvent ensuite rayonner vers les marchés de la région. Parmi les implantations françaises, on compte de grandes entreprises, des ETI, des PME, des succursales et des bureaux de représentation. La majorité des grands groupes français sont représentés, à l’instar de ST Microelectronics (1er employeur français à Singapour avec plus de 5000 employés), Thalès–Gemalto (plus de 2100 employés), CMA-CGM (qui a racheté le singapourien NOL en 2016 pour 2,2 Mds EUR), Dassault Système, BNP Paribas, Essilor ou AccorHotels. Les entreprises françaises couvrent ainsi tous les secteurs d’activité avec une activité marquée dans l’aéronautique, l’électronique, la finance et l’assurance et les services aux entreprises. En plus de leurs activés commerciales, certaines sociétés s’appuient sur un écosystème propice aux innovations pour développer des centres de R&D (Engie, Airbus, Thalès). La cité-Etat accueille également 350 entrepreneurs français, avec notamment une communauté French Tech de 800 membres, et près de 300 enseignants-chercheurs (communauté French Lab).

Le développement des entreprises françaises s’accompagne d’une augmentation du nombre de Français dans la cité-Etat. La population française à Singapour, évaluée à 20 000 personnes (environ 15 000 enregistrées au consulat), a plus que doublé depuis 2008. Singapour attire en particulier de nombreux jeunes pour un premier emploi, un stage ou un volontariat international à l’étranger (VIE). Les Français de Singapour enregistrés représentent environ un quart des Français enregistrés en ASEAN et les 228 VIE près de 50% de l’ensemble des VIE dans la région. L’épidémie de Covid-19 et les difficultés économiques qu’elle engendre, notamment avec les quasi interdictions de voyage dans la région, ont fortement compliqué la position des sièges régionaux ; certains d’entre eux ont engagé des relocalisations dans leurs principaux marchés en Asie ; une baisse du nombre de Français employés dans la cité-Etat est également possible à terme.

 

Les investissements singapouriens en France sont considérables, principalement via des actifs financiers détenus par ses fonds souverains

Du fait d’un compte courant structurellement excédentaire (10 % du PIB en 2019), Singapour accumule chaque année d’importants montants de devises, réinvestis notamment par ses fonds souverains. Les fonds souverains singapouriens, GIC et Temasek, sont respectivement les 6ème et 8ème plus importants fonds souverains au monde en termes d’actifs sous gestion. Ils gèrent notamment l’épargne des singapouriens - via l’émission de titres souverains souscrits par la population dans le cadre de son épargne contrainte (obligatoire pour accéder au logement et à la retraite), et comptent parmi les principaux investisseurs singapouriens en France, de manière directe ou via les nombreuses entreprises de leur portefeuille.

A ce jour, GIC détiendrait entre 15 et 20 Mds USD d’investissements en France, principalement via des actifs financiers (sociétés du CAC 40), des titres souverains et des investissements immobiliers. En 2019, GIC a créé une joint-venture (détenue à 80 %) avec une société américaine pour l’acquisition et le développement de plusieurs datacenters en Europe, dont un à Paris (pour un investissement d’environ 1 Md USD au total). Fin 2018, GIC avait acquis la tour de bureaux Ariane du quartier de la Défense, pour 465 M EUR. Il avait déjà racheté, via une filiale, 25% de la foncière cotée CeGeReal en avril 2016 (bureaux haut de gamme au sein du Grand Paris) pour environ 120 M EUR. Le fonds avait également fait l’acquisition en 2018 de 55% des parts d’AccorInvest, la foncière du groupe AccorHotels, avec un groupe d’investisseurs (dont Amundi et Crédit Agricole Assurances) pour un total de 4,4 Mds EUR. GIC détient également 32% (environ 800 M EUR) du capital de TIGF, filiale de distribution de gaz de Total. Le fonds souverain est également un investisseur historique en bons du Trésor, et est membre du comité stratégique de l’Agence France Trésor.

Les activités de Temasek en France sont portées principalement par sa participation de 51% dans le groupe CapitaLand, maison-mère de The Ascott (possédant une trentaine de résidences sous la marque Citadines en France, et employant entre 600 et 700 personnes). En 2016, Temasek est entré au capital de la société holding du fonds d’investissement français Tikehau (implanté à Singapour) à hauteur de 5% (environ 60 M EUR), et a participé à une nouvelle levée de fonds de 300 M EUR en 2019. En 2018, le fonds a vendu ses parts de 10,4% (environ 215 M EUR) dans l’entreprise française Gaztransport & Technigaz (GTT), acquises en 2014. Temasek détient également des parts du groupe vétérinaire français Ceva Santé Animale depuis 2014, et a participé à une nouvelle levée de fonds en 2020. Par ailleurs, Temasek s’intéresse de plus en plus à la French Tech comme en témoignent ses investissements récents dans la startup spécialisée dans les biotechnologies InnovaFeed, dans l’insurtech Alan (50 M EUR) ou encore dans la startup spécialisée dans le e-commerce ManoMano. Temasek étudierait par ailleurs des opportunités d’investissement dans l’immobilier commercial à Paris, comme dans les autres principales capitales mondiales (New York, Londres, Tokyo, Berlin).

Le stock d’IDE singapouriens en France s’est ainsi établi à 1,9 Md EUR en 2019 (après 1,4 Md EUR en 2018)[4]. Ces investissements se traduisent par une quarantaine d’implantations et plus de 1500 emplois en France, principalement dans les secteurs de l’hôtellerie et l’immobilier (CapitaLand, Millennium Hotels, Frasers Centrepoint), les technologies de pointe (ST Engineering), la chimie (Wilmar international) et les services (International SOS). Singapour compte également plusieurs implantations de start-ups innovantes ayant établi leur filiale en France (H3 Dynamics, Novade, Upskills, Obike).

 

 
ANNEXES

Graphique 1. Evolution des stocks et des flux d’IDE français en ASEAN

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Source : Banque de France

 

Graphique 4. Répartition sectorielle du stock d’IDE français à Singapour en 2018

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Source : Département singapourien des statistiques


[1] Les données de stocks d’IDE proviennent du rapport annuel 2019 de la Banque de France.

[2] Derrière les Pays-Bas, le Luxembourg, le Royaume-Uni, la Suisse et l’Allemagne.

[3] Singapour se classe par exemple 1er au classement de la compétitivité du World Economic Forum en 2019 et 2ème au classement Doing Business de la Banque mondiale en 2020.

[4] Ventilation géographique établie en prenant en compte le pays d'origine immédiate de l'investissement, et non le pays où est implantée l’entité qui dispose du contrôle ultime sur les stocks d’IDE (investisseur ultime : 1,8 Md EUR en 2019).


 
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