Le commerce extérieur du Soudan en 2020*

 Forte résilience du commerce extérieur, qui a progressé avec un total échangé de 13,64 Md USD, soit +5% par rapport à 2019. Cette augmentation a surtout profité aux importations se traduisant par un creusement du déficit commercial atteignant 6 Md USD. La Chine et les EAU restent les deux principaux partenaires commerciaux avec respectivement 3 et 2,7 Md USD échangés, augmentant leur poids dans les échanges extérieurs, qui passe de 38% à 42%. L’or renforce sa place de premier poste d’exportation (avec 39% du total), tout comme, en termes sectoriels, les ventes agricoles et animales (58% du total).

1. Intensification des échanges surtout vers la Chine et les EUA, creusant le déficit de la balance commerciale

Malgré la crise du Covid et la crise humanitaire générée par des inondations historiques, le Soudan a connu, en 2020, une progression de ses échanges, qui ont augmenté de +5% pour atteindre 13,64 Md USD. Bien qu’ayant été mis au ban des nations pendant une trentaine d’années, le Soudan reste statistiquement, avec un ratio commerce extérieur / PIB  de 22%, une économie relativement ouverte[1],

Négative depuis la sécession du Sud Soudan en 2012, la balance commerciale a enregistré en 2020 de nouveau un déficit de 6,04 Mds USD, contre 5,44 Mds USD en 2019, soit le deuxième moins bon résultat de cette décennie, se rapprochant du déficit historique de 2015 (cf tableau 1). Ce mauvais score est surtout dû à la forte progression des importations de denrées alimentaires (+25% et qui atteignent 2,7 Md USD). Malgré une reprise des exportations non pétrolières (+17%, cf tableau 2), notamment l’or,  celles-ci sont loin de combler l’écart laissé par la perte des recettes pétrolières intervenues lors de cette sécession d’autant qu’en 2020 les déjà faibles exportations de pétrole se sont effondrées (-88%) et n’ont généré que 65 M USD.

La situation politique[2] explique que les échanges extérieurs du Soudan soient orientés principalement vers les pays asiatiques et arabes. Ainsi, les principaux partenaires commerciaux restent, par ordre d’importance décroissante : la Chine (3,1 Mds USD, +20%), les Emirats Arabes Unis (2,7 Mds USD, +9%), l’Arabie Saoudite (1,2 Mds USD, -21%), l’Inde (1,1 Md USD, +37%), l’Egypte (899 M USD +4%) et la Russie (733 M USD, -9%). Ces six pays concentrent 71% des échanges réalisés par le Soudan. Ce classement n’a pas évolué depuis 2018 à l’exception de l’Inde qui, en 2020, a dépassé l’Egypte. Leur poids dans les échanges se renforcent d’année en année (2 points par année depuis 2018), mais avec l’ouverture à l’international du Soudan, ce poids devrait tendanciellement diminuer avec l’arrivée de nouveaux acteurs. Les échanges avec la France s’élèvent, selon les statistiques de la Banque Centrale du Soudan, à 123 M USD en 2020 (-1%), soit une part de marché[3] stable de 0,9%. La France est le 15ème partenaire commercial du Soudan.

Tout comme avec les pays, les échanges avec les blocs régionaux ont été fortement façonnés par les relations internationales. L’Asie vient de reprendre la première place (5 Md $ d’échanges, en progression de 21%) au bloc du Moyen Orient (4,2 Md $, -6%). Ensemble ces deux blocs représentent 68% des échanges. Le commerce avec les autres pays africains ne représente avec un total de 1,2 Md $ (soit 8,8% des échanges totaux et 1% de croissance) que l’avant dernier bloc, avant l’Amérique centrale et latine.

2. Une forte concentration des exportations sur quelques matières premières  et sur quelques pays

Les exportations ont progressé de 2% pour atteindre 3,8 Mds USD. Compte tenu de la faiblesse du secteur industriel, dont l’outil de production est orienté vers le marché intérieur, elles sont constituées de matières premières non ou faiblement transformées, dont les 7 principales (or, sésame, animaux vivants, arachides, coton, fourrage et gomme arabique) représentent 89% du total exporté, soit 9 points de mieux qu’en 2019. Dès la constitution du nouveau gouvernement de transition début septembre 2019, le Premier Ministre ainsi que les ministres du commerce et de l’industrie ont, à de nombreuses reprises, insisté sur la nécessité de transformer ces matières premières afin d’augmenter la valeur ajoutée des exportations.

Après la sécession du Soudan du Sud, l’or est devenu, avec des ventes atteignant 1,48 Md USD (en progression de 21%), la principale source de devises[4]. Elles représentaient en 2020 à elles seules 39% (contre 31% en 2019 et 25% en 2018) du volume total exporté[5]. Tout comme en 2019, les ventes de sésame se sont hissées au second rang, dépassant de loin celles des animaux vivants, dont les ventes ont de nouveau chuté de 38%. Les moutons restent le principal poste d’exportations d’animaux vivants[6], avec 57% du total de ventes d’animaux en valeur, suivis par les chameaux[7] (38%), le bétail[8] (8%) et enfin les chèvres (1%). Ces exportations, à l’exception des chameaux, ont toutes connu une baisse importante, dû en partie à la fièvre du Rift qui s’est déclarée au mois d’octobre 2019, qui s’est traduite par d’importants renvois de cargaisons notamment de moutons, et dans une moindre mesure de bétail, de la part des autorités saoudiennes.

A noter la très forte progression continue des ventes d’arachides (+77% en valeur et +48% en volume, après la progression fulgurante de 2019 : +243% en valeur et +275% en volume). Elles représentent dorénavant le 4ème poste d’exportation avec 364 M USD, talonnant les animaux vivants, et dépassant largement les deux cultures emblématiques : le coton et la gomme arabique, dont les ventes stagnent (+4% pour le premier et -4% pour le second). Quant aux exportations pétrolières elles ont plongé de 88% atteignant un minimum historique de 3300 b/j, contre 20 550 b/j exportés en 2019. Elles ne constituent plus, avec 65 M USD, que la 10ème source de devises[9]. Ces ventes, soit 1,2 M de barils exportés en 2020, représentent moins d’une demi-journée de production irakienne….

En termes de clients, les Emirats Arabes Unis restent, et de loin, le premier acheteur du Soudan (1,64 Md USD dont 1,41 Mds USD d’or), suivis par la Chine (752 MUSD dont 308 M USD –contre 139 M USD en 2019- de sésame et 45 M USD –contre 474 M USD en 2019- de produits pétroliers), l’Egypte (364 M USD, dont 167 M USD d’animaux vivants[10] et 120 M USD de sésame), qui a ravi la troisième place à l’Arabie Saoudite (285 M USD, dont 180 M USD –contre 411 MUSD en 2019- d’animaux vivants[11]), l’Inde (159 M USD, dont 70 M de sésame) et la Turquie (94 MUSD). Ces 6 principaux clients absorbent 87% des ventes extérieures du Soudan.

3. Progression des importations de denrées alimentaires et de produits manufacturés

Depuis la sécession du Soudan du Sud, la balance commerciale soudanaise est structurellement déficitaire. En 2020, les importations ont atteint 9,84 Mds USD, en progression de 6% par rapport à 2019. Elles sont dorénavant proches du pic historique de cette décennie, établi en 2013 avec 9,92 Mds USD. Le pays importe la quasi-totalité des produits manufacturés qu’il utilise : machines, métallurgie, équipements de transport, textiles,...

Parmi les postes d’importation, les produits alimentaires arrivent en tête, avec un montant total de 2,7 Md USD (en progression de 25%), dont 909 M USD de blé[12] (-16% par rapport à 2019) et 749 MUSD de sucre (+124% par rapport à 2019). En deuxième position figurent les produits pétroliers pour 1,25 Md USD (mais avec une chute de 30% par rapport à l’année dernière, fruit d’une libéralisation des prix des carburants, qui n’est devenue complète qu’à partir du juin 2021, et d’une baisse des prix internationaux), suivi par les produits manufacturés, pour 1,9 Md USD (+23% par rapport à 2019), et les machines et équipements (1,5 Mds USD).

Les principaux pays fournisseurs restent la Chine (2,3 Mds USD dont 716 M USD de produits manufacturés, 684 M USD machines et équipements, et 386 M USD de moyens de transport), les Emirats Arabes Unis (1,06 Md USD dont 584 M USD –contre 1,1 Md en 2019- en produits pétroliers), l’Inde (qui gagne deux places avec 986 MUSD dont 490 M USD –contre 225 MUSD en 2019- de produits alimentaires et 120 M USD en produits chimiques), l’Arabie Saoudite (911 M USD, dont 566 M USD de produits pétroliers et 123 M USD de produits manufacturés), la Russie (733 MUSD, dont 558 M USD de blé, contre 716 M USD en 2019) et enfin l’Egypte (535 M USD). Ces 6 principaux pays fournissent 66% des besoins extérieurs du Soudan.

 

 

Annexes (source Banque Centrale)

Tableau 1 Evolution de la balance commerciale entre 2010 et 2020 (en Md  USD)

Evolution balance commerciale
 
 

Tableau 2 Evolution des principales exportations non pétrolières entre 2010 et 2020 (en Md  USD)

Evolution principales exportations
 
Tableau évolution principales exportations

[1] Ce bon résultat relatif provient du fait que le PIB, depuis une dizaine d’années, décroît régulièrement.

[2] Les sanctions américaines contre le Soudan mises en place en 1997 n’ont été levées qu’en octobre 2017 et la sortie du Soudan de la liste américaine des pays finançant le terrorisme n’a été acquise qu’à la mi-décembre 2020.

[3] la part de marché de la France représentait 0,7% du total des importations soudanaises, et 1,4  % du total exporté, alors qu’en 2019 ces pourcentages étaient respectivement de 0,9% et 1,4% et en 2018, respectivement  de 1% et 2 %.

[4] Ces exportations officielles (soit 25,2 tonnes en 2020, 21,7 tonnes en 2019 et 20 tonnes en 2018), sont quasi exclusivement orientées vers les EUA, qui ont absorbé respectivement 95%, 78% et 98% des tonnages exportés. Il en va de même des exportations non officielles.

[5] Cependant avec 2,2 Mds USD, en baisse de 1% par rapport à 2019, les exportations agricoles et animales représentaient l’an dernier, avec 58 % des recettes, le principal secteur générateur de devises

[6] Bien que leur poids décline fortement : 195 M USD pour 1,5 millions de têtes contre 396 M USD pour 3 millions de têtes en 2019,

[7] Exportations de 128 000 têtes (+16%) pour un montant de 138 M$ (+13%)

[8] Exportations de 53 400 têtes (-43%) pour un montant de 31 M $ (-45%)

[9] exportées vers la Chine par la société chinoise CNPC, actionnaire principal de la compagnie pétrolière. 

[10] Essentiellement des chameaux

[11] Essentiellement des moutons

[12] Si les importations de blé ont baissé en valeur dû à un prix international plus faible, elles ont légèrement augmenté en quantité, atteignant 2,75 M de tonnes (soit une progression de 60 000 T par rapport à 2019). A noter, qu’en 2020 le PAM a importé pour le compte des autorités soudanaises 260 000 tonnes dont 190 000 tonnes au travers d’un « swap » et le solde fruit des donations notamment américaines. En 2021, le PAM reconduira cet accord et devrait fournir un montant équivalent de 200 000 Tonnes. A noter que le PAM est également actif dans la filière du sorgho puisqu’il a procédé à l’achat pour ses propres besoins de 100 000 T en 2020 et espère doubler ce montant pour 2021.

Les données du commerce extérieur du Soudan pour 2021 ne seront disponibles qu’à partir de juin 2022.

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