SEYCHELLES
Situation économique et financière en 2026
L'économie seychelloise a conservé une bonne dynamique en 2025, avec une croissance de +5,1 % (après +3,4 % en 2024). Le conflit au Moyen-Orient assombrit toutefois les perspectives pour 2026 : le ralentissement attendu du tourisme, principale source de devises de l'archipel, devrait peser sur la croissance, tandis que la hausse des prix du pétrole alimenterait l'inflation. Les efforts de consolidation budgétaire se poursuivent, avec un excédent primaire de +2,5 % du PIB et une dette publique ramenée à 53,6 % du PIB, jugée soutenable par le FMI malgré un service de la dette toujours élevé. La position extérieure s'est également renforcée en 2025, grâce au recul du déficit courant et à l'amélioration des entrées de devises.
1. Les indicateurs macroéconomiques sont robustes, mais pourraient être fragilisés par les récentes tensions géopolitiques
L’activité économique seychelloise est restée dynamique en 2025, avec une croissance estimée à +5,1 % (après +3,4 % en 2024), portée par des recettes touristiques record. Le nombre de visiteurs a augmenté de +13,1 % en glissement annuel, dépassant le pic prépandémique enregistré en 2019, grâce à l’amélioration de la connectivité aérienne et à des campagnes de promotion ciblées, compensant le recul de certains marchés européens traditionnels. Les dépenses moyennes par touriste ont parallèlement progressé de +14,3 %, entraînant une hausse de +29 % des recettes touristiques par rapport à 2024. Hors tourisme, les performances sont contrastées : le secteur agricole a connu une croissance plus faible, compensée par une activité soutenue dans l’industrie manufacturière, la construction et les services publics.
L’inflation a fortement diminué en 2025, atteignant -0,2 % en glissement annuel à fin 2025, tandis que l’inflation annuelle moyenne s’est établie à +0,3 % (contre +1,7 % en 2024), portée par la baisse des prix alimentaires et des services publics. Le FMI anticipe toutefois une remontée de l’inflation à +3,1 % en 2026 sous l’effet des tensions géopolitiques et de la hausse des coûts internationaux de l’énergie et du transport. Dans ce contexte, la politique monétaire est restée accommodante, avec un taux directeur maintenu à 1,75 % depuis mars 2024. En octobre 2025, la Banque centrale des Seychelles a abaissé le taux de réserves obligatoires de 13 % à 10 % afin de soutenir le crédit et l’activité économique. La transmission de la politique monétaire demeure toutefois limitée en raison d’un excès structurel de liquidité.
Le secteur financier reste stable, malgré certaines vulnérabilités. La croissance du crédit au secteur privé est restée soutenue en 2025 (+11,1 %), tandis que les banques demeurent bien capitalisées et rentables. La part des prêts non performants a diminué à 4,7 % à fin 2025 (contre 5,5 % un an plus tôt). Le coût du crédit reste néanmoins élevé, dans un secteur bancaire concentré, avec un taux moyen des prêts de 9,8 % et un écart important avec les taux de dépôts.
Les perspectives pour 2026 se sont toutefois nettement dégradées dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient. En effet, les Seychelles sont très dépendantes du Moyen-Orient, d’où partent plus de 50 % des vols à destination de l’archipel. De plus, 34 % des importations de biens et la quasi-totalité d’importations de produits pétroliers du pays proviennent du Moyen-Orient, notamment des pays du Golfe. Ainsi, la croissance est attendue à +1,5 % selon le FMI (contre +3,3 % avant le conflit), en raison d’une baisse attendue des recettes touristiques. Les principaux canaux de transmission identifiés sont les perturbations du trafic aérien, la hausse des prix du pétrole (qui alimente 95 % de la production d’électricité) ainsi que l’augmentation des coûts du fret maritime et aérien.
2. La dette publique continue de diminuer grâce aux efforts de consolidation budgétaire, mais le pays reste structurellement vulnérable aux chocs extérieurs
La consolidation budgétaire s’est poursuivie pour la cinquième année consécutive, avec un excédent primaire estimé à +2,5 % du PIB et une réduction de la dette publique à 53,6 %. Malgré la hausse des recettes fiscales, les recettes totales on légèrement reculé à 31,7 % du PIB (contre 32,3 % en 2024) en raison de a baisse des dividendes versés par les entreprises publiques. Les dépenses sont restées stables (32,7 % du PIB en 2025, après 33,0 % en 2024), malgré la sous-exécution du budget d’investissement public. Le nouveau gouvernement, arrivé au pouvoir en octobre 2025, a souhaité donner la priorité au développement inclusif et à l'extension des programmes de protection sociale, tout en s'engageant à assainir les finances publiques. Le budget 2026 prévoit ainsi un excédent primaire de +1,5 % du PIB, traduisant un léger assouplissement budgétaire. Les autorités ont annoncé plusieurs mesures de soutien au pouvoir d’achat et à la fonction publique (réintroduction d’un 13e mois, hausse des prestations sociales, rétablissement de certaines indemnités), représentant environ 1,7 % du PIB de dépenses récurrentes additionnelles.
La dette publique des Seychelles s’est réduite à 53,6 % du PIB fin 2025 (contre 56,1 % en 2024). La dernière analyse de soutenabilité de la dette (DSA) du FMI indique que le pays est à risque souverain modéré et la dette soutenable. Cette amélioration a conduit Fitch à relever la notation souveraine des Seychelles de « BB- » à « BB » en septembre 2025. À fin 2025, la dette publique (1,16 Md USD) se composait d'environ 45 % de dette domestique et 55 % de dette extérieure, cette dernière étant détenue à près de 88 % par des créanciers multilatéraux. Le service de la dette demeure élevé (12,5 % du PIB en 2025, dont 8,8 % du PIB au titre de la dette domestique), tandis que le statut de pays à revenu élevé continue de limiter l'accès des Seychelles aux financements concessionnels. La dette publique devrait demeurer majoritairement extérieure (55,8 % du stock à fin 2025) et poursuivre sa progression en 2026, dans un contexte de recours accru aux financements multilatéraux et bilatéraux, notamment à la suite de l'accord de financement récemment conclu avec l'Inde.
La position extérieure des Seychelles s’est améliorée en 2025. Le déficit courant s’est réduit à -6,5 % du PIB (contre -7,9 % du PIB en 2024), la forte hausse des recettes touristiques et l’amélioration de la balance des services ayant plus que compensé la dégradation de la balance commerciale des biens. Les IDE sont restés soutenus, contribuant au financement du déficit extérieur. Les réserves de change ont progressé pour atteindre 878 M USD à fin 2025, soit 4,2 mois d’importations (après 3,8 mois fin 2024). La Banque centrale a poursuivi ses achats nets de devises en 2025, dans un contexte de forte amélioration des entrées de devises liées au tourisme. Les perspectives extérieures pour 2026 se sont toutefois nettement dégradées dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient. Le FMI anticipe un élargissement du déficit courant à -7,8 % du PIB, sous l’effet attendu d’une baisse des recettes touristiques, liée aux perturbations du trafic aérien via les hubs du Golfe, et d’une hausse des coûts d’importation d’énergie et de transport. Les perturbations du fret maritime et aérien devraient également accroître les coûts des biens importés et des intrants industriels. Dans ce contexte, les réserves de change devraient diminuer à environ 3,7 mois d’importations en 2026.