Situation économique et financière de l’Arabie saoudite

Situation Économique et financière de l’Arabie saoudite

L’année 2018 a marqué la fin de la récession et le retour d’une modeste croissance économique

L’Arabie saoudite est la première ou deuxième économie du Moyen-Orient (derrière la Turquie en 2017, possiblement devant en 2018)  et la 20ème économie mondiale. Avec un PIB en 2018 de 770 Mds USD, le pays contribue pour environ 50% au PIB cumulé des pays du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG).

Après une année de récession en 2017 à -0,9% du PIB, l’économie saoudienne a retrouvé le chemin de la croissance en 2018 à +2,2%. Cette croissance est restée, pour l’essentiel, induite par la remontée des prix du brut, l’industrie pétrolière représentant, en 2018, une part substantielle des revenus de l’État (68%).

Le PIB « hydrocarbures », principal moteur historique de l’économie, a connu, d’après les premiers chiffres du FMI, une croissance de 2,2% en 2018, contre une baisse de -3,1% en 2017. Le Royaume dispose des 2èmes réserves prouvées mondiales de pétrole conventionnel, derrière le Venezuela, avec 268,5 milliards de barils en 2019. La réunion des pays membres et non-membres de l’OPEP à Vienne, en décembre 2018, a abouti à un accord de réduction de la production de pétrole qui devrait permettre d’enrayer la baisse, voire permettre une légère remontée, du prix du baril de brut en 2019. Selon cet accord, l’OPEP+ devrait réduire sa production de 1,2 million de barils par jour, à partir du 1er janvier 2019, pour une durée de six mois. L’Arabie saoudite porte l’essentiel du fardeau (50%) et ramène progressivement sa production à 10,2 Mb/j à compter du 1er janvier 2019.

Le PIB « hors hydrocarbures » a connu une croissance de 2,3% en 2018 selon le FMI, une reprise par rapport à 2017 (+1,1 %) mais largement en deçà des niveaux atteints les années précédentes (rythme annuel moyen de 6,5% sur la période 2010-2014). Un ralentissement s’est fait sentir dans les secteurs de la construction, du commerce et du tourisme, conséquence de la politique budgétaire restrictive mise en œuvre par les autorités saoudiennes suite à la baisse des cours du pétrole en 2014 et traduit ainsi un manque de dynamisme du secteur privé.

Selon le FMI, la croissance de l’économie saoudienne devrait ralentir en 2019 à 1,8%, lestée par la baisse de la production pétrolière du Royaume, suite à l'accord conclu entre les pays de l’OPEP + en décembre 2018. En 2020, la croissance devrait, d’après le FMI, s’élever à +2,1%.

L’accroissement de l’excédent courant va de pair avec la poursuite de la consolidation budgétaire

Le solde courant du Royaume est redevenu excédentaire en 2017 à +2,2% du PIB et s’est accru significativement en 2018 à +8,4%, après avoir enregistré un déficit en 2015 (-8,7 % du PIB) et 2016 (-3,7 % du PIB). Cette hausse s’explique par l’effet de la remontée des prix des hydrocarbures et par les efforts de diversification de l’économie, notamment avec la hausse des exportations des produits issus de la pétrochimie (produits des industries chimiques dont le plastique).

Le déficit budgétaire s’est considérablement réduit en 2018 à 4,6% du PIB contre 8,9% du PIB en 2017. Cette évolution résulte en partie de l’augmentation des recettes budgétaires (introduction de la TVA dans le Royaume en 2018) et surtout de l’augmentation des recettes liées aux hydrocarbures. Parallèlement, les dépenses publiques en faveur des travailleurs du secteur public ont augmenté (rétablissement de primes et subventions aux fonctionnaires supprimées en 2016). En 2019, le gouvernement a présenté un budget expansionniste, les dépenses augmentant de+7,4% en rythme annuel à 295 Mds USD. Le gouvernement prévoit que les recettes budgétaires augmenteront de 8,9% par rapport aux recettes d’exécution de 2018, à 260 Mds USD, principalement tirées par les revenus pétroliers. Ce chiffre parait toutefois optimiste, si l’on considère l’évolution de la production pétrolière et des prix du baril.

Face aux enjeux auxquels doit faire face l’économie saoudienne, le Prince-héritier, Mohamed Ben Salman, a lancé en 2016 le chantier de la Saudi Vision 2030, ambitieux plan de réformes économiques et de transition vers un nouveau modèle de croissance, dont les premières réalisations ont débuté en 2017.

Les autorités ont engagées des vastes réformes économiques visant à réduire la dépendance du Royaume au pétrole

Le Royaume a mis en œuvre un important programme de réformes économiques, Saudi Vision 2030, visant à sortir le pays de sa dépendance au pétrole et à diversifier son économie, et portant en filigrane la fin de l’État-providence saoudien. Ce programme repose notamment sur un passage du relais de la croissance au secteur privé et aux activités non-pétrolières.

Ce large programme de modernisation de l’économie compte, à l’heure actuelle, sept grands volets :

  1. Le Fonds d’investissement public (PIF), moteur de la diversification économique voulue par le Royaume,
  2. Le Plan de transformation nationale (NTP) ;
  3. Le Plan d’ajustement budgétaire, mécanisme de planification budgétaire à moyen terme pour parvenir à un budget équilibré en 2023 ;
  4. Le Programme de privatisation qui a pour objectif majeur d’insérer le secteur privé dans la croissance du Royaume;
  5. Le Programme national pour le développement industriel et logistique qui a pour objectif de développer le potentiel industriel du Royaume en incitant à localiser dans le pays la production manufacturière ;
  6. Le Programme de développement du secteur financier, qui a pour rôle de créer un secteur des services financiers diversifié, efficace et stable afin de soutenir le développement de l'économie nationale ;
  7. Le Programme pour l’amélioration de la qualité de vie des Saoudiens qui vise à favoriser la participation des citoyens et des résidents aux activités culturelles, de divertissement et sportives.

Force est de constater qu’en dépit de ces réformes économiques, les investissements directs étrangers (IDE) en Arabie saoudite ont plongé en 2017 à leur plus bas niveau depuis 14 ans, à 1,4 Md USD (-81% en glissement annuel). En 2018, les IDE auraient, d’après les premières estimations du gouvernement saoudien, augmenté de +127%, niveau restant relativement bas. Cette évolution inquiétante s’explique à la fois par le ralentissement de l’activité économique dans le Royaume depuis deux ans et par une certaine érosion de la confiance des investisseurs, dans un contexte d’incertitude sur les modalités de gouvernance et l’environnement des affaires. Concernant les investissements en portefeuille, la place boursière de Riyad (Tadawul) intègrera, graduellement à partir de mars 2019, le regroupement des marchés émergents secondaires du FTSE Russell, de même que l’indice des marchés émergents du MSCI et du Dow Jones, ce qui devrait drainer mécaniquement 20 Mds USD de la part des fonds d’investissement passifs.

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