Situation économique et financière de l’Arabie saoudite

1. Structure de l’économie réelle et croissance économique

L’Arabie saoudite est la première économie du Moyen-Orient et la 18ème au niveau mondial. Avec un PIB de 787 Mds USD en 2018, le pays contribue pour 50% au PIB cumulé des pays du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG). La population saoudienne s’élève à 33,4 millions d’habitants (dont 20,8 millions de nationaux), soit 60% de la population du CCEAG.

L’économie est structurellement dépendante de la production de pétrole qui représentait en 2018, 31% du PIB et 79% des recettes d’exportation. Après une année de récession de -0,7% du PIB en 2017, en raison de la faiblesse des prix du pétrole, l’économie saoudienne a retrouvé en 2018 une croissance positive (+2,4%). En 2019, la croissance devrait être quasi-nulle à +0,2% dans un contexte de diminution de la production pétrolière en application de l'accord OPEP+ de décembre 2018. En 2020, la croissance pourrait rebondir à 2,2%.

En 2018, le secteur pétrolier (production de brut hors raffinage) a enregistré une croissance de +2,2%, après une contraction de -3,1% en 2017, sous l’effet de la remontée des cours du brut depuis juillet 2017. En 2019, le secteur pétrolier se contracte à nouveau dans un contexte de diminution de la croissance mondiale.

L’économie hors pétrole (69% du PIB) a enregistré une croissance de +2,3% en 2018, en léger rebond par rapport à 2017 (+1,1%). Au 2ème trimestre 2019, la croissance a confirmé son dynamisme à +2,9%. Ces résultats sont cependant très en deçà de ceux du début de la décennie : sur la période 2010-2014, la croissance annuelle moyenne du secteur non pétrolier avait été de +6,5%.

2. Equilibres externes

En 2018, l'excédent courant a atteint 9,2% du PIB, contre 1,5% du PIB en 2017. L’excédent commercial atteignait 7,5% du PIB. Les exportations, constituées pour 78% de produits pétroliers, ont augmenté de 33%. En 2019, l'excédent courant devrait diminuer à 4,4% du PIB sous l’effet de la baisse des exportations de pétrole. Cette réduction de l’excédent courant devrait se poursuivre à moyen terme.

Les investissements directs étrangers (IDE) sont structurellement faibles. Après avoir chuté en 2017 à 1,4 Md USD (0,2% du PIB), soit leur plus bas niveau depuis 14 ans, les IDE ont certes rebondi de 126% en 2018 (0,4% du PIB) mais ils restent marginaux dans l’économie saoudienne.

La dette publique augmente régulièrement depuis l’émission souveraine internationale de 17,5 Mds USD en 2016. Le gouvernement saoudien a fixé à 30% du PIB son plafond d’endettement. Les émissions obligataires ont atteint 21,5 Mds USD en 2017, 13 Mds USD en 2018 et pourraient s’élever à 25 Mds USD en 2019. Les variations sont contraires aux fluctuations des cours du pétrole. Par ailleurs, des acteurs publics ont levé des emprunts sur les marchés internationaux pour des montants significatifs : 10 Mds USD pour le fonds souverain Public Investment Fund et la même somme pour la compagnie pétrolière Saudi Aramco

 

3. Politique budgétaire et équilibres financiers internes

Le solde budgétaire est déficitaire depuis 2014 et tend à se réduire. Le déficit budgétaire est passé de -9,2% du PIB en 2017 à -5,9% du PIB en 2018. Cette évolution résulte d’une augmentation des recettes (introduction de la TVA, augmentations des prix de l’énergie en 2018) conjuguée à une augmentation des recettes pétrolières. En 2019, le déficit devrait remonter à -6,1% du PIB (prévision initiale de -4,2%) sous l’effet de recettes d’hydrocarbures en baisse. Les revenus du secteur pétrolier représentent 68% des recettes budgétaires. Un objectif d’équilibre budgétaire est affiché à horizon 2023.

La soutenabilité des finances publiques n’est pour autant pas remise en question. La dette publique, quasiment inexistante jusqu’en 2015, reste contenue. En 2018, la dette publique était de 19% du PIB et devrait atteindre 23% en 2019. Des risques de vulnérabilité de remboursement ne sont pas exclus sur le moyen-terme compte tenu des échéances en 2021 et 2022, respectivement de 60 Mds USD et 40 Mds USD. A fin septembre 2019, les émissions souveraines se sont élevées à 86 Mds SAR (23 Mds USD) dont 52% sur le marché national.

Les réserves en devises de la Banque centrale (490 Mds USD à fin 2018) représentent 27 mois d’importations et 63% du PIB. Les actifs du fonds souverain Public Investment Fund sont par ailleurs estimés à 360 Mds USD, majoritairement investis dans l’économie nationale. Le pays est ainsi pleinement en mesure de défendre le régime d’ancrage au dollar qui contraint la Banque centrale à aligner sa politique monétaire sur celle de Réserve fédérale américaine.

L’inflation pourrait être négative en 2019 (-1,1%) et rebondir à +2,2% en 2020. En 2019, malgré l’élargissement de l’assiette de la TVA, la baisse des loyers du secteur résidentiel, conséquence du départ massif d’expatriés depuis deux ans, a pesé à la baisse sur la hausse des prix. La baisse des prix des carburants intervenue fin octobre pourrait également être un facteur de baisse de l’inflation en 2020.

 

4. Perspectives et principaux risques / enjeux pour la France

Les perspectives économiques du pays à moyen et long terme sont liées à la capacité des autorités à mettre en œuvre l’ambitieux programme de transformations économiques, Saudi Vision 2030, visant à réduire la dépendance au secteur pétrolier et à diversifier l’économie dans des secteurs encore peu développés, en particulier dans le tourisme et les loisirs, les industries innovantes et le secteur manufacturier.

L’amélioration du cadre des affaires pour attirer les investissements étrangers est un des enjeux stratégiques. L’Arabie saoudite se classe au 62ème rang mondial dans le rapport «Doing Business 2020», en progression de 30 places par rapport au classement 2019.

La politique de préférence nationale à l’emploi (saoudisation) est source de difficultés à court terme pour de nombreux employeurs, y compris pour les filiales françaises. L’enjeu de moyen terme est le développement de qualifications de la main d’œuvre nationale et la diminution du chômage des Saoudiens (taux de chômage de 12,3% à fin juin 2019 contre 6% au niveau national). La moitié de la population a moins de 25 ans.

L’obligation de production locale partielle pour les contrats publics remportés par des entreprises étrangères est une contrainte forte pour les sociétés françaises qui souhaitent travailler en Arabie saoudite.

La réussite des entreprises françaises sur le marché saoudien dépendra de leur capacité à intégrer ces obligations dans leur stratégie.

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