SITUATION ECONOMIQUE ET FINANCIERE DE L’ARABIE SAOUDITE

Après une contraction du PIB en 2017, l’économie saoudienne devrait renouer avec une, timide, reprise en 2018

L’Arabie saoudite est la première économie du Moyen-Orient et la 20ème économie mondiale. Avec un PIB en 2017 de 684 Mds USD, le pays contribue pour environ 50% au PIB cumulé des pays du CCEAG.

Après une chute de la croissance du PIB à 1,7% en 2016, contre 4,1% en 2015, provoquée essentiellement par la baisse des cours mondiaux du pétrole – dont les revenus représentaient 63% du budget saoudien en 2016 – le repli de l'économie saoudienne s'est accentué en 2017, par une récession du PIB à -0,7%, pour la première fois depuis 2009.

Le PIB « hydrocarbures », principal moteur, historique, de l’économie, a subi une contraction de -3,0% en 2017 avec un fort effet volume. Pour rappel, l’Arabie saoudite s’est engagée en novembre 2016 à réduire sa production pétrolière[1] de 400 000 de barils à 10 Mb/j, dans le cadre de l’Accord de Vienne, stabilisant le poids du pétrole à moins de 30% de son PIB. Ce dernier devrait être reconduit en 2018 sur la base des mêmes quotas. Aussi, le volume de production du Royaume ne devrait que très faiblement augmenter, avec entre autres le démarrage de la raffinerie de Jizan au cours de l'année. Le prix moyen du baril exporté est passé de 96 USD en 2014 à 54 USD en 2017.

Le PIB « hors hydrocarbures » a connu une croissance de 1,7% en 2017 selon le FMI, une reprise par rapport à 2016 (+0,2 %) mais largement en deçà des niveaux atteints les années précédentes (rythme annuel moyen de 5,7 % sur la période 2010-2015). Un ralentissement s’est fait ressentir dans les secteurs de la construction, du commerce et du tourisme, qui résulte de la politique budgétaire restrictive mise en œuvre par les autorités saoudiennes suite à la baisse des cours du pétrole en 2014 et traduit ainsi un manque de dynamisme du secteur privé.

L'économie saoudienne devrait renouer avec la croissance en 2018, selon le FMI, à 1,7%, tirée par la hausse des prix du brut en moyenne à 67 USD au premier trimestre de 2018 et par une intervention accrue des autorités saoudiennes dans l’économie (enveloppe budgétaire de 19 Mds USD pour soutenir le secteur privé).

Le retour de l’excédent courant va de pair avec la poursuite de la consolidation budgétaire

Le solde courant du Royaume est redevenu excédentaire en 2017 à +2,7%, selon le FMI, après avoir enregistré un déficit en 2015 (-8,7 % du PIB) et 2016 (-3,7 % du PIB). Cette hausse s’explique par l’effet de la remontée des prix des hydrocarbures et par les efforts de diversification de l’économie (hausse des exportations d’aluminium et pétrochimiques).

Si l’objectif de réduire le déficit budgétaire à 7,7% du PIB en 2017 n’a pas été atteint, il a tout de même fortement baissé à 8,9% contre 17,2% en 2016 et 15,7 en 2015. Cette évolution résulte aussi bien d’une augmentation des recettes budgétaires de 34% que d’une augmentation des recettes liées aux hydrocarbures. Dans le même temps, les dépenses ont augmenté (rétablissement de primes et subventions aux fonctionnaires supprimées en 2016 et report à début 2018 des baisses de subventions prévus en juillet 2017 sur l’eau et l’énergie). En 2018, le gouvernement anticipe une augmentation des recettes budgétaires de 12,5%, portée à la fois par une hausse des recettes pétrolières (+12%, 63% des revenus de l’Etat) et non pétrolières (+14%). Ces dernières recettes devraient provenir des récentes mesures de taxation imposées par le gouvernement (TVA à 5%, doublement des tarifs des carburants et triplement des tarifs de l’électricité au 1er janvier 2018 ; augmentation des taxes sur les travailleurs étrangers et sur les dépendants d’expatriés en juillet 2018). Enfin, le Royaume a adoptera un budget expansionniste en 2018.

Face aux enjeux auxquels doit faire face l’économie saoudienne, le Prince héritier, Mohamed Ben Salman, a lancé en 2016 le chantier de la Saudi Vision 2030, ambitieux plan de réformes économiques et de transition vers un nouveau modèle de croissance, dont les premières réalisations ont débuté en 2017. Au rythme actuel de ses dépenses, l’Arabie saoudite ne dispose que d’environ 5 ans pour soutenir son économie dans cette période de transition[2].

Les autorités ont engagées des vastes réformes économiques visant à réduire la dépendance du Royaume au pétrole

Le Royaume a mis en œuvre un important programme de réformes économiques, Saudi Vision 2030, visant à sortir le pays de sa dépendance au pétrole et à diversifier son économie, et portant en filigrane la fin de l’Etat-providence saoudien. Ce programme repose notamment sur un passage du relais de la croissance au secteur privé et aux activités non-pétrolières.

Ce large programme de modernisation de l’économie compte, à l’heure actuelle, six grands volets : 1/ le Fonds d’investissement public (PIF), moteur de la diversification économique voulue par le Royaume 2/ le Plan de transformation nationale (NTP) 3/ le Plan d’ajustement budgétaire 2020, mécanisme de planification budgétaire à moyen terme pour parvenir à un budget équilibré 4/ le Programme de privatisation qui a pour objectif de générer entre 9 Mds et 11 Mds USD de revenus non-pétroliers d’ici à 2020, en plus de la privatisation de 5% de Saudi Aramco, la société pétrolière nationale 5/ le Programme de développement du secteur financier,  pour rôle de créer un secteur des services financiers diversifié, efficace et stable afin de soutenir le développement de l'économie nationale 6/ le Programme pour l’amélioration de la qualité de vie des Saoudiens qui vise à favoriser la participation des citoyens et des résidents aux activités culturelles, de divertissement et sportives.

Des incertitudes, endogènes et exogènes, persistent

Sur un plan géopolitique, l’engagement de l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen et les tensions avec certains de ses voisins (dont l’Iran et le Qatar) pèsent sur le budget de l’Etat (le Royaume dépenserait jusqu’à 5 Mds USD/mois pour ses dépenses militaires) et portent atteinte à son attractivité du fait des risques politiques liés. Sur le plan de la politique intérieure, la purge anti-corruption lancée au début du mois de novembre 2017 par les autorités contre plusieurs centaines de personnalités politiques et du monde des affaires saoudiennes pourrait avoir un effet négatif sur le court terme, les investisseurs choisissant d’attendre de mesurer les conséquences de cette purge sur l’économie. Sur le long terme, la réussite de cette entreprises se mesurera aux sommes récupérées par le gouvernement auprès des personnes incriminées (des montants supérieurs à 100 Mds USD sont évoqués), à leur injection dans l’économie saoudienne et au gain de transparence et de gouvernance engendré.



[1]Le Royaume détenait en 2016 les deuxièmes réserves prouvées, derrière le Venezuela, à 267 Mds de réserves, et était le deuxième exportateur et producteur (13%) à l’échelle mondiale, derrière les États-Unis.

[2] Les réserves en devises étrangères de la banque centrale saoudienne sont passées de 732 Mds USD fin 2014 à 479 Mds USD fin 2017.

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