État d’avancement de la Vision 2030 en Arabie saoudite

Le programme économique, Vision 2030, lancé par le gouvernement saoudien en avril 2016, vise à sortir le pays de sa dépendance historique au pétrole et à diversifier son économie. Ce programme repose notamment sur un passage du relais de la croissance au secteur privé et aux activités non-pétrolières. Au sein du gouvernement, la Vision 2030 est portée par le Prince héritier Mohammed ben Salmane. Le plan, Saudi Vision 2030, est structuré autour de 12 programmes opérationnels (Vision Realization Programs) suivants, dont seuls les 6 premiers ont déjà été lancés :

1/ Le programme pour la transformation nationale (National Transformation Program, NTP), définit les objectifs stratégiques sur l’ensemble du spectre d’activités et les traduit en actions opérationnelles. Conçu initialement comme la première déclinaison quinquennale de la Vision 2030, le NTP 2020 a déjà été révisé et certains de ses objectifs ont été différés à 2023. Les principaux objectifs définis dans le cadre du NTP sont de : contribuer à la création de 450 000 emplois dans le secteur marchand d’ici 2020 ; développer des partenariats avec le secteur privé (40% du financement des actions définies doit provenir du secteur privé) ; maximiser le contenu local, en contribuant à localiser plus de 270 Mds SAR (72 Mds USD) de production dans le Royaume ; accélérer la transformation numérique de l’économie et de l’État.

2/ Le programme d'équilibre budgétaire 2017-2020 (Fiscal Balance program), lancé en décembre 2016, représente un mécanisme de planification budgétaire à moyen terme pour parvenir à un budget équilibré. Le programme est basé sur cinq piliers clés : 1/ rationaliser les dépenses gouvernementales ; 2/ réduire les subventions et réformer les prix de l'énergie et de l'eau ; 3/ augmenter la part des autres revenus du gouvernement ; 4/ cibler les allocations aux ménages ; 5/ favoriser la croissance du secteur privé. Dans ce cadre, le gouvernement a déjà mis en place un certain nombre de mesures : introduction d’une TVA à 5% sur les biens et les services, augmentation des tarifs des carburants et de l’électricité, taxe sur les expatriés et sur leur famille. Également, le gouvernement saoudien a annoncé en 2017 la mise en place d’un programme d’aide financière directe aux citoyens saoudiens les moins favorisés, le Citizen Account Program. En 2017, suivant une recommandation du FMI, un nouveau calendrier a été défini repoussant à 2023, et non plus 2020, l’objectif d’équilibre budgétaire, dans le but de favoriser une reprise de l’économie.

3/ Le Fonds d'investissement public (PIF) est le moteur de la diversification économique voulue par le Royaume. Placé sous l’autorité directe du Prince héritier, Mohammed ben Salman, le PIF finance le développement de secteurs stratégiques ciblés, en maximisant la rentabilité financière de ses investissements. Le programme du PIF se fixe quatre objectifs majeurs : 1/ faire du PIF, à terme, l'un des plus importants fonds souverains du monde en termes d’actifs sous gestion (objectif  de 400 Mds USD en 2020) ; 2/ favoriser l’émergence de nouveaux secteurs dans le Royaume, notamment en créant de nouvelles entreprises (les nouveaux actifs domestiques sous gestion du PIF devraient atteindre 20% du portefeuille total d'ici 2020) ; 3/ mettre en place des partenariats économiques stratégiques à l’international (les actifs internationaux du PIF devraient atteindre 25% de ses actifs sous gestion totaux d'ici 2020); 4/ localiser une technologie de pointe et un savoir-faire localement, en créant 11 000 emplois hautement qualifiés localement et en investissant 210 Mds SAR (56 Mds USD) d’ici 2020 dans les secteurs des technologies de pointe et de la R&D au niveau local et international.

4/ Le programme Qualité de vie (Quality of Life program) a été lancé par le CEDA en avril 2018, et vise à améliorer le cadre de vie et le mode de vie des Saoudiens et à favoriser la participation des citoyens et des résidents aux activités culturelles, de divertissement et sportives. L'ambition ultime du programme est d'inclure au moins trois villes saoudiennes dans le Top 100 des villes les plus agréables à vivre dans le monde d'ici 2030. Les dépenses dans les secteurs liés au programme Qualité de la vie devraient totaliser 130 Mds SAR (35 Mds USD) d'ici 2020, dont 75 Mds SAR (20 Mds USD) dédiés spécifiquement au programme.

5/ Le programme de développement du secteur financier (Financial Sector Development Program, FSDP) a pour rôle de créer un secteur des services financiers diversifié, efficace et stable afin de soutenir le développement de l'économie nationale, diversifier ses sources de revenus et stimuler l'épargne, le financement et l'investissement. Le gouvernement saoudien vise notamment à augmenter la taille de son secteur financier et à établir une structure de financement plus inclusive. D’une part, par une augmentation de la pénétration des comptes bancaires parmi la population adulte du Royaume. D’autre part, par un meilleur accès aux financements pour les PME et les citoyens saoudiens (augmenter la part du financement des PME de 2% à 5% et la part des prêts hypothécaires dans le financement bancaire de 7% à 16% en 2020). Parallèlement, la stratégie nationale d'épargne vise à faire passer l'épargne des ménages saoudiens de 6% à 10% d'ici 2030 en stimulant la demande et l'offre.

6/ Le programme de privatisation a été lancé en avril 2018 par le gouvernement. Supervisé par le NCP (National Center for Privatization), il a pour objectif de générer entre 9 Mds et 11 Mds USD de revenus non-pétroliers d’ici à 2020, en créant environ 12 000 emplois. 14 PPP (Partenariats Publics-privés) seront développés d’ici à 2020 et représenteront des investissements d’une valeur comprise entre 24 et 28 Mds SAR (6,4 à 7,4 Mds USD). Les modèles type BOO (Build, Operate, Own,) et BOT (Build, Operate, Transfer) seront généralisés pour la construction d’infrastructures. Dix secteurs sont concernés par les privatisations : l’eau (avec l’environnement et l’agriculture), les transports, les énergies, le marché du travail, les télécommunications, l’éducation, les municipalités, la santé, le logement et les pèlerinages Hajj et Umrah.

La privatisation partielle du pétrolier Saudi Aramco fait l’objet d’un traitement à part et n’est pas comprise dans le programme de privatisation.

7/ Le programme des partenariats stratégiques (Strategic Partnerships Program) n’a pas encore été formellement lancé par les autorités saoudiennes, même si elles ont, d’ores et déjà, commencé à le mettre en œuvre. Le programme a pour objectif de développer et d’approfondir des partenariats économiques avec les pays considérés comme stratégiques et potentiellement acteurs dans la réussite de la Vision 2030. La France figure parmi ces pays, aux côtés d’autres grands partenaires : États-Unis, Chine, Japon, Corée du sud, Grande-Bretagne, Allemagne et Russie.

8/ Le programme national pour le développement industriel et logistique (National Industrial Development and Logistics Program) n’a pas encore été révélé par le gouvernement. Il a pour objectif de développer le potentiel industriel du Royaume en incitant à localiser dans le pays la production manufacturière. Ainsi, le Royaume deviendrait, à terme, un hub logistique majeur entre trois continents. Le développement de zones industrielles passe par le MODON (Saudi Industrial Property Authority) qui gère actuellement 34 villes industrielles et prévoit le développement de 5 cités supplémentaires sur les 5 prochaines années. À ce jour, ces villes industrielles comptent un total de 7 011 usines.

9/ Le programme du logement (Housing Program) n’a pas encore été officiellement annoncé par les autorités saoudiennes mais quelques mesures ont déjà été prises. Il a pour objectif d’accroitre le pourcentage de saoudien propriétaire à 60% en 2020 et à 70% en 2030 ainsi que d’améliorer la qualité des habitations dans le Royaume. Le montant des prêts immobiliers passera à 502 Mds SAR (134 Mds USD) d’ici à 2020, soit une augmentation de 70% par rapport à aujourd’hui. Plusieurs initiatives seront mises en place : facilitation de l’accès aux financements pour l’achat d’un bien immobilier, construction de logements pour tout type de revenus, révision du droit immobilier et amélioration de la qualité des services liés au logement. Enfin, le secteur privé sera encouragé à réaliser des projets immobiliers, moyennant des taux d’intérêts raisonnables.

10/ Le programme de promotion des entreprises nationales (National Companies Promotion Program) n’a pas encore été lancé par les autorités saoudiennes. Il aura pour ambition de promouvoir le développement de plus de 100 entreprises nationales (champions nationaux), permettant de valoriser l’économie saoudienne au plan régional et international. Ce programme aura également pour objectif d’aider les petites et moyennes entreprises (PME) à être plus productives et compétitives, d’exporter à l’étranger et de créer des emplois.

11/ Enrichir l’expérience du Hajj et de l’Umrah (Enriching the Hajj and Umrah experience). Ce programme n’a pas encore été dévoilé par les autorités saoudiennes. Conscientes que le pèlerinage a constitué la principale source de revenus du pays avant la découverte du pétrole au début des années 1950, le tourisme religieux a été identifié comme l’un des piliers de la nouvelle économie saoudienne. L’objectif est d’augmenter sensiblement le nombre des pélerins venus de l’étranger, qui passerait de près de 9 millions actuellement à 15 millions en 2020[1] et 30 millions en 2030, Hajj et Umrah confondus.

12/ Le Saudi Character Enrichment program, est un programme qui aspirera à développer et à renforcer le sentiment d'identité nationale des citoyens saoudiens, en l'ancrant à la fois dans les valeurs islamiques et nationales. Ce programme n’a pas encore été, officiellement, dévoilé par le gouvernement saoudien.



[1] En 2017, 6,75 millions de pèlerins ont effectué l’Umrah et 2,3 millions le Hajj, ce qui représente environ 9 millions de pèlerins pour l’année.

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