Situation économique et financière

Le Rwanda poursuit sa dynamique économique avec des niveaux de croissance d’avant la crise de Covid-19. En 2023, la croissance du PIB rwandais a été de +8,2 %. L’économie rwandaise reste centrée autour de l’agriculture qui représente environ 56 % de l’emploi du pays et 25 % du PIB. Depuis plusieurs années, le Rwanda se positionne comme une destination touristique haut-de-gamme lui permettant de connaître une forte croissance du secteur des services. Néanmoins, l’étroitesse de son marché intérieur, son faible niveau éducatif et un secteur privé largement dépendant des pouvoirs publics constituent autant de freins au développement du pays. La trajectoire de la dette est en hausse continue mais reste très largement concessionnelle. La visite historique d’Emmanuel Macron à Kigali le 27 mai 2021 a permis un réchauffement des relations du pays avec la France. L’implication supposée du Rwanda dans les troubles dans la province du Nord Kivu en RDC interroge néanmoins.

1. Situation politique

Après la victoire du Front Patriotique Rwandais (FPR) en 1994, le Rwanda a entrepris une politique de réconciliation nationale, mettant l'accent sur la stabilité et l'unité du pays. Le FPR, dirigé par le président Paul Kagame, domine le régime, et ce dernier est à la tête du pays de facto depuis 1994. Président de la République depuis 2000, Kagame a été réélu en 2017 avec 98,8 % des voix, après un amendement parlementaire en 2015 lui permettant de se présenter pour plusieurs mandats jusqu’en 2034. Les prochaines élections du 15 juillet 2024 devraient le voir être élu pour un nouveau mandat. Il jouit d’une grande influence au Rwanda et en Afrique, ayant présidé l’Union Africaine en 2018-2019 et la Communauté d’Afrique de l’Est en 2019. Cependant, son régime est critiqué par certaines ONG internationales pour son autoritarisme et ses violations des droits de l’homme.

Bien que Kagame soit perçu comme un leader panafricain, le Rwanda est souvent accusé de déstabiliser son espace régional. En particulier, il est soupçonné de soutenir le M23, un groupe armé rebelle dans la région du Kivu. Ce soutien pourrait être motivé par des intérêts économiques, notamment le trafic de minerais comme le coltan et l’or. Le conflit dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) est la principale source de tensions régionales. Les relations avec le Burundi sont également complexes et la frontière terrestre entre les deux pays est fermée. La relation avec l’Ouganda est en nette amélioration depuis 2022 ainsi qu’avec le Kenya, deux pays dont le Rwanda dépend pour ses importations par le corridor nord.

2. Éléments structurels sur l’économie

Malgré une forte croissance (7,2 % en moyenne annuelle entre 2010 et 2019), portée par des investissements publics massifs, le pays est exposé à des contraintes structurelles fortes, telles que son enclavement et l’étroitesse de son marché intérieur (13,5 millions d’habitants, PIB par tête de 1 038,6 USD en 2023). Le secteur agricole qui représente 24,9 % du PIB et emploie 56,0 % de la population est marqué par une faible productivité. La faiblesse du capital humain, particulièrement alarmante d’après la Banque mondiale, pénalise le développement du secteur privé (ICH de 0,38 en 2020). De surcroît, le niveau élevé de FBCF (de 24,6 % du PIB en 2022), qui alimente aujourd’hui la croissance, ne pourra être maintenu compte tenu de la trajectoire de la dette. Le recours aux investissements privés apparaît donc indispensable. Pour l’encourager, le gouvernement s’est doté du Rwanda Development Board, agence en charge d’accélérer la transformation du pays via la promotion des IDE, du tourisme d’affaires, médical et sportif, le développement du secteur privé et l’innovation.

Les progrès sociaux sont importants : le taux de pauvreté national est passé de 59,2 % en 2000 à 47.4 % en 2022 selon la Banque mondiale (au seuil de 2,15 USD 2017 PPA), l’espérance de vie a progressé de vingt ans pour atteindre 67,1 ans en 2022, les taux de mortalité infantile et maternelle ont été divisés par cinq. Toutefois, de fortes inégalités persistent, soulignant le paradoxe du développement rwandais entre la vitrine Kigali et le reste du pays : l’indice de Gini est à 0,44, soit le plus élevé de la CAE derrière le Soudan du Sud. En 2022, le pays a gagné 4 places dans le classement de l’IDH (0,55), devenant le 161ème pays sur 193.

3. Conjoncture économique et finances publiques

L'économie rwandaise poursuit sa croissance robuste, en dépit d'un environnement extérieur difficile, de chocs répétés et de l'assainissement budgétaire en cours. En 2023, la croissance du PIB a été plus forte que prévu, à 8,2 %, grâce aux bonnes performances des secteurs des services, de la construction et des transports, ainsi qu'à une reprise significative de la production de cultures vivrières au cours de la seconde moitié de l'année. Malgré cela, le taux de chômage est resté élevé à 16,8 %, affectant particulièrement les femmes et les jeunes, avec des taux atteignant respectivement 20,1 et 20,3 %. La croissance devrait ralentir à 6,6 % en 2024.

Le changement climatique continue de poser des risques substantiels pour la croissance et le développement inclusif au Rwanda, avec un risque accru pour les communautés les plus pauvres et les plus vulnérables. Les événements climatiques extrêmes de 2022 et 2023 (sécheresses et inondations) ont eu des impacts significatifs sur la production de denrées de base essentielles au Rwanda et ont entraîné des augmentations de plus de 65 % des prix des denrées alimentaires nationales, à leur apogée en mars 2023. L'inflation globale a fortement ralenti au cours des derniers mois en raison d'une politique monétaire suffisamment stricte et de l'évolution favorable des prix des denrées alimentaires, atteignant 4,2 % en g.a. en mars 2024. Alors que l'inflation des denrées alimentaires et de l'énergie devrait diminuer, l'inflation de base devrait rester élevée en raison de la dépréciation continue du taux de change (de 18 % par rapport au USD à fin 2023). L'inflation devrait se stabiliser à environ 5 % en 2024, le point médian de la fourchette cible de 2 à 8 % de la BNR. Depuis février 2022, la BNR a augmenté son taux d'intérêt directeur de 300 pb, et elle l’a maintenu à 7,5 % jusqu’à juin 2024 où elle l’a abaissé à 7,0 %.

Le déficit courant s'est creusé à 11,7 % du PIB en 2023 en raison d'un déficit commercial légèrement plus important, à cause la hausse des importations de biens intermédiaires et de biens d'équipement. Malgré une hausse du déficit courant, les réserves internationales ont augmenté pour atteindre 4,1 mois d'importations à la fin de 2023. Cette surperformance s’explique principalement par des décaissements anticipés (DPO, autres appuis budgétaires et projets). Le déficit courant devrait atteindre 12,1 % du PIB en 2024, principalement en raison de la baisse des subventions et des revenus, qui compensent l'amélioration de la balance commerciale.

Le déficit budgétaire est prévu à 6,7 % du PIB pour FY2023/24, grâce à une baisse des dépenses qui compensent le recul des recettes fiscales sous-performantes. D'autre part, la diminution des dépenses en biens et services au S1 de FY2023/24 (due en partie aux mesures de rationalisation visant à compenser la baisse des recettes fiscales) va s’inverser au cours du deuxième semestre de l'exercice 23/24 à mesure que les recettes se redresseraient. Les dépenses de reconstruction après les inondations de décembre se sont élevées à 36,8 Mds RWF au premier semestre de l'exercice 23/24, soit 0,2 % du PIB de 2023/24.

Le secteur financier est resté stable dans un contexte de forte croissance du crédit bancaire (de 19 % en 2023, contre 14 % en 2022), principalement ceux à destination des ménages. Au T4 2023, le secteur bancaire est resté rentable et bien capitalisé, affichant une croissance significative des dépôts et des prêts, en particulier des prêts aux ménages. Les deux secteurs affichent des prêts non-performants modérés et généralement stables (4,1 % des prêts en décembre 2023), après un pic au cours de la période Covid-19 en 2020-21.

La dette publique rwandaise s’inscrit dans une trajectoire à la hausse depuis quelques années, augmentant de 49,8 % du PIB en 2019 à 73,5 % du PIB à fin 2023. Cette forte augmentation a valu un relèvement du risque de surendettement du pays de faible à modéré en juin 2020 par le FMI. La structuration de la dette rwandaise, détenue à plus de moitié par les bailleurs multilatéraux[1] ou fortement concessionnelle, justifie ce classement de modéré, alors que le ratio dette/PIB est l’un des plus élevé de la région.


[1] La dette due à la Banque mondiale représentait 44,6 % de la dette externe du pays à fin 2023.

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