Situation économique et financière de la Russie (août 2019)

1. Une croissance en réalité fragile

Avec un PIB de 1 630 Mds USD en 2018, la Russie est la 11e économie mondiale (8ème rang en 2013). Le pays est un acteur majeur sur le marché mondial des hydrocarbures : 3e producteur mondial de pétrole et 2e de gaz naturel. Son économie dépend encore fortement des matières premières, les ressources pétro-gazières représentant 20% du PIB, 46 % des recettes du budget fédéral et 64 % des exportations. L’économie russe est également marquée par un poids important du secteur public : 33% du PIB.

Malgré une accélération temporaire de la croissance en 2018 (2,3 % en 2018, après 1,7 % en 2017), l’économie russe souffre toujours de deux faiblesses majeures : un ralentissement structurel et une importante vulnérabilité aux chocs extérieurs. Le déclin de la population active, une faible productivité, un manque d’investissement chronique (taux d’investissement le plus faible parmi les grands émergents), un retard technologique et une insuffisante diversification industrielle sont les principales raisons d’une faible croissance potentielle, estimée à 1,5% par an. Dans un contexte où les revenus disponibles des ménages restent inférieurs de plus de 10% à leur niveau de 2014, la croissance du 1er semestre n’a atteint que 0,7%, et le FMI vient de réviser à la baisse sa prévision de croissance 2019 à 1,2%.

Si le taux de chômage au sens du BIT est plutôt faible (4,5% de la population active), il masque notamment une baisse tendancielle de la population active et de fortes disparités géographiques. Le manque de disponibilité de main d’œuvre employable, auquel les entreprises sont aujourd’hui confrontées, constitue également un frein à la croissance.

Le climat des affaires, jugé insuffisamment favorable, représente un obstacle à la progression des investissements. La Russie se positionne au 31e rang de l’enquête Doing Business 2019 (Banque Mondiale), mais 138e dans l’indice de perception de la corruption (Transparency International). Selon de nombreuses personnalités du monde des affaires en Russie, l’arrestation en février 2019 des dirigeants étrangers du principal fonds d’investissement en Russie (Baring Vostok) a envoyé un signal extrêmement négatif aux investisseurs étrangers.

2. D’importants excédents extérieurs et des finances publiques saines après un ajustement drastique

Le passage à un taux de change flottant en novembre 2014 a eu un effet stabilisateur sur les comptes externes. En 2018, l’excédent courant a atteint un niveau record avec près de 114 Mds USD soit 7% du PIB. La reprise des exportations d’hydrocarbures en 2018 (+ 35% en g.a.) a contribué à la forte hausse (+25,6% en g.a. à 452 Mds USD) des exportations russes et de l’excédent commercial (+18%, après +27% en 2017).

Si le cours du rouble a affiché une forte volatilité entre 2014 et 2017, le gouvernement a mis en place à partir de 2018 une nouvelle règle d’or budgétaire qui vise à épargner les recettes pétrolières au-dessus de 40 USD/baril, renforçant ainsi les réserves de change et permettant une certaine dé-corrélation du cours du rouble et du pétrole. La monnaie russe s’est ainsi stabilisée (autour de 71 RUB/EUR en juillet 2019) et les réserves de change, déjà confortables, se renforcent pour atteindre 518 milliards USD (+13,5% en g.a. au 1er juillet 2019), soit plus de deux ans d’importations.

Après une période de dégradation au plus fort de la crise en 2015-2016, l’état des finances publiques s’est rapidement rétabli grâce à la reprise des hydrocarbures et la mise en œuvre d’une politique budgétaire rigoureuse : l’importante baisse des dépenses publiques (– 13 % en volume entre 2014 et 2018) a permis d’enregistrer en 2018 un excédent budgétaire pour la première fois depuis 6 ans (+2,8 % du PIB). Dans le même temps, la dette publique consolidée reste relativement stable à 12,1 % du PIB. Après S&P en février 2018 (BBB-), Moody’s a à son tour amélioré la notation du risque souverain russe en février 2019 (Baa3), qui repasse ainsi en catégorie investment grade.

La priorité de la Banque centrale de Russie (BCR) demeure la lutte contre l’inflation par une politique de ciblage à 4 %. Après un sommet à 15% en 2015, l’inflation a fortement décéléré et l’effet de la hausse de TVA de 18 à 20% le 1er janvier 2019 a été relativement modéré. La Banque centrale a donc décidé le 26 juillet 2019 de baisser son taux directeur de 25 pdb à 7,25%, le ralentissement de l’inflation (+4,7% en g.a en juin 2019) étant susceptible d’ouvrir la voie à de nouvelles baisses de taux directeurs d’ici la fin de l’année.

3. La bonne performance du secteur bancaire en 2018 ne dissipe pas toutes les inquiétudes

Le secteur bancaire russe, très fragmenté (440 banques au 1er janvier 2019), est largement dominé par quelques grandes banques d’Etat (qui représentent environ 70% des actifs du secteur bancaire). Les fermetures de banques se sont accélérées depuis 2014, la BCR ayant retiré environ 400 licences bancaires, notamment sur la base de la législation anti-blanchiment. Malgré une croissance soutenue au cours de la dernière décennie, le secteur bancaire russe demeure encore de faible dimension (le ratio crédits / PIB ne s’élevait qu’à 51% fin 2018). Le ratio d’adéquation des fonds propres (normes Bâle III depuis janvier 2018) s’élève à 12,2 % fin 2018 (12,1% fin 2017). Le taux de créances douteuses atteint 5,9% fin 2018, soit une augmentation de 0,7 p.p. sur l’année.

L’année 2018 a été surtout marquée par une accélération de la croissance du portefeuille de crédits avec +13,9% en g.a, après une timide reprise en 2017. Cette croissance semble cependant reposer avant tout sur une demande forte des ménages qui empruntent afin de faire face à leurs dépenses courantes, inquiétant la Banque centrale d’un point de vue prudentiel, et générant un débat parmi les économistes sur le thème de la dégradation du pouvoir d’achat.

4. La reprise de la croissance russe à long terme dépend de la mise en œuvre de réformes structurelles, qui comportent des risques mais offrent aussi des opportunités

La reprise de la croissance russe à long terme dépend de la mise en œuvre de réformes structurelles. Un défi majeur de la Russie est de parvenir à diversifier ses exportations, de préférence avec des produits de haute technologie. A cet égard, les sanctions occidentales, limitant l’accès des entreprises russes au financement externe et aux technologies (notamment dans le secteur des hydrocarbures), devraient avoir un impact négatif sur la croissance russe à long terme.

Afin de résoudre les problèmes structurels de l’économie russe, le gouvernement s'est lancé dans une série de réformes. La réforme des retraites, adoptée en 2018, vise notamment à accroitre la population active et portera l’âge de départ à la retraite à 65 ans (60 actuellement) pour les hommes et à 60 ans (contre 55) pour les femmes. La réforme de la TVA (30 % des recettes fiscales de l’État) entrée en vigueur au 1er janvier 2019 a fait passer le taux normal de TVA de 18 à 20 %.

Afin de relancer la croissance et diversifier son économie, le gouvernement russe s’est fixé d’ambitieux objectifs socio-économiques d’ici 2024, et a lancé une douzaine de « projets nationaux » prioritaires en y affectant près de 360 Mds EUR sur 6 ans, soit environ 4% du PIB chaque année. Ces objectifs d’investissement public témoignent de la priorité accordée par le gouvernement à l’amélioration des capacités d’offre de l’économie russe. Ces projets pourraient présenter de réelles opportunités pour les entreprises françaises, notamment dans le domaine de l’innovation, des transports et de l’accompagnement dans la transition écologique de la Russie.

 

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