Relations économiques France – Russie (août 2019)

La France bénéficie d’une position économique ancienne et stratégique en Russie illustrée par : une part de marché de 4% (6ème fournisseur) et une place majeure dans l’écosystème du pays : 2ème pourvoyeur de flux d’IDE hors zones à fiscalité attractive, 1er stock d’IDE dans le pays (depuis 2018, devant l’Allemagne), et 1er employeur étranger. Des partenariats stratégiques ont été établis dans des domaines comme l’énergie, l’aéronautique, le nucléaire et le spatial. Les feuilles de route élaborées par le CEFIC (Conseil économique, financier, industriel et commercial) préfigurent de nouveaux secteurs de coopération porteurs d’opportunités et de partenariats : les réponses économiques au changement climatique, les nouvelles mobilités, l’innovation et la productivité du travail.

 

1. Ce positionnement n’a toutefois pas permis d’enrayer la lente dégradation tendancielle de nos exportations, malgré une reprise du volume des échanges commerciaux

Après un tassement important des échanges commerciaux bilatéraux entre 2012 et 2016 (double choc de la chute des cours des hydrocarbures et des sanctions croisées), la reprise observée en 2017 s’est poursuivie en 2018 pour atteindre un volume total de 15,3 Mds EUR, encore loin du niveau record enregistré à 21 Mds EUR en 2011/2012.

La structure de nos échanges bilatéraux est asymétrique (plus de 80% des importations françaises concernent les hydrocarbures et produits pétroliers raffinés, tandis que près des deux-tiers de nos exportations vers la Russie touchent aux biens d’équipement et aux matériels de transport, notamment l’aéronautique) et fait apparaître un déficit structurel en notre défaveur (-4,7 Mds EUR en 2018).

La forte progression des importations françaises en provenance de Russie (+30%, 10 Mds EUR en 2018) est quasi intégralement liée à la hausse du prix des hydrocarbures (+31% pour le prix moyen du baril de Brent). En 2018, la France est le 17ème client de la Russie, absorbant 1,7% de ses exportations.

Les exportations françaises vers la Russie ont connu une baisse de 4,4% en 2018 (5,3 Mds EUR), témoignant du rétrécissement du marché russe pour nos ventes directes, sous l’effet combiné (i) des politiques de substitution aux importations et de localisation menées par les autorités russes, (ii) du contre-embargo touchant les produits alimentaires et (iii) de la forte volatilité de nos ventes et livraisons d’aéronefs. La Russie en 2018 n’est plus que le 8ème marché de la France (hors UE et Suisse) après avoir été le 4ème en 2014. Notre part de marché se réduit progressivement autour de 4% (6ème fournisseur de la Russie, 3ème européen derrière l’Allemagne et l’Italie), contre 4,7% en 2009.

2. Les investissements français se maintiennent à haut niveau malgré un climat des affaires dégradé

Du fait d’incertitudes croissantes liées au renforcement des sanctions américaines et à la dégradation du climat des affaires, les IDE entrants en Russie baissent fortement et restent majoritairement destinés au secteur pétrolier et en provenance de centres financiers offshore (environ 75% des mouvements). En 2018, le total des flux d’IDE entrants a atteint 8,8 Mds USD, contre 28,6 Mds USD en 2017.

Les investissements français en Russie se maintiennent toutefois à haut niveau en 2018, essentiellement sous l’impulsion du Groupe Total (Yamal LNG, Arctic LNG 2), des réinvestissements des filiales présentes dans le pays et des investissements industriels des sociétés du secteur agroalimentaire, liés à la mise en place du contre-embargo. Hors zones à fiscalité attractive, la France était fin 2018 le 1er investisseur étranger en stock (17,1 Mds USD), devant l’Allemagne et le Royaume-Uni, et le 2ème investisseur étranger en flux après le Royaume-Uni (1,1 Md USD, en hausse de 33%, soit 13% des flux d’IDE entrants en Russie en 2018).

Avec plus de 500 filiales françaises implantées (1200 entreprises ayant au moins un actionnaire français), la France est le premier employeur étranger en Russie (150.000+ salariés), devant l’Allemagne. Présentes dans des domaines variés, les entreprises françaises sont particulièrement bien implantées dans l’agroalimentaire, la finance, la distribution, l’énergie, l’automobile, la construction / services urbains, les transports, l’aéronautique-spatial et la pharmacie. 35 entreprises du CAC 40 sont présentes en Russie.

Le flux d’IDE russes en France a été négatif en 2018 (-65 M USD), contre un flux positif de 310 M USD en 2017. Selon les statistiques russes, hors centres financiers offshore, la France occupait la 11ème position des IDE russes avec un stock estimé à 3 Mds USD fin 2018. Selon les dernières données disponibles de la Banque de France, le stock d’IDE russes en France s’élèverait à 2 Mds EUR fin 2017 (contre 1,6 Md d’EUR en 2016). Une trentaine de sociétés russes sont établies en France, employant environ 3.500 personnes essentiellement concentrées chez le principal investissement direct : le rachat de GEFCO (transport et logistique) par RZD (Chemins de fer russes) en 2012. Trois projets d’investissement russes ont été réalisés en 2018, permettant la création de 19 emplois supplémentaires.

3. Renforcer la présence française autour de partenariats stratégiques et de coopérations innovantes

Le changement de modèle économique dans lequel la Russie s’est engagée, sous la contrainte des sanctions et par nécessité de diversification, peut offrir des opportunités à nos entreprises, pour autant qu’il puisse ouvrir la voie à une coopération mutuellement bénéfique dans des chaînes de valeur intégrées.

La France doit donc poursuivre une approche pragmatique de l’intensification du dialogue économique avec la Russie dans un contexte politique qui demeure contraint.

La dynamique des partenariats stratégiques entre grands groupes structure notre relation économique et doit continuer de bénéficier d’un soutien actif, au travers de coopérations emblématiques comme celle entre Total et Novatek. Mais ces coopérations bilatérales doivent également s’adapter aux évolutions du monde actuel, comme en témoigne la feuille de route du CEFIC sur le « nouveau partenariat franco-russe pour l’économie de demain ». Trois axes prioritaires sont ainsi identifiés : (i) les réponses économiques au changement climatique, (ii) les nouvelles mobilités et (iii) l’innovation et la productivité du travail.

Ces pistes ont déjà trouvé des applications concrètes au travers d’événements bilatéraux réalisés (séminaire économie dé-carbonée, rencontres Industrie du Futur, rencontres de startups russes et françaises), ou à venir (rencontres nouvelles mobilités, séminaire finance verte, forum franco-russe des PME, table ronde productivité du travail). Ces opérations se traduisent par de nouveaux partenariats.

Par ailleurs, le gouvernement russe s’est fixé d’ambitieux objectifs socio-économiques d’ici 2024 avec le lancement d’une douzaine de « projets nationaux » prioritaires ainsi qu’un plan de développement des infrastructures qui bénéficient d’un financement de près de 360 Mds EUR sur 6 ans, soit environ 4% du PIB chaque année. Ces objectifs d’investissement public témoignent de la priorité accordée par le gouvernement à l’amélioration des capacités d’offre de l’économie russe. Ces projets présentent de réelles opportunités pour les entreprises françaises, notamment dans le domaine de l’innovation (économie numérique), de la santé, des transports et de l’accompagnement dans la transition écologique de la Russie.

 

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