RUSSIE
Relations économiques France – Russie
Commerce bilatéral : des échanges divisés par trois depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine
L’entrée en vigueur des nouveaux trains de sanctions occidentales contre la Russie en 2022 a réduit le commerce bilatéral au tiers de ce qu’il était avant la guerre. Les échanges sont ainsi dorénavant concentrés sur un nombre limité de postes. Le gaz naturel liquéfié représente l’intégralité de nos importations d’hydrocarbures en 2025 (3,17 Md EUR), et 77,5% du total des biens. Si la Russie s’avère être globalement un fournisseur secondaire de la France (0,6% de nos importations totales en 2025, contre 1,8% en 2021), elle reste pourvoyeuse critique sur certains segments : gaz naturel et liquéfié (2e), mais aussi mélanges d’urée (3e hors transit européen, engrais), produits à base de titane (2e). De leur côté, les exportations françaises se limitent à quelques filières non-sanctionnées : produits de l’industrie pharmaceutique, cosmétique ainsi que, mais dans une moindre mesure, produits agricoles et agro-alimentaires.
Avertissement : la Russie ne publiant plus les statistiques de son commerce extérieur depuis 2022, la présente analyse s'appuie sur des sources croisées (Douanes françaises, ITC Trademap, balance des paiements de la Banque de Russie, douanes russes, Eurostat, Bruegel).
1. Les échanges commerciaux bilatéraux changent peu de structure, mais ont été divisés par trois
Les échanges avec la Russie, déjà résiduels depuis 2022, poursuivent leur baisse en 2025 : les importations diminuent à 4,1 Md EUR (-0,65% en g.a.) – exclusivement du fait de la baisse en volume des importations de gaz – tandis que les exportations vers la Russie se replient de -7,4 % à 1,89 Md EUR. La baisse concomitante des exportations et des importations conduit à une stabilisation du déficit commercial à -2,2 Md EUR (-0,1 Md EUR, 0,07% du PIB).
De fait, d’après les Douanes françaises, en 2025, la France a réduit ses exportations vers la Russie de 70,9% par rapport à 2021, et ses importations de 59,6% par rapport à 2021, soit une réduction d’environ deux tiers. En conséquence, le déficit commercial français vis-à-vis de la Russie s’est résorbé de 39% depuis 2021, avec une exception en 2022 où il avait atteint un niveau record de 12,5 Md EUR[1].
Evolution du solde commercial de la France avec la Russie (Md EUR)
Au niveau sectoriel, la France conserve une dépendance au gaz russe, qui représente 77,5% de nos importations totales (3,17 Md EUR, nomenclature agrégée) en légère hausse en valeur (+2,42% en g.a.). Très loin derrière suit la chimie dont les produits azotés (10,6% du total, 431,3 M EUR, aussi en hausse de 20,2% en g.a.) et enfin les métaux non-ferreux (4% du total, 163,7 M EUR, en chute de 48,6% en g.a. cependant). Marginales rapportées au total, les importations de produits de l’industrie agro-alimentaire en particulier produits de la pêche restent importantes, à 144,3 M EUR (3,5% du total, +15,7% en g.a.) tout comme les produits sidérurgiques et de première transformation de l’acier (67,6 M EUR, 1,7% du total, mais -6,6% en g.a.). Les autres biens (construction aéronautique et spatiale[2], équipements pour automobile, machines et équipements général[3]) pèsent pour moins de 1% dans nos imports, soit moins de 50 M EUR.
Principaux fournisseurs de gaz naturel et liquéfié de la France en 2025 (NC8, 27111100)
Les importations françaises de pétrole brut et produits pétroliers russes sont absentes en 2025 du fait de l’application des sanctions commerciales depuis 2022-2023 alors que la Russie était encore notre 6e fournisseur de brut en 2021. En revanche, comme indiqué, le gaz naturel et/ou liquéfié représente l’intégralité de nos importations en hydrocarbures actuelles (3,17 Md EUR). La tôle et les pièces en titane représentent 69,9 M EUR, suivi de l’ammoniac (68,9 M EUR), puis des poissons blancs (53,8 M EUR).
La structure des exportations françaises vers la Russie est plus diversifiée, avec toutefois une prévalence des produits pharmaceutiques français qui représentent 14% du total, à 570,9 M EUR (+1,5% en g.a.) ; ils sont suivis des parfums et cosmétiques (343,6 M EUR, 8,4% du total, +16,4% en g.a.) ainsi que des produits chimiques divers (188,8 M EUR, 4,6% du total, -19,8% en g.a.). La France fournit également à la Russie des équipements électromédicaux (3,5% du total, en particulier à résonance magnétique), des produits de la culture et de l’élevage (2,5%, notamment graines de betteraves à sucre) et d’autres produits chimiques de base (2%). Les ventes de matériels de transport, produits métallurgiques et produits informatiques, électroniques et optiques, pouvant être qualifiées de biens à double usage ou critiques et qui représentaient les premiers postes à l’exportation avant la guerre, sont désormais inexistantes.
2. La relation commerciale bilatérale est réduite à son expression la plus critique
Si la dépendance française et européenne persistante à certains approvisionnements (gaz, chimie) fait encore de la Russie un fournisseur critique, cette dernière est aujourd’hui un partenaire commercial secondaire. En 2025, la Russie possède 0,6% de part de marché, stable par rapport à 2024, et se classe ainsi au 19e rang de nos fournisseurs au même titre que le Mexique, le Brésil, Taïwan et le Nigéria. De même, la Russie est le 18e client de la France (part de marché de 0,3%).
Principaux fournisseurs de la France en 2025
En revanche, spécifiquement dans les imports de produits énergétiques de la France, la Russie conserve une part stable (4%, comme en 2024) bien qu’affaiblie (15% en 2021). Pour la catégorie générale « hydrocarbures naturels » (nomenclature agrégée B06Z), la Russie demeure notre 6e fournisseur, devant la Norvège, la Libye et l’Irak, et stable de surcroît (+2,4% en g.a.) et notre 2e fournisseur de gaz naturel et liquéfié derrière les Etats-Unis. Hors énergie, la France affiche donc un excédent commercial de 974,7 M EUR avec la Russie, ce qui démontre la forte polarisation de nos échanges, excédent qui recule toutefois de 5% en g.a. en 2025 du fait d’imports en hausse de produits chimiques (uranium enrichi notamment, +239% en g.a., et ammoniac anhydre[4], +58,2%). En effet, la Russie conserve un statut de fournisseur critique sur les segments des engrais (6e fournisseur en 2025 de mélanges d’urée et nitrate d’ammonium, 3e pour l’ammoniac anhydre) et pour certains produits en titane (2e).
Côté russe (source : ITC Trademap[5]), la France serait en 2025 le 12e fournisseur (2,1 Md USD de biens, -3% en g.a., +3% depuis 2021, 1,2% de part de marché) et le 11e client de la Russie (4,6 Md USD, 1,3% de part de marché, +3% en g.a., +1% depuis 2021). Si la France apparaît comme un partenaire commercial plus substantiel en termes de classement, ses biens exportés restent relativement substituables, sinon moins critiques qu’inversement. La distribution de médicaments français connaît néanmoins un dynamisme continu en Russie, malgré le programme de substitution aux importations mené par les autorités.
[1] Chiffre influencé par les cours mondiaux élevés de 2022 qui ont gonflé l’excédent commercial de la Russie et creusé celui de la France.
[2] Trains d’atterrissage pour l’essentiel, 37,5 M EUR.
[3] Pièces pour carrosserie de machines agricoles, automobiles, 19,6 M EUR.
[4] Forme particulière d’engrais azoté ; la Russie est le 4e fournisseur de la France en solutions azotées, et le 1er exportateur mondial (40% de part de marché mondiale en 2024).
[5] En l’absence de données douanières russes ventilées par pays et par produits depuis 2022.
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