Le commerce extérieur de biens de la Russie en 2025

En 2025, une balance commerciale confortable mais exposée aux sanctions

 

Au plan commercial, la Russie voit son excédent se réduire en 2025 notamment du fait de la décote appliquée sur ses exportations d’hydrocarbures, qui représentent encore la moitié des exportations totales en valeur. En dehors des sanctions, d’autres effets conjoncturels jouent en défaveur de la Russie (relèvement des quotas de production de l’OPEP+, contraintes de production, frappes de l’armée ukrainienne sur les infrastructures énergétiques). Pour autant, la Russie conserve des marges confortables, forte de son statut d’exportateur net, particulièrement grâce à un report de ses flux commerciaux vers l’Asie. Le taux de change à la faveur du rouble pénalise néanmoins les exportateurs tout en augmentant le pouvoir d’achat des Russes à l’étranger, d’où l'inclusion des services dans l’appréciation du commerce extérieur russe.

Avertissement : la Russie ne publiant plus les statistiques de son commerce extérieur depuis 2022, la présente analyse s'appuie sur des sources croisées (Douanes françaises, ITC Trademap, balance des paiements de la Banque de Russie, douanes russes).  

 1. Un commerce extérieur robuste mais exposé aux mesures restrictives occidentales

 

En 2025, la Russie continue d’afficher un excédent commercial en valeur (biens et services) confortable de 68,5 Md USD, s’appuyant principalement sur ses exportations d’hydrocarbures. Cet excédent est toutefois en net recul par rapport à 2024 (-26,8% en g.a) soit 2,6% du PIB (contre 4,3% en 2024). Selon la balance des paiements, les exportations ont ainsi reculé de 1,75% en g.a. à 468,3 Md USD, quand les importations ont progressé de 4,4% en g.a. à 399,8 Md USD. Circonscrit aux seuls biens, l’excédent commercial russe demeure toutefois élevé à 139,4 Md USD[1] en 2025 (-8,1% en g.a.), bien supérieur à celui des services (poste de dépense nette pour la Russie, -48,6 Md USD).  

Evolution de la balance commerciale de biens et services en Russie (Md USD)

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Si elle diminue progressivement, la part des hydrocarbures reste décisive dans les exportations de biens (53,8%, contre 60,8% en 2024) bien qu’en net recul à -14,8% en g.a. En 2025, les mesures du price cap ainsi qu’un marché pétrolier mondial excédentaire influent sur le prix des produits russes, la qualité Brent s’échangeant ainsi en moyenne à 70 USD le baril (contre 81 USD en 2024) tandis que l’Urals dévisse à 56 USD le baril (68 USD en 2024), et de façon encore plus vive en novembre 2025 (désignations OFAC de Lukoil et Rosneft). D’après ITC Trademap[2], le poste d’exportation d’hydrocarbures reste stable à 212,6 Md USD en 2025, contre 212,4 Md USD en 2021 avant le déclenchement de la guerre, mais reste bien loin des 384,3 Md USD de l’année « faste » de 2022. Au sein de cette catégorie, le pétrole brut et les produits pétroliers assurent les 2/3 de revenus, devant le gaz.

 

Evolution de la balance commerciale (biens) de la Russie depuis 2021 (Md USD) bal

Les hydrocarbures sont suivis des produits de la métallurgie, qui représentent 17,8% du total en valeur (+17,4% en g.a., 74,7 Md USD) avec des tendances contrastées (positives pour les métaux non-ferreux type aluminium, nickel, contre un recul des métaux ferreux), puis des produits agro-alimentaires et issus de l’agriculture (9,7% du total, -3,7% en g.a., 40,9 Md USD). Les exportations de biens russes hors hydrocarbures ont ainsi augmenté de 13,6% en g.a., contre une baisse de 3,7% en incluant ces derniers. Du reste, la Russie a augmenté ses exportations de services (+7,5% en g.a.) vraisemblablement connexes à l’industrie pétrolière et gazière.

La dynamique des importations russes est plus marquée pour les services (+16,4% en g.a.) que pour les biens (+1,1%), portée par les services de transport (en particulier tourisme[3]) et la construction (liée aux prêts immobiliers subventionnés[4]). Au niveau des biens, la Russie achète principalement des machines, de l’équipement et du matériel roulant (48,6% du total en valeur, 135,6 Md USD, -7,7% en g.a.) et au premier chef des chaudières, réacteurs nucléaires et autres machines du code 84 (33,6 Md USD). Suivent les produits chimiques (55,5 Md USD, +3,8% en g.a.) incluant les produits pharmaceutiques (14,1 Md USD), puis les produits alimentaires et issus de l’agriculture (43,4 Md USD), également en nette progression (+15% en g.a.).

Evolution du compte courant de la Russie (biens, services et revenus) depuis 2021

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2. Un report des partenariats commerciaux vers l'Asie

 

La Russie a recentré ses ventes vers les pays qualifiés d’« amicaux », ce qui explique que ses trois premiers clients de biens soient la Chine (124 Md USD, 34% de part de marché, ainsi que Hong Kong, 13 Md USD) loin devant l’Inde (59 Md USD, 16%) et la Turquie (42 Md USD, 12%). Ces pays ont en effet augmenté leurs achats russes depuis 2021 notamment en hydrocarbures, bien que 2025 marque un léger reflux lié à l’effet de base de 2024 (-4%, -10%, -4% respectivement). Le Kazakhstan suit en tant que marché partenaire historique (19 Md USD), puis le Brésil (9,4 Md USD), la Corée du sud (6,9 Md USD), le Japon (5,5 Md USD) et la Hongrie (5,3 Md USD) – tous dépendants aux hydrocarbures russes. L’UE continue quant à elle d’appliquer les sanctions commerciales et a importé l’équivalent de 19,4 Md USD d’hydrocarbures russes en 2025, soit une baisse de 20,5% en g.a. (Bruegel, Eurostat), bien qu’elle ait parallèlement augmenté ses achats d’engrais azotés et produits métalliques.

Principaux clients de la Russie en 2025 (biens)

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De même, la Chine s’impose en tant que 1er fournisseur de la Russie (103 Md USD, 57% du total), loin devant le Kazakhstan (8,1 Md USD) et l’Allemagne (7,8 Md USD). Elle est en position de force sur le segment des machines, de l’équipement électrique, sonore, électroménager et sans conteste des véhicules hors ferroviaire, avec son industrie de la voiture électrique. Le Kazakhstan et l’Allemagne fournissent respectivement des métaux ferreux et terres rares, ainsi que des produits pharmaceutiques. Cette dynamique décline toutefois en 2025 (-10%, -15% et -5% en g.a. respectivement). La Turquie, l’Inde et l’Italie comptent parmi les autres principaux fournisseurs de la Russie, avec respectivement 6,7 Md USD, 4,5 Md USD et 4,2 Md USD de ventes portant principalement sur des biens de consommation dont alimentaires (fruits), médicaments et machines.

Principaux fournisseurs de la Russie en 2025 (biens)

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 3. Autres tendances clés du commerce extérieur russe

 

Le report asiatique commercial russe, s’il est indéniable, ne s’accompagne pas nécessairement d’une intégration financière – russo-chinoise ou russo-indienne – et revêt surtout un aspect cambiaire, avec 85,6% des exportations russes libellées en roubles ou en devises « amicales » (contre 15,3% en 2021) et 85% des importations (contre 32,4% en 2021) déclarés par la Banque de Russie.

La robustesse du rouble enfin, malgré la percée du renminbi comme devise de règlement, pénalise les exportateurs – particulièrement d’hydrocarbures, payés en devises. Sur d’autres segments comme la logistique (TMX, fournisseur de matériel roulant), le taux de change grève la compétitivité russe (face à la Chine) et dans la métallurgie (Rusal, Nornickel), il alourdit la charge d’une dette largement libellée en roubles.

 


[1] Ce chiffre issu des douanes russes diffère quelque peu de celui de la balance des paiements : 117,1 Md USD.

[2] Qui utilise a priori la nomenclature des douanes russes depuis 2015, bien que certains légers écarts demeurent (225,3 Md USD d’exportations d’hydrocarbures côté russe en 2025).

[3] Motivé par la robustesse du rouble, qui confère un plus grand pouvoir d’achat à l’étranger.

[4] L’Etat russe subventionne massivement des prêts immobiliers depuis 2023, notamment pour les familles.

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