Situation économique et financière de la Serbie

L’année 2019 s’était achevée pour la Serbie avec une situation économique satisfaisante : hausse du PIB de 4,2%, déficit public de 0,2% du PIB et dette publique de 52% du PIB. L'impact de la pandémie de la Covid-19 aura finalement été moins marqué que dans la plupart des pays de la région, avec une récession de -1,0% en 2020.

1. Une croissance retrouvée en 2019 mais encore insuffisante pour permettre la convergence

La politique de consolidation budgétaire conduite par le gouvernement serbe avait permis de stabiliser l’économie qui avait renoué avec une croissance de 4,4% en 2018 et 4,2% en 2019. Le gouvernement et les institutions financières internationales prévoyaient ainsi une croissance stabilisée autour de 4% à partir de 2020, tout en soulignant que cette croissance restait insuffisante pour permettre une convergence de la Serbie vers le cœur de l’Europe. Le PIB/habitant serbe est équivalent à 39% du PIB/habitant moyen de l’Union Européenne.

Après avoir connu un épisode de crise budgétaire profonde entre 2014 et 2016 (le déficit public ayant atteint 6,6% du PIB et la dette plus de 70% du PIB), la Serbie avait opéré un redressement spectaculaire de ses finances publiques, grâce à la politique budgétaire rigoureuse menée par le gouvernement dès 2015, avec le concours du FMI. La dette publique avait été ramenée à environ 52% du PIB à fin 2019 et le pays avait retrouvé l’équilibre budgétaire (excédents en 2017-2018, déficit de 0,2% en 2019). La signature, en 2018, d’un accord de 30 mois conclu dans le cadre du Policy Coordination Instrument (qui a pris fin au S1 2021) a permis de pérenniser ces efforts de stabilisation (les autorités serbes ont d’ailleurs manifesté leur intérêt pour un nouvel accord avec le FMI).

Malgré la pandémie, la Serbie parvient à lever des fonds sur les marchés internationaux (via des bons du trésor et euro-obligations, notamment). Elle n’a pas demandé d’assistance d’urgence au FMI, non plus que d’assistance macro-financière à l’UE (à la différence des autres pays des Balkans Occidentaux).

L’économie serbe repose principalement sur les services mais aussi sur son industrie qui conserve une part importante du PIB (25%). Si l’industrie manufacturière est dynamique, la Serbie reste très dépendante de certains secteurs de l’industrie lourde : sidérurgie, énergie, industrie minière. Elle reste positionnée sur des produits de moyenne (produits automobiles, métaux) ou de faible valeur ajoutée (textiles), le gouvernement axant son soutien aux IDE en fonction du nombre d’emplois créés ou maintenus, en raison d’un taux de chômage encore important (à 11 % avant la pandémie, il a baissé à 9% en 2020). La Serbie dispose aussi d’une filière agro-alimentaire (6 % du PIB) dynamique qui totalise 18 % de ses exportations avec une progression de +8,0 % (en glissement annuel) au printemps 2020.

 

2. Un impact relativement limité de la crise Covid-19 sur l'économie

La Serbie connait en 2020 une baisse de seulement -1 % de son PIB[1] qui fait suite à plusieurs années de croissance soutenue (+4,2 % en 2019). L’économie serbe est diversifiée, qu’il s’agisse des services (logistique, TIC, audiovisuel), de l’industrie-construction (25 % du PIB), ou du secteur agri-agro, qui avec 18 % des exportations totales, a enregistré une progression de +8,0 % (en glissement annuel) à la mi-2020. Des flux d’IDE importants (notamment dans le secteur automobile) devraient néanmoins reprendre dès 2021, sachant que la Serbie attire 1/3 des nouveaux projets d’investissements[2] à destination de l’Europe émergente. En 2020, les flux d’IDE (6,2% du PIB) ont encore plus que compensé en 2020 le déficit du compte courant (-4,3 % en 2020).

Les prévisions de croissance de +6,0 % pour 2021 et +4,0 % pour 2022 et 2023, sont légèrement plus optimistes que celle des IFIs qui anticipent en moyenne sur une croissance de +5,0 % en 2021 et +4,1 % en 2022[3].

Le déficit public qui s’établit fin 2020 à -8,9 % du PIB (initialement prévu à -0,5 % pour 2020) est la conséquence des mesures de soutien à l’économie pour contrer les effets de la crise sanitaire (5,9 Mds EUR soit 12,5 % du PIB, en incluant les mesures de garanties et de moratoires de crédit[4]) et de l’augmentation des dépenses de santé (+ 512 M EUR soit 1,1 % du PIB). Le FMI estime que le déficit budgétaire devrait diminuer à -3,0 % en 2021 puis -1,5 % en 2022. La dette publique atteint 59 % du PIB en 2020 (52,9 % en 2019) et devrait être réduite à 56 % du PIB d’ici 2023, en ligne avec les prévisions du FMI.

Les investissements publics ont représenté 5,2 % du PIB en 2020 en hausse par rapport à 2018 (3,8%) et 2019 (4,9%).


[1] Le  tourisme ne représentait que 4,2 % du PIB serbe en 2019.

[2] La Serbie est le premier récipiendaire des investissements industriels chinois dans les Balkans Occidentaux (ainsi que des prêts de la Chine, liés à la construction d’infrastructures).

[3] Le FMI prévoit une croissance du PIB de +5,0 % en 2021 et +4,5 % en 2021. La Banque Mondiale prévoit une croissance de +5,0 % en 2021, +3,7 % en 2022 et +3,9 % en 2023. 

[4] Les mesures de soutien budgétaires représentaient 4,0 % du PIB et les mesures de reports de charges et de garantie de crédit 8,5 % du PIB


3. D'importantes réformes encore nécessaires

L’environnement des affaires s’améliore progressivement (44ème rang selon Doing Business 2020)  mais reste encore un frein à l’investissement. La Serbie dispose d’atouts structurels (faible taux d’imposition des entreprises,  faible coût de la main-d’œuvre, haut niveau de qualification professionnelle …) mais certains aspects de l’économie serbe nécessitent encore de larges réformes : l’économie informelle reste importante, les procédures publiques manquent souvent de transparence, tandis que le gouvernement connaît encore des difficultés à lutter contre les circuits de blanchiment. Par ailleurs, si de nombreuses privatisations ont déjà été engagées (plus de 460 sur les 550 prévues en 2014), certaines grandes entreprises publiques (fourniture de gaz, d’électricité ou encore gestion du réseau ferroviaire) sont encore largement inefficaces et leur restructuration permettrait d’améliorer la qualité des infrastructures et du service public, tout en levant en partie la contrainte financière qu’elles font peser sur le budget.

Le risque principal que connaît la Serbie est d’ordre géopolitique : la normalisation des relations de la Serbie avec ses voisins, le Kosovo notamment, constitue un enjeu majeur des prochaines années et est un prérequis indispensable à l’adhésion de la Serbie à l’UE, processus lui-même fondamental pour inciter la Serbie à s’engager résolument dans la voie des réformes et du rattrapage économique. Les progrès  attendus sur les chapitres 23 «Appareil judiciaire et droits fondamentaux» et 24 «Justice, liberté et sécurité» sont également étroitement liés aux avancées nécessaires dans le domaine de la gouvernance économique qui peuvent contribuer à renforcer l’état de droit et la lutte contre la corruption.  

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