Situation économique et financière de la Serbie

Depuis 2015, la Serbie a réussi à rétablir ses grands équilibres macroéconomiques, mais elle doit désormais s’engager plus résolument dans la voie des réformes structurelles, notamment en ce qui concerne la gestion de ses nombreuses entreprises publiques. Le processus d’adhésion à l’UE est fondamental, tant pour le rattrapage économique de la Serbie que pour la défense des intérêts de l’UE vis-à-vis de puissances telles que la Chine ou la Russie, afin que des priorités économiques stratégiques, par exemple sur les marchés publics, puissent être concrétisées.

 1. La Serbie est parvenue, en moins de 3 ans, à rétablir ses grands équilibres, grâce à une bonne articulation entre politiques budgétaire et monétaire

Avec une croissance de 4,2% en 2018, portée par la consommation et l’investissement, une inflation ancrée à moins de 3% sous la cible d’inflation, l'économie serbe enregistre depuis 2015 une réelle stabilisation saluée, dès 2017, par les agences de notation qui ont alors révisé à la hausse leur appréciation pour la porter de BB- à BB. Grâce à la mise en œuvre d’un plan rigoureux de consolidation budgétaire avec le concours du FMI (gel temporaire des pensions, baisse de 10% des salaires de la fonction publique[1]), à l’appréciation de la monnaie (notamment face au dollar) et à la reprise de la croissance, le déficit budgétaire est passé de 6,6% du  PIB en 2014 à un excédent de 1,2% en 2017, confirmé à +0,6% pour 2018. La trajectoire de la dette publique s’est désormais inversée : elle atteint 56,29% du PIB fin novembre 2018 y compris les garanties de l’Etat  (après 60,4% à la mi-2018 et 72% fin 2016). Le service de la dette devrait ainsi passer à 10,3% du PIB dès 2019 (contre 15,1% en 2017).

Sous un régime de change flottant, la Banque centrale mène une politique monétaire accommodante (taux directeur abaissé à 3% au printemps dernier), et tente de promouvoir la dinarisation de l’économie qui reste cependant  faible : 60% des crédits sont libellés en euros avec des écarts de taux d’intérêts élevés entre crédits en euros (3% sur 10 ans) et en dinars (7% sur 10 ans). L’accès des PME aux crédits bancaires demeure peu développé. La dette externe (65,2% PIB) principalement libellée en devises (28% USD, 40% en EUR) avec une courte maturité moyenne (5,2 ans) expose l’économie serbe à d’éventuels chocs externes.

Si la balance commerciale des marchandises reste largement déficitaire (-11% PIB), les exportations de biens progressent cependant et se diversifient grâce aux IDE, essentiellement tournés vers le secteur productif, tandis que la hausse des importations correspond à des équipements industriels, porteurs de futures exportations. La structure excédentaire de la balance des services se confirme (2,7% du PIB en 2018) grâce au développement des TIC (900 M€ en 2017, plus de 1,2 Md € en 2018). Les remises de la diaspora (plus de 3 Mds € en 2018) représentent encore 8% du PIB.

En 2017, le déficit de la balance des paiements courants (5,2% du PIB) est plus que couvert par les flux d'IDE (6,5% PIB en 2018) dont la progression devrait se poursuivre en 2019 et 2020, à un rythme annuel d'au moins 5 à 6% du PIB. 70% du stock d’IDE est originaire de l’UE,  tandis que la Chine effectue une notable percée que ce soit par voie de privatisations (minerais de cuivre, sidérurgie) ou de greenfield (pneumatiques). Le classement en février 2018 de la Serbie sur la liste grise du GAFI a entrainé une suspension des décisions d’investissement de certains fonds financiers, mais n’a guère dissuadé les investissements industriels. Le flux d’IDE en 2018 a avoisiné les 3 Mds € en 2018 (2,5 Mds € en 2017). La mise en œuvre du plan d’actions du GAFI, conformément au calendrier prévu, devrait permettre à la Serbie de sortir de la liste grise en juin 2019.


[1] Situés à un niveau relativement élevé par rapport à ceux du salaire privé

 

2. Afin de répondre à ses défis démographiques et sociaux, la Serbie doit désormais s'engager plus résolument dans la voie des réformes structurelles

Pour 2019, la prévision de croissance est de l'ordre de 3,5%, équivalente au niveau de la croissance potentielle, elle-même entravée par une mise en œuvre partielle des réformes structurelles. L’économie informelle représente près de 30% du PIB. Les investissements publics, quoiqu’en progression, demeurent faibles (3,6% du PIB). Aussi le taux de chômage, bien qu'en diminution, reste-il encore de 11,3% (27% chez les jeunes) mais devrait passer sous les 10% en 2019. Le taux d’emploi atteint 49,2%, le plus élevé depuis 2014. L’inégalité des revenus est particulièrement marquée (coefficient de Gini de 38,6%). 7,3% de la population vit dans une pauvreté absolue et 25,5%, soit 1,8 million de personnes, est exposé au risque de pauvreté, avec de fortes disparités régionales. 50 000 personnes quittent chaque année la Serbie, touchée par une diminution démographique de 0,5% par an.

Les réformes structurelles prioritaires selon  le FMI sont celles de l’administration publique, notamment des services fiscaux, l’achèvement de la privatisation de 87 sociétés publiques (elles étaient 550 au début du processus en 2014) dont une banque systémique, et l’amélioration de la gouvernance des opérateurs chargés d’une mission de service public. D’autres réformes susceptibles d’améliorer le climat des affaires devront être poursuivies : réforme du système judiciaire, du cadastre et de la reconnaissance des droits de propriété. Le manque de transparence est encore dénoncé dans les privatisations (les contrats d’acquisition ne sont pas rendus publics, les aides d’Etat restent exonérées de tout contrôle) et les adjudications. La loi sur les marchés publics permet de déroger à la procédure d’appel d’offres lorsqu’un accord intergouvernemental bilatéral est conclu, assorti d’une offre de financement. C’est ainsi que la Chine et la Russie ont passé des contrats de gré à gré pour la construction des différents tronçons de la ligne à grande vitesse entre Belgrade et Budapest.

Comme le souligne la Banque Mondiale, le processus en cours de négociation d’adhésion à l’UE est fondamental pour tenter d’inciter la Serbie à s’engager résolument dans la voie des réformes structurelles et du rattrapage économique, sachant qu’en parité de pouvoir d’achat, le PIB par habitant n’est que de 37% par rapport à la moyenne de l’UE 28. Sans doute est-il nécessaire que l’UE définisse de façon plus stratégique ses objectifs quant aux chapitres de nature économique, dotés de forts effets potentiels sur la compétitivité de l’économie serbe, ainsi que sur l’établissement d’une concurrence loyale avec les pays tiers les plus offensifs, parmi lesquels la Chine et la Russie. Ainsi serait-il particulièrement utile que l’UE demande à la Serbie de reprendre rapidement l’acquis communautaire sur les marchés publics (chapitre 5) afin d’éviter les trop nombreux accords de gré à gré qui privent les entreprises européennes de l’accès à certains grands projets d’infrastructures.

 

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