Situation économique et financière de la Serbie

Après plusieurs années de récession et trois programmes du FMI depuis 2009, l’économie serbe connaît désormais une amélioration sensible de ses fondamentaux. La reprise est bien ancrée. Les mesures budgétaires engagées par le Gouvernement Vučić en concertation avec le FMI ont porté leurs fruits sans handicaper la croissance, le solde public était excédentaire en 2017 ainsi qu’au premier semestre 2018 et la dette publique est passée sous la barre des 60% du PIB en avril 2018, en partie grâce à l’appréciation de la monnaie locale. Les autorités disposent désormais d’une marge de manœuvre restaurée pour lancer les investissements publics longtemps reportés. L’inflation reste sous contrôle, tandis que les prêts non performants continuent de se réduire. Le pays reste encore vulnérable à l’environnement monétaire international en raison de son endettement en devises.

 1. Le PIB de la Serbie a dépassé son niveau d’avant crise

La reprise de la croissance est solidement ancrée malgré une forte consolidation des finances publiques. Après trois années de récession (2009, 2012, 2014), le pays a retrouvé en 2016 le niveau de PIB d’avant crise de 2008/09. En 2017, il s’élevait à 36,8 Mds EUR selon le ministère des Finances.

Depuis la crise financière, les programmes successifs du FMI ont permis à la Serbie de redresser ses finances publiques. Face à une raréfaction du financement extérieur, une instabilité du taux de change du dinar, et une baisse des réserves de la Banque centrale, les autorités serbes ont sollicité un arrangement avec le FMI sous forme d’un accord de précaution (SBA) en janvier 2009 équivalent à 400 M EUR (étendu à 2,9 Mds en mai 2009), puis renouvelé en septembre 2011 (1,1 Md) et en février 2015 (1,2 Md). L’accord a pris fin en février 2018, les critères de performance ayant été atteints, voire dépassés. Le gouvernement serbe souhaite cependant que le FMI assure un suivi de l’équilibre macro-économique et des réformes en cours. Un nouvel accord non financier a été signé avec le FMI en juin 2018 pour les 30 mois à venir : l’instrument de coordination politique. Son principal objectif est le maintien de la stabilité macroéconomique et financière ainsi que le soutien aux réformes structurelles visant à accélérer la croissance, créer de l’emploi et améliorer la qualité de vie des citoyens serbes.

2. Le pays se trouve désormais dans un contexte macroéconomique plus favorable, le rythme de croissance s’accélère

La reprise de la croissance s’est confirmée en 2016 (+2,8%). En 2017 cependant la sécheresse a réduit la production agricole et les à-coups de la génération électrique ont pesé sur l’ensemble de l’économie. Ces conditions ont conduit à une révision à la baisse de la croissance pour 2017, qui s’est finalement établie à +2%. Les prévisions pour 2018 font état d’une nette reprise de la croissance à 4%. Toutefois, selon les projections de la Banque mondiale, la Serbie a besoin d’une croissance supérieure à 5% pour espérer une convergence avec la moyenne de PIB/habitant de l’UE d’ici 20 ans.

À noter la croissance de la production industrielle, 3,5% en 2017 et 22% sur la période 2012-2017. Ce secteur a vu augmenter le nombre d’emplois de 9,3% au cours de ces 5 années, contribuant à la baisse générale du chômage (13,5% en 2017, après 15,3% en 2016). Les exportations de produits manufacturés ont crû de 82,2% sur cette période.

Le déficit courant a atteint un pic en 2008 à 21% du PIB, il était de 5,7% en 2017 et 3,7% au second trimestre 2018. Le commerce extérieur est dynamique, les échanges avec l’extérieur ont augmenté de plus de 46% en 5 ans, les exportations de biens et services représentaient 54,4% du PIB en juin 2018, contre 36,2% en 2012. Les IDE continuent de couvrir largement le déficit du solde courant. En 2017 les flux nets d’IDE (6,6% du PÏB) ont couvert 132% du déficit courant. En 2018, le flux des IDE devrait atteindre 2,6 Mds € (+8,3% par rapport à 2017). Sur les 5 dernières années, 35,5% des IDE ont été dirigés vers l’industrie, notamment les sociétés industrielles exportatrices.

La Banque centrale poursuit une politique d’assouplissement monétaire progressive et modérée. Depuis mai 2013, le taux directeur a été réduit de 8 points de base à 3%. L’inflation a été ramenée à 2,2% en 2013 (12,9% en 2012) et est depuis de 2% en moyenne par an. La cible a été modifiée début 2017 de 4±1,5% à 3±1,5%. Les réserves en devises de la BNS sont stables à 9,5 Mds EUR fin juin 2018, couvrant plus de 5 mois d’importations. La Banque centrale intervient sur le marché des changes pour ralentir l’appréciation de la monnaie nationale, (+0,5% par rapport à l’Euro depuis 2012) soutenue par l’amélioration des perspectives économiques du pays et la politique monétaire accommodante prolongée de la BCE.

3. L’ajustement budgétaire enclenché depuis 2015, couplé à la reprise de la croissance et à l’appréciation du dinar, ont inversé la trajectoire des finances publiques

Conformément au programme conclu avec le FMI, le Gouvernement de l’ancien Premier ministre Vučić a engagé des mesures budgétaires significatives faisant passer le solde public d’un déficit de 6,6 points de PIB en 2014 à un excédent de 1,2% en 2017, excédent qui se confirme au premier semestre 2018. Ce résultat s’explique sur l’exercice 2017 par une augmentation des recettes (+4% en termes réels). Les dépenses ont, quant à elles, diminué de 1,7% en termes réels pour atteindre 43% du PIB, en raison d’une sous-utilisation des crédits destinés aux infrastructures (baisse de 6,7% en termes réels) et de la baisse de la charge de la dette (-10,6% en termes réels) notamment grâce à la baisse des taux d’intérêts. Le budget pour 2018 a été construit sur un déficit de 0,6%. Les investissements publics devraient augmenter de 30%. 

La trajectoire de la dette publique s’est désormais inversée. L’endettement public a baissé à 59% du PIB fin avril 2018 contre 72% du PIB en 2016. Pour atteindre l’objectif d’une dette soutenable sur le long terme, le Conseil fiscal, institution de surveillance budgétaire indépendante, préconise un endettement à hauteur de 45-50% du PIB. La soutenabilité de la dette publique serbe est toujours sujette à caution. En effet, le pays reste vulnérable à l’environnement monétaire international en raison de son endettement en devises à hauteur de 77% dont : 42% en EUR et 29% en USD. Une accentuation de la dépréciation du dinar vis-à-vis du dollar et de l’Euro pourrait peser significativement sur le coût du refinancement de la dette. La maturité moyenne de la dette est assez faible, située à 5,2 ans, ce qui conduit à des besoins annuels de refinancement importants.

La Serbie cherche à diversifier la base de ses investisseurs pour le refinancement de sa dette publique. En octobre 2016, les Émirats Arabes Unis ont octroyé à la Serbie un prêt d’1 Md USD sur 10 ans avec un taux d’intérêt de 2%. Mis à part ce cas isolé, les acteurs étrangers investissent surtout dans les bons du Trésor à CT eu égard aux différences de taux d’intérêt et évitent de s’engager sur des titres en monnaie locale à MLT. Toutefois, l’appréciation du dinar et un horizon macroéconomique plus dégagé pourraient modifier à MT ces comportements et attirer les investisseurs. La BERD a lancé avec succès un emprunt en dinar en décembre 2016. La dette publique en monnaie locale atteignait 25% en juin 2018.

4. Le secteur bancaire est assaini mais ses actifs restent caractérisés par un haut degré d’«euroisation»

Le secteur bancaire reste solide. Le taux d’adéquation du capital est élevé, atteignant 22,9% en juin 2018. Le système bancaire est également très liquide : le ratio de liquidité est de 2,1. Plus de 77% des actifs sont détenus par des banques étrangères. La rentabilité du secteur est en progression : la rentabilité des actifs (ROA) était de 2,1% et la rentabilité des capitaux propres (ROE) de 10,6% en 2017.

Les prêts non performants sont en nette réduction. Selon la Banque centrale, le taux de NPL était de 7,8% en juin 2018 contre 21,6% en 2015. La croissance positive du crédit contribue mécaniquement à une baisse de la part des créances douteuses dans le total des crédits. Le taux d’intérêt des prêts immobiliers aux particuliers a été divisé par 2 depuis 2013, celui aux entreprises par 3. Le coût des frais financiers pour les sociétés a ainsi diminué de 37% entre 2014 et 2017.

Enfin, le secteur se caractérise par un haut degré d’« euroisation » qui tend à se réduire. Entre décembre 2012 et juin 2018, les dépôts en dinars sont passés de 20 à 30,5%. La BNS conserve cependant un taux directeur relativement élevé à 3% afin de maintenir la stabilité du dinar et les autorités encouragent le recours à la monnaie nationale. En juin 2018, les prêts aux ménages en monnaie locale atteignaient 52,8% du total de cette catégorie, contre 35,1% en décembre 2012.

5. Les réformes structurelles dans le secteur public doivent se poursuivre 

Le Gouvernement s’est engagé en 2014 à réduire le poids des entreprises publiques, et notamment à privatiser et liquider 556 entreprises. À ce jour il en reste 93 dont 9 pour lesquelles les appels d’offres ont été publiés (7 033 employés) ; le reste des sociétés représentent environ 27 000 employés. En 2017, des 37 entreprises publiques, 31 ont dégagé un bénéfice dont Srbijagas (distribution de gaz) et EPS (génération et distribution d’électricité).

La Serbie est également engagée dans un processus de convergence avec l’UE. Le pays est candidat officiel depuis mars 2012. Les négociations d’adhésion ont débuté en janvier 2014. Quatorze chapitres sont à ce stade ouverts. La normalisation de ses relations avec le Kosovo conditionne cette adhésion. La Serbie bénéficie par ailleurs d’une allocation de 1,5 Md EUR des fonds européens de préadhésion (IPA) au titre de l’enveloppe 2014-2020.

Enfin, les autorités veulent renforcer l’administration fiscale pour lui donner les moyens de lutter plus efficacement contre l’économie grise estimée à un tiers du PIB.

La Serbie est engagée dans une trajectoire positive. Les efforts budgétaires sont à saluer. La restructuration et la privatisation des entreprises publiques se poursuivent. Une vigilance doit toujours être maintenue sur l’endettement de l’État car un risque de revalorisation de la dette perdure en cas de dépréciation du dinar serbe face à l’euro et au dollar. Enfin pour compenser le déficit d’infrastructures et accélérer durablement la croissance  il serait utile de profiter de la marge de manœuvre budgétaire restaurée pour mettre en œuvre les projets d’investissements publics prioritaires en attente de financement.

 

Annexes

Figure 1: Indicateurs macroéconomiques 2017

Indicateurs macroéconomiques 2017

PIB (Md EUR)

36,8

Population (M d’habitants)

7

Taux de croissance (%)

+2

Taux de chômage (%)

13,5

Taux d’inflation annuel (%)

+3

Taux de change

1€ = 118,26 RSD mars 2018

Importations de B&S (% PIB)

 60,8

Exportations de B&S (% PIB)

52,4

Solde courant (% du PIB)

5

Flux net d’IDE (en % du PIB)

6,6

Solde budgétaire (% du PIB)

            +0,5

Dette publique (% du PIB)

62,4

Total actifs bancaires (% du PIB)

76

Taux de prêts non performants

12,2

Sources : FMI, Commission européenne, Ministère des Finances, Institut des statistiques, Banque Centrale

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