SERBIE
Situation économique et financière de la Serbie
La Serbie a été le pays le plus résilient à la crise sanitaire dans les Balkans Occidentaux, avec une baisse du PIB limitée à ‑0,9 % en 2020, puis une croissance de +7,4 % en 2021 ; attendue initialement à +4,5 % en 2022, elle a été revue à +3,5% suite à l’éclatement de la guerre en Ukraine (estimations FMI). La seconde revue du FMI dans le cadre du Policy Coordination Instrument a d’ailleurs confirmé les perspectives économiques plutôt favorables de ce pays, malgré les incertitudes liées à la guerre en Ukraine, avec un taux de croissance de +4,0%, à partir de 2023. Mais la pérennisation de cette dynamique économique, nécessaire à la convergence avec l’UE, implique la poursuite et l’approfondissement des réformes engagées.
Un redressement budgétaire mené à bien de 2016 à 2019 qui a permis une réponse massive face à la Covid-19
Après avoir connu un épisode de crise budgétaire profonde entre 2014 et 2016, la Serbie avait opéré un redressement de ses finances publiques, grâce à la politique budgétaire rigoureuse menée par le gouvernement dès 2015, avec le concours du FMI. La dette publique avait ainsi été ramenée de 71,3% à 52,8 % du PIB en 2019 et le pays avait retrouvé l’équilibre budgétaire. La signature, en 2018, d’un accord de 30 mois conclu dans le cadre d’un Policy Coordination Instrument (PCI, renouvelé pour 30 mois en juin 2021) a permis de pérenniser ces efforts de stabilisation. La Serbie a ainsi renoué avec la croissance (+4,5 % en 2018 et +4,3 % en 2019). Avec la survenue de la crise liée à la Covid-19 et, grâce à ses marges de manœuvre budgétaire, le gouvernement serbe a lancé deux programmes de mesures de relance de grande ampleur en 2020, puis en 2021 (respectivement de 7,3% et 2,8 % du PIB, hors garanties). La crise a néanmoins impacté l’économie serbe - notamment dans la construction, le transport aérien, le tourisme (qui ne représente cependant que 6,7 % du PIB) - mais dans une moindre mesure que la plupart des pays de la région, grâce à la diversification de son économie qu’il s’agisse des services ou de l’industrie-construction. En 2020, la Serbie n’a ainsi enregistré qu’une récession de -0,9 %, suivie d’une reprise de la croissance de +7,4 % en 2021. A la fin de 2020, le déficit budgétaire s’était établi à -8,0 % du PIB (-4,1% en 2021) et la dette publique avait atteint 57,9 % du PIB (57,2% en 2021).
Une reprise économique perturbée par la crise énergétique et l’éclatement de la guerre en Ukraine
Mais la guerre en Ukraine va de nouveau impacter l’économie serbe, le pays étant largement intégré aux chaines productives et logistiques de l’UE, notamment dans le secteur automobile. Aussi le FMI a-t-il révisé ses perspectives de croissance à la baisse pour 2022, de 4,5 à 3,5%, une croissance portée par une demande privée toujours vigoureuse, bien qu’affaiblie par l'inflation. Le FMI prévoit une inflation moyenne de 9% en 2022 (9,6% en avril) notamment du fait de la hausse du prix des produits alimentaires et des matières premières, et malgré l’encadrement du prix de certaines denrées et du prix de l’électricité. La politique monétaire s’est durcie pour faire face au risque inflationniste (hausse du taux directeur de la Banque centrale à trois reprises cette année, de 1 à 2,5%). Le FMI anticipe cependant une croissance de 4%/an à partir de 2023.
Cette crise a aussi mis en relief la forte dépendance énergétique de la Serbie envers la Russie (la Serbie n’a pas encore appliqué les sanctions UE). Un nouveau contrat d’approvisionnement sur trois ans, prenant effet à partir du 1er juin 2022 doit être prochainement signé, avec des conditions très favorables pour l’achat de 2,2 Mds m3/an.
Le compte courant devrait se dégrader cette année (-4,4% du PIB en 2021, -6,1% en 2022, -5,7% en 2023) : hausse des importations d'énergie, pertes de recettes d'exportation pour les marchandises précédemment destinées au marché russe (qui a absorbé 3,9% des exportations serbes en 2021).
La Banque centrale dispose de réserves de change qui devraient se réduire cette année (de 5,3 mois d’importations à fin 2021 à 4,4 mois à fin 2022). Le taux de change reste globalement stable face à l’euro.
Les performances budgétaires devraient se consolider dans les années à venir
Grâce à la forte croissance économique (+7,4%), le déficit budgétaire avait été réduit à -4,1% du PIB en 2021. Le budget 2022, adopté le 23 novembre 2021, reposait sur un déficit de -3,0 % du PIB avec, pour principales mesures nouvelles, une progression marquée des investissements publics (+36 %), une augmentation significative des salaires publics (+7,4 %) et des pensions. Des mesures de soutien de 2% du PIB ont été votées depuis, notamment la revalorisation des pensions et des salaires du personnel médical, mais le FMI maintient ses prévisions de déficit 2022 à -3% du PIB. La dette publique (57,2 % du PIB à fin 2021) devrait être ramenée à 55,1 % fin 2022 (FMI). La stratégie budgétaire 2023, adoptée le 2 juin 2022, anticipe une dette publique équivalente à 54,6% du PIB à fin 2022. Deux tiers de la dette publique sont libellés en devises. Les autorités serbes se sont engagées à stabiliser le niveau de dépenses publiques (déficits publics projetés de 3%, 1,5%, 1% et 0,5% en 2022, 2023, 2024 et 2025 respectivement). La Serbie a significativement amélioré son cadre budgétaire : adoption d’un nouveau cadre applicable à partir de 2022, utilisation de l’outil de diagnostic fiscal, publication mensuelle des statistiques budgétaires (incluant les dépenses liées aux infrastructures routières), évaluation systématique par le ministère des finances des risques budgétaires associés aux PPP de plus de 50 M€, mise en place d’un système public de gestion des investissements, mise aux enchères des actifs publics sur internet. La réforme des pensions de retraite selon la formule suisse (indexée sur la moyenne de l’inflation et de l’accroissement de la masse salariale) peut aussi être relevée.
Poursuite des réformes liées à la gouvernance publique
La Serbie a mené de nombreuses réformes, que ce soit dans les domaines de la lutte contre le blanchiment (sortie de la liste grise du GAFI en 2019), adoption d’un corpus législatif sur les faillites, réforme du système judiciaire, suite à l’approbation d’un amendement constitutionnel via référendum le 17 janvier 2022. Cependant la gestion des entreprises publiques reste à moderniser et l’économie informelle demeure importante. Selon l’indice 2021 de perception de la corruption (Transparency International) la Serbie a perdu 2 places par rapport à 2020 et 9 places par rapport à 2018, et se classe désormais à la 96ème place sur 180. Selon l’indice de liberté de la presse de RSF (2022), la Serbie se classe au 79ème rang.
Un grand besoin de modernisation des infrastructures publiques, y inclus énergétiques
Les besoins dans les secteurs de l’énergie (transition énergétique) et de l’environnement (eaux-déchets, qualité de l’air, pollution) et des transports (notamment ferroviaires et urbains) sont très importants, Face à la perspective du mécanisme UE d’ajustement carbone, la Serbie (grand producteur d’acier) porte une attention accrue au changement climatique ; des engagements officiels ont été pris suite à l’adoption par les chefs d’Etat de la région de l’Agenda Vert pour les Balkans occidentaux lors du Sommet de Sofia du 10 novembre 2020, et de son plan d’action associé lors du Sommet de Brdo du 6 octobre 2021. Dans le cadre du processus d’adhésion à l’UE, le cluster 4 (chapitres 14-transports ; 15-énergie ; 21-réseaux transeuropéens ; 27-environnement et changement climatique) a été ouvert en décembre 2021.
Le Trésor français appuie la participation française à la réalisation du métro de Belgrade, projet emblématique du dynamisme des relations économiques entre la France et la Serbie, ainsi que la modernisation du réseau électrique serbe. Pour sa part, le Groupe AFD soutient la Serbie dans son processus d’adhésion à l’UE avec l’ensemble de sa panoplie d’interventions et dans un cadre concerté avec les principales institutions financières intervenant dans les Balkans : prêts budgétaires de politique publique adossés aux principaux enjeux, tel que le prêt d’appui à la feuille de route « Climat » de la Serbie/prêts d’investissements, tels que le financement du programme national de gestion des déchets solides, la modernisation du secteur du rail ou encore le soutien aux infrastructures de mobilité des collectivités locales/ prêts au secteur privé tels que le soutien à la modernisation de l’aéroport de Belgrade sous forme de PPP ou des prêts aux PME serbes pour la transition énergétique via Proparco/ appui aux autorités locales par la mise à disposition d’experts techniques résidents au travers d’Expertise France.