Situation économique et financière de la Serbie

La politique de consolidation budgétaire conduite par le gouvernement serbe depuis 2015 a permis de stabiliser l’économie qui a renoué avec une croissance de 4,4% en 2018 et 4,2% en 2019. Mais de nombreux défis demeurent afin d’améliorer la confiance des agents économiques domestiques. Avec un PIB/habitant de 39% en parité de pouvoir d’achat par rapport à la moyenne de l’UE, la Serbie doit s’engager plus résolument dans la voie des réformes de sa gouvernance publique, encore trop souvent marquée par des pratiques anti-concurrentielles, de l’inclusion sociale et de la lutte anti-corruption. Le processus d’adhésion à l’UE et le respect des engagements pris par la Serbie est fondamental pour la défense des intérêts de l’UE face à des puissances telles que la Chine et la Russie.   

1. Une croissance stable retrouvée mais toutefois insuffisante pour permettre la convergence

La politique de consolidation budgétaire conduite par le gouvernement serbe a permis de stabiliser l’économie qui a renoué avec une croissance de 4,4% en 2018 et 4,2% en 2019. Le gouvernement serbe et les institutions financières internationales prévoient une croissance stabilisée autour de 4% à partir de 2020, tout en soulignant que cette croissance reste insuffisante pour permettre une convergence de la Serbie vers le cœur de l’Europe. Le PIB/habitant serbe est équivalent à 39% du PIB/habitant moyen de l’Union Européenne (en partié de pouvor d'achat, Eurostat 2018).

L’économie serbe repose principalement sur son économie de services (environ deux tiers du PIB en 2018) mais également sur son industrie qui conserve une part prépondérante. Si l’industrie manufacturière reste dynamique, la Serbie reste très dépendante de certains secteurs de l’industrie lourde : sidérurgie, énergie, industrie minière.

L’environnement des affaires s’améliore progressivement (44ème rang dans Doing Business 2020)  mais reste encore un frein à l’investissement. La Serbie dispose d’atouts structurels (faible taux d’imposition des entreprises,  faible coût de la main-d’œuvre…) mais certains aspects de l’économie serbe nécessitent encore de larges réformes ; l’économie informelle reste importante, les procédures publiques manquent souvent de transparence, tandis que le gouvernement connaît encore des difficultés à lutter contre les circuits de blanchiment.

2. Une situation externe déséquilibrée mais compensée par des IDE en hausse

Le volume des échanges est en constante progression, le déficit de la balance commerciale restant relativement stable sur une longue période (environ 5 Mds €). Le déficit de la balance courante tend à se réduire (malgré une remontée à 6,9% du PIB en 2019, avec une prévision de 5,6% en 2021). Ce déficit est compensé par un flux entrant d’IDE en forte progression depuis plusieurs années (3,6 Mds € en 2019, soit 7,8% du PIB, contre 0,8 Md € en 2012).

La Banque centrale agit dans un régime de « change glissant » qui permet au dinar d’être relativement stable, malgré une tendance de fond à la hausse face à l’euro. Le risque de change reste toutefois relativement élevé, dans la mesure où plus de la moitié des crédits privés sont libellés en euro et que la dette publique a été majoritairement émise en euro (40%) et en dollar (28%). Le gouvernement met en place depuis 2015 une politique de « dinarisation » de l’économie, facilitée par l’indépendance et la crédibilité renforcées dont jouit la Banque centrale. L’inflation reste très mesurée (moins de 2%, dans la cible de 3±1,5%) et permet à la Banque centrale de poursuivre l’assouplissement de sa politique démarré en 2013 (le taux directeur a été abaissé à 2,25% en novembre 2019).


3. Un redressement spectaculaire des finances publiques après une crise budgétaire aigüe

Après avoir connu un épisode de crise budgétaire profonde entre 2014 et 2016 (le déficit public ayant atteint 6,6% du PIB et la dette plus de 70% du PIB), la Serbie a opéré un redressement spectaculaire de ses finances publiques salué par les observateurs internationaux. La dette publique a été ramenée à environ 52% du PIB à fin 2019 et le pays a retrouvé l’équilibre budgétaire (excédents en 2017-2018, déficit de 0,2% en 2019). Cela a été permis par la politique budgétaire restrictive (gel des embauches et des salaires, baisse des pensions) menée par le gouvernement dès 2015, avec le concours du FMI. La signature, en 2018, d’un accord de 30 mois conclu dans le cadre du Policy Coordination Instrument doit permettre de pérenniser ces efforts de stabilisation : il prévoit notamment l’établissement de plafonds de dépenses budgétaires tant pour les salaires du secteur public (10% du PIB pour 500 000 employés publics) que pour les pensions (également 10% du PIB).

D’importantes réformes restent à mener pour garantir la stabilité budgétaire de la Serbie. Si de nombreuses privatisations ont déjà été engagées (plus de 460 sur les 550 prévues en 2014), certaines grandes entreprises publiques (fourniture de gaz, d’électricité ou encore gestion du réseau ferroviaire) sont encore largement inefficaces et leur restructuration permettrait d’améliorer la qualité des infrastructures et du service public, tout en levant en partie la contrainte financière qu’elles font peser sur le budget de la République de Serbie.

 

4. Un risque souverain modéré, un risque politique accru

Compte tenu de la stabilisation des finances publiques, le risque de défaut souverain est relativement modéré. Toutefois le pays reste vulnérable à l’environnement monétaire international en raison de son endettement en devises à hauteur de 77%.  De plus, l’équilibre extérieur du pays reste fragile et dépendant du cycle d’investissements et des flux d’IDE entrants.

Le risque principal que connaît la Serbie est d’ordre géopolitique : l’amélioration des relations du pays avec ses voisins, le Kosovo notamment, constitue un enjeu majeur des prochaines années. Le dialogue Belgrade-Pristina est en panne depuis l’introduction par Pristina de droits de douane prohibitifs (100%) sur les produits serbes. La normalisation des relations de la Serbie avec ses voisins est un prérequis indispensable à l’adhésion de la Serbie à l’UE, processus lui-même fondamental pour inciter la Serbie à s’engager résolument dans la voie des réformes et du rattrapage économique. Les progrès  attendus sur les chapitres 23 «Appareil judiciaire et droits fondamentaux» et 24 «Justice, liberté et sécurité» sont également étroitement liés aux avancées nécessaires dans le domaine de la gouvernance économique qui peuvent pourtant puissamment contribuer à renforcer l’état de droit et la lutte contre la corruption.

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