Indicateurs, conjoncture et fiche pays

Données économiques : (Commission Européenne, Institut National des Statistiques, Banque Nationale de Roumanie, Douanes françaises)

  • PIB (2020) : 218 Md€
  • PIB par habitant (2020) en base 100 moyenne UE 27 : 70
  • Taux de croissance (2020) : -3,9 % (prévisions 2021) : +4,3 %
  • Taux de chômage (2020) : 5,2 %
  • Taux d'inflation (2020) : 2,6 %
  • Solde courant (2020) : -5,0 % du PIB
  • Dette publique (2020) : 47,7 % du PIB
  • Déficit public (2020) : -9,1 % du PIB
  • Solde commercial (2020) : -8,5 % du PIB
  • Principaux clients (2020) : Allemagne (22,8 %), Italie (10,7 %), France (6,7 %)
  • Principaux fournisseurs (2020) : Allemagne (20,8 %), Italie (8,9%), Hongrie (7,3 %)
  • Exportations françaises vers la Roumanie (2020) : 3,7 Md€
  • Importations françaises depuis la Roumanie (2020) : 3,7 Md€

 

La croissance économique roumaine est depuis des années portée par le dynamisme de la consommation privée, au prix d’une dégradation des déficits jumeaux que la crise sanitaire covid-19 est venue accentuer. Dans un contexte budgétaire préoccupant, le nouveau gouvernement est parvenu à développer les prémices d’une consolidation budgétaire qui devrait aboutir à moyen-terme. Les fonds européens à venir, totalisant 80 Md€, représentent un enjeu majeur pour réaliser des investissements structurants et faire converger la Roumanie vers une économie digitale, inclusive et plus respectueuse de l’environnement.

 

1. Une dynamique de croissance basée sur la consommation privée, au prix d’une dégradation des déficits jumeaux

 

A partir de 2015 et jusqu’à la crise covid-19, l’économie de la Roumanie a connu un cycle de croissance très soutenu, à un rythme de +4,9 % par an en moyenne, qui a considérablement accéléré la convergence réelle du pays : le PIB/habitant en SPA de la moyenne de l’UE27 s’établissant à 70 en 2019 (UE27 = 100), soit +18 pp par rapport à 2011.

Largement concentrée sur la consommation des ménages, l’expansion économique s’est réalisée au prix d’une dégradation des déficits jumeaux. Les gouvernements successifs ont développé des politiques budgétaires pro-cycliques, notamment en augmentant significativement les pensions et les salaires dans l’administration publique. En conséquence, le déficit public (ESA) s’est progressivement détérioré, pour atteindre -4,4 % du PIB fin 2019. Par ailleurs la demande intérieure été satisfaite par les importations, creusant le déficit commercial et le déficit courant (-4,7 % du PIB en 2019).

 

2. Bien qu’affectée par la crise covid-19, l’économie roumaine s’est montrée résiliente

 
La covid-19 et les restrictions sanitaires sous-jacentes ont significativement impacté l’économie roumaine, principalement en freinant la consommation domestique et l’approvisionnement du secteur industriel. Si l’on compare la croissance économique initialement prévue  à celle effectivement réalisée par des pays européens de la zone CEE, la Roumanie a été affectée dans une proportion similaire à ses voisins européens. La Roumanie a perdu -7,7 pp de PIB, lorsque la Croatie en a perdu -11,0 pp et la Pologne seulement -6,0 pp. Alors que la CE anticipait  sur une récession de -5,0 % sur l’année 2020, le PIB roumain s’est finalement réduit de -3,9 %, à la faveur d’un T4 2020 où la croissance trimestrielle a été la plus dynamique de l’UE, à +4,8 %. 
 
Les déficits jumeaux se sont accentués en 2020 : le déficit courant s’est aggravé à -5,0 % du PIB et le déficit public (ESA) a bondi à -9,1 % du PIB avec le ralentissement économique et la mise en place des mesures d’urgence.  Le taux de chômage est resté relativement contenu, à 5,2 % en décembre 2020 (+1,3 pp par rapport à janvier 2020) avec un taux d’emploi resté quasiment stable à 65,6 %. L’IPC a progressivement ralenti au cours de l’année 2020, pour atteindre +2,1 % en décembre, mais toutefois toujours contenu dans la cible d’inflation fixée à 2,5 % +/- 1pp.
 
La résilience du secteur privé, couplée à un policy-mix efficace et ciblé ont permis d’alimenter la reprise économique. D’une part, la banque centrale de la Roumanie (BNR) a développé une politique monétaire expansionniste, principalement en abaissant son taux directeur à quatre reprises, à 1,25 %, et en rachetant des titres d’Etat libellés en monnaie locale sur le marché secondaire, de l’ordre de 1,3 Md€. D’autre part, le gouvernement a accordé un paquet budgétaire direct équivalant à 3,7 % du PIB (hors garanties). Bien que contraint par les déficits jumeaux, le policy-mix a soutenu les entreprises et les ménages en difficultés, et a garanti le financement de l’économie tout au long de la crise covid-19. En conséquence, la reprise économique semble plus rapide et plus forte en Roumanie. Malgré des restrictions sanitaires renforcées et un niveau d’incertitudes encore fort, l’économie roumaine devrait retrouver son niveau d’avant crise dès le second semestre 2021, à la faveur d’une croissance supérieure à +5,0 % sur l’année en cours. 
 

3.    Malgré les prémices d’un rééquilibrage en 2021, la situation budgétaire reste la principale préoccupation / le principal risque à moyen terme

 

La nouvelle coalition tripartite de centre-droit[1], en place depuis décembre 2020, a hérité d’une situation budgétaire préoccupante avec un déficit public structurel significatif, que les mesures budgétaires pro-cycliques ont amplifié. De plus, la Roumanie est le pays de l’UE qui présente le niveau de recettes publiques le plus faible, derrière l’Irlande. Pour cause, les niveaux de taxation sont bas: l’impôt sur les sociétés[2] (IS) est de 16 % et celui sur les dividendes de 5 %. En 2019, la fiscalité réelle appliquée aux sociétés non financières a été de 14,7 %, contre 19,7 % pour l’UE27. L’impôt sur le revenu est de 10 % et la législation fiscale roumaine offre de nombreux régimes préférentiels et exemptions. Le taux de TVA effectif est de 12,1 %, mais l’écart de collecte fiscale sur la TVA est conséquent (33,8 % en 2018).

En avril 2020, la Commission Européenne a lancé une procédure pour déficits excessifs contre la Roumanie, qui est temporairement suspendue[3] jusqu’à fin 2021 compte tenu des circonstances exceptionnelles actuelles. Bien que nécessaires, les mesures d’urgence covid-19 ont fortement détérioré les finances publiques en portant le déficit public (ESA) à -9,1 % du PIB et la dette publique (ESA) à 47,7 % du PIB en 2020.

Très attendu par la CE et les agences de notation, le gouvernement est parvenu à préparer un budget 2021[4] qui réduit le déficit public (ESA) à -8,2 % du PIB en 2021, dans un contexte où les agents économiques bénéficient toujours d’aides gouvernementales. Soutenu par la reprise économique et par une meilleure absorption   des fonds européens, les recettes publiques devraient  augmenter à 32,8 % du PIB. En 2021,  les dépenses publiques devraient atteindre à 39,8 % du PIB, avec le gel des pensions et des salaires dans l’administration publique à leurs niveaux de décembre 2020. Le rééquilibrage budgétaire amorcé en 2021 sera progressif sur plusieurs années en vue de respecter le critère de Maastricht en 2024.
 
 

4.    L’ampleur des fonds européens à venir, un enjeu essentiel pour la Roumanie de demain

 

Pour la période 2021-2027, la Roumanie pourra percevoir une enveloppe européenne historique, représentant près de 80 Md€, soit plus de 36 % du PIB, à travers le CFP 2021-2027 mais également par le plan de relance européen.
Le Cadre pluriannuel financier 2021-2027, dote la Roumanie d’une enveloppe conséquente, articulée à travers la Politique Agricole Commune (18,8 Md€) et les fonds de cohésion (26,8 Md€) pour financer le développement du réseau d’infrastructures, la compétitivité des PME, l’inclusion sociale, la protection de l’environnement ou encore l’assistance technique.  Le plan de relance européen, NextGenerationEU, permettra à la Roumanie de percevoir près de 32,3 Md€, principalement par le Plan national de relance et de résilience, qui devrait être finalisé au printemps 2021. Composé de 14,2 Md€ de subventions, l’outil de relance européenne impose d’allouer au moins de 37 % de l’enveloppe totale à la transition verte et au moins 20 % à la transition numérique. 
 
D’une ampleur historique, les fonds européens doivent permettre de faire transiter l’économie roumaine à moyen-long terme vers une économie inclusive, verte et digitale. Pour cela, les autorités roumaines devront développer les infrastructures de transport, souvent déficientes dans les zones rurales, accroître la résilience du système de santé, accélérer la transition écologique ou encore digitaliser l’économie et les institutions publiques. La crédibilité et la cohérence des projets d’investissement inclus dans ces instruments européens représentent un enjeu clé pour améliorer les capacités d’absorption des fonds européens de la Roumanie, jusqu’à présent faibles. D’autant plus que les fonds européens vont jouer un rôle crucial dans la réalisation de la consolidation budgétaire.

 


[1] Contrairement à l’ancien gouvernement qui était minoritaire au parlement, la coalition tripartite détient la majorité parlementaire.

[2] Le statut de microentreprises permet d’échapper à l’IS avec une taxe réduite et forfaitaire de 1 % sur le chiffre d’affaire déclaré.

[3] Compte tenu des circonstances exceptionnelles que représentent la crise covid-19, la CE a activé, en 2020 puis prolongé en 2021, la clause de dérogation générale du PSC selon laquelle aucune mesure ne peut être prise dans le cadre de la PDE.

[4] Le 2 mars 2021, le projet de budget 2021 a été adopté comme proposé par le gouvernement, malgré près de 3.600 amendements soumis par l’opposition.

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