Présentation de l'économie roumaine

Suite à la chute de Ceaușescu en 1989, l’économie roumaine a transité vers une économie de marché au cours des années 1990, portée par des réformes économiques et institutionnelles. Depuis, la Roumanie a connu deux cycles de forte croissance économique interrompus par la crise financière de 2008 et la crise covid-19. Le chemin parcouru en termes de convergence réelle par la Roumanie est considérable, soutenu par son intégration dans l’Union Européenne en 2007. Malgré un secteur privé diversifié, des progrès sont encore à accomplir afin d’inclure l’intégralité de la population dans la dynamique de croissance.

Le premier cycle de croissance s’est matérialisé à partir de 2000 jusqu’à 2008. Avec une croissance annuelle moyenne de +6,2 %, portant le PIB de 40,6 Md€ à 146,6 Md€, l’économie roumaine est en plein « boom » économique, tirée par la consommation, le crédit et l’afflux de capitaux étrangers. Le pays est ensuite durement touché par la crise, qui s’est accompagnée d’une forte dégradation du solde budgétaire (-7,1 % du PIB en 2009) et du compte courant (-11,5 % du PIB en 2008).

Grâce notamment à trois programmes du FMI et de la Commission européenne (2009-2013), les déséquilibres macroéconomiques ont été réajustés et le pays a renoué avec la croissance. Le second cycle de croissance s’est matérialisé entre 2012 et 2019, pendant lequel le PIB a crû de +4,1 % en moyenne par an, pour s’établir à 223,0 Md€ à la fin de ce dernier. Avec une politique budgétaire pro-cyclique très accommodante lancée en 2015 par le gouvernement Ponta et poursuivie par les gouvernements suivants, l’économie roumaine a connu un pic de croissance en 2017, affichant le deuxième taux de croissance le plus élevé de l’UE (6,9 %) grâce au dynamisme de la consommation des ménages, le principal moteur de l’activité. Le niveau de demande intérieure a par ailleurs été satisfait par les importations, qui a eu la conséquence d’aggraver le déficit commercial, qui s’est établi à -8,5 % du PIB en 2020. En plus d’un déséquilibre externe, les politiques budgétaires pro-cycliques ont alimenté le déficit public, provoquant ainsi des déficits « jumeaux ». La covid-19 et ses restrictions sous-jacentes ont significativement impacté l’économie roumaine, qui s’est contractée de -3,9 % en 2020. Toutefois, les perspectives de reprise économique sont encourageantes à la faveur de la résilience du secteur privé.

Le chemin parcouru en termes de convergence réelle par la Roumanie est considérable avec un PIB par habitant en SPA équivalent à 70 % de la moyenne de l’UE27 en 2018 contre 44 % en 2007. En 2020, pour la première fois, la Banque mondiale a  classé la Roumanie dans la catégorie des pays à revenu élevé, grâce à un RNB atteignant $12.600 en 2019. Dans le même temps, en septembre 2020, la bourse de Bucarest (BVB) a été promue dans la catégorie des marchés émergents, et deux entreprises roumaines ont été incluses dans l’indice FTSE Global Equity.

Toutefois, les cycles d’expansion économique qu’a connus la Roumanie n’ont pas profité à tous les Roumains de la même manière. Les disparités entre les villes et les campagnes sont très élevées : la capitale roumaine compte un PIB/habitant en SPA équivalent à 160 % de la moyenne de l’UE27[1] alors que les zones rurales sont encore très peu développées. En 2019, 31,4 % de la population était en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Ce décalage s’explique notamment par des infrastructures déficientes dans les zones les plus reculées, que ce soit les infrastructures de transport, les infrastructures éducatives mais aussi les infrastructures de santé, qui freinent l’attractivité de ces territoires et l’implantation d’entreprises. Ainsi, en 2019, la ville de Bucarest captait 62,7 % du stock d’IDE en Roumanie.

L’économie de la Roumanie dispose de nombreux atouts. Outre une position géostratégique (pays de l’UE à sa frontière externe, accès à la mer noire et proximité du Moyen-Orient), le marché intérieur est de taille significative et la dépendance énergétique est limitée. Le pays a également une forte tradition industrielle, en particulier dans l’automobile, à l’image de Renault-Dacia qui est l’entreprise locale qui génère le chiffre d’affaires le plus conséquent et contribue à près de 7,5 % des exportations roumaines. La construction, la sidérurgie et l’industrie énergétique sont également des moteurs de l’industrie locale, dont le secteur (comprenant la construction) génère près de 30 % de la valeur ajoutée nationale brute. La tertiarisation de l’économie est un phénomène qui n’a pas échappé à la Roumanie, illustré par le poids accru de la grande distribution, des transports et du tourisme dans le PIB, avec une dynamique particulière pour les nouvelles technologies et le secteur IT. Portée par des infrastructures informatiques performantes et de vraies compétences locales, la Roumanie est devenue une destination de l’externalisation et de la sous-traitance IT. Le groupe roumain UIPath, spécialiste de l’automatisation de processus robotiques en exploitant l’intelligence artificielle, illustre la compétitivité du secteur IT local. Aujourd’hui valorisé à plus de 10 Md$, ce qui en fait une « décacorne » UIPath a d’abord profité de l’écosystème local pour se développer, bien que désormais basé à l’étranger. Par ailleurs, la Roumanie possède un secteur agricole qui présente un potentiel considérable même s’il demeure insuffisamment exploité. Son développement s’est toutefois accéléré ces dernières années sous l’impulsion des aides de la PAC et des investissements étrangers.

 

[1] A titre de comparaison, Berlin compte un PIB/habitant en SPA équivalent à 120 % de la moyenne de l’UE27.

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