PARAGUAY
Indicateurs et conjoncture
| 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 | 2026(p) | |
| PIB nominal (milliards USD) | 39,9 | 41,8 | 43,1 | 44,7 | 49,4 | 60,5 |
| Population (millions) | 6,2 | 6,3 | 6,3 | 6,4 | 6,4 | 6,5 |
| PIB par habitant (USD) | 6 392 | 6 658 | 6 818 | 7 020 | 7 692 | 9 371 |
| Croissance du PIB réel (%) | 4,0 | -0,03 | 5,3 | 4,7 | 6,6 | 4,2 |
| Inflation (fin de période, %) | 6,8 | 8,1 | 3,7 | 3,8 | 3,1 | 3,5 |
| Chômage (moy. annuelle, %) | 7,5 | 6,7 | 5,9 | 5,8 | 5,2 | 5,2 |
| Solde budgétaire (% du PIB) | -3,4 | -2,6 | -3,8 | -2,1 | -1,7 | -1,3 |
| Dette publique (% du PIB) | 37,5 | 40,6 | 41,0 | 44,6 | 38,1 | 37,8 |
| Solde courant (% du PIB) | -0,6 | -6,5 | 0,1 | -3,4 | -3,5 | -3,0 |
| Dette extérieure (% du PIB) | 30,2 | 35,0 | 35,9 | 39,4 | / | / |
| Perception de la corruption (rang du classement Transparency International) | 128 | 137 | 136 | 149 | 150 | / |
| Sources : FMI, INE, Banque centrale, Transparency International. | ||||||
Une troisième année consécutive de forte croissance du PIB en 2025, en dépit de lacunes structurelles
En 2025, le PIB réel a augmenté de +6,6 %, après deux années avec des taux de croissance déjà proches des +5 % (+5,3 % en 2023 et +4,7 % en 2024). Le pays affiche ainsi une des meilleures performances de croissance de la région sur les trois dernières années. Côté demande, la croissance de 2025 a été essentiellement portée par la consommation privée (+5,1 %, contribution de +3,3 pp), l’investissement (+12,2 %, contribution de +2,5 pp) et les exportations (+3,7 %, contribution de +1,4 pp), tandis que la forte hausse des importations (+8,9 %) a contribué négativement à la croissance (–3,4 pp). Côté offre, la croissance a notamment été portée par le secteur agricole (+10,5 % sur l’année) et par la génération d’électricité (+10,9 %), stimulée par les bonnes performances des barrages hydroélectriques binationaux d’Itaipú (partagé avec le Brésil) et de Yacyretá (partagé avec l’Argentine) grâce au débit plus élevé du fleuve Paraná.
Le dynamisme de l’activité devrait se maintenir en 2026 et les prévisions de croissance restent bien orientées. Les indicateurs mensuels d’activité (IMAEP) ont en effet affiché des bonnes performances sur le T1 2026 (+4,7 % en g.a.), tirés notamment par le dynamisme du secteur primaire (+7,7 %) sous l’effet d’une hausse de la production de soja et de canne à sucre. Le FMI et la Banque centrale tablent sur une activité qui ralentirait légèrement en 2026 mais resterait robuste, anticipant une croissance du PIB de +4,2 % en 2026.
En dépit de ces bonnes performances, les enjeux structurels restent nombreux dans ce pays qui présente un des PIB par habitant nominal les plus faibles d’Amérique du Sud, à 7 692 USD en 2025. Tout d’abord, le pays est marqué par de profondes inégalités, sources de fragmentation sociale et qui freinent la consommation interne. Les inégalités de revenu y sont importantes, avec un indice de GINI à 0,44 en 2024, un niveau similaire à celui du Chili. Le pays accuse également des fortes inégalités de genre : selon l’OIT, le taux de participation des femmes au marché du travail était inférieur de 22,6 pp à celui des hommes en 2025. Par ailleurs, le marché du travail est marqué par une informalité massive (64,5 % des emplois en 2025 ; 3e plus haut niveau d’Amérique du Sud). Ce phénomène bride les capacités du pays à lever l’impôt : en 2024, les recettes issues de l’imposition atteignaient à peine les 15 % du PIB, freinant ainsi les investissements dans les infrastructures et le développement de services publics de qualité. Enfin, la corruption demeure un problème endémique : en 2025, le Paraguay s’est positionné à la 150e place (sur 182 pays) à l’indice de perception de la corruption élaboré par Transparency International.
L’inflation demeure sous contrôle et le cadre budgétaire maîtrisé
Le recul de l’inflation a permis à la Banque centrale d’amorcer un cycle d’assouplissement monétaire début 2026. En effet, l’inflation a nettement reflué depuis début 2025 en dépit d’un léger rebond en avril et mai 2026, passant de +4,8 % g.a. en août 2025 à +2,4 % en mai 2026. La baisse de l’inflation a largement été portée par la robustesse du guaraní, qui s’est fortement apprécié face à l’USD depuis mi 2025. Le rebond inflationniste observé en avril et mai 2026 s’explique notamment par les répercussions du conflit au Moyen-Orient et la hausse du cours des hydrocarbures. En effet, l’entreprise publique d’hydrocarbures Petróleos Paraguayos (Petropar) a augmenté les prix (administrés) des carburants à trois reprises (à date) depuis le début du conflit, avec des hausses comprises entre +21 % et +31 % selon le type de carburant. Les augmentations sont encore plus conséquentes chez les distributeurs privés. Néanmoins, l’inflation demeure à ce stade bien ancrée dans la fourchette cible (3,5 % +/–2 pp). Dans ce contexte, après avoir abaissé son taux directeur de 25 pb lors de ses réunions de janvier et février 2026, le comité de politique monétaire de la Banque centrale du Paraguay (BCP) l’a depuis laissé inchangé à 5,5 %, maintenant une approche prudente. La dernière enquête de consensus de marché (mai 2026) souligne que l’inflation est désormais attendue à +3,9 % en g.a. sur l’ensemble de l’année 2026 (+0,4 pp par rapport à l’enquête de mars).
Le déficit budgétaire s’est légèrement résorbé en 2025 et la dette publique a reculé. En 2025, le déficit public a diminué pour atteindre –1,7 % du PIB selon les données du FMI (avec un excédent primaire de +0,2 % du PIB), après –2,1 % en 2024. Ce recul s’explique par une baisse des dépenses publiques (–1,3 pt à 19,6 % du PIB) supérieure à celle des recettes publiques (–0,9 pt à 17,9 % du PIB). L’existence d’une règle budgétaire (qui limite le déficit à −1,5 % du PIB sauf exception) constitue un garde-fou qui empêche les dérapages prolongés. Le FMI prévoit que le déficit budgétaire continuerait de se résorber en 2026 pour atteindre –1,3 % du PIB, convergeant ainsi en-deçà du niveau cible de –1,5 %. La dette publique a quant à elle atteint 38,1 % du PIB en 2025 selon le FMI, en net recul (–6,5pt) par rapport à 2024. Au-delà de l’effet PIB, ce recul s’explique surtout par l’appréciation du guaraní face à l’USD en 2025, l’essentiel de la dette publique (85 % du total) étant libellé en devises étrangères. Cette structure de dette publique rend le pays particulièrement vulnérable au risque de change. Toutefois, dans sa dernière analyse de soutenabilité de la dette (DSA – juillet 2025), le FMI soulignait que la dette publique paraguayenne est « soutenable avec un faible risque de stress souverain ».
Les équilibres externes robustes expliquent la perception positive des investisseurs internationaux
Le déficit courant s’est légèrement creusé en 2025, mais les réserves de change demeurent confortables. En 2025, le déficit courant a atteint –3,5 % du PIB, après –3,4 % en 2024. Il s’explique par une balance commerciale à nouveau déficitaire en 2025 (–2,1 Md USD pour la balance des biens), sous l’effet du dynamisme des importations (+10,5 % pour les importations de biens) portées par une demande interne robuste. Les exportations de biens ont quant à elles augmenté de +5,0 %, et demeurent largement dépendantes du secteur énergétique et agricole : S&P estime que ¼ des exportations du pays sont liées à la chaîne de production du soja. Cette dépendance rend le compte courant particulièrement vulnérable aux aléas climatiques et à la volatilité des cours des matières premières. Pour 2026, le FMI anticipe que le déficit courant diminuerait légèrement, à –3,0 % du PIB. Ce dernier a de nouveau été largement financé par les entrées nettes sur le compte financier en 2025 (+2,2 Md USD), permettant l’accumulation de plus de 500 M USD de réserves de change. Elles s’établissent début 2026 à environ 10 Md USD, couvrant 6 mois d’importations, un niveau nettement supérieur au seuil d’alerte du FMI (3 mois).
La perception des investisseurs internationaux et des agences de notation reste favorable. En décembre 2025, l’agence de notation S&P a rejoint l’agence Moody’s en améliorant la notation souveraine du Paraguay à BBB-, la positionnant ainsi en catégorie « investment grade ». Fitch reste désormais la seule agende de notation du « top 3 » à maintenir le Paraguay en « non investment grade ». En outre, le niveau de risque pays (indice EMBI de JP Morgan) est parmi les plus faibles de la région, s’établissant fin mai 2026 à 104pb : ce niveau n’est que légèrement supérieur aux spreads de l’Uruguay et du Chili, et bien inférieur à celui de pays comme le Brésil ou le Mexique notamment, ce qui permet au Paraguay de se refinancer à des taux relativement avantageux. En parallèle, le Paraguay continue de se distinguer par un régime fiscal parmi les plus attractifs de la région afin de stimuler les investissements : le pays propose un régime dit de « 10-10-10 », avec un taux unique de 10 % pour l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les sociétés, et la TVA. Des exemptions fiscales existent également pour attirer les IDE, complétées par un autre avantage comparatif fréquemment mis en avant : des coûts de production particulièrement compétitifs.