Situation économique du Portugal

 1. La crise économique et le programme d'ajustement

A la suite de la crise économique et de son incapacité à se financer sur les marchés, le Portugal a dû mettre en œuvre un programme d’ajustement financé par l’UE et le FMI entre mi-2011 et mi-2014 (prêt de 78 Md€). Celui-ci a notamment compris une réforme du droit du travail et de la justice, un programme important de privatisations, ainsi que des mesures visant à réduire la dépense publique et le coût du travail (parmi lesquelles un gel des carrières et des rémunérations dans la fonction publique, le gel du salaire minimum, l’augmentation du nombre de jours travaillés et division par deux de la rémunération des heures supplémentaires).

Ces mesures ainsi que le contexte international défavorable ont entraîné une récession marquée entre 2011 et 2014 (jusqu’à - 4 % du PIB en 2012) et une hausse du chômage (jusqu’à 17,5 % de la population active en 2013) et de la dette publique (jusqu’à 130 % du PIB en 2014).

Elles ont cependant contribué à réduire fortement le déséquilibre des comptes extérieurs du Portugal, grâce à la contraction de ses importations et surtout au développement de ses exportations (+ 7 % par an en moyenne depuis 2010), favorisées à la fois par la diminution des coûts du travail (politique de désinflation compétitive) et par la modernisation de l’économie (y.c dans les secteurs traditionnels comme l’industrie textile) ; à compter de 2014, le Portugal a renoué avec la croissance économique.

 2. La reprise économique et la politique de « sortie progressive de l’austérité »

Fin 2015, António Costa est devenu Premier ministre, à la tête d’un gouvernement socialiste soutenu – sans participation – par le Bloc de Gauche ainsi que par le Parti Communiste (PCP).

Le Gouvernement a engagé alors un programme d’inspiration « social-démocrate » avec la poursuite d’une politique budgétaire visant à redresser les comptes publics et à respecter les critères européens, tout en revenant sur certaines mesures du programme d’ajustement : augmentation progressive du salaire minimum (versé sur 14 mois, il est passé de 485 € brut mensuel en 2014 à 600 € en 2019 et devrait passer à 635 € en janvier 2020), rétablissement des jours fériés supprimés, ré-indexation des petites retraites sur l’inflation, rétablissement du niveau des minima sociaux, meilleure prise en charge des soins, allègements fiscaux allant dans le sens d’une plus grande redistribution et mise en œuvre progressive d’un dégel des carrières et du retour aux 35 heures dans la fonction publique,... Pour autant, le Gouvernement n’a pas remis en cause, dans leurs grandes lignes, les réformes structurelles engagées sous la précédente législature, par exemple en matière de droit du travail ou de privatisations.

Les élections législatives du 6 octobre 2019 ont été marquées par une nette progression du parti socialiste, insuffisante pour dégager une majorité mais lui permettant de constituer un gouvernement minoritaire. Ce dernier devrait poursuivre la politique engagée notamment en matière de rémunérations (prévision de hausse des salaires nominaux d’environ 3 % par an jusqu’en 2023 et d’augmentation du salaire minimum jusqu’à 750 € sur 14 mois) et en faveur d’une fiscalité plus redistributive, tout en poursuivant le redressement des finances publiques.

 3. Le redressement de l’économie et des finances publiques

Le Portugal est sorti en 2017 de la procédure pour déficit excessif et son déficit public s’est établi à 0,4 % du PIB en 2018, grâce notamment à la diminution de la charge de sa dette du fait de la baisse des taux d’intérêt (actuellement entre 0,3 et 0,4 % pour les titres à 10 ans, soit un niveau inférieur aux taux italiens, et, depuis peu, espagnols). La croissance du PIB a atteint 3,5 % du PIB et 2,4 % en 2018, grâce à la conjoncture internationale favorable, la progression du tourisme, ainsi que la reprise de la consommation et de l’investissement privé, entraînant une forte diminution du chômage (6,1 % de la population active en octobre 2019). Le Gouvernement prévoit une croissance du PIB de 1,9 % en 2019 (conforme aux prévisions des principaux organismes internationaux) et un déficit public de 0,1 % du PIB, puis un excédent à compter de 2020.

 4. Des faiblesses persistantes

Ces bons résultats ne doivent pas masquer les faiblesses persistantes de l’économie portugaise, en particulier un secteur bancaire encore exposé à certaines fragilités (les prêts non performants représentent 8,3 % de l’encours total des prêts en juin 2019 et le secteur demeure fortement exposé au secteur immobilier, dont la croissance des prix a été très dynamique au cours des dernières années), un endettement important, notamment du secteur public (120,6 % du PIB au 3ème trimestre 2019) et, dans une moindre mesure, du secteur privé.

Par ailleurs l’investissement, quoique en reprise, s’est considérablement réduit au cours des dernières années, la part publique représentant moins de 2 % du PIB en 2018, soit le plus faible taux de la zone euro, entraînant une détérioration des équipements publics (hôpitaux, infrastructures ferroviaires notamment). La faiblesse du taux d’épargne des ménages (environ 6 %) est par ailleurs de nature à limiter la capacité du pays à financer la reprise de l’investissement privé sans accroître son endettement extérieur.

L’économie portugaise fait également face à un important défi démographique (vieillissement et diminution de la population), le solde naturel très négatif n’étant pas compensé par un solde migratoire redevenu positif en 2017, et à des tensions croissantes sur le marché du travail, notamment pour la main d’œuvre qualifiée. Cette situation rend nécessaire la réalisation de gains de productivité que l’Etat portugais essaye de promouvoir notamment à travers des mesures de simplification administratives, l’attraction d’investissements étrangers et l’amélioration de la formation initiale et continue.

Enfin, le Portugal reste exposé à un ralentissement économique dans l’Union européenne, dont les Etats membres représentent les ¾ des échanges commerciaux (dont plus la moitié pour l’Espagne, l’Allemagne et la France).

Publié le