Commerce extérieur du Portugal

Le commerce extérieur du Portugal sur les trois premiers trimestres 2020

 Excédentaire depuis 2012, le solde du commerce extérieur portugais est déficitaire sur les trois premiers trimestres 2020 (- 2,5 Mds€), l’excédent de la balance des services (+ 6,3 Mds€) ne parvenant plus à compenser le déficit de la balance des biens (- 8,8 Mds€) qui se résorbe pourtant.
Ainsi, l’excédent de la balance des services, en hausse continue depuis plus de deux décennies, se contracte de 55 % par rapport à l’année précédente, conséquence de la chute du tourisme. En symétrie le déficit de la balance des biens, qui se creusait depuis 2013, diminue de 31 %, conséquence d’une baisse des importations qui perdure tandis que les ventes ont presque rattrapé, en septembre, leur niveau pré-pandémie. Géographiquement, les soldes commerciaux se dégradent particulièrement avec les Amériques (le solde avec le Brésil devient déficitaire, passant de + 601 M€ à - 478 M€ ; le solde avec les Etats-Unis reste excédentaire mais est en recul de 34 %) et le Royaume-Uni (- 51 %), habituellement 1er en termes de recettes touristiques pour le Portugal.
1. Le solde commercial des biens reste déficitaire mais s’améliore significativement

Sur les trois premiers trimestres 2020, le solde commercial de biens du Portugal reste négatif (-8,8 Mds€) mais se réduit fortement (-31 %), du fait d’une baisse des importations (-16 %) plus marquée que celle des exportations (- 12 %).

  • Une baisse prolongée des importations de biens

La baisse des importations est restée importante sur les trois premiers trimestres du fait de la consommation des ménages en berne, reflétée par l’une des plus fortes dégradations de la confiance des consommateurs en Europe, qui s’est prolongée en septembre. Le pic de la contraction des importations correspond au premier confinement, avec une baisse de 39 %, en g.a. en avril et en mai suivi d’une reprise continue à partir de juin, mais les importations de biens sont restées largement en-deçà des niveaux 2019 (- 10 % en août comme en septembre). En cause, la baisse de la consommation des résidents portugais s’est poursuivie après la levée du confinement (- 15 % au T2 et -4 % au T3 2020).
Les secteurs les plus touchés sont les importations de voitures (- 33 % ; – 1,2 Mds€) et d’autres matériels de transports (- 38 % ; - 2,9 Mds€), ainsi que celles de combustibles (- 35 % ; - 2,4 Mds€). On note à l’inverse une hausse des importations de produits pharmaceutiques d’environ 10 %, devenu le 3ème déficit le plus important (hors hydrocarbures) de la balance des biens, derrière les machines et appareils.
Géographiquement, les principaux fournisseurs de biens restent inchangés, avec une tendance au renforcement du poids des partenaires européens : l’Espagne reste largement en tête représentant environ un tiers des importations, suivie de l’Allemagne (13 %) et de la France (7 % ; contre 10 % en 2019, marquée par une livraison exceptionnelle d’aéronefs). La Chine maintient sa position (6ème) et enregistre la seule progression parmi les principaux fournisseurs du pays sur la période (+ 3 %), soutenue par les importations de biens de consommation et de produits de lutte contre la pandémie (EPI notamment).

  • Rebond rapide des exportations après les mois de confinement

La diminution des exportations est moins marquée grâce à la reprise relativement rapide vers quelques marchés clés. Après une chute prononcée en avril et mai (-41 % et -39 %, respectivement), mois des confinements au Portugal et en Europe où se situent les principaux partenaires commerciaux du Portugal, les exportations de biens ont fortement récupéré (-9,8 % et -7,1 % en g.a. en juin et juillet). La reprise est continue jusqu’à septembre (-1,4 % en août et -1,9 % en septembre). Les exportations ont ainsi presque retrouvé leur niveau pré-pandémie.
Sectoriellement, la reprise est en réalité très hétérogène : ce sont principalement les ventes des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire qui contribuent au rebond des exportations portugaises (+ 92 M€ ; + 2 %). Dans le détail, les hausses des exportations depuis le Portugal ont été particulièrement marquées pour les fruits, les graisses et huiles animales et, enfin, le tabac. Au contraire, les autres catégories continuent à enregistrer des résultats toujours bien inférieurs à 2019. Les secteurs les plus en difficulté ont été les ventes de voitures (-30 % ; - 1 Md€) et d’autres matériels de transport (- 18 % ; - 4,8 Mds€). Toutefois, le solde commercial se réduit sur ces postes notamment pour les véhicules automobiles.

La reprise des exportations est également concentrée géographiquement : malgré une baisse généralisée des ventes, les principaux marchés européens voient leur part se maintenir ou légèrement augmenter, à l’exception du Royaume-Uni. L’Espagne représente toujours un quart des exportations portugaises suivie du marché français (14 %) qui résiste comparativement mieux que les autres pays européens. Sur cette période, la France remplace l’Allemagne comme 2ème pays clients des biens vendus par le Portugal et devient le premier excédent commercial du Portugal (2 Mds€ en cumulé en octobre, loin devant les Etats-Unis avec 1,1 Md€). L’Espagne, la France et l’Allemagne, représentent toujours plus de la moitié des exportations portugaises.

2. Le solde commercial des services demeure excédentaire mais s’effondre


La reprise économique au Portugal suivant la crise de 2008-2014 avait largement reposé sur le tourisme, principale composante des exportations de services depuis le Portugal.
Avec les ventes de services de transport, le tourisme était responsable de plus de 90 % de l’excédent de la balance des services au Portugal en 2019. Avec l’effondrement du tourisme qui a suivi l’imposition de restrictions sanitaires pour lutter contre la pandémie de Covid-19, la balance commerciale des services reste positive mais se dégrade. L’excédent de la balance des services a diminué de plus de moitié de janvier à septembre (- 55 % ; -7,8 Mds€).

  • Les exportations de services pâtissent de leur dépendance au tourisme et s’effondrent

Inversement au commerce de biens, pour le commerce de services la chute des exportations (- 40,3 %) est largement supérieure celle des importations (-24,6 %) sur les trois premiers trimestres de l’année. Représentant plus de la moitié des exportations de service du Portugal en 2019, les exportations dans le secteur du tourisme ont chuté en 2020 et ont largement contribué à la détérioration de la balance des services du pays. L’excédent du poste « voyages et tourisme » étant passé d’environ 11 Mds€ de janvier à septembre 2019 à 4 Mds€ sur la même période en 2020. En outre, la Banque du Portugal anticipe une récupération très graduelle des exportations du tourisme, prévoyant qu’en 2023 les exportations du secteur soient encore en deçà de leur niveau de 2019. D’autres secteurs sont particulièrement touchés par la pandémie et enregistrent de fortes baisses sur les trois premiers semestres 2020 comme les services culturels et récréatifs (-39 % ; – 82 M€) et la construction (-28 % ; - 160 M€). A l’inverse, les exportations des services de télécommunication et informatiques ont augmenté (+ 12 %) et permettent une amélioration de l’excédent sur ce poste, 3ème de la balance des services, de 500 M€ à 660 M€ en 2020.

  • La diminution des importations de services, plus contenue, ne compense pas la chute d’exportations

Les dépenses à l’étranger des touristes portugais ont fortement diminué (- 42,4 % ; - 1,7 Mds€), mais elles sont loin de compenser la contraction des exportations.

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