Situation économique et financière de la Pologne au premier semestre 2018

Résumé : L’activité économique polonaise reste bien orientée au premier semestre 2018 (1er semestre +5,2% supérieur au consensus de marché de 4,8%), bien au-dessus de son potentiel, même si un ralentissement du rythme de l’expansion pourrait survenir dans les mois à venir. L’année 2018 succède ainsi au net rebond enregistré en 2017 à 4,8%, à la faveur de la consommation des ménages, d’une contribution positive des exportations nettes, et d’une reprise de l’investissement public et plus modérément de l’investissement privé. Des signes de sur-stimulation de l’économie apparaissent toutefois, et l’inflation, encore contenue, pourrait s’accélérer à 2,6% en 2019 et 2,7% en 2020 principalement en raison de la pression sur les salaires et de la hausse des prix de l’énergie. La situation budgétaire est convenable, dette publique fin 2017 à 50,6% du PIB, en nette baisse (54,2% fin 2016), 47,4% en 2020 ; déficit public réduit de 2,2% du PIB en 2016 à 1,4% en 2017 à 0,9% du PIB pour 2018 et 2019 et à 1% pour 2020. La Pologne poursuit ainsi sa convergence avec les économies d’Europe occidentale, le PIB par habitant polonais atteignant actuellement, à parité de pouvoir d’achat, 70% de la moyenne de l’UE. On reste attentif à l’activisme réglementaire et fiscal, aux modalités affichées de volonté de contrôle national de l’économie, à l’éloignement sourd des standards européens, au glissement progressif de la productivité dans un contexte démographique défavorable.

Contexte structurel: Membre de l’OCDE depuis 1996 et de l’Union Européenne depuis 2004, la Pologne est, depuis son adhésion, l’une des économies les plus dynamiques d’Europe centrale et orientale. Ce dynamisme (croissance annuelle moyenne de 4,0% entre 2004 et 2017) s’est maintenu en dépit de la crise économique et financière, faisant de la Pologne la seule économie européenne à éviter la récession en 2009. Pouvant s’appuyer sur le plus grand marché intérieur de la région (38,0 millions d’habitants et un PIB de plus de 450 milliards d’euros), la Pologne constitue une porte d’entrée prisée vers les marchés d’Europe centrale et orientale. L’économie polonaise, engagée depuis la chute du régime communiste dans un vaste processus de transformation et de modernisation, converge progressivement vers ses voisins d’Europe occidentale.

1. L’activité économique reste très soutenue en 2018 après un net rebond en 2017.

         Après une croissance de 3,8% enregistrée en 2015, la croissance de l’économie polonaise avait fléchi à 3,1% en 2016. En 2017 le PIB polonais a enregistré un net rebond, la croissance s’établissant à 4,8%, de 0,4 pp supérieure aux prévisions ; le PIB polonais atteint désormais 467,2 milliards d’euros. L’accélération intervenue aux troisième et quatrième trimestres 2017 (respectivement 4,9% et 5,1%) se poursuit en 2018. La croissance du PIB polonais a atteint respectivement 5,2% aux premier et deuxième trimestres ; résultat supérieur de 0,2pp au consensus de marché. L’économie polonaise bénéficie actuellement d’une dynamique extrêmement favorable de ses composantes internes. En revanche, si la forte demande extérieure adressée à la Pologne, principalement dans l’UE, se matérialisait par une contribution positive des exportations nettes jusqu’en 2017, la tendance s’inverse désormais. Le commerce extérieur a enregistré une progression dynamique en 2017 ; mais le rythme de progression des importations (+ 8,7%) est supérieur à celui des exportations (8,7%). Cette tendance se poursuit au premier semestre 2018 et le rythme de progression du commerce extérieur a ralenti (+4% pour les exportations et +5% pour les importations).

En dépit d’un bilan macroéconomique très honorable en 2017, il convient de noter que la croissance était distribuée assez inégalement selon les secteurs de l’économie. La croissance a été tirée par les secteurs de la construction (+11,5%), des transports (+10,9%) et de l’industrie manufacturière (+7,5% en 2017) ; alors que les secteurs de la finance et de l’assurance (-4,5%) et de l’exploitation des minerais et carrière (-6%) ont enregistré un net repli. Au premier semestre 2018, l’économie polonaise est tirée principalement par les secteurs de la construction (+22,2% en g.a), de la finance et des assurances (+13,6% en g.a) ; mais tous les secteurs contribuent à la croissance en dehors des secteurs de l’éducation et de l’administration publique affichant une stagnation. La croissance apparait ainsi comme particulièrement équilibrée.

Sur le plan de la demande domestique, après une chute sévère en 2016 (-9,6%) et une stagnation en 2017 (+0,2%), les investissements publics sont, au quatrième trimestre 2017, repartis à la hausse à la faveur de la montée en régime des fonds européens (+3,4% en g.a). La reprise de l’investissement s’accélère en 2018, avec une hausse de 8,5% au premier semestre, tirée désormais par le secteur privé. Ceci est illustré par la forte croissance de l’investissement dans le secteur de la construction (+16,1% au premier semestre 2018 en g.a), le commerce de détail (+29,9%) et les transports (+72,9%). Du côté des ménages, si l’effet de base lié au programme d’allocations familiales 500+ (500 zlotys par mois à partir du second enfant) se dissipe logiquement (mis en place le 1er avril 2016), les salaires en forte croissance réelle (+5% en 2017) et le moral des ménages avaient pris le relai en 2017 (les dépenses de consommation finale augmentant de 4,8%) pour soutenir la croissance de la demande intérieure. La tendance se poursuit sur le même rythme en 2018, permise par une forte progression des salaires (+5,7% en termes réels en octobre 2018 en glissement annuel) la hausse des dépenses finale de consommation des ménages atteint 4,8% sur l’ensemble du premier semestre 2018. Les ménages polonais ont par ailleurs une forte propension à la consommation et une faible propension à l’épargne (5%).

Nombreux étaient les économistes à anticiper un ralentissement de la croissance de l’économie polonaise dès le troisième trimestre 2018, toutefois le rythme de l’expansion économique semble se maintenir avec une croissance de 5,7% enregistrée d’après les données préliminaires de l’Office statistique polonais (soit un résultat supérieur de 1,1pp au consensus de marché). Les dernières prévisions des institutions internationales ont ainsi été revues à la hausse pour 2018 ; la Commission européenne table sur 4,8%, le FMI sur 4,4% et l’OCDE sur 5,2%. Un ralentissement est néanmoins à anticiper en 2019 en raison de la contribution négative des exportations nettes prévue et de l’amenuisement des effets de la politique budgétaire pro-cyclique. Les autorités polonaises et notamment le Ministre des infrastructures et du développement Jerzy Kwiecinski estiment que la croissance peut se maintenir dans une fourchette de 4 à 5% par an à moyen et long termes[1]. Le FMI anticipe une décélération à 3,5% en 2019 puis à 3% en 2020. Les dernières prévisions de la Banque mondiale publiées le 17 octobre 2018 tablent sur une croissance de 3,9% en 2019 et 3,6% en 2020. La Commission européenne table sur une croissance de 3,7% en 2019 et 3,3% en 2020 (prévisions d’automne 2018).

2. Une tendance à la sur-stimulation de l’économie polonaise.

2.1 L’économie polonaise présente quelques signes de «sur-stimulation»…

             L’économie polonaise se rapproche progressivement de son potentiel, l’output gap étant redevenu positif en 2017 d’après les estimations de la Banque Centrale, après s’être contracté de 1,1% et 1,3% du PIB potentiel en 2015-2016, respectivement. La Pologne poursuit ainsi sa convergence avec les économies d’Europe occidentale, le PIB par habitant polonais atteignant en 2017, à parité de pouvoir d’achat, 70% de la moyenne européenne (soit une progression de 19pp depuis 2006, la meilleure progression parmi les PECO à l’exception de la Lituanie).

Alors que l’économie polonaise est spontanément bien orientée, elle demeure «sur-stimulée» par une combinaison de divers facteurs: la pro-cyclicité de la politique budgétaire, la politique monétaire accommodante, l’environnement extérieur favorable, la reprise des transferts communautaires et l’accélération de la progression des salaires[2]. Signe d’une croissance économique s’établissant au-dessus de son potentiel, le taux de chômage (se chiffrant à 3,4% de la population active en septembre 2018 selon l’enquête sur les forces de travail[3]) se situe désormais au-dessous de son niveau d’équilibre (NAWRU estimé en 2018 à 5,5% par la Banque centrale) et continue de fléchir, ce qui, conjointement avec l’apparition de pénuries de main d’œuvre dans certains secteurs, entraîne de fortes pressions à la hausse sur les salaires. La pression sur les salaires est susceptible de s’accroître dans les années à venir, d’autant que le taux de chômage devrait continuer de chuter progressivement (3,3% en 2018, 2,9% en 2019 et 2,8% en 2018 d’après les prévisions de la Commission européenne). Le taux d’emploi s’établit en 2017 à 70,9% de la population de 20 à 64 ans, soit une progression de 1,5 points de pourcentage par rapport à 2016, mais il reste néanmoins inférieur à la moyenne de l’UE (72% en 2017) car affecté par une imparfaite allocation des ressources humaines, la forte segmentation et la faible inclusion des femmes et des travailleurs les moins qualifiés.

Après deux années de déflation (2014-2015), le niveau de l’inflation est remonté progressivement  (2,1% en moyenne en 2017) et s’établit à 1,8% en g.a en octobre 2018. Cette évolution est liée à la reprise des prix mondiaux du pétrole et des effets de second-tour de la croissance de la consommation privée et des revalorisations salariales. L’inflation sous-jacente atteint 0,8% en g.a en octobre 2018 d’après les estimations de la Banque centrale polonaise. La Commission européenne table sur une inflation de 1,2% en 2018, qui devrait ensuite s’accélérer à 2,6% en 2019 et 2,7% en 2020 principalement en raison de la pression sur les salaires et de la hausse des prix de l’énergie.

2.2… et pourrait continuer sur cette tendance au vu des orientations de politique économique.

Afin de rééquilibrer le tissu économique industriel et d’entreprises en général, dans un sens plus favorable aux acteurs  nationaux[4], le Gouvernement a adopté un «Plan pour un développement responsable» qui comprend cinq piliers:

  • promouvoir une croissance de la production industrielle supérieure à celle du PIB et repositionnée dans la chaîne de valeur.
  • développer l’innovation des entreprises et augmenter les dépenses de R&D à 2% du PIB en 2020.
  • favoriser l’expansion à l’étranger via l’émergence de 400 à 500 PME/PMI exportatrices sur le modèle du Mittelstand allemand.
  • créer un fonds de développement polonais pour financer le développement économique
  • équilibrer régionalement le développement économique et social.

Le coût du programme d’ici à 2030 est estimé à près de 1500 milliards PLN (350 milliards d’euros). Il vise à amener le PIB par habitant en Pologne en PPA dans une fourchette de 75 à 78% de la moyenne de l’UE à 28 en 2020, puis à 95% en 2030.

La bonne conjoncture économique et les mesures de lutte contre la fraude à la TVA[5] permettent au gouvernement de financer une politique sociale soutenue. Prévu à 2,94%, le déficit nominal des APU a ainsi atteint en 2017 seulement 1,7% après 2,4% en 2016. Parmi les mesures sociales adoptées au cours des deux dernières années on notera :

  • Le programme 500+ lancé le 1er avril 2016 en vue d’augmenter la natalité en Pologne, avec le versement d’une allocation familiale de 500 PLN (120 euros) par mois par enfant à partir du deuxième enfant.
  • Le retour aux âges de départ à la retraite antérieurs à la réforme de 2012, soit 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes à partir du 1er octobre 2017.
  • Les hausses successives du salaire minimum de 8% au 1er janvier 2017 (à 2000 PLN bruts mensuels) puis de 5% au 1er janvier 2018 (à 2100 PLN bruts mensuels, soit 488 euros), ainsi que la création d’un salaire minimum horaire en 2017 (à 13,7 PLN depuis début 2018). Le salaire minimum sera revalorisé de 7,1% à compter du 1er janvier 2019 (à 2250 PLN/ 523 euros bruts mensuels et à 14,7 PLN bruts de l’heure).
  • La baisse de l’impôt sur le revenu pour les plus modestes avec le relèvement du seuil de l’exonération fiscale de 3100 à 8000 PLN au 1er janvier 2018.
  • La «liquidation» des contrats de travail précaire.
  • La baisse de l’impôt sur les sociétés à 9% pour les PME.

Dans les mois à venir, le gouvernement polonais envisage, entre autres, d’introduire des subventions aux familles nombreuses pour la construction de logement, un nouveau plan de capitalisation des retraites et une restructuration du système de santé.

Les mesures sociales mises en place au cours des dix dernières années en Pologne ont tendance à réduire les inégalités et la pauvreté dans le pays, comme en témoigne la baisse de l’indice de Gini de 0,376 en 2004 à 0,285 en 2017. La part de la population vivant sous le seuil de pauvreté atteint 11,1% en 2015 (contre 12,2% en moyenne dans les pays de l’OCDE). Le taux de pauvreté des enfants atteint 13,4% en 2015 (contre une moyenne de 13,95% dans les pays de l’OCDE) et celui des personnes âgées (66 ans et plus) atteint 8,5% (contre une moyenne de 13,66% dans les pays de l’OCDE) en 2015. Les résultats d’une étude menée par Eurostat et publiée en octobre 2018 sur la pauvreté dans l’UE confirment cette tendance[6]. Le risque de pauvreté et d’exclusion sociale est ainsi mesuré sur la base de trois critères : risque de pauvreté après transferts sociaux (touchant 15% de la population en Pologne en 2017), la part des personnes en situation de privation matérielle sévère (5,9% en Pologne en 2017) et la part des personnes âgées de 0 à 59 ans vivant dans des ménages à très faible intensité de travail (5,7% en Pologne en 2017). Le taux de risque de pauvreté et d’exclusion sociale atteint ainsi 19,5% en 2017 contre 30,5% en 2008, soit un recul de 11pp en neuf ans, ce qui constitue la baisse la plus rapide de toute l’Union européenne.

Conjuguée aux annonces de taxes sectorielles (banques, médias, distribution et immobilier commercial), la mise en œuvre du programme économique du Gouvernement pourrait avoir des incidences sur les facteurs de long terme de la croissance, à savoir l’investissement direct étranger en Pologne, élément important pour la R&D (0,97% du PIB en 2016). En vue de favoriser la R&D, le Gouvernement a instauré l’instrument fiscal « IP Box », soit la fiscalité préférentielle de 5% sur la commercialisation des solutions brevetées. Un comité interministériel Govtech, mené par le Ministère de l’entrepreneuriat et de la technologie, est désormais en charge de la mise en place de l’innovation dans l’administration. 

On notera par ailleurs que les entrées d’IDE se sont contractées de 8,5% en 2016 à 12,6 milliards d’euros en raison de nombreuses cessions de participations étrangères, en particulier à l’Etat polonais[7], qui les sollicitait. La baisse des flux d’IDE entrants en 2016 ne remet néanmoins pas en cause l’attractivité de l’économie polonaise, la Pologne ayant progressé au classement Doing-Business de la Banque Mondiale de la 55ème place en 2013 à la 33ème place en 2019[8].

3. Eléments structurels et démographiques de l’économie polonaise.

3.1 Un secteur bancaire rentable et bien capitalisé mais devant être restructuré.

           En matière financière, la Pologne, qui a su jouer de sa flexibilité monétaire afin d’amortir l’impact de la crise économique et financière (le zloty s’est déprécié de près de 30% début 2009), n’envisage plus d’adopter la monnaie unique européenne à horizon de temps prévisible, faisant notamment preuve d’une certaine réticence quant au passage par le mécanisme de taux de change européen (MCE II). La Banque centrale, qui n’a pas modifié son taux directeur maintenu à un étiage historique de 1,50% depuis mars 2015, a su garantir la stabilité des prix en dépit de la croissance économique, bien que le niveau de l’inflation se situe sensiblement en-dessous de la cible d’inflation de 2,50% et de la fourchette de variation de plus ou moins 1 point fixée par la Banque. Le Gouverneur de la Banque Centrale (NBP) Adam Glapinski estime que le zloty constitue une sécurité pour la Pologne en cas de crise économique mondiale ; l’économie polonaise resterait compétitive même en étant membre de la zone euro mais son rythme de croissance risquerait de diminuer[9].

Plusieurs développements apparus au cours des dernières années (tels que l'introduction en 2016 d'une taxe sur le secteur bancaire de 0,44% sur les actifs hors titres de l'État polonais, l'augmentation des contributions au Fonds de garantie bancaire et l’obligation pour les banques de restituer leurs marges de change) pourraient affaiblir le secteur bancaire polonais tandis que le mode de résolution des encours de crédits immobiliers en francs suisses n’a pas encore été arrêté. Si à ce stade, ces effets pervers ne se sont pas matérialisés, la dynamique de distribution du crédit demeurant favorable, le secteur bancaire affiche un recul important de son bénéfice net consolidé en 2017 (-8,7%), malgré les fortes croissances des revenus nets d’intérêts (+9,2%) et des commissions nettes (+7,6%), ceci en raison d’un effet de base défavorable en 2016[10] et de la hausse des contributions au Fonds de garantie bancaire. Depuis 2013, l’octroi de prêts en devises est quasiment impossible pour les ménages, la directive S de l’Autorité de supervision financière (KNF) ne permettant que l’octroi de prêts dans la devise où le client perçoit la majorité de ses revenus.

Toutefois, le système bancaire reste attractif pour les investisseurs internationaux, notamment les groupes bancaires français, qui devraient intervenir dans la consolidation du secteur (cf. achat Raiffensen bank Poland par BNP Paribas, par exemple). Le Ministère des finances envisage par ailleurs la présentation d’une nouvelle stratégie de développement des marchés de capitaux au début de l’année 2019.

3.2 Une situation favorable des finances publiques, au moins à court et moyen termes.

La soutenabilité des finances publiques à court et moyen terme semble assurée en Pologne. La dette publique s’établit fin 2017 à 50,6% du PIB, en nette baisse (54,2% fin 2016). La Commission européenne table sur une légère réduction de la dette publique à 49,2% du PIB fin 2018, 48,3% en 2019 et 47,4% en 2020. Le déficit public a été réduit de 2,2% du PIB en 2016 à 1,4% en 2017 (soit le plus bas niveau enregistré depuis l’adhésion de la Pologne à l’UE en 2004); la Commission européenne prévoit une légère réduction du déficit public à 0,9% du PIB pour 2018 et 2019 et à 1% pour 2020. La stabilité des finances publiques est confirmée par les principales agences de notation qui classent la Pologne comme suit : Fitch A- (orientation stable), Moody’s A2 (orientation stable), S&P A- (orientation stable) au 22 novembre 2018.

Les orientations favorables à court terme (amélioration des finances publiques sur fond d’un meilleur recouvrement des recettes fiscales, notamment de TVA ainsi que l’accroissement continu des dépenses de consommation des ménages dont la propension moyenne à épargner, de l’ordre de 5%, est l’une des plus faibles en Europe centrale et balte), ont un caractère conjoncturel et devraient être assorties d’une constitution de marges budgétaires contra-cyclique utiles tant dans un scénario de retournement de cycle que sur le long terme.

Avec une position extérieure nette passée de -64% en 2014 à -58% du PIB en 2017, la Pologne a progressivement réduit sa vulnérabilité extérieure. Depuis 2015, les réserves de change (à quelques 96 milliards d’euros fin septembre 2018) se situent ainsi à des niveaux élevés, couvrant les besoins de financement extérieur bruts sur une année. Ces points positifs n’empêchent pas une dépréciation tendancielle de la devise (cours EUR/PLN 4,179 au 31/12/2017, 4,208 au 31/03/2018, 4,363 au 30/06/2018, 4,279 au 30/09/2018).

3.3 Une évolution démographique défavorable.

La bonne performance économique et la croissance continue depuis 1992 ne sauraient occulter l’évolution défavorable que constitue le déclin démographique. Si la population est restée quasiment stable autour de 38 millions d’habitants depuis 1990, c’est l’immigration qui a fortement compensé le solde démographique naturel négatif. La Pologne a notamment accueilli ces dernières années près d’un million de ressortissants ukrainiens. L’indice synthétique de fécondité s’établit à 1,39 enfant par femme en 2016 (+0,07 par rapport à 2015), soit l’un des plus faibles de l’Union. La mise en place du programme 500+ a tout de même permis une légère hausse de la natalité : 382 000 naissances ont été enregistrées en 2016 (soit 13 000 de plus qu’en 2015) et 402 200 naissances ont été enregistrées en 2017 (soit 20 000 de plus qu’en 2016). Comparé au premier semestre 2017, 6000 naissances de moins ont été enregistrées et la population polonaise a diminué de 21 000 habitants au premier semestre 2018, d’après les dernières estimations de l’Office statistique national fin juillet 2018 ; l’impact du programme 500+ sur la démographie se dissipant peu à peu. Les dernières prévisions démographiques tablent sur une baisse de la population à 36 millions d’habitants en 2050 (soit une baisse de la population actuelle de 2,8 millions d’habitants); les personnes âgées de plus de 65 ans représenteront alors plus de 20% de la population polonaise (contre 15% actuellement). D’ici à 2040, l’âge moyen de la population polonaise devrait augmenter de dix ans.  

Il conviendra dans ce cadre de surveiller les effets des mesures économiques récentes (allocations familiales, abaissement de l’âge de la retraite) ; leur caractère potentiellement désincitatif pourrait renforcer les conséquences de la hausse continue de l’âge moyen de la population active sur  la croissance potentielle de l’économie polonaise, et partant, sur  les finances publiques, alors que le Fonds des retraites est déficitaire. A plus long terme, la pression exercée sur la valorisation des pensions de retraite constituera un risque budgétaire au regard de la trajectoire fortement décroissante du ratio de remplacement de la population active (de 50% à 30% d’ici à 2040). L’abaissement de l’âge légal de la retraite depuis le 1er octobre 2017 aura un coût à long terme estimé à 35 milliards PLN (8,1 milliards d’euros) par an, soit 1,7% du PIB et pourrait également peser sur les finances publiques en cas d’un ralentissement marqué de la croissance.

Conclusion: Si l’économie polonaise bénéficie actuellement d’une combinaison de facteurs favorables à la croissance, elle pourrait subir une diminution de son potentiel  à moyen et long termes en raison de perspectives démographiques négatives et de sa dépendance aux apports de fonds extérieurs dont les montants publics (fonds UE en repli après 2020 au titre des fonds structurels[11]). Les recommandations des Institutions internationales sur le plan des finances publiques, insistent sur la nécessité de constituer des réserves budgétaires afin de réduire la vulnérabilité du budget aux futurs chocs exogènes et, d’autre part, se préparer à couvrir le coût futur du vieillissement de la population active. Les dépenses de recherche et développement atteignent seulement 0,97% du PIB en 2016, soit un niveau bien inférieur à celui de la France (2,22% du PIB), de l’Allemagne (2,94% du PIB) et de la cible de 3% fixé par la Commission européenne comme objectif pour 2020. L’économie polonaise est caractérisée encore par des activités industrielles à faible productivité ; le nombre de brevets déposés par million d’habitants était de 18 en 2017, alors qu’il atteint 228 en Allemagne et 142 en France. La hausse de la productivité et de l’innovation, permettant de faire face au coût du déclin démographique et de dépasser la frontière technologique, sera le principal défi que l’économie polonaise devra relever à moyen et long termes afin d’éviter de tomber dans le « piège du revenu intermédiaire ».

 

Indicateurs clés de l'économie polonaise

 

2015

2016

2017

2018 p

2019 p

Macroéconomie

PIB réel (M€ en volumes chaînés de 2010)

419 834,5

431 860,0

451 509,6

 

 

 Variation du PIB réel

3,8

2,9

4,8

4,8

3,7

 Contributions : - Demande intérieure

3,4

1,1

4,2

4,3

3,8

                            - Variation de stocks

-0,1

1,1

0,5

0,4

0,0

                            - Exportations nettes

0,6

0,7

0,1

0,1

-0,1

PIB réel par habitant (€)

10 900,0

11 400,0

11 800,0

 

 

Consommat. privée (variation annuelle)

3,0

3,9

4,9

4,5

3,8

Investissement brut (variation annuelle)

6,1

-8,2

3,9

6,2

5,7

Prix

Inflation (variation annuelle)

-0,7

-0,2

1,6

1,2

2,6

Inflation sous-jacente (variation annuelle)

0,3

-0,2

0,7

1,9

2,5

Emploi

Taux de chômage (EFT)

7,5

6,2

4,9

3,3

2,9

 des 15-25 ans

20,8

17,7

14,6

 

 

Taux d'emploi (% pop 20-64 ans)

67,8

69,3

70,9

 

 

Taux de participation (% pop 20-64 ans)

73,2

73,8

74,5

 

 

Salaire mensuel moyen brut (secteur privé)

4 121,4 zl

4 303,9 zl

4 565 zl

 

 

 Variation nominale

3,3

3,8

7,2

6,9 c

6,8 c

 Variation réelle

4,0

4,0

5,6

5,7

4,2

Productivité du travail (variation annuelle)

2,4

2,0

2,2

2,9 c

2,9 c

Extérieur

Balance commerciale (% PIB)

0,5

0,7

0,2

-0,7

-1,1

 Exportations (variation annuelle)

7,7

8,8

9,5

6,1

5,8

 Importations (variation annuelle)

6,6

7,6

10,0

6,5

6,4

Compte courant (% PIB)

0,2

0,2

0,2

-0,6

-0,9

Capacité de financement (% PIB)

2,6

1,4

1,4

0,5

0,3

Finances publiques

Solde public (% PIB)

-2,7

-2,2

-1,4

-0,9

-0,9

Solde structurel (% PIB potentiel)

-2,2

-1,9

-1,9

-2,0

-2,0

Dette publique (% PIB)

51,3

54,2

50,6

49,2

48,3

e/p Estimations/Prévisions de la Commission européenne ; c Prévisions de la NBP ; d Prévisions du MinFin

Sources : Eurostat, NBP ; calculs DG Trésor (SER de Varsovie)



[2] En octobre 2018, la croissance des salaires nominaux atteint 7,6% en g.a, soit l’un des plus rapides niveaux de croissance des salaires enregistré depuis 2012. Le salaire brut moyen s’établit désormais à 4921 PLN mensuels (1138 euros) en octobre 2018 et corrigée de l’inflation, la hausse des salaires atteint 5,8% en termes réels.

[3] Taux de chômage harmonisé de l’UE calculé par Eurostat sur la base des résultats trimestriels de l’enquête, en ligne avec la définition du BIT et du taux de chômage enregistré mensuellement. Il convient de noter la baisse récente prononcée du taux de chômage en Pologne, qui a chuté de 4,7% en septembre 2017 à 3,4% en septembre 2018.

[4] Les entreprises étrangères contrôlent près de 30% de l’économie polonaise (54% de l’industrie manufacturière), contribuent pour plus d’un tiers au PIB polonais (47% de la VA dans l’industrie manufacturière) et réalisent près de la moitié du commerce extérieur (63% dans l’industrie manufacturière).

[5] Un certain nombre de réformes visant à resserrer le système fiscal en vue de lutter contre la fraude fiscale ont donc été entreprises en 2016 et 2017, dont l’introduction, à l’instar de la France, d’un dépôt électronique obligatoire pour les entreprises s’acquittant de la TVA, l’obligation de déclaration à une fréquence mensuelle, le contrôle accru des produits d’accise ainsi que le renforcement des sanctions financières et pénales. En conséquence des mesures prises, les recettes de TVA ont augmenté de 30 milliards de PLN (7,1 milliards d’euros) entre 2016 et 2017. L’écart de TVA atteignait 14% fin 2017, soit une baisse de 10 points de pourcentage par rapport à 2016, soit la plus forte baisse observée dans l’UE en 2017. La lutte contre la fraude fiscale devrait se poursuivre en s’appuyant sur les mécanismes JPK (fichier fiscal unique) et split payment.

[6] Etude publiée par Eurostat le 16 octobre 2018 à la veille de la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté le 17 octobre 2018. Eurostat fixe le seuil de pauvreté monétaire en 2017 à 15 564 PLN (3628 euros) annuels pour un adulte seul et à 32 684 PLN (7619 euros) annuels pour un ménages de deux adultes et deux enfants de moins de 14 ans.

[7] L’Etat polonais aurait ainsi, selon les chiffres du cabinet d’avocats de droit des affaires CMS, repris pour 3,6 milliards d’euros d’actifs en 2016. Entre autres, l’Italien UniCredit a annoncé en décembre 2016 un accord visant à céder ses participations dans la banque locale Pekao, la deuxième plus grande banque polonaise, pour 2,5 milliards d’euros à un consortium composé de PZU et du Fonds de développement polonais nouvellement créé, le PFR.

[8] Le classement 2019 a été publié le 31 octobre 2018.

[9] Déclaration d’Adam Glapinski au Congrès économique Rzeszów 590 le 15 novembre 2018.

[10] qui avait connu un profit exceptionnel de 2016 en lien avec la cession par les banques européennes de Visa Europe à Visa Inc.

[11] Le budget prévisionnel pour la campagne des fonds 2021-2027, présenté par la Commission européenne fin mai 2018 laisse envisager une baisse d’environ 15,5% des fonds des européens alloués à la Pologne (72,724 milliards d’euros en prix courants sur l’ensemble de la période), comparé à la campagne 2014-2020 (où la Pologne aura reçu globalement 86,111 milliards d’euros).

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