Situation économique et financière de la Pologne à la fin de l'année 2019


L’économie polonaise : une conjoncture encore favorable pour traiter les défis de moyen terme; le ralentissement ambiant n’est pas encore véritablement ressenti.

La situation économique conjoncturelle est incontestablement bien orientée : la croissance du PIB est l’une des plus soutenues de l’Union européenne en 2018 (5,1%), tend à se poursuivre en 2019 (4,4% sur les trois premiers trimestres).  La demande interne est très dynamique avec des revenus des ménages en forte croissance. L'investissement repart à la hausse depuis début 2018 après deux années de chute ou de stagnation. Le taux de chômage atteint un niveau historiquement faible (3,3% en septembre 2019). La stabilité des finances publiques est assurée à court et moyen terme. Membre de l’Union européenne depuis le 1er mai 2004, la Pologne a été, depuis, l’une des économies les plus dynamiques en Europe centrale (croissance moyenne de 4% entre 2004 et 2018) et le seul Etat membre de l’UE ayant évité la récession en 2009. Le dynamisme économique a permis au pays de se rapprocher de la la moyenne communautaire:  le PIB par habitant polonais atteint actuellement, en parité de pouvoir d’achat, 71% de la moyenne de l’UE en 2018. La conjoncture florissante permet à la Pologne de financer une politique sociale ambitieuse et de réduire le niveau des inégalités.

Ce bilan économique très positif  ne saurait masquer des défis structurels de moyen et long terme : stagnation démographique qui entraine des pénuries de main d’œuvre qualifiée sur le marché du travail et est un risque pour la pérennité du système des retraites; hausse des coûts salariaux qui excéde celle de la productivité (même si la tendance était inversée jusqu’au début des années 2010); et absence de réserves budgétaires contra-cycliques. L’économie polonaise se caractérise par un faible niveau d’épargne, comblé par les investissements directs étrangers permettant le financement de la croissance, qui pourrait ralentir en cas d’une baisse des flux d’IDE entrants. Son modèle de développement reste centré sur  des industries à faible productivité, liée à la position de la Pologne comme sous-traitant des grands groupes d’Europe de l’ouest. Des efforts plus intenses en matière de recherche et d’innovation seront indispensables pour éviter le piège des pays à revenu intermédiaire ("middle income trap") et pour poursuivre le processus de convergence avec le reste de l'Union, à l’heure où l’automatisation et l’intelligence artificielle pourraient permettre un rapatriement des unités industrielles dans les pays de l’Ouest donneurs d’ordre.

Profitant d'une conjoncture positive, le secteur financier polonais devrait se renforcer. Si le secteur bancaire est stable, bien capitalisé et assez rentable, il devra néanmoins être restructuré pour assurer son efficacité à plus long terme. 

Au total, la qualité des fondamentaux de l'économie polonaise, confirmée par les agences internationales de notation soit Fitch A-, Moody’s A2 et S&P A- devrait lui permettre de continuer à bénéficier  d'un rythme de croissance très soutenu.

 

1. L’activité économique reste très soutenue depuis le début de l’année 2019, après deux exercices 2017 et 2018 bien orientés.

         Après une croissance de 3,8% enregistrée en 2015, la croissance de l’économie polonaise avait fléchi à 3,1% en 2016. En 2017 le PIB polonais a enregistré un net rebond, la croissance s’établissant à 4,8%, de 0,4 pp supérieure aux prévisions. L’accélération intervenue aux troisième et quatrième trimestres 2017 (respectivement 4,9% et 5,1%) s’est poursuivie en 2018. La croissance du PIB polonais a atteint 5,1% en 2018 (supérieur de 0,3pp aux prévisions d’automne de novembre 2018 de la Commission européenne) et le PIB polonais s’établit désormais à 496,5 milliards d’euros. L’économie polonaise bénéficie actuellement d’une dynamique extrêmement favorable de ses composantes internes ; les dépenses de consommation finale ont contribué à la croissance à hauteur de 3,3pp et l’investissement à hauteur de 1,8pp. En revanche, si la forte demande extérieure adressée à la Pologne, principalement dans l’UE, se matérialisait par une contribution positive des exportations nettes jusqu’en 2017, la tendance s’inverse désormais et la contribution des exportations nettes à la croissance a été négative à hauteur de -0,2pp en 2018. Le commerce extérieur a enregistré une progression dynamique en 2017 ; mais le rythme de progression des importations (+10%) est supérieur à celui des exportations (+9,5%). Cette tendance s’est poursuivie en 2018 même si le rythme de progression du commerce extérieur a ralenti (+6,3% pour les exportations et +7,1% pour les importations). En 2018, l’économie polonaise a été tirée principalement par les secteurs de la construction (+17,3%), de la finance et des assurances (+11,4% en g.a) et des transports (+9,3%) ; mais tous les secteurs contribuent à la croissance, qui apparait comme particulièrement équilibrée.

Sur le plan de la demande domestique, après une chute sévère en 2016 (-9,6%) et une stagnation en 2017 (+0,2%), les investissements publics sont, au quatrième trimestre 2017, repartis à la hausse à la faveur de la montée en régime des fonds européens (+3,4% en g.a). La reprise de l’investissement s’accélère en 2018, avec une hausse de 9,2% sur l’ensemble de l’année, tirée désormais par le secteur privé. Ceci est illustré par la forte croissance de l’investissement dans le secteur de la construction (+20,5% sur l’ensemble de l’année 2018), le commerce de détail (+23,4%) et les transports (+30,8%). Du côté des ménages, si l’effet de base lié au programme d’allocations familiales 500+ (500 zlotys par mois à partir du second enfant) se dissipe logiquement (mis en place le 1er avril 2016), les salaires en forte croissance réelle (+5,3% en 2018, soit la plus forte progression depuis 2008) et le moral des ménages ont pris le relais depuis 2017 (les dépenses de consommation finale augmentant de 4,4% en 2018) pour soutenir la croissance de la demande intérieure. Les ménages polonais ont par ailleurs une forte propension à la consommation et une faible propension à l’épargne (5%) ; toutefois ils se caractérisent par une forte tendance à l’investissement dans l’immobilier. Entre 2004 et 2018, le nombre de logements neufs vendus en Pologne a augmenté de 71% et le nombre de ventes réalisées par les promoteurs immobiliers a été multiplié par 4,6 d’après les données de l’Office statistique polonais.

La croissance de l’économie polonaise se poursuit depuis le début de l’année 2019, même si le rythme tend légèrement à ralentir comparé à 2017 et 2018. La croissance du PIB atteint 4,6% au premier semestre 2019 (respectivement 4,7% au premier et 4,5% au deuxième trimestre) et reste in fine tirée par la demande interne (contribuant à la croissance à hauteur de 4,25pp). Les exportations nettes ont aussi contribué à la croissance à hauteur de 0,35pp. La demande interne est soutenue principalement par les dépenses de consommation des ménages (+4,1% en g.a sur le premier semestre 2019 et contribuant à la croissance à hauteur de 2,45pp) et l’investissement dont la croissance s’accélère encore par rapport à 2018 (+10,5% en g.a sur le premier semestre 2019, contribuant à la croissance à hauteur de 1pp). Depuis le début de l’année 2019, l’activité apparait comme particulièrement équilibrée, puisque tous les secteurs ont contribué à la croissance à l’exception du secteur des technologies de l’information et de la communication (-0,3% en g.a). L’économie a été tirée principalement la finance et les assurances (+16,2% en g.a), les transports (+7,6%) et l’exploitation des minerais et carrières (+6,1%). Le troisième trimestre 2019 semble marquer un ralentissement un peu plus conséquent, la croissance atteignant 3,9% d’après les estimations préliminaires de l’Office statistique polonais. Le commerce extérieur devrait pénaliser la croissance à hauteur de 0,4pp sur l’ensemble de l’année 2019 d’après les estimations de la Commission européenne.

Un ralentissement devrait s’installer progressivement au cours des trimestres à venir, principalement en raison de l’amenuisement des effets de la politique budgétaire pro-cyclique et des incertitudes liées à l’environnement externe, principalement celle lié au Brexit prévue le 31 janvier 2020. La croissance de l’économie polonaise devrait rester tirée par la demande interne, l’élargissement du programme d’allocations familiales 500+ aux familles avec un seul enfant sans condition de revenu depuis le 1er juillet 2019 devrait soutenir les dépenses de consommation des ménages. La Commission européenne table dans ses prévisions d’automne 2019 sur une croissance de 4,1% en 2019 puis de 3,3% en 2020 et en 2021. Les autorités polonaises et notamment le Ministre des infrastructures et du développement Jerzy Kwiecinski estiment que la croissance peut se maintenir dans une fourchette de 4 à 5% par an à moyen et long termes[1]. Le FMI anticipe une décélération à 4% en 2019 puis à 3,1% en 2020, au-delà le rythme de croissance devrait converger vers 2,5% à l’horizon 2021-2024. Les dernières prévisions de la Banque mondiale publiées en octobre 2019 tablent sur une croissance de 4,3% en 2019, 3,6% en 2020 et 3,3% en 2021.

2. Une tendance à la sur-stimulation de l’économie polonaise.

2.1 L’économie polonaise présente quelques signes de «sur-stimulation»…

             L’économie polonaise enregistre actuellement une croissance supérieure à son potentiel depuis 2017 d’après les estimations de la Banque Centrale, après s’être contractée de 1,1% et 1,3% du PIB potentiel en 2015-2016, respectivement. La Pologne poursuit ainsi sa convergence avec les économies d’Europe occidentale, le PIB par habitant polonais atteignant en 2018, à parité de pouvoir d’achat, 71% de la moyenne européenne (soit une progression de 21pp depuis 2006, la meilleure progression parmi les PECB[2] à l’exception de la Lituanie).

Alors que l’économie polonaise est spontanément bien orientée, elle demeure «sur-stimulée» par une combinaison de divers facteurs: la pro-cyclicité de la politique budgétaire, la politique monétaire accommodante, l’environnement extérieur favorable, la reprise des transferts communautaires et l’accélération de la progression des salaires[3]. Signe d’une croissance économique s’établissant au-dessus de son potentiel, le taux de chômage (se chiffrant à 3,3% de la population active en septembre 2019 selon l’enquête sur les forces de travail[4]) se situe désormais au-dessous de son niveau d’équilibre (NAWRU estimé à 5,2% par la Banque centrale) et continue de fléchir, ce qui, conjointement avec l’apparition de pénuries de main d’œuvre dans certains secteurs, entraîne de fortes pressions à la hausse sur les salaires. La pression sur les salaires est susceptible de s’accroître dans les années à venir, d’autant que le taux de chômage devrait continuer de chuter progressivement (3,5% en 2019, 3,6% en 2020 et 3,5% en 2021 d’après les prévisions de la Commission européenne). Le taux d’emploi s’établit en 2018 à 72,2% de la population de 20 à 64 ans, soit une progression de 1,3 point de pourcentage par rapport à 2017, mais il reste néanmoins inférieur à la moyenne de l’UE (73,2% en 2018) car affecté par une imparfaite allocation des ressources humaines, la forte segmentation et la faible inclusion des femmes (dont le taux d’emploi atteint 65% en 2018, contre 79,4% pour les hommes) et des travailleurs les moins qualifiés. L’objectif de taux d’emploi fixé à 71% de la population active pour 2020 par la Commission européenne est désormais atteint.

Après deux années en zone négative  (2014-2015), le rythme de l’inflation s’est accéléré en 2017 (avec une moyenne 2,1% sur l’ensemble de l’année) et a atteint 2,6% en g.a en septembre 2019 (après un pic à 2,9% en rythme annuel en juillet et août 2019). L’inflation est actuellement alimentée par les prix de l’alimentation (+6,3% en g.a en septembre 2019), des services d’éducation (+4,4%) et des services de santé (+3,9%). L’inflation sous-jacente atteint 2,5% en g.a en septembre 2019 d’après les estimations de la Banque centrale polonaise. Après avoir atteint 1,2% en 2018, l’inflation devrait s’accélérer à 2,2% en 2019, 2,6% en 2020 et 2,5% en 2021 d’après les prévisions de la Commission européenne principalement en raison de la pression sur les salaires et de la hausse des prix de l’énergie.

 2.2… et pourrait continuer sur cette tendance au vu des orientations de politique économique.

Afin de rééquilibrer le tissu économique industriel et d’entreprises en général, dans un sens plus favorable aux acteurs nationaux[5], le Gouvernement a adopté un «Plan pour un développement responsable» qui comprend cinq piliers:

  • promouvoir une croissance de la production industrielle supérieure à celle du PIB et repositionnée dans la chaîne de valeur.
  • développer l’innovation des entreprises et augmenter les dépenses de R&D à 2% du PIB en 2020.
  • favoriser l’expansion à l’étranger via l’émergence de 400 à 500 PME/PMI exportatrices sur le modèle du Mittelstand allemand.
  • créer un fonds de développement polonais pour financer le développement économique.
  • équilibrer régionalement le développement économique et social.

Le coût du programme d’ici à 2030 est estimé à près de 1500 milliards PLN (350 milliards d’euros). Il vise à amener le PIB par habitant en Pologne en PPA dans une fourchette de 75 à 78% de la moyenne de l’UE à 28 en 2020, puis à 95% en 2030.

La bonne conjoncture économique et les mesures de lutte contre la fraude à la TVA[6] permettent au gouvernement de financer une politique sociale soutenue. Prévu à 2,94% du PIB, le déficit nominal des APU a ainsi atteint en 2017 seulement 1,5% après 2,4% en 2016. En 2018, le déficit public a été réduit à 0,2% du PIB, grâce à la lutte contre la fraude à la TVA (l’écart de TVA étant été ramené à 7,2%). Parmi les mesures sociales adoptées au cours des trois dernières années on notera :

  • Le programme 500+ lancé le 1er avril 2016 en vue d’augmenter la natalité en Pologne, avec le versement d’une allocation familiale de 500 PLN (116 euros) par mois par enfant à partir du deuxième enfant. Le programme 500+ a été élargi aux familles avec un seul enfant sans condition de revenu le 1er juillet 2019, ainsi qu’aux handicapés qui recevront une aide mensuelle de 500 PLN.
  • Le retour aux âges de départ à la retraite antérieurs à la réforme de 2012, soit 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes depuis le 1er octobre 2017.
  • Entre 2016 et 2019, le salaire minimum a été revalorisé de 21,6% en termes nominaux, passant de 1850 PLN à 2250 PLN (434 à 528 euros) bruts mensuels depuis le 1er janvier 2019. Un salaire minimum horaire a été instauré en 2017, celui-ci est fixé à 14,7 PLN (3,45 euros) bruts de l’heure depuis le 1er janvier 2019. Le salaire minimum sera revalorisé à 2600 PLN (600 euros) bruts mensuels et 17 PLN (3,92 euros) bruts de l’heure au 1er janvier 2020, soit une revalorisation de 15,5%[7].
  • La baisse de l’impôt sur le revenu pour les plus modestes avec le relèvement du seuil de l’exonération fiscale de 3100 à 8000 PLN au 1er janvier 2018.
  • Exemption fiscale pour les jeunes de moins de 26 ans et abaissement du taux d’imposition sur le revenu de 18% à 17% du revenu nets jusqu’à 85 528 PLN (20 000 euros) annuels à partir du 1er octobre 2019.
  • La «liquidation» des contrats de travail précaire.
  • La baisse de l’impôt sur les sociétés à 9% pour les PME.
  • Le versement d’un treizième versement de pension à tous les retraités, d’un montant de 1100 PLN (260 euros) en mai 2019, que le gouvernement envisage de renouveler chaque année.

Dans les mois à venir, le gouvernement polonais envisage, entre autres, d’introduire des subventions aux familles nombreuses pour la construction de logement, un nouveau plan de capitalisation des retraites et une restructuration du système de santé.

Les mesures sociales mises en place au cours des dix dernières années en Pologne ont tendance à réduire les inégalités et la pauvreté dans le pays, comme en témoigne la baisse de l’indice de Gini de 0,376 en 2004 à 0,285 en 2017. La part de la population vivant sous le seuil de pauvreté atteint 10,2% en 2016 (contre 12,2% en moyenne dans les pays de l’OCDE). Le taux de pauvreté des enfants atteint 9,3% en 2016 (contre une moyenne de 13,95% dans les pays de l’OCDE) et celui des personnes âgées (66 ans et plus) atteint 9,3% (contre une moyenne de 13,66% dans les pays de l’OCDE) en 2015. Les résultats d’une étude menée par Eurostat et publiée en octobre 2019 sur la pauvreté dans l’UE confirment cette tendance[8]. Le risque de pauvreté et d’exclusion sociale est ainsi mesuré sur la base de trois critères : risque de pauvreté après transferts sociaux (touchant 14,8% de la population en Pologne en 2018), la part des personnes en situation de privation matérielle sévère (4,7% en Pologne en 2018) et la part des personnes âgées de 0 à 59 ans vivant dans des ménages à très faible intensité de travail (5,6% en Pologne en 2018). Le taux de risque de pauvreté et d’exclusion sociale atteint ainsi 18,9% en 2018 contre 30,5% en 2008, soit un recul de 11,6pp en dix ans, ce qui constitue la baisse la plus rapide de toute l’Union européenne.

Conjuguée aux annonces de taxes sectorielles (banques, médias, distribution et immobilier commercial), la mise en œuvre du programme économique du Gouvernement pourrait avoir des incidences sur les facteurs de long terme de la croissance, à savoir l’investissement direct étranger en Pologne, élément important pour la R&D (1,03% du PIB en 2017). En vue de favoriser la R&D, le Gouvernement a instauré l’instrument fiscal « IP Box », soit la fiscalité préférentielle de 5% sur la commercialisation des solutions brevetées. Un comité interministériel Govtech, mené par le Ministère de l’entrepreneuriat et de la technologie, est désormais en charge de la mise en place de l’innovation dans l’administration. 

On notera par ailleurs que les entrées d’IDE ont augmentées de 45% en 2018 à 11,8 milliards d’euros, après avoir enregistré une forte baisse de 42% en 2017. La hausse des flux d’IDE entrants observés en 2018 confirme l’attractivité de l’économie polonaise, la Pologne ayant progressé au classement Doing-Business de la Banque Mondiale de la 55ème place en 2013 à la 40ème place en 2020[9].

3. Eléments structurels et démographiques de l’économie polonaise.

3.1 Un secteur bancaire rentable et bien capitalisé mais devant être restructuré.

           En matière financière, la Pologne, qui a su jouer de sa flexibilité monétaire afin d’amortir l’impact de la crise économique et financière (le zloty s’est déprécié de près de 30% début 2009), n’envisage plus d’adopter la monnaie unique européenne à horizon de temps prévisible, faisant notamment preuve d’une certaine réticence quant au passage par le mécanisme de taux de change européen (MCE II). La Banque centrale, qui n’a pas modifié son taux directeur maintenu à un étiage historique de 1,50% depuis mars 2015, a su garantir la stabilité des prix en dépit de la croissance économique, bien que le niveau de l’inflation se situe au cours des cinq dernières années le plus souvent en-dessous de la cible d’inflation de 2,5% et de la fourchette de variation de plus ou moins 1 point fixée par la Banque. Le Gouverneur de la Banque Centrale (NBP) Adam Glapinski estime que le zloty constitue une sécurité pour la Pologne en cas de crise économique mondiale ; l’économie polonaise resterait compétitive même en étant membre de la zone euro mais son rythme de croissance risquerait de diminuer[10].

Plusieurs développements apparus au cours des dernières années (tels que l'introduction en 2016 d'une taxe sur le secteur bancaire de 0,44% sur les actifs hors titres de l'État polonais, l'augmentation des contributions au Fonds de garantie bancaire et l’obligation pour les banques de restituer leurs marges de change) pourraient affaiblir le secteur bancaire polonais tandis que le mode de résolution des encours de crédits immobiliers en francs suisses n’a pas encore été entièrement arrêté. Si à ce stade, ces effets pervers ne se sont pas matérialisés, la dynamique de distribution du crédit demeurant favorable, le secteur bancaire affiche un recul important de son bénéfice net consolidé en 2017 (-8,7%), malgré les fortes croissances des revenus nets d’intérêts (+9,2%) et des commissions nettes (+7,6%), ceci en raison d’un effet de base défavorable en 2016[11] et de la hausse des contributions au Fonds de garantie bancaire. Le profit total du secteur bancaire polonais est ensuite reparti à la hausse en 2018, affichant une croissance de 7,5%, principalement obtenue par la hausse du profit des banques commerciales (+9,7% par rapport à 2017). Sur les neuf premiers mois de l’année 2019, le profit cumulé du secteur bancaire polonais affiche une modeste hausse de 2,9% en rythme annuel, tendance principalement imputable à la hausse conséquente des cotisations des banques au Fonds de garantie des dépôts (BFG) depuis le 1er janvier 2019. Depuis 2013, l’octroi de prêts en devises est quasiment impossible pour les ménages, la directive S de l’Autorité de supervision financière (KNF) ne permettant que l’octroi de prêts dans la devise où le client perçoit la majorité de ses revenus. Un projet de loi sur la restructuration des prêts en devises (principalement en francs suisses) a été adopté par le Parlement polonais le 11 juillet 2019 ; les conséquences pour les banques françaises resteraient limitées. Ainsi, le système bancaire reste attractif pour les investisseurs internationaux, notamment les groupes bancaires français, qui devraient intervenir dans la consolidation du secteur (cf. achat Raiffensen bank Poland par BNP Paribas, par exemple).

Il convient toutefois de maintenir sous observation la situation particulièrement délicate née du scandale dit de la KNF (cf. annexe1). Le Président de l’Autorité de supervision financière (KNF) a démissionné le 13 novembre 2018, accusé de corruption après la publication d’une conversation dans la presse avec l’actionnaire de la Noble Bank. L’affaire est désormais confiée au procureur de la région de Katowice et dans le même temps, le parquet de Szczecin a procédé à une autre série d’interpellations d’anciens fonctionnaires de la KNF début décembre 2018. Cette série d’interpellations intervient dans le cadre d’une enquête sur les irrégularités ayant entrainé des difficultés financières de la caisse coopérative d’épargne et de crédit SKOK Wołomin et de la faillite de celle-ci en 2014 ; les personnes placées en garde à vue ont finalement été relâchées dès le lendemain. Des conséquences sont également constatées sur la Banque centrale et ses dirigeants.   

3.2 Une situation favorable des finances publiques, au moins à court et moyen termes.

La soutenabilité des finances publiques à court et moyen termes semble assurée en Pologne. La dette publique s’établit fin 2017 à 50,6% du PIB et 48,9% fin 2018, en nette baisse (54,2% fin 2016). La Commission européenne table sur une réduction de la dette publique à 47,4% en 2019, 45,5% en 2020 et 44,3% en 2021. Le déficit public a été réduit de 2,2% du PIB en 2016 à 1,5% en 2017 puis à 0,2% en 2018 (soit le plus bas niveau enregistré depuis l’adhésion de la Pologne à l’UE en 2004); la Commission européenne prévoit une stabilisation du déficit public à 1% du PIB pour 2019, 0,2% pour 2020 et 0,9% pour 2021. La stabilité des finances publiques est confirmée par les principales agences de notation qui classent la Pologne comme suit : Fitch A- (orientation stable), Moody’s A2 (orientation stable), S&P A- (orientation stable) au 20 novembre 2019.

Les orientations favorables à court terme (amélioration des finances publiques sur fond d’un meilleur recouvrement des recettes fiscales, notamment de TVA ainsi que l’accroissement continu des dépenses de consommation des ménages), ont un caractère conjoncturel et devraient être assorties d’une constitution de marges budgétaires contra-cyclique utiles tant dans un scénario de retournement de cycle, dont la probabilité d’occurrence se renforce chaque jour, que sur le long terme.

Avec une position extérieure nette passée de -64% en 2014 à -58% du PIB en 2017, la Pologne a progressivement réduit sa vulnérabilité extérieure. Depuis 2015, les réserves de change (à quelques 103,5 milliards d’euros fin septembre 2019) se situent ainsi à des niveaux élevés, couvrant les besoins de financement extérieur bruts sur une année. Ces points positifs n’empêchent pas une dépréciation tendancielle de la devise (cours EUR/PLN 4,208 au 31/03/2018, 4,363 au 30/06/2018, 4,279 au 30/09/2018, 4,289 au 31/12/2018, 4,303 au 31/03/2019, 4,2423 au 30/06/2019 et 4,3698 au 30/09/2019).

3.3 Une évolution démographique défavorable.

La bonne performance économique et la croissance continue depuis 1992 ne sauraient occulter l’évolution défavorable que constitue le déclin démographique. Si la population est restée quasiment stable autour de 38 millions d’habitants depuis 1990, c’est l’immigration qui a fortement compensé le solde démographique naturel négatif. La Pologne a notamment accueilli plus d’un million et demi de ressortissants ukrainiens depuis la crise ukrainienne de 2014. L’indice synthétique de fécondité s’établit à 1,48 enfant par femme en 2017 (+0,09 par rapport à 2016), soit l’un des plus faibles de l’Union européenne. Le léger rebond de la natalité observé en 2017 reste à confirmer : 382 000 naissances ont été enregistrées en 2016 (soit 13 000 de plus qu’en 2015) et 402 200 naissances ont été enregistrées en 2017 (soit 20 000 de plus qu’en 2016), avant que le nombre de naissances ne rechute à 387 900 en 2018. L’impact du programme 500+ sur la démographie est donc actuellement très limité et même difficile à avérer. Les dernières prévisions démographiques tablent sur une baisse de la population à 36 millions d’habitants en 2050 (soit une baisse de la population actuelle de 2,8 millions d’habitants); les personnes âgées de plus de 65 ans représenteront alors plus de 20% de la population polonaise (contre 15% actuellement). D’ici à 2040, l’âge moyen de la population polonaise devrait augmenter de dix ans. Cette évolution fait peser le risque d’une dépréciation régulière de la valeur des actifs, tant réels que financiers, et les effets de richesse négatifs associés.

Il conviendra dans ce cadre de surveiller les effets des mesures économiques récentes (allocations familiales, abaissement de l’âge de la retraite) ; leur caractère potentiellement « désincitatif » pourrait renforcer les conséquences de la hausse continue de l’âge moyen de la population active sur la croissance potentielle de l’économie polonaise, et partant, sur  les finances publiques, alors que le Fonds des retraites est déficitaire. A plus long terme, la pression exercée sur la valorisation des pensions de retraite constituera un risque budgétaire au regard de la trajectoire fortement décroissante du ratio de remplacement de la population active (de 50% à 30% d’ici à 2040). L’abaissement de l’âge légal de la retraite depuis le 1er octobre 2017 aura un coût à long terme estimé à 35 milliards PLN (8,1 milliards d’euros) par an, soit 1,7% du PIB et pourrait également peser sur les finances publiques en cas d’un ralentissement marqué de la croissance.

Conclusion: Si l’économie polonaise bénéficie actuellement d’une combinaison de facteurs favorables à la croissance, et en tout cas lui procurent une relative insensibilisation au ralentissement économique mondial, elle pourrait subir une diminution de son potentiel à moyen et long termes en raison de perspectives démographiques négatives et de sa dépendance aux apports de fonds extérieurs dont les montants publics (fonds UE en repli après 2020 au titre des fonds structurels[12]). Les recommandations des Institutions internationales sur le plan des finances publiques, insistent sur la nécessité de constituer des réserves budgétaires afin de réduire la vulnérabilité du budget aux futurs chocs exogènes et, d’autre part, se préparer à couvrir le coût futur du vieillissement de la population active. Les dépenses de recherche et développement atteignent seulement 1,03% du PIB en 2017, soit un niveau bien inférieur à celui de la France (2,25% du PIB), de l’Allemagne (3,02% du PIB) et de la cible de 1,7% fixé par la Commission européenne comme objectif pour 2020. L’économie polonaise est caractérisée encore par des activités industrielles à faible productivité ; le nombre de brevets déposés par million d’habitants était de 18 en 2017, alors qu’il atteint 228 en Allemagne et 142 en France. La hausse de la productivité et de l’innovation, permettant de faire face au coût du déclin démographique et de dépasser la frontière technologique, sera le principal défi que l’économie polonaise devra relever à moyen et long termes afin d’éviter de tomber dans le « piège du revenu intermédiaire », à l’heure où l’automatisation et l’intelligence artificielle pourraient permettre un rapatriement des unités industrielles dans les pays de l’Ouest donneurs d’ordres.


 

[2] Ici est sous-entendu les Etats couverts par le Service économique régional de Varsovie (Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Lituanie, Lettonie et Estonie).

[3] Sur l’ensemble de l’année 2018, la croissance des salaires nominaux atteint 7,1% en g.a, soit l’un des plus rapides niveaux de croissance des salaires enregistré depuis 2008. Le salaire brut moyen dans le secteur privé s’établit à 4852 PLN mensuels (1128 euros) sur l’ensemble de l’année 2018 et corrigée de l’inflation (1,2% en 2018), la hausse des salaires atteint 5,9% en termes réels. La croissance des salaires se poursuit en septembre 2019 à 6,6% en g.a en termes nominaux (4% en termes réels), le salaire moyen atteignant 5085 PLN (1185 euros) bruts mensuels.

[4] Taux de chômage harmonisé de l’UE calculé par Eurostat sur la base des résultats trimestriels de l’enquête, en ligne avec la définition du BIT et du taux de chômage enregistré mensuellement.

[5] Les entreprises étrangères contrôlent près de 30% de l’économie polonaise (54% de l’industrie manufacturière), contribuent pour plus d’un tiers au PIB polonais (47% de la VA dans l’industrie manufacturière) et réalisent près de la moitié du commerce extérieur (63% dans l’industrie manufacturière).

[6] Un certain nombre de réformes visant à resserrer le système fiscal en vue de lutter contre la fraude fiscale ont donc été entreprises depuis 2016, dont l’introduction, à l’instar de la France, d’un dépôt électronique obligatoire pour les entreprises s’acquittant de la TVA, l’obligation de déclaration à une fréquence mensuelle, le contrôle accru des produits d’accise ainsi que le renforcement des sanctions financières et pénales. En conséquence des mesures prises, les recettes de TVA ont augmenté de 30 milliards de PLN (7,1 milliards d’euros) entre 2016 et 2017. L’écart de TVA atteignait 14% fin 2017, soit une baisse de 10 points de pourcentage par rapport à 2016, soit la plus forte baisse observée dans l’UE en 2017. La lutte contre la fraude fiscale devrait se poursuivre en s’appuyant sur les mécanismes JPK (fichier fiscal unique) et split payment. Fin 2018, l’écart de TVA a été ramené à 7,2% et ne représente plus que 13,8 milliards PLN (3,21 milliards d’euros).

[7] Le salaire minimum pourrait ensuite être porté à 3000 PLN (691 euros) bruts mensuels au 1er janvier 2021 puis à 4000 PLN (932 euros) bruts mensuels en 2024.

[8] Etude publiée par Eurostat le 16 octobre 2019 à la veille de la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté le 17 octobre 2019. Eurostat fixe le seuil de pauvreté monétaire en 2018 à 16 790 PLN (3911 euros) annuels pour un adulte seul et à 35 260 PLN (8213 euros) annuels pour un ménages de deux adultes et deux enfants de moins de 14 ans.

[9] Le classement 2019 a été publié le 24 octobre 2019.

[10] Déclaration d’Adam Glapinski au Congrès économique Rzeszów 590 le 15 novembre 2018.

[11] qui avait connu un profit exceptionnel de 2016 en lien avec la cession par les banques européennes de Visa Europe à Visa Inc.

[12] Le budget prévisionnel pour la campagne des fonds 2021-2027, présenté par la Commission européenne fin mai 2018 laisse envisager une baisse d’environ 15,5% des fonds des européens alloués à la Pologne (72,724 milliards d’euros en prix courants sur l’ensemble de la période), comparé à la campagne 2014-2020 (où la Pologne aura reçu globalement 86,111 milliards d’euros en tant que premier bénéficiaire net du budget de l’Union européenne).

 

Indicateurs clés de l'économie polonaise

 

2017

2018

2019p

2020 p

2021 p

Macroéconomie

PIB réel (M€ en volumes chaînés de 2010)

451 509,6

477 013,8

 

 

 

 Variation du PIB réel

4,8

5,1

4,1

3,3

3,3

 Contributions : - Demande intérieure

3,8

4,7

4,7

3,8

3,5

                            - Variation de stocks

0,8

0,4

-0,2

0,0

0,0

                            - Exportations nettes

0,2

0,0

-0,4

-0,5

-0,2

PIB réel par habitant (€)

12 200,0

12 900,0

 

 

 

Consommat. privée (variation annuelle)

4,5

4,2

4,0

3,8

3,4

Investissement brut (variation annuelle)

4,0

8,9

8,0

3,3

3,5

Prix

Inflation (variation annuelle)

1,6

1,2

2,2

2,6

2,5

Inflation sous-jacente (variation annuelle)

0,7

0,8

1,9

2,3

2,1

Emploi

Taux de chômage (EFT)

4,9

3,9

3,5

3,6

3,5

 des 15-25 ans

14,6

11,7

 

 

 

Taux d'emploi (% pop 20-64 ans)

70,9

72,2

 

 

 

Taux de participation (% pop 20-64 ans)

74,5

75,6

 

 

 

Salaire mensuel moyen brut (secteur privé)

4 530 zl

4 852 zl

 

 

 

 Variation nominale

5,9

7,1

7,1 c

 

 

 Variation réelle

4,1

5,9

4,9

 

 

Productivité du travail (variation annuelle)

2,2

2,9

2,9 c

 

 

Extérieur

Balance commerciale (% PIB)

0,3

-1,0

-1,2

-1,6

-1,7

 Exportations (variation annuelle)

9,5

7,0

4,8

4,4

4,7

 Importations (variation annuelle)

9,8

7,6

5,9

5,6

5,4

Compte courant (% PIB)

0,2

-0,4

-0,4

-0,4

-0,1

Capacité de financement (% PIB)

1,1

1,3

1,3

1,2

1,4

Finances publiques

Solde public (% PIB)

-1,5

-0,2

-1,0

-0,2

-0,9

Solde structurel (% PIB potentiel)

-1,9

-1,4

-2,2

-1,9

-1,5

Dette publique (% PIB)

50,6

48,9

47,4

45,4

44,3

e/p Estimations/Prévisions de la Commission européenne ; c Prévisions de la NBP

Sources : Eurostat, NBP ; calculs DG Trésor (SER de Varsovie)

 

 

 

 



 

4,8

5,1

4,1

3,3

3,3

3,8

4,7

4,7

3,8

3,5

0,8

0,4

-0,2

0,0

0,0

0,3

0,0

-0,4

-0,5

-0,2

12 200,0

12 900,0 

 

 

 

4,5

4,2

4,0

3,8

3,4

4,0

8,9

8,0

3,3

3,5

0,3

9,5

9,8

0,2

1,1

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