Relations économiques entre la France et la Pologne

Résumé : Avec des échanges commerciaux d’un montant de 19,15 Md EUR en hausse de 11,8% en 2017 et un déficit bilatéral se maintenant en dessous du milliard d’euros, la France constitue le cinquième partenaire commercial de la Pologne. En 2017, les importations en France de produits polonais progressaient de 11,1% à 10,07 Md EUR (+970 M EUR), alors que nos exportations vers la Pologne ont augmenté de 12,5 % à 9,09 Md EUR (+890 M EUR). En termes d’IDE, la France est présente au travers de près de 1.300 entreprises, PME et grands groupes, notamment dans les secteurs des télécoms, de l’énergie, de la distribution et de la banque, qui emploient près de 200.000 personnes (troisième employeur étranger) : la France se place ainsi au quatrième rang des investisseurs étrangers en Pologne (près de 18 Md EUR de stock d’investissements en 2016) et au troisième rang par la capitalisation financière (près de 7 Md EUR d’actifs contrôlés par des entités françaises). En retraitant les flux d’IDE qui transitent par les Pays-Bas et le Luxembourg, la France se place au deuxième rang des investisseurs derrière l’Allemagne (17%) et ex-aequo avec les Etats-Unis avec une part de 11%.

          1. Commerce de marchandises

Dans un contexte de croissance continue d’échanges bilatéraux qui ont, l’année dernière, atteint un nouveau pic historique de 19,15 Md EUR[1] (+11,8%), le solde des échanges de biens en 2017 laisse apparaître un déficit de 986 M EUR, en augmentation par rapport à 2016 (+ 71 M EUR), année où le déficit s’était résorbé en raison d’un effet de pays tiers lié au tabac.

Avec 9,12 Md EUR d’exportations de produits français en Pologne, en hausse de 11% (+895 M EUR) en euros constants et en g.a., la France était le cinquième fournisseur de la Pologne en 2017; elle représentait 3,9% des importations polonaises, derrière l’Allemagne (23,4%), la Chine (12,1%), la Russie (5,8%) et l’Italie (5,3%) mais devant les Pays-Bas (3,8%), la République tchèque (3,6%), les Etats-Unis (2,8%), la Belgique et le Royaume-Uni (2,6%). La Pologne était le dixième client français derrière l’Allemagne, l’Espagne, les Etats-Unis, l’Italie, le Royaume-Uni, la Belgique, la Chine, les Pays-Bas, la Suisse, mais devant, désormais, la Turquie, le Japon, Singapour et  l’Algérie ; elle représentait, en 2017, 1,9% de nos exportations (FAB).

Avec 10,11 Md EUR d’importations de produits polonais en France, en hausse de 10,6% (+970 M EUR) en euros constants et en g.a., la France était le quatrième client polonais à l’exportation en 2016 ; elle représentait 5,5% de l’ensemble des exportations polonaises, derrière l’Allemagne (27,3%), la République tchèque et la Grande-Bretagne (6,6%) mais devant l’Italie (4,8%), les Pays-Bas (4,5%) ainsi que la Suède (2,9%) et la Russie (2,8%). La Pologne était le dixième fournisseur de la France derrière l’Allemagne, la Chine, l’Italie, les Etats-Unis, la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suisse, mais devant le Japon (qui passe derrière la Pologne en 2017) Turquie, l’Irlande et la République tchèque. Elle représentait, en 2017, 1,9% de nos importations (CAF).

Les échanges franco-polonais concourraient à hauteur de 4,7% du volume des échanges extérieurs polonais, faisant de la France le cinquième partenaire de la Pologne derrière l’Allemagne (25,4%), la Chine (6,5%), la République tchèque et l’Italie (5,1%) mais devant le Royaume-Uni (4,6%), la Russie (4,3%) et les Pays-Bas (4,2%). Du point de vue français, les échanges avec la Pologne s’élevaient à 1,9% des échanges extérieurs français, faisant de la Pologne notre dixième partenaire.

Les trois postes industriels les plus importants s’illustraient par leur dynamisme l’année dernière : au sein du secteur des matériels de transport, les exportations de véhicules automobiles, sans compter les équipements et accessoires, se sont accrues de près de 18% et restent le premier poste d’exportation vers la Pologne. Les produits chimiques et cosmétiques français, désormais deuxième poste d’exportations vers la Pologne, ont progressé de 9,2%, tandis que les machines industrielles et agricoles demeurent le troisième domaine d’exportations vers la Pologne, en hausse de 5,2%. Notons par ailleurs la forte hausse des exportations de produits informatiques, électroniques et optiques (+25,2%). Ce poste d’exportation devient donc le quatrième le plus important.

La composition des importations de biens polonais en France continue d’épouser la force productive des filiales polonaises d’entreprises françaises, notamment dans l’équipement automobile et pneumatique, les industries agroalimentaires (viandes de volailles) ainsi que dans le secteur des appareils électriques et ménagers. Il convient également de souligner la forte hausse des importations de produits pharmaceutiques depuis la Pologne en 2017 (+47,4%).

Si l’enregistrement d’un déficit peut s'expliquer par un différentiel de conjoncture depuis 2009, les nombreuses implantations de groupes industriels français en Pologne, y trouvant des coûts de production plus modérés que dans leur pays d'origine, contribuent à la détérioration du solde bilatéral eu égard aux secteurs clés de la Pologne à l'export (équipements automobiles, produits de volaille, appareils électroménagers).

           2. Investissements directs français en Pologne

D’après les données de la Banque centrale polonaise (NBP), la France a été, en 2017, à l’origine d’un flux d’IDE net négatif de 912,9 M EUR[2] (après un flux positif de 1494,3 M EUR en 2016) en raison d’un net recul des instruments de dette en provenance de l’étranger (- 1169,4 M EUR) et des nouveaux investissements en capitaux propres (- 595,5 M EUR), en dépit du fait que les bénéfices réinvestis demeurent consistants (852 M EUR). Les flux d’IDE en 2017 ont été dominés par l’Allemagne (37%), le Luxembourg (35,8%), Chypre (15,7%), suivis de l’Autriche (14,4%), la Hongrie (11%) et la République tchèque (7,9%). Les IDE en provenance du Luxembourg constituaient, également, la plus grande partie des investissements en capitaux propres (2621,9 M EUR), d’importants désinvestissements ayant, en contrepartie, été réalisés de la part des néerlandais (-3195,1 M EUR) et des Italiens (-2457 M EUR).

Le stock d’IDE français s’élevait en 2017 à 17,94 Md EUR (soit 9% du total des IDE étrangers en Pologne), un repli de 232,7 M EUR par rapport à 2016 dû à une baisse des prêts nets (-1279,1 M EUR) malgré une nette hausse des engagements en capital (+1046,4 M EUR). La France apparaît ainsi au quatrième rang des principaux investisseurs directs étrangers, devancée par les Pays-Bas (19,2% du total), l’Allemagne (17,6%) et le Luxembourg (13,9%), tandis qu’elle distançait nettement l’Espagne (6,1%), le Royaume-Uni (4,9%), l’Autriche (4,3%), Chypre (3,6%) et la Belgique (3,2%). Le stock français se différencie, au sein des principaux investisseurs, par une proportion d’instruments de créance nettement supérieure (42,3% du total) à celle de ses concurrents (23,4% du total des IDE en Pologne) : 10,35 Md EUR sont ainsi entrés en Pologne sous forme de capitaux propres (quatrième position mondiale) et 7,59 Md EUR sous forme de titres de créance (première position mondiale). Cette singularité traduit la forte concentration des IDE français dans les secteurs des services (TIC, immobilier) et de la construction, qui nécessite moins de réinvestissement de bénéfices dans les outils productifs que l’industrie. Par rapport à 2016, la position des IDE français s’est de nouveau contractée (-1,28%), comme entre 2015 et 2016 (-1,02%) mais marginalement en comparaison avec 2014-2015 (le stock était, à l’époque, passé de 19,73 fin 2014 à 17,9 Md EUR fin 2015, soit une chute de 8,9% sur la période[3] après une forte hausse enregistrée en 2014[4]). La réduction du stock d’investissements français entre 2016 et 2017 se distingue des trois autres principaux pays d’origine des IDE (Pays-Bas, Allemagne et Luxembourg), qui voient leurs positions progresser respectivement de 10,1%, 17,2% et 21,2%.

Il convient, toutefois, de relativiser l’importance du classement des investisseurs étrangers en raison des flux indirects qui transitent par les Pays-Bas, le Luxembourg et Chypre, lorsque l’on tient compte de la présence de sièges sociaux et/ou d’holdings dans les pays susnommés, tels que Gemalto et Unibail-Rodamco[5]. Le transit d’une partie des flux d’IDE français et allemands via les Pays-Bas et le Luxembourg placerait la France, avec une part de 11%, au deuxième rang des investisseurs étrangers derrière l’Allemagne (17%) et ex-aequo avec les Etats-Unis pour l’année 2016. Notons toutefois que la cession des actifs stratégiques d’Engie et surtout d’EDF (cette dernière a été conclue fin 2017 pour un montant de 1 Md EUR) affectera, cette année, la valeur du stock des IDE français, qui pourrait, toutefois, être refluée par la reprise de GM Europe (qui possède deux usines en Pologne) par PSA.

Les IDE français en Pologne ont généré 1,25 Md EUR de revenus d’investissements, dont 563,9 M EUR sous forme de dividendes, 334,6 M EUR sous forme de bénéfices réinvestis et 347 M EUR sous forme d’intérêts. Sans surprise et à l’instar de ses investissements directs, la France se situe au quatrième rang en termes de revenus d’investissements et au septième rang en termes de bénéfices réinvestis (après l’Italie, la Suisse et la Suède). En raison de la moindre exigence en investissements matériels des secteurs des services (en particulier, l’immobilier, la finance et l’assurance) et de la construction, prédominant parmi les implantations françaises en Pologne, les bénéfices réinvestis représentent une part moindre que les dividendes (26,9% contre 45,3%).

Selon les chiffres de la Banque de France, les flux d’IDE français ont atteint 149 M EUR, les bénéfices réinvestis (1,05 Md EUR) compensant les probables arrivées à échéance des prêts intragroupe (-948 M EUR), alors que les investissements en capital social sont quasiment nuls (50 M EUR). En termes de stocks, si la position d’IDE français en Pologne est passée de 12,7 Md EUR en 2013 à 16,1 Md EUR en 2015 à la faveur d’instruments de créance (+65%), on relève un léger reflux en 2016 à 15,64 Md EUR (-423 M EUR, soit -2,6%), bien que les capitaux propres français aient progressé à 10,7 Md EUR (+573 M EUR, soit +5,7%). Notons que, par ailleurs, les données de la Banque centrale française font état d’une forte propension des investisseurs français à réinvestir leurs bénéfices (55,8%).

        3. Présence française en Pologne

L’institut statistique polonais (le GUS) faisait état pour 2016 de 1.227 entreprises contrôlées en partie par des entités françaises, avec des actifs estimés à 28,7 Mds PLN (6,8 Md EUR, soit 14,4% du total des actifs étrangers), dont 85% contrôlées majoritairement par des groupes français. Par capitalisation, la France est ainsi le troisième acteur étranger en Pologne en 2016 (deuxième en 2013) derrière les Pays-Bas (10,4 Md EUR, soit 21,9%) et l’Allemagne (8,3 Md EUR, soit 17,5%). Si les filiales ayant un capital supérieur à 1 M USD ne représentaient qu’un quart de l’ensemble des filiales polonaises, elles absorbaient près de 98,8% du capital français en Pologne. Selon le GUS, elles concentraient l’essentiel de leurs actifs dans le secteur des télécoms, qui représentait, en raison du poids d’Orange Polska, 46,1% du capital filiales françaises.

Si elle se distingue, également, par sa présence dans les secteurs de la distribution et de l’énergie, qui représentaient 17,3% et 8,8% du total des actifs des filiales (chiffre attendu en baisse suite aux cessions d’EDF et Engie), respectivement, la France se caractérise, malgré d’importants investissements dans ce secteur, par un investissement manufacturier sensiblement plus limité (16,1 % du total) que l’Allemagne et les Pays-Bas, dont près d’un tiers des actifs étaient représentés par des entreprises manufacturières.

Avec 30,2 Md EUR de chiffre d’affaires cumulés, les entreprises françaises se positionnaient en 2015 à la troisième place derrière l’Allemagne (58,3 Md EUR) et les Etats-Unis (35,5 Md EUR), selon les données IFATS d’Eurostat.  Toujours selon Eurostat, la France, avec 179.123 employés (plus de 200.000 selon les estimations de la CCIFP), apparaît comme le troisième employeur après l’Allemagne (329.767 employés) et les Etats-Unis (196.664). Le secteur de la distribution affiche les plus grands effectifs (Auchan : 21.000 et Carrefour : 16.000) devant le numéro 1 des télécoms, Orange (16.955).

Il convient, par ailleurs, de rappeler qu’au-delà des simples flux d’IDE, la France est également présente en Pologne par le truchement de son secteur bancaire, dont la position vis-à-vis des contreparties résidentes était, au 3e trimestre 2017, estimée à 39 Md USD, faisant d’elle la troisième nationalité bancaire[6] (après l’Allemagne, et l’Espagne et devant les Pays-Bas et l’Autriche) selon les chiffres de la Banque des Règlements Internationaux.

Conclusion :

A l’aune de la résilience puis du redémarrage de l’économie polonaise, qui a renoué en 2014 avec une croissance de 3,3%, puis de 3,8% en 2015, 2,9% en 2016 et 4,8% en 2017, les investissements français en Pologne (que l’on pourrait restreindre aux seuls capitaux propres estimés à 10,35 Md EUR) reflètent, de manière plus générale, le positionnement stratégique du marché polonais au sein de la chaîne de production centre-européenne, la compétitivité-coût du marché polonais par rapport à ses partenaires européens, la stabilité de l’environnement institutionnel et réglementaire[7], jusqu’à présent favorable à l’investissement étranger en dépit de restrictions ponctuelles dans certains secteurs d’activité (médias, transports aériens, secteur bancaire), mais aussi, de manière croissante, le fort potentiel du marché intérieur. La Pologne se situait ainsi en 2016 au 15e rang des destinations privilégiées pour les IDE français, dominées par la Belgique, le Luxembourg, l’Italie, les Pays-Bas, la Suisse et l’Irlande, pays connus pour le transit de capitaux intragroupe.


 

[1] Les données proviennent, sauf indication contraire, des douanes françaises.

[2] Il convient de noter que les flux d’IDE entrants en Pologne ont baissé de près de 42% en 2017 comparé à 2016 (atteignant au total 8,148 milliards d’euros), d’après les chiffres publiées par la NBP le 11 octobre 2018.

[3] L’ensemble des IDE étrangers en Pologne avaient, en 2015, été réduits de 4% à 167,09 Mds €, ce à quoi le recul de la position française avait contribué, tout de même, pour un peu plus d’un quart.

[4] Outre le rachat – suivi de la finalisation de la fusion en début d’année 2015 pour former une entité regroupant 4% des actifs du secteur bancaire – de 90 % du capital de la banque BGŻ par le groupe BNP en 2014, les groupes Axa et Auchan avaient acquis les branches polonaises de BRE Assurance (filiale de l’allemand mBank) et de Real, la première portant initialement sur un montant de 570 M PLN (136 M €) tandis que la seconde, annoncée dès 2012, s’inscrivait dans le cadre du rachat, pour 1,1 Md €, de 91 hypermarchés en Pologne, Russie, Roumanie et Ukraine.

[5] Implantée aux Pays-Bas, la société d’investissement immobilier cotée (SIIC) possède notamment quatre centres commerciaux en Pologne, dont le parc est évalué à 2-3 Md €.

[6] L’Italie était 2e jusqu’à la cession de la filiale polonaise d’Unicredit, Pekao, intervenue fin 2016.

[7] On notera, cependant, l’adoption, à l’été 2015, d’une loi sur le contrôle des investissements stratégiques octroyant à l’Etat le droit de bloquer l’acquisition de 20% des actions de sociétés opérant dans des secteurs d’activité jugés stratégiques (énergie, défense, télécommunications pour l’essentiel).

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