Situation économique et financière en 2024

L’économie des Philippines affiche une croissance soutenue ces dernières années, avec une progression du PIB oscillant entre 5% et 7% en moyenne sur la dernière décennie. Actuellement quatrième économie de l’ASEAN, elle est en passe de devenir la deuxième d’ici 2028 (FMI). Cette dynamique de croissance repose principalement sur la consommation des ménages (73% du PIB), soutenue par les transferts de fonds des Philippins de l’étranger (8,3% du PIB), ainsi que sur le dynamisme du secteur des services (61% du PIB), en particulier l’externalisation des processus métiers (IT-BPO). Toutefois, cette croissance reste fragilisée par la double dépendance du pays aux importations alimentaires et énergétiques, ainsi que par une base industrielle limitée, freinant son insertion dans les chaînes de valeur mondiales. Par ailleurs, le pays peine à attirer les investissements étrangers, en raison d’un cadre réglementaire complexe et d’infrastructures insuffisantes. La dépendance du pays aux flux extérieurs, tant monétaires (remittances) que commerciaux, renforce sa vulnérabilité aux chocs exogènes, notamment géopolitiques. À cette vulnérabilité structurelle s’ajoute un risque climatique particulièrement élevé : du fait d’une forte exposition aux aléas naturels et de capacités d’adaptation encore limitées, les Philippines figurent à la première place du World Risk Index.
1. Le maintien d’une croissance rapide mais légèrement en deçà des prévisions renforce les caractéristiques d’une économie atypique en Asie du Sud-Est

La croissance rapide du PIB en 2024 (+5,6%), globalement au même niveau qu’en 2023 (+5,5%), est en en deça des objectifs du gouvernement et des projections des instuitutions multilatérales (6% à 6,5%). L’économie philippine, avec 470 Md USD, reste la quatrième de l’ASEAN mais devrait devenir la seconde dès 2028 avec des prévisions de croissance de 6,0 à 6,5% par an.

La croissance 2024 repose sur une accélération de l’investissement (+7,5% contre +5,9% en 2023) et des dépenses publiques (+7,2% contre +0,6%) atténuée par la dynamique plus faible de la consommation des ménages (+4,8% contre +5,6% en 2023) et l’aggravation du déficit commercial (-3,1% à -54,2 md USD) avec un recul des exportations (-0,5% à 73,2 Md USD) et une hausse des importations (+1% à 127,4 Md USD)1.

La croissance continue à reposer largement sur la consommation des ménages, qui représente 72,5% du PIB et contribue à hauteur de 3,5 points de croissance PIB, et dans une moindre mesure sur la formation brute de capital (1,8 points) et les dépenses publiques (1,0 point) avec une contribution négative du commerce extérieur (-13,2% du PIB) en raison de son déficit structurel. Les services, qui représente 62,9% du PIB, ont contribué à hauteur de 4,2 points de croissance (+6,7%)2, l’industrie (29,1% du PIB) à hauteur de 1,6 points (+5,6%) et l’agriculture (8,0% du PIB) à -0,13 points en raison de la diminution de la production agricole (-1,6%)3 avec la multiplication des catastrophes naturelles4 .

2. La maitrise de l’inflation en 2024 vient conforter les fondamentaux macroéconomique des Philippines

L’inflation, qui avait accélérée en 2023 (+6,0%), a nettement ralenti en 2024 (+3,2% dans la cible de la Banque centrale de 2-4%) sous l’effet d’une politique monétaire restrictive (le taux directeur de la Banque centrale a augmenté de 450 points de base entre mai 2022 et octobre 2023 à 6,5% niveau le plus élevé depuis 16 ans5). L’assouplissement de la politique monétaire depuis le mois d’août 2024 (avec trois baisses successives du taux directeur de -25 pdb en août, octobre et décembre) devrait se poursuivre en 20256.

La diminution du déficit budgétaire de 6,2% à 5,7% du PIB (-26,3 Md USD) a été permis par une hausse des recettes de 15,6% (77,2 Md USD), niveau record depuis 1997 grâce à l’augmentation des recettes fiscales de 10,8% (66,3 Md USD) et non fiscales (+56,6%, 10,8 Md USD) reflétant la volonté du gouvernement de réduire la dépendance aux emprunts extérieurs. Les dépenses publiques ont également crû de 11,0% (103,5 Md USD), soutenues par les investissements en infrastructures dans le cadre du programme Build Better More, qui prévoit un effort d’investissement annuel équivalent à 5% du PIB.

À la fin de l’année 2024, la dette publique s'élevait à 280,7 Md USD, enregistrant une progression de +9,8%, marquant une légère hausse du ratio dette/PIB à 60,7% (+0,5ppt) sous l'effet d'une augmentation des émissions nettes de titres, du recours accru aux emprunts extérieurs et de la dépréciation du peso7. La dette demeure majoritairement domestique, représentant 68,1% de l’encours total (190,96 Md USD), et permettant une certaine résilience face aux fluctuations des marchés internationaux.

Le peso philippin a connu en 2024 une relative fragilité avec un cours vis-à-vis du dollar américain qui a atteint 57,85 en fin d’année en diminution de -4,26% par rapport à son cours fin 2023 (55,47), il a par ailleurs atteint en 2024 à trois reprises son niveau record le plus bas de 59 pesos pour un dollar, peu après l’élection du Président Trump. Il s’est toutefois à nouveau consolidé début 2025 conforté par le niveau particulièrement élevé des réserves de change de changes, atteignant 106,8 Mds USD fin 2024 (+3,0%) soit 7,5 mois d’importations ou 3,7 fois la dette extérieure à court terme du pays.

3. Les excédents des revenus primaires et secondaires et de la balance des services permettent de limiter le déficit des transactions courantes.

En 2024, la position globale de la balance des paiements s'est contractée de 83,4%, atteignant 609 M EUR sous l’effet notamment d’une détérioration marquée du compte courant, qui s’est creusé de 41,4% en g.a pour atteindre −17,4 Md USD (soit 3,8% du PIB) contre 12,3 Md USD en 2023 (2,8% du PIB).

Cette dégradation du compte courant résulte avant tout de la contraction de la balance des services (−19,8% en g.a), bien qu’elle demeure largement excédentaire (14,6 Md USD). Malgré une hausse des exportations de services (+7,5 % à 52,0 Md USD), l’augmentation plus marquée des importations (+24 % à 37,4 Md USD), portée par la forte progression des dépenses de tourisme (+91 % à 12,7 Md USD) et de services financiers (+49,9 % à 2,4 Md USD), a pesé sur l’excédent du secteur. À l’export, le secteur des services IT-BPO demeure le principal moteur des exportations de services (62,5% du total), avec notamment une progression de +5,7% des services techniques, commerciaux et autres (24,4 Md USD) et +13,9% des services de télécommunications et informatiques (8,1 Md USD).

L’excédent des revenus secondaires (31,7 Md USD ; +1,8%.) demeure un facteur clé de l’économie philippine porté par la hausse des transferts financiers des 10 millions de Philippins résidant à l’étranger (dont 2,3 millions de travailleurs). Ces transferts de la diaspora, principal soutien à la consommation des ménages, ont cru de 3,0% pour atteindre 38,3 Md USD en 2024 soit 8,3% du PIB (dont 41% proviennent des USA). Le compte financier met en évidence la faiblesse d’attractivité pour les capitaux étrangers, avec un déficit de −17,6 Md USD en 2024 (-29,6% en g.a). Les investissements de portefeuille ont enregistré une sortie nette de 3,6 Md USD (-202%), illustrant une volatilité persistante. Bien que les IDE se soient stabilisés à 8,9 Md USD (+0,1%) après deux ans de recul, ils restent largement inférieurs aux niveaux des grandes économies d’ASEAN.

 

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NOTE DE FIN

 

1 Avec une contraction de -6,7% des exportations électroniques (53% des exportations totales de biens) et une augmentation de +2,7% des importations électroniques (21% des importations totales).

2 Sur les secteurs moteurs de croissance figurent notamment : le commerce de gros et de détail, qui a progressé de +5,6%  (1,1 ppt) ; les activités financières et d’assurance (+9,0% et 0,8 ppt) ; les services professionnels et aux entreprises (+7,9% et 0,5 ppt). Le secteur de la construction enregistre également une croissance solide (+10,3% et 0,77 ppt)  soutenue par la politque Build Better More qui prévoit un investissement annuel de 5% du PIB pour le développement des infrastructure.

3 Les dégâts causés par El Niño, La Niña, la serie de typhons, les maladies, ainsi que les éruptions volcaniques ont fortement impacté l’agriculture, avec des pertes qui atteignent 1,0 Md USD en 2024, en hausse de 136,4% en g.a (selon le Disaster Risk Reduction and Management Operations Center).

4 Les Philippines, en raison de leur situation géographique, sont confrontées à des risques majeurs liés aux catastrophes naturelles et au changement climatique. Le pays est en tête du classement mondial en termes d’exposition, de vulnérabilité, de susceptibilité et de manque de capacités d’adaptation (World Risk Index 2024). Il recense tous les types de catastrophes naturelles existantes : typhons, tsunamis, tremblements de terre, éruptions volcaniques, l'élévation du niveau de la mer, et ces risques sont exacerbées avec le changement climatique. Environ 60% de sa superficie totale est exposée, et 74% de la population est vulnérable aux impacts de ces risques. Les catastrophes naturelles, récurrentes, ont des répercussions économiques de long terme, avec des dommages annuels estimés entre 1% et 3% du PIB (PIDS, 2017). Ces pertes moyennes de PIB devraient dépasser les 3% d'ici 2030 et atteindre 5,7% d'ici 2040 (World Bank, 2022). Dans le scénario le plus pessimiste, ces pertes pourraient grimper à 7,6% du PIB en 2030 et à 13,6% en 2040.

5 Après le COVID, l’inflation s’est fortement accélérée, atteignant 5,8% en 2022 puis 6,0% en 2023, avec un pic entre 8,0% et 8,7% sur quatre mois consécutifs (novembre 2022 - février 2023), des niveaux inédits depuis 2008. En 2024, son ralentissement s’explique principalement par la décélération de l’indice des « aliments et boissons non alcoolisées », dont la hausse est passée de 7,9% en 2023 à 4,4% en 2024, ainsi que par le repli de l’inflation dans la catégorie « logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles » (1,7% en 2024 contre 4,9% en 2023). Les trois principaux contributeurs à l’inflation annuelle moyenne de 2024 restent : (i) les aliments et boissons non alcoolisées (51,6%, soit 1,7 ppt), (ii) les restaurants et services d’hébergement (14,3%, soit 0,5 ppt) et (iii) le logement, l’énergie et l’eau (11,3%, soit 0,4 ppt).

6 A noter que la Banque centrale ne pourra pas prendre le risque d’une décorrélation trop marquée avec les taux de la Fed dont la diminution devrait être plus lente face aux risques de reprise de l’inflation importée. Le niveau toujours élevé du taux directeur continue toutefois de peser sur l’activité économique du pays

7 La dette intérieure a progressé de 9,1%, soutenue par une émission nette de titres de dette de 15,8 M USD, tandis que la dette extérieure a augmenté de 11,4%, essentiellement en raison de nouveaux emprunts extérieurs nets de 7,0 M USD sur la période et de l'impact de la dépréciation du peso, qui a contribué à hauteur de 3,5 M USD à l'augmentation de l’encours.

 

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