Indicateurs et conjoncture

 

Principaux indicateurs macroéconomiques

2015

2016

2017

2018

PIB* (Mds USD)

293

305

314

331

PIB par habitant* (USD)

2 883

2 953

2 989

3 104

Croissance économique (%)

5,9

6,9

6,7

6,2

Inflation (%)

1,4

1,8

2,9

5,2

Solde courant/PIB (%)

2,5

-0,4

-0,7

-2,4

Solde budgétaire/PIB (%)

-0,9

-2,4

-2,2

-3,2

Dette publique/PIB (%)

44,7

42,1

42,1

41,8

Dette extérieure totale (Mds USD)

77,5

74,8

73,1

79

Dette extérieure/PIB (%)

26,5

24,5

23,3

23,9

Réserves de changes (Mds USD)

80,7

80,7

81,6

79,2

Sources: FMI*, Philippine Statistics Authority (PSA); Bangko Sentral ng Pilipinas (BSP); Bureau of the Treasury (BTr)


1. L’économie philippine reste parmi les plus dynamiques d’Asie du Sud-Est

La croissance économique des Philippines est restée robuste à 6,2% en 2018, après 6,7% en 2017 et une moyenne de 6,3% sur la période 2010-2016.  Côté demande, en 2018, les dépenses publiques (+12,8%) et l'investissement privé (+13,9%) - principalement dans le domaine des infrastructures et de la construction - ont été les principaux moteurs. La consommation des ménages, alimentée par les transferts de fonds des Philippins résidant à l’étranger, a progressé de 5,6%, après 5,9% en 2017, principalement en raison de tensions inflationnistes. Le secteur externe a contribué négativement à la croissance, avec un déficit record de la balance commerciale à - 41,4 Mds USD. Le taux d'investissement, traditionnellement faible, continue de progresser avec une hausse de 14% en 2018 de la formation brut de capital fixe (FBCF). La FBCF a représenté 27% du PIB, après 25,1% en 2017 et 24,4% en 2016.

Côté offre, la croissance a été portée par les secteurs des services (+6,8%) et de l'industrie (+6,7%), tandis que le secteur agricole est resté atone (+0,9%). L’économie est principalement tirée par les services (58% du PIB), en particulier le segment « business process outsourcing » avec en premier lieu les centres d’appels. Le secteur du tourisme, en progression, est encore peu développé avec 7,1 M de visiteurs en 2018 (+7,6%). L’industrie demeure peu diversifiée (34% du PIB), se concentrant sur la filière électronique (moitié des exportations et plus d’un quart des importations du pays) et les industries agro-alimentaires. Malgré le potentiel important dont dispose le pays, le secteur agricole (8% du PIB) reste sous-développé (faible mécanisation, manque de financement et d’infrastructures) et fortement tributaire des aléas climatiques.

Le gouvernement table sur une croissance de 6 à 7% pour 2019. Mi-avril, les principales institutions financières ont légèrement revu à la baisse leurs prévisions, autour de 6,4% pour 2019 (contre 6,6% précédemment) et 2020. Ces ajustements sont principalement imputables au retard dans l’approbation du budget de l’Etat (loi promulguée le 15 avril) qui pèse sur la croissance des dépenses publiques, au creusement du déficit commercial et au phénomène climatique El Niño qui occasionne des pertes agricoles. La consommation privée devrait se maintenir à un niveau robuste, portée par le net ralentissement de l’inflation. Au T1 2019, la croissance a ralenti à +5,6%.

2. Le pays conserve des fondamentaux macroéconomiques solides

Le déficit courant rapporté au PIB s’est élevé à 2,4% en 2018, après un déficit à 0,7% en 2017 et à 0,4% en 2016. Le solde courant est en rupture par rapport aux années antérieures où il était excédentaire. En 2018, les exportations, à 67,5 Mds USD, ont diminué de 1,8%, malgré la faible progression des exportations de produits électroniques (+2,8%). La Chine représente 22,4% des importations et 27,1% des exportations philippines. L’escalade des tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis a de ce fait un impact non-négligeable sur les exportations de l’archipel. Parallèlement, les importations poursuivent une trajectoire de croissance (+13,4% en 2018 après +14,2% en 2017), traduisant le dynamisme économique de l’archipel. Par conséquent, le solde commercial, traditionnellement déficitaire, a atteint un niveau record à -41,4 Mds USD en 2018, soit une détérioration de 51,3%. Au T1 2019, le déficit commercial s’est à nouveau creusé de 21% (importations +5%, exportations -3%).

La balance des invisibles (balance des services et des revenus), largement excédentaire à +41,1  Mds  USD, n’a pas suffi à rééquilibrer le compte courant de l’archipel. La balance des services a enregistré un surplus de 10,5 Mds USD en 2018, en augmentation de 20,7%. Les ventes de services ont progressé de 7,6% à 37 Mds USD.  Les Philippines se classent 3ème, après l'Inde et la Chine, pour le montant des envois de fonds reçus de la diaspora. Ces transferts ont représenté 9,7% du PIB en 2018 (32,2 Mds USD, +3,1% en 2018 après +5,3% en 2017).

Les flux entrants nets d’IDE ont atteint 9,8 Mds USD, en diminution de 4,4% par rapport au niveau record de 10,3 Mds USD en 2017. Les entrées nettes d’IDE rapportées au PIB ont plus que doublé au cours des cinq dernières années, de 1,4% en 2013 à plus de 3% en 2018. Les investissements étrangers restent cependant plus faibles que dans les autres économies émergentes asiatiques. Ceci s’explique en partie par un environnement des affaires complexe et peu compétitif, notamment au regard de la restriction à la participation étrangère dans de nombreux secteurs. L’archipel se classe 124/190 dans le Doing Business 2019, 56/140 dans le Global Competitiveness Report 2018 et 99/180 dans le Corruption Perceptions Index 2018.

En 2018, la dette extérieure des Philippines est restée modérée à 23,9% du PIB, après 23,3% en 2017. Cette augmentation est notamment imputable au financement des dépenses publiques, en hausse pour les infrastructures et les programmes sociaux. La dette extérieure de l’archipel, en majorité de long terme (80%), est principalement libellée en dollars (61%) et en yens (13%). 50,3% de la dette extérieure est publique. Les réserves de change de la Banque centrale sont en progression et à un niveau considéré comme largement adéquat selon les critères du FMI. Celles-ci se sont élevées à 83,6 Mds USD fin mars 2019 (7,4 mois d’importations de biens et de services et 6 fois la dette extérieure à court terme), soit le niveau le plus élevé enregistré depuis octobre 2016.

3. La baisse de l’inflation au T1 2019 a amené la Banque centrale à assouplir sa politique monétaire

En 2018, l’inflation s’est établie à 5,2%, après 2,9% en 2017. Cette hausse peut s’expliquer par (i) l’augmentation des droits d’accise sur les ventes automobiles, les boissons sucrées et l’essence, (ii) la remontée des prix du pétrole, (iii) les aléas climatiques pesant sur le secteur agricole et (iv) la dépréciation du peso face au dollar de -5,4%. Dans ce contexte, la Banque centrale (BSP) a procédé à un resserrement de sa politique monétaire en 2018 en relevant à cinq reprises son taux directeur, à 4,75% (+175 pdb en cumulé).

Sur les quatre premiers mois de 2019, l'inflation moyenne s'est établie à 3,6%, s’inscrivant dans l’intervalle-cible de la BSP (2 à 4%). D'un point haut à 6,7% en octobre 2018, l'inflation s'est atténuée pendant six mois consécutifs pour s'établir à 3% en avril 2019. La persistance du phénomène climatique El Niño (prévu jusqu’à août 2019) et la hausse des cours du pétrole pourraient toutefois exercer des pressions haussières. Pour 2019, la BSP prévoit une inflation à 2,9%. Par ailleurs, le peso s’est stabilisé face au dollar depuis janvier 2019. De ce fait, la Banque centrale a initié en mai 2019 un assouplissement de sa politique monétaire. Le principal taux directeur a été abaissé de 25 points de base à 4,5% et le taux de réserves obligatoires des banques commerciales de 200 points de base à 16%. Cette seconde mesure vise à libérer jusqu’à 3,8 Mds USD de liquidités dans le système bancaire.

4. La  politique budgétaire expansionniste est orientée en priorité vers le financement des infrastructures

En 2018, le déficit budgétaire a atteint à 3,2% du PIB, contre 2,2% en 2017. La hausse de 15% des recettes (en partie attribuable à la réforme fiscale entrée en vigueur le 1er janvier 2018) n’a pas suffi à compenser la hausse des dépenses (+ 21%). Les dépenses publiques dans les infrastructures ont progressé de 41,3% en 2018, à près de 17 Mds USD (soit 24% des dépenses publiques et 5,1% du PIB). Dans le cadre du programme « Build, Build, Build », les autorités prévoient de porter progressivement les dépenses publiques dans les infrastructures à 7% du PIB d’ici à 2022. L’archipel se classe 92/140 pour la qualité de ses infrastructures dans le Global Competitiveness Report 2018. Pour 2019, le gouvernement cible un objectif de déficit budgétaire de 3,2% du PIB, avant une stabilisation à 3% sur 2020-2022. Le financement du déficit est prévu principalement par un recours à l’endettement domestique, à hauteur de 75%.

La part de la dette publique rapportée au PIB poursuit une trajectoire à la baisse. En 2018, elle a représenté à 41,9% du PIB, après 42,1% en 2017 (contre 74,5% du PIB en 2004 et 49,2% en 2013). Le risque souverain est atténué par la composition de la dette publique, majoritairement en monnaie locale (67%) et par le profil de son échéancier (80,7% de la dette est de maturité long terme). Début mai 2019, l’agence Standard & Poor’s a relevé d’un cran la notation souveraine des Philippines, de « BBB » à « BBB+ », assortie d’une perspective stable. Dans ce contexte, l’archipel a émis avec succès des euro-obligations pour 750 M EUR (les premières depuis 1999) et des obligations « panda » pour 2,5 Mds RMB (soit 363 M USD).

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