Situation économique et financière

Structure de l’économie

Economie de taille moyenne avec un PIB nominal de 227 Mds USD en 2019, le pays se situe dans le premier tiers des économies de la planète en termes de PIB (50place en 2019 selon la BM), mais il n’est que 86e pour le PIB/habitant avec 6 978 USD, pour 31,3 millions d’habitants (recensement 2017).

Le Pérou est parvenu à maintenir une croissance relativement soutenue après la fin de la « décennie dorée » des matières premières : +6,1% par an en moyenne sur 2002-2013, puis +3% depuis, lui permettant de réduire sensiblement son taux de pauvreté de 58,7% en 2004 à 20,2% en 2019.

Cette croissance est en grande partie basée sur la demande extérieure pour ses produits miniers et agricoles (trois quarts des exportations) et un afflux d’IDE dans le secteur extractif.  

Le secteur minier représente un pilier de l’économie - 10% du PIB, 8% des recettes fiscales et 57% des exportations en 2019 (première source de devises) - en même temps qu’un facteur de dépendance. Le Pérou a su engager une diversification productive avec l’essor récent de l’agro exportation..   Les activités extractives (agriculture-élevage, pêche, mines, hydrocarbures) ne représentent toutefois que 18% de l’économie (et 25% de l’emploi, quasiment tout dans l’agriculture) tandis que l’industrie représente 19% (15% de l’emploi) et le secteur des services le 73% restants (60% de l’emploi). Les secteurs avec le plus de poids sont ceux des services immobiliers et personnels (14%); la manufacture (13%) les mines et hydrocarbures (12%) ; et le commerce et réparation de véhicules (11%), (le secteur public pèse de 6%). 

La bonne santé économique du pays est également le produit d’un cadre macroéconomique sain avec un faible endettement public (27% avant la pandémie, 34% actuellement), un déficit budgétaire (1,6% en décembre 2019, 5,7% en août 2020) et une inflation (2,6% en moyenne entre 2001 et 2019) contenus, ainsi qu’un système bancaire robuste, se traduisant par l’obtention du « grade d’investissement » auprès des trois agences de notation.

Toutefois, le pays présente encore des faiblesses prononcées, notamment de fortes disparités sociales, ethniques et géographiques. La richesse est par ailleurs très concentrée (coefficient de GINI de 0,43) et la dépense publique (21% du PIB, parmi les plus faibles de la région) a peu d’incidence sur la correction des inégalités. D’autre part, le secteur informel, qui ne génère qu’autour de 20% de l’économie, absorbe plus de 70% de la force du travail.

Par ailleurs, revers de la gestion macroéconomique prudente, le pays présente un déficit d’infrastructures estimé à 160 Mds USD (eau potable, assainissement, routes), qui reflète la faiblesse de l’investissement public ainsi qu’une exécution budgétaire systématiquement défaillante.

Eléments d’analyse conjoncturelle

La croissance du PIB a connu une trajectoire en « yo-yo » durant ces 5 dernières années, dans un contexte politico-économique délicat, marqué par les effets déstabilisateurs du scandale de corruption Lava Jato, la confrontation entre le pouvoir législatif et exécutif issus des élections de 2016 et la pandémie du covid-19 qui a frappé le Pérou de plein fouet.

L’année 2020 est marquée par la pandémie du covid-19 et sa réponse : un confinement strict entre la mi-mars et la fin juin, avec l’interdiction des activités non-essentielles jusqu’à la mi-mai. La reprise des activités s’est accélérée en juin et juillet mais a de nouveau été freinée en août et septembre pour des raisons sanitaires et ne reprend qu’en octobre. Cela se traduit en 7 mois de croissance négative entre mars et septembre avec la vallée la plus prononcé en avril (-40% par rapport à avril 2019). Le FMI prévoit que le PIB du Pérou devrait chuter de 13,9% cette année, la pire performance de l’Amérique (hors Caraïbes touristique) après le Venezuela ; mais se redresser de 7,3% en 2021. La Banque centrale (BCRP) est plus optimiste avec -12,7% pour 2020 et +11% en 2021.

Le Pérou devrait connaitre un effet rebond en 2021 (scenario sans re-confinement) mais l’économie ne devrait retrouver ses niveaux de 2019 qu’à partir de fin 2022.

Politique économique

Le Pérou est l’un des pays les mieux gérés d’Amérique Latine sur le plan macroéconomique. La Banque centrale (BCRP) n’a pas officiellement d’objectif de taux de change mais elle y est très attentive et vise surtout une stabilité du sol par rapport au dollar, constatée depuis une dizaine d’années. Avant la pandémie, la BCRP menait une politique monétaire destinée à soutenir l’activité tout en maintenant l’inflation dans la cible de 1 à 3%.

Suite à la pandémie, la BCRP a renforcé cette stratégie en baissant ses taux directeurs de 2,5% à 0,25%, un niveau historiquement bas. En outre, elle a agi comme garant dans le programme « Reactiva Perú » de crédits aux entreprises garantis par l’État avec 60 Mds PEN (16,7 Mds USD, 8% du PIB). En octobre 2020, un total de 16,1 Mds USD de crédits ont été mis en place, au profit de plus de 500 000 entreprises (98,3% pour des micro et petites entreprises). Ainsi, en juillet 2020, le crédit aux entreprises avait progressé de 22,6% en g.a. alors que le Pérou était déjà en récession. En revanche ce flux de liquidité a provoqué une dépréciation du sol, alors que le dollar s’est déprécié au niveau global, de 8,5% depuis le début de l’année.

Face à la pandémie, les autorités péruviennes se sont engagées dans un plan de relance économique post-confinement représentant environ 20% du PIB qui inclut le programme « Reactiva Perú mais aussi des dépenses publiques (en particulier dans le secteur santé), des subventions directes (ou « bonos ») aux ménages, des bénéfices fiscaux temporaires pour les entreprises et ménages ou encore l’accès à l’épargne privé via la libération des fonds de retraite privés. L’impact de cette politique volontariste a été une hausse mécanique de la dette publique qui était de 26,8% du PIB en 2019 et devrait atteindre 34,3% en 2020 ; 34,8% en 2021 et ne devrait revenir sous le plafond légal de 30% qu’en 2030 (29,7%). Le déficit budgétaire, qui était de 1,6% du PIB en 2019 passerait à 9,2% en 2020 ; 5,1% en 2021 et ne passerait en dessous de l’objectif pré-pandémie de 1% qu’en 2025.

 

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