Situation économique et financière

1. Très durement touché par la pandémie, le Pérou conserve néanmoins des fondamentaux  macroéconomiques particulièrement solides

Le Pérou avec un PIB nominal de 220 Mds USD en 2020 est la 6ème économie de l’Amérique latine et une économie de taille moyenne se situant dans le premier tiers des économies de la planète en termes de PIB (50place en 2020 selon la BM). Toutefois, il ne se classe qu’à la 92e place pour le PIB/habitant (6 127 USD, pour 33 millions d’habitants).

Le Pérou dispose d’importantes ressources naturelles tant minières (2ème producteur mondial de cuivre et parmi les principaux producteurs d’argent or, étain, molybdène) qu’en hydrocarbures (gaz, pétrole) et agricoles. Très fortement touché par la pandémie (203 000 décès pour 33 M d’habitants, soit 6 décès par millier d’habitants, record mondial), le pays a connu une des récessions les plus importantes de la région, avec une chute du PIB de 11% en 2020. Le taux de pauvreté monétaire, qui avait été réduit de 59 à 20% au cours des 15 dernières années, est remonté à 30% en 2021 et les inégalités se sont creusées (l’indice de Gini des « dépenses » atteint 0,37 retournant aux niveaux de 2010).

Le Pérou a cependant connu un rebond très important en 2021 : la croissance aurait atteint 13,2% selon la Banque centrale, grâce à un effet base important et à l’amélioration de la situation sanitaire permettant la réactivation de l’économie. La reprise du secteur de la construction est particulièrement forte (il dépasse son niveau de 2019), portée par les liquidités et les dépenses des ménages qui investissent dans leur lieu de vie. L’agriculture dont sa branche exportatrice enregistre également de belles performances (18% des exportations péruviennes en 2020). Cependant, la réactivation reste partielle : le secteur du tourisme demeure gravement affecté (les entrées de touristes étrangers ne représentent que 20% du volume pré-pandémie à novembre 2021) et la réactivation de l’emploi est également lente avec une diminution de la qualité de l’emploi formel (75% d’informalité) et un taux de chômage plus élevé des femmes.

Le Pérou conserve des fondamentaux macroéconomiques très solides, fruits de la prudence budgétaire et monétaire de ces 3 dernières décennies et d’une économie ouverte aux IDE et au commerce international. Les mesures prises pour contrer les effets de la crise sanitaire et économique (réponse à hauteur de 20% du PIB en 2020) ont contraint le gouvernement à déroger aux règles budgétaires (plafond de dette publique de 30% du PIB) en 2020 et 2021. La dette publique est ainsi passée de 27% du PIB en 2019 à 35% en 2020 et 37% en 2021 ; le déficit budgétaire est passé de 1,6% en 2019 à 8,9% en 2020, mais aurait baissé dès 2021 à environ 3,1%.

En revanche, l’inflation se maintient au-dessus du plafond du 3% sur 12 mois depuis juin 2021. A décembre elle était de 7% (6,4% à Lima) conduisant la Banque centrale à augmenter progressivement son taux directeur à partir d’août de 0,25% (plus bas historique) à 3% en janvier, dépassant les niveaux pré-crise. Même si ce taux correspond encore à une politique monétaire expansive, de nouvelles hausses ne sont pas exclues. L’inflation est aussi accompagnée d’une dévaluation de la devise locale, le sol, dont le taux de change par rapport au dollar est passé d’environ 3,50 soles au début de la pandémie à 4 soles actuellement (avec un record de 4,14 en octobre). Un autre défi pour la politique monétaire a été la fuite de capitaux d’un montant inédit de 15 Mds USD en 2021 (7,4% du PIB) selon la Banque centrale. Toutefois, le pays dispose d’un niveau de réserves internationales élevées, à 79 Mds USD (environ 35% du PIB) ainsi que d’une FCL du FMI (Flexible Credit Line) de 11 Mds USD qui n’a pas été utilisée. Le système bancaire est concentré et liquide. La légère hausse des créances douteuses (4% de NPL) est couverte par les provisions des banques.

 

2. Le pays n’exploite cependant pas suffisamment son potentiel de croissance en raison de faiblesses structurelles importantes

Le potentiel de croissance du pays est important : l’économie est très intégrée (24 Accords commerciaux) et les exportations pourraient enregistrer un nouveau record en 2021 de 62 Mds USD. Si les exportations de minerais représentent encore 61% des produits exportés, le Pérou cherche à se diversifier en misant sur l’agriculture et des produits à plus forte valeur ajoutée (industrie manufacturière notamment). Cependant, si le Pérou affiche le 2e risque-pays de la région derrière le Chili, sa note souveraine a été dégradée par Fitch et Moody’s en 2021, en raison de l’instabilité politique, des incertitudes sur le cap économique du nouveau gouvernement et des faiblesses structurelles du pays (déficit d’infrastructures, notamment de transports, de santé, et d’eau et d’assainissement ; informalité élevée).

La croissance devrait se stabiliser à un niveau plus modeste à moyen terme (3,4% pour 2022 et 3,2% pour 2023 selon la Banque centrale) si les problèmes structurels  - tels que le déficit d’infrastructures estimé à 110 Mds USD, l’informalité du marché du travail, la faible productivité (99% des entreprises sont micro ou petites) ou la faible pression fiscale - ne sont pas traités.

 

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