Commerce extérieur du Pérou en 2018

 Après trois ans de croissance consécutive, l’année 2018 présente le niveau d’échanges commerciaux le plus élevé de l’histoire du Pérou avec à nouveau une solide hausse  de 8% par rapport à 2017. Elle s’explique par la croissance continue des exportations (+8%) qui affichent également leur record historique, reposant sur une année exceptionnellement bonne pour la pêche et  l’agro-exportation ainsi que sur la bonne santé habituelle des exportations minières. Les importations connaissent également une progression importante (+8%) et se situent près du niveau historique de 2013. Ces résultats confirment à nouveau la dépendance du pays envers la Chine et les États-Unis, ses deux principaux partenaires, alors que l’on assiste également à une recomposition des partenaires principaux, avec l’introduction de l’Inde.

 

 

1) Les échanges extérieurs du Pérou continuent leur solide progression en 2018

Les échanges commerciaux du Pérou connaissent une troisième année de progression, pour atteindre un total de 91 Mds USD (contre 84 Mds USD en 2017), soit une hausse de 8,1%. Il s’agit du plus haut niveau des échanges extérieurs atteints dans l’histoire  du pays.

Cette augmentation répond à une performance exceptionnelle du secteur agroalimentaire, qui serait amené à progresser davantage dans les années à venir grâce aux politiques menées dans le secteur (cf partie 2). D’autres secteurs industriels ont également progressé mais les industries primaires continuent d’impulser la croissance péruvienne, avec la récupération de la pêche, des hydrocarbures et la croissance stable du secteur le plus lucratif : les mines. Du côté des importations, on voit une augmentation dans les 3 grandes catégories mais en particulier sur les matières premières et produits intermédiaires, répondant à la progression du secteur industriel mais aussi au renchérissement des prix du pétrole, le Pérou étant un importateur net.

Le Pérou connaît ainsi un excédent commercial qui atteint 4,6 Mds USD, supérieur à celui de l’année dernière (4,5 Mds USD) et conforme aux caractéristiques structurelles de son commerce extérieur. Le taux de couverture à 110,6% en 2018 est légèrement inférieur à celui de 2017 (111,2%). Malgré la performance historique des exportations, le solde commercial et le taux de couverture sont très en deçà des niveaux atteints en début de décennie, ce qui peut s’expliquer par un contexte à l’époque de forte croissance économique où les exportations et importations progressaient rapidement mais de manière inégale. 

 

2) L’agroalimentaire prend de l’importance dans les exportations 2018 mais les secteurs traditionnels progressent également

a) Les exportations en 2018 atteignent 47,7 Mds USD, soit une hausse importante de 7,8% par rapport à 2017 (44,2 Mds USD). Il s’agit du plus haut niveau historique pour le Pérou.

Les produits issus des secteurs traditionnels[1] (mines, hydrocarbures, pêche et produits agricoles) représentent la majeure partie des exportations péruviennes (71,9%, soit 34,3 Mds USD) et enregistrent une hausse de 5,9%. Celle-ci est due à la hausse des volumes exportés de 1,7%[2] mais aussi à un effet prix favorable.

Le Pérou se situe parmi les premiers producteurs mondiaux d’argent (2ème), de cuivre (2ème), de zinc (2ème), de plomb (3ème), de molybdène (4ème), d’étain (4ème) et d’or (6ème)[3]. Les exportations de produits miniers atteignent 27,6 Mds USD, soit 57,8% de leur total (- 1,9 points de part par rapport à 2017) et enregistrent une hausse de 4,4% en valeur (+3,5% en volume). Deuxième producteur mondial de cuivre, derrière le Chili, le Pérou voit ses exportations du métal rouge augmenter de 7,8% à hauteur de 14,9 Md USD conservant sa part de 31,3% dans les exportations totales. Ce résultat répond à  la hausse du cours du cuivre. À la bonne santé des exportations minières ont également contribué le zinc avec 2,6 Mds USD (+7,1% par rapport à 2017), ou encore l’argent raffiné avec une forte progression de 417% (total de 610 M USD). Par contre, des métaux importants pour l’industrie péruvienne ont connu des reculs dans leurs exportations tels l’or (7 Mds USD ; -1,9%) et le plomb (1 Md USD ; -39,5%).

Les hydrocarbures (8,4% du total des exportations, soit 4 Mds USD; +19,9%) connaissent leur deuxième année de hausse conséquente, incluant les produits dérivés (2,8 Mds USD ;  +11,1%) et le gaz naturel (1 Md USD ; +34,9%). Le pétrole brut a progressé de 441% mais avec seulement 139 M USD, le secteur est loin de décoller. Ces progrès sont presque entièrement attribuables à l’effet prix, le secteur hydrocarbures péruvien étant en crise depuis plusieurs années : la production en 2018 est même inférieure à celle de l’année précédente.

Les produits issus de la pêche traditionnelle[4] (4,1%, 1,9 Md USD; +8,3%), comme la farine de poisson (+7,1% ; 1,6 Mds USD) ont connu également des progrès lors de l’exercice 2018. En revanche, les produits agricoles (1,5% ; 855,2 M USD) connaissent leur deuxième année de recul (-8,2%). Le café, poste le plus important du secteur (678 M USD, 1,4% du total des exportations), connaît une nouvelle année de recul (-4,5%) dû à une baisse des prix à l’exportation.

Les produits non traditionnels (agroalimentaire, textile, chimie,…), qui représentent 27,7% des exportations, progressent de 12,9% par rapport à 2017, affichant un record historique pour deuxième année consécutive avec un total de 13,2 Mds USD.

L’agroalimentaire représente 44% des exportations non traditionnelles (12,3% du total) et a connu une progression de 15,3% à 5,9 Mds USD. Ce succès arrive dans un contexte où le Pérou veut associer son image externe à la production d’aliments « sains » et afficher en interne le « succès » des politiques de flexibilisation du travail agricole ainsi que les succès diplomatiques d’ouverture du marché chinois à l’agro péruvien. En effet, la hausse conséquente de la production se voit reflétée dans les exportations vers les marchés traditionnels, (47% des exportations aux États-Unis et Pays-Bas), or la Chine n’apparaît pas encore parmi les premiers importateurs. Dans cette catégorie on retrouve les raisins (820 M USD, +26,4% par rapport à 2017) dont le Pérou est le 5ème producteur mondial, avocats (723 M USD, +23%, 3ème producteur), myrtilles (548 M USD, +47,4%, 2ème producteur), asperges (384 M USD, -6,3%, 2ème producteur) ou les mangues (258 M USD, +34,8, 4ème producteur).

Outre l’agroalimentaire, la pêche non-traditionnelle (extraction) progresse spectaculairement de 25,8% et affiche un record historique de 1,4 Mds USD. Le secteur textile progresse de 10,1% et s’établit à 1,4 Mds USD, (avec la moitié des exportations absorbées par les États-Unis) réussissant progressivement à remplacer le déprimé marché vénézuélien par des nouveaux marchés en Asie. Finalement, le secteur chimique progresse de 12,5% (1,6 Md USD) et le secteur sidérurgique progresse de 3,9% (1,2 Md USD). 

b) La Chine est de loin le principal client du Pérou (part de 27,7% soit 13,2 Md USD; +13,7%), suivie par les Etats-Unis (16,6% du total soit 7,9 Md USD; +14,9%), l’Inde (5,2% soit 2,5 Md USD ; +25,8%),  la Corée du Sud (5,1% soit 2,5 Md USD; +14,8%) et le Japon (4,6% soit 2,2 Mds USD ; +16,1%). On remarque que les exportations vers la Suisse diminuent pour la troisième année consécutive (-24% en trois ans), la marginant des clients de première ordre du Pérou. La raison en est la chute des exportations d’or, qui historiquement ont représenté 90% du commerce total avec ce pays. La Suisse n’est plus le premier acheteur d’or péruvien, place reprise par l’Inde et qui la fait entrer  dans le top 5 des clients. La France, 23ème client, gagne 3 places par rapport à 2017, grimpant dans le classement pour la première fois en 3 années, et représente quant à elle 0,6% des exportations péruviennes, soit 285,7 M USD, en hausse de 19,3%[5]. La France se situe entre la 21ème et 26ème place de ce classement depuis au moins 2005.

 

3) Une progression constante des importations

a) La valeur des importations a augmenté de 8% en 2018 par rapport à 2017, marquant une deuxième année de progression, pour atteindre un montant total de 43,1 Mds USD. Il s’agit du niveau le plus élevé après le record de 2013 (43,3 Mds USD). 

On remarque une progression du segment des biens de consommation (+2,3% ; 22,3% des importations) qui atteignent le record de 9,6 Mds USD. La croissance économique et la production nationale insuffisante peuvent expliquer cette croissance constante de la demande tantôt pour les biens durables (+1,5%) que pour les bien non-durables (+2,9%). On remarque toutefois le recul des importations des produits alimentaires (-6,7%) ainsi que des véhicules particuliers (-10,8%), ce dernier à cause de la hausse de l’ISC (impôt sur des biens « nocifs » tels les voitures, alcools, tabac,..)..

Les importations de matières premières et de produits intermédiaires ont augmenté de 15% atteignant 21,4 Mds USD (49,5% des importations) contribuant sensiblement à la hausse des importations. Ce volet inclut la sous-catégorie «  combustibles » (+21,6% ; 6,5 Mds USD) ; la principale importation péruvienne. Concernant les autres sous-catégories, les « intrants pour l’agriculture » reculent légèrement (-0,7% ; 1,6 Md USD) tandis que les « intrants pour l’industrie » progressent sensiblement (+14% ; 12,9 Mds USD ; 60,6% des intrants). En correspondance avec l’augmentation des exportations de produits non-traditionnels.   

Les importations de biens d’équipements (part de 28,1%) se situent à 12,1 Mds USD en 2018, affichant une légère progression (+2,8%) mais restant en deçà des niveaux atteints en début de décennie. Rentrant dans les détails, on voit des nettes progressions dans les « équipements de transport » (+7% ; 3 Mds USD) et les « matériaux de construction » (+12,9% ; 1,3 Md USD) ainsi qu’une modeste progression de +4,6% pour les « équipements agricoles ». Toutefois, les « équipements industriels » représentant le 63% de tous les biens d’équipement, reculent légèrement de 0,44% pour se situer à 7,6 Mds USD.

b) Les principaux fournisseurs du Pérou sont : la Chine (23,3% du total soit 10,1 Md USD; +13,5%), les Etats-Unis (21,2% soit 9,2 Mds USD; +13,7%), le Brésil (5,6%, 2,4 Mds USD; -1,5%), le Mexique (4,5%, 1,9 Mds USD; +8,4%) et l’Equateur (4,5%, 1,9 Md USD; +21,5%). La France recule d’une position au 21ème fournisseur, et représente 0,8% des importations péruviennes, soit 352,5 M USD, en hausse, pour deuxième année consécutive, de 5,9% par rapport à 2017. Tout comme pour les clients, la France conserve une position plus ou moins stable parmi les fournisseurs péruviens depuis 10 ans.

 

4) Les échanges extérieurs sont toujours concentrés sur la Chine et les États-Unis ; l’Inde apparaît comme nouvel acteur protagoniste

La répartition géographique des échanges est marquée par la progression continue de la Chine, premier partenaire économique du Pérou (25,6% du total en 2018, 23,3 Mds USD; en hausse de 13,6%),  devant les Etats-Unis (18,8%, 17,1 Mds USD; +14,3%). Tantôt la part de la Chine comme celle des États-Unis dans l’ensemble des échanges ont augmenté respectivement de 1,25 point et 1,01 point. Les deux superpuissances accaparent à elles seules 44,4% du commerce extérieur péruvien, une progression de 2,26 points par rapport à 2017.  

 

Les trois autres principaux partenaires commerciaux sont : le Brésil conservant sa place de 3ème partenaire (4,5% des échanges, 4,1 Mds USD; +1,8%), la Corée du Sud (3,8%, 3,4 Mds USD ; +8,2%) et l’Inde (3,7%, 3,4 Mds USD ; +21,1%), cette dernière devançant le Japon. La Suisse qui était le 4ème partenaire du Pérou en 2016, et 8ème en 2017, chute à la 13ème position en 2018 en raison d’une forte baisse des exportations d’or péruvien.   

La France se classe au 21ème rang (+3 positions). Avec une valeur totale de 638,2 M USD, elle représente 0,7% du total des échanges commerciaux du Pérou, en hausse de 11,6% en valeur par rapport à 2017, et sa part de marché augmente de 0,02 points. La France se classe 8ème pays européen (et 7ème de l’UE) après l’Espagne (8ème rang, 3% des échanges, 2,7 Mds USD), l’Allemagne (12ème rang, 2,4% des échanges, 2,2 Mds USD), la Suisse (13ème rang, 2,4% des échanges, 2,2 Mds USD), les Pays-Bas (15ème rang, 1,8% des échanges, 1,6 Md USD), l’Italie (17ème rang, 1,5% des échanges, 1,3 Md USD), le Royaume-Uni (19ème rang, 1% des échanges, 953,5 M USD) et la Belgique (20ème rang, 0,8% des échanges, 770 M USD). Le Chili, le Mexique et la Colombie, partenaires du Pérou au sein de l’Alliance du Pacifique, se classent respectivement aux 9ème (2,9% du total ; 2,6 Mds USD), 10ème (2,6% ; 2,4 Mds USD) et 11ème rangs (2,6% ; 2,3 Mds USD). L’Équateur et la Bolivie, partenaires du Pérou au sein de la Communauté Andine des Nations (outre la Colombie) se situent respectivement aux 7ème (3,1% du total ; 2,8 Mds USD) et 18ème rangs (1,2% du total ; 1,1 Md USD). /.



[1] Les produits traditionnels sont ceux à faible valeur ajoutée et qui historiquement ont constitué la plus grande partie des exportations. Les produits non-traditionnels sont ceux ayant été transformés et à valeur ajoutée qui historiquement ne faisaient pas partie des échanges du pays. Formellement, ces produits sont recensés dans le Décret Suprême 076-92-EF.

[2] Source : INEI

[3] Source : United States Geological Survey

[4] La pêche traditionnelle consiste en des produits transformés tandis que la non-traditionnelle inclue l’extraction de poissons.

[5] Les statistiques péruviennes font apparaitre un excédent en faveur de la France dans notre commerce bilatéral alors que les douanes françaises affichent le résultat inverse : ces divergences statistiques ne sont toutefois pas inhabituelles (comptabilisation FOB vs CIF).

Publié le