Situation économique et financière du Sultanat d’Oman (juin 2020)

1. La crise actuelle met en exergue les limites du modèle économique omanais

Avec un PIB d’environ 77 Md USD en 2019 et 4,6 millions d’habitants, dont 42 % d’expatriés principalement originaires du sous-continent indien, le Sultanat d’Oman figure dans la catégorie des pays à hauts revenus de la Banque mondiale (PIB par habitant de près de 16 500 USD).

Le développement de l’économie omanaise a reposé à l’origine quasi intégralement sur l’exploitation des hydrocarbures, secteur qui reste aujourd’hui au cœur du modèle de croissance. En 2019, le pétrole et le gaz représentaient ainsi 36% du PIB, 68% des exportations et 76% des recettes budgétaires, en dépit de la mise en œuvre d’un plan de diversification censé favoriser la croissance du secteur non-pétrolier, notamment privé, et créer de l’emploi pour les nationaux (« omanisation »).

Conséquence, Oman, qui enregistrait une croissance annuelle moyenne de près de 5 % entre 2008 et 2016, a vu sa croissance nettement fléchir depuis 2017 (0,3% en 2017, 1,8% en 2018, 0,5% en 2019) dans le sillage de la baisse de sa production pétrolière – le Sultanat participe en effet aux efforts de réduction de la production mis en œuvre dans le cadre des accords OPEP+.

Pire, l’économie du Sultanat est désormais ébranlée par la faiblesse actuelle des cours mondiaux du pétrole, par le ralentissement global de l’activité – notamment en Chine, premier partenaire commercial d’Oman, qui a absorbé 69% de sa production pétrolière en 2019 – et par les mesures de précautions sanitaires en lien avec la crise du Covid-19. Oman devrait dès lors enregistrer une importante contraction de son PIB en 2020, estimée à -2,8% par le FMI et à -4% par la Banque mondiale.

Face à la dégradation de la situation économique, les autorités omanaises n’ont pas annoncé de grand plan – coûteux – de soutien à l’économie, se concentrant principalement sur des mesures destinées à soutenir la liquidité bancaire (voir infra), à alléger partiellement la fiscalité (exemptions de taxes touristiques et municipales, etc.), à assouplir le droit du travail dans le secteur privé (recours aux congés, baisses de salaires, renouvellement des visas de travail, etc.) et à accompagner socialement la population omanaise (report des loyers et des remboursements de prêts, etc.).

2. Vers une forte dégradation des comptes publics malgré les mesures d’austérité budgétaire

Alors que le solde budgétaire dégageait traditionnellement un surplus abondant le fonds souverain SGRF, la chute des cours du pétrole s’est soldée par l’apparition dès 2015 d’un déficit public jamais observé auparavant (-7% du PIB en 2019 selon le FMI ; -7,9% en 2018). Le prix d’équilibre budgétaire est l’un des plus élevés de la région à 87 USD le baril pour 2020 contre 26 USD au début des années 2000, résultat de la hausse continue des dépenses publiques, en partie liée à l’embauche de fonctionnaires – le taux de chômage des jeunes demeure néanmoins particulièrement élevé (49% selon la Banque mondiale).

Confrontées depuis le début de l’année à une forte baisse de leurs recettes – le prix moyen du baril devrait naviguer autour de 35 USD en 2020 selon la Banque mondiale –, les autorités omanaises ont annoncé la mise en œuvre d’un certain nombre de mesures d’austérité budgétaire, notamment la réduction de 10% du budget des entités publiques civiles, militaires et de sécurité pour 2020, la suspension des nouveaux projets d’investissement et la mise à la retraite de fonctionnaires.

Malgré ces efforts, le déficit public pourrait atteindre près de 17% du PIB en 2020 selon le FMI, contribuant ainsi à l’aggravation de l’endettement public du Sultanat, passé de seulement 5% du PIB fin 2014 à près de 63% du PIB fin 2019. De fait, les autorités ont fortement sollicité les marchés internationaux de la dette au cours des dernières années (plus de 22 Md USD depuis juin 2016) et contracté en juillet 2017 un prêt à 5 ans de 3,6 Md USD auprès de banques publiques chinoises.

Conséquence, Oman fait désormais face à d’importantes échéances de remboursement à court et moyen terme (4,3 Md USD en 2021 ; 6,4 Md USD en 2022) alors même que les conditions de financement sur les marchés internationaux se sont nettement détériorées, ce qui pourrait pousser les autorités à recourir encore plus fortement qu’auparavant à des ponctions dans les réserves du pays (devises, fonds souverain) et à la vente d’actifs publics, voire même à solliciter un soutien extérieur.

3. Des comptes externes fragilisés, une politique monétaire contrainte

Au plan externe, alors que le Sultanat dégageait sur longue période un excédent courant, le pays enregistre depuis 2016 des déficits significatifs (-5,2% du PIB en 2019 selon le FMI, après -5,5% du PIB en 2018). Si les flux d’IDE sont orientés à la hausse depuis 2017 (4,2 Md USD en 2018), ils concernent avant tout les investissements des majors dans le secteur pétrogazier.

Dans le sillage de l’Etat omanais (voir supra), les entreprises publiques et les banques ont fortement sollicité les marchés obligataires internationaux dans la période récente, portant la dette extérieure totale du pays à 92% du PIB fin 2019 selon le FMI (contre 28% du PIB fin 2014).

Parallèlement à cette dégradation des comptes externes, les réserves de la Banque centrale se sont réduites, passant de 20,2 Md USD fin décembre 2016 à 16,4 Md USD en mars 2020, soit un montant équivalant à environ 7 mois d’importations de biens et de services. A noter que cette baisse des réserves, si elle devait s’accentuer significativement au regard des besoins de financement du déficit public, pourrait renforcer les craintes des marchés concernant l’ancrage du rial omanais au dollar, objectif prioritaire de la Banque centrale.

Cet ancrage du rial a permis de contenir le taux d’inflation (+1,3% en moyenne sur la période 2009-2018). Malgré l’abandon en cours de plusieurs subventions (essence, électricité) et l’introduction de droits d’accise sur l’alcool, le tabac et les boissons sucrées en 2019, l’inflation est entrée en territoire négatif en début d’année 2020 (-1% en glissement annuel en avril 2020, après +0,1% en 2019) sous l’effet d’une baisse des prix du logement et des transports.

4. Un secteur bancaire relativement préservé mais exposé à un recul général de la solvabilité

Le secteur bancaire apparaît relativement solide, affichant un ratio de solvabilité (CAR) de 18,9% fin 2019 selon le FMI pour un seuil minimal fixé à 11%. Avec un ROE de 10,6% et un ROA de 1,6% fin 2018 (dernières données disponibles), la profitabilité du secteur est satisfaisante, reflet en grande partie du degré élevé de concentration – les cinq principales banques du Sultanat contrôlent à elles seules les trois-quarts des actifs totaux.

Le taux de créances douteuses reste globalement contenu, à 3,4% fin 2019 (contre 2,7% fin 2018), en dépit d’un niveau élevé d’endettement des ménages et de l’exposition à un secteur immobilier en difficulté (env. 30% du portefeuille de prêts). Le taux de NPL devrait toutefois progresser en 2020 dans le sillage de la dégradation des conditions de solvabilité des entreprises et des ménages.

La liquidité bancaire demeure pour sa part fortement dépendante des dépôts gouvernementaux, qui représentent environ 30% des dépôts totaux. En mars 2020, la BCO a dévoilé un ensemble de mesures – abaissement des exigences de fonds propres, augmentation du ratio prêt-valeur, réduction du coût de financement des banques, etc. – destinées selon elle à libérer jusqu’à 8 Md OMR (env. 21 Md USD) de liquidités bancaires supplémentaires afin qu’elles soient redéployées au profit des entreprises affectées par le ralentissement économique.
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