Situation économique et financière du Sultanat d’Oman (septembre 2018)

L'activité économique du Sultanat d’Oman a fortement souffert de la faiblesse des cours du baril de pétrole depuis la mi-2014. En 2017, la croissance a été légèrement négative (-0,3 %) en raison d’une forte contraction du PIB pétrolier (-2,8 %) et de la faiblesse des activités hors hydrocarbures (+2 %) dans un contexte d'austérité budgétaire. La baisse des prix du pétrole a entraîné d’importants déficits « jumeaux » (budgétaire et courant) qui commencent certes à se résorber mais à un rythme insuffisant pour contenir la progression de la dette publique. La mise en oeuvre des réformes structurelles nécessaires à la diversification de l'économie est entravée par la lenteur du processus décisitionnel et par un climat social très dégradé (taux de chômage de 17 % d'après l'Organisation Internationale du Travail).

Une activité toujours pénalisée par la faiblesse relative de prix du pétrole

Alors qu’Oman avait connu une croissance annuelle moyenne supérieure à 4 % au cours du 8ème plan quinquennal (2012-16), l’activité a sensiblement fléchi à partir du 2ème semestre 2014, en lien avec la chute des prix du pétrole. Après avoir crû de 1,8 % en 2016, l’activité a subi un repli de -0,3 % en 2017 du fait de la faiblesse persistante de la demande intérieure, contrainte par l’austérité budgétaire, et d’une production de pétrole réduite au titre de l’accord de Vienne (-3,6 % en 2017).

Le PIB connaîtrait en 2018 un léger rebond, de 2,1 % selon le FMI, favorisé par la croissance hors hydrocarbures (3 %), suivie d’une accélération à 5,7 % en 2019 basée sur l’hypothèse d’une reprise de la production pétrolière suite à l’expiration des quotas en fin d’année. Dans les faits, la production pourrait être rehaussée dès le 2nd semestre 2018, en ligne avec l’engagement des pays de l’OPEP+ de rehausser l’offre mondiale de pétrole. Bien que le secteur des hydrocarbures ne compte plus aujourd’hui que pour 27,7 % du PIB, il continue d’irriguer l’ensemble de l’économie par sa forte contribution aux recettes budgétaires (75,4 % en 2017) et aux exportations (58,3 % en 2017). Dans ce contexte fragilisé, l’ensemble des secteurs ont pâtit du ralentissement de l’activité pétrolière, en atteste la faible performance des secteurs non pétroliers, en hausse modeste de +2 % l’an passé contre +7,1 % en 2014. A cette dépendance à l’égard du pétrole se couple une dépendance commerciale vis-à-vis de la Chine, 1er client, de loin, du Sultanat avec 69,6 % des ventes de pétrole.

L’ancrage du rial omanais au dollar US a permis sur longue période de contenir le taux d’inflation, à l’exception de 2008 (+12,6 %), conséquence du « boom » des matières premières. Depuis, le taux d’inflation reste très modéré, s’établissant à +1,4 % en moyenne sur la période 2009-17. Reflet des difficultés économiques du Sultanat, les prix n’ont progressé en moyenne que de +1,6 % en g.a l’an passé. Pour 2018, le taux d’inflation devrait accélérer pour s’établir à +2,5 %, en ligne avec la reprise de l’activité hors secteur pétrolier.

Des comptes externes et publics très dégradés

Au plan externe, alors que le Sultanat dégageait sur longue période un excédent courant, le pays a enregistré en 2016 un déficit de -18,4 % du PIB qui a été ramené en 2017 à -15,5 % du PIB selon le FMI, conséquence de la remontée graduelle des cours du pétrole. Malgré cette dégradation, les réserves de la Banque centrale restent suffisantes, à 15,9 Mds USD fin juin 2018 (contre toutefois 17,5 Mds USD fin 2015), conséquence des émissions d’obligations souveraines réalisées par les autorités au cours des deux dernières années (2,5 Mds USD en juin 2016, 1,5 Md USD en septembre 2016, 5 Mds USD en mars 2017 et 6,5 Mds USD en janvier 2018), le pays revenant sur le marché international de la dette après 17 ans d’absence. L’augmentation des réserves a permis de rassurer les marchés quant à la capacité des autorités à maintenir l’ancrage du rial au dollar tout en desserrant quelque peu les tensions apparues fin 2015 s’agissant de la liquidité.

Alors que traditionnellement le solde public dégageait un surplus, la faiblesse des cours s’est soldée par un déficit public élevé, atteignant -20,9 % du PIB en 2016 et -12,7 % l’an dernier. Le prix d’équilibre budgétaire est estimé à 80,3 USD pour 2018 selon le FMI, soit l’un des seuils les plus élevés de la région. Les efforts restent en effet insuffisants s’agissant de la maîtrise de la dépense publique malgré une baisse de -5,7 % sur l’exercice 2017 (provenant en grande partie des coupes dans les dépenses militaires), compte tenu de la difficulté d’accroître les recettes non-hydrocarbures, l’introduction de la TVA (taux a priori de 5 %) ayant été à cet effet reportée à 2019 a minima. Dans le sillage du rehaussement des prix du pétrole, le déficit public serait néanmoins ramené à -5 % du PIB en 2018 selon le FMI. Malgré tout, le déficit public devrait demeurer négatif au cours des 5 prochaines années (entre -3,5 % et -7 % du PIB par an), alimentant d’autant plus la dette publique. Alors que celle-ci représentait moins de 5 % du PIB en 2014, elle s’élève désormais à près de 50 % du PIB.

Des marges d’actions au plan des politiques économiques de plus en plus contraintes

Au plan monétaire, les difficultés induites par la faiblesse des cours des hydrocarbures se traduisent par une hausse des taux d’intérêt qui, de facto, sont étroitement liés à ceux de la Réserve fédérale américaine et suivent donc la même trajectoire haussière depuis la décision prise par la FED à la mi-décembre 2016 d’initier le processus graduel de remontée de la fourchette des taux. La Banque centrale agit essentiellement sur la liquidité, qui, après des moments de tensions entre fin 2015 et mi-2016, s’est normalisée, dans le sillage des émissions obligataires. Dans la période récente, la Banque centrale a assoupli plusieurs contraintes macro-prudentielles dans le but de relancer le crédit bancaire et d’accroître la liquidité. Malgré cela, les difficultés de paiement demeurent régulières, freinant d’autant la bonne réalisation de projets d’infrastructures.

Au plan budgétaire, les autorités ont adopté à partir de janvier 2016 des mesures de consolidation budgétaire (réduction des subventions à l’essence, coupes dans les dépenses en capital, doublement des tarifs du gaz pour les industriels…) qui ont permis de réduire tendanciellement le déficit public. Ces mesures restent toutefois encore très insuffisantes et ce alors que les subventions restantes sont reparties à la hausse en 2018 (+84 %), représentant 5,8 % du Budget et 24,2 % du déficit prévisionnel. Le processus d’ajustement a certes été initié mais le Sultanat n’en est qu’à ses prémices et d’importants efforts restent à accomplir pour ajuster l’économie à l’hypothèse de plus en plus probable de cours du baril volatiles à court et moyen terme.

La montée des revendications sociales sur fond de chômage élevé (17 % selon l’Organisation Internationale du Travail et 49 % parmi les jeunes) freine d’autant plus les réformes structurelles. Fin octobre 2017, les autorités ont annoncé la création de 25 000 emplois en 6 mois, principalement dans le secteur privé. Dans les faits, cette mesure s’est traduite par des pressions accrues sur les entreprises pour embaucher des nationaux et une suspension de délivrance de visas de travail touchant 87 postes, principalement à qualification moyenne. Cette dégradation du climat des affaires intervient malheureusement au moment où le Sultanat peine de façon croissante à attirer des investissements étrangers pour mener à bien ses projets de diversification économique. Les réformes risquent d’être d’autant plus difficiles à mettre en œuvre pour le Sultanat qu’aux incertitudes politiques liées à la succession du Sultan s’ajoutent les éventuelles nouvelles sanctions des marchés. Alors que l’agence de notation S&P a dégradé en mai 2017 la note souveraine d’Oman en catégorie spéculative, Moody’s et Fitch, dont les notes se situent à un cran seulement de la catégorie spéculative, doivent se prononcer à leur tour d’ici la fin de l’année. De nouvelles dégradations ne manqueraient pas de rehausser sensiblement le coût d’endettement et de dégrader l’accès du Sultanat aux marchés internationaux.

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