Situation économique et financière du Sultanat d’Oman (juin 2019)

Une activité toujours pénalisée par la relative faiblesse des prix du pétrole

Alors qu’Oman avait connu une croissance annuelle moyenne supérieure à 4 % au cours du 8ème plan quinquennal (2012-16), l’activité a sensiblement fléchi dans la période récente, en lien avec la chute des cours du pétrole. La croissance a même subi un repli de -0,9 % en 2017 du fait de la faiblesse persistante de la demande intérieure, contrainte par l’austérité budgétaire, et d’une production de pétrole réduite au titre de l’accord OPEP+. En 2018, la croissance est repartie à la hausse (2,2 %), principalement tirée par la croissance hydrocarbures (3,1 %) suite au relâchement des quotas, tandis que la croissance hors hydrocarbures progressait légèrement (1,5 %). La croissance serait néanmoins atone en 2019 (0,3 % selon le FMI), en lien avec le retour des quotas pétroliers et la faiblesse de l’activité au plan domestique. Le FMI s’attend néanmoins -de manière optimiste- à un net rebond en 2020 (5,9 %), porté par une croissance des hydrocarbures de 10 % suite à la fin supposée des quotas et à l’entrée en production du champ pétrolier de Rabab Harweel. Ainsi, si le secteur des hydrocarbures ne compte aujourd’hui « que » pour 30 % du PIB, il continue d’irriguer massivement l’ensemble de l’économie omanaise par sa forte contribution aux recettes budgétaires (75 %) et aux exportations (60 %), l’activité dite « non-pétrolière » reposant en réalité sur le dynamisme de la dépense publique. A cette dépendance à l’égard du pétrole se couple la forte dépendance commerciale vis-à-vis du client chinois (83 % des ventes de pétrole omanais).

L’ancrage du rial omanais au dollar US a permis sur longue période de contenir le taux d’inflation, à l’exception de 2008 (+12,6 %), conséquence du « boom » des matières premières. Depuis, le taux d’inflation reste très modéré, s’établissant à +1,3 % en moyenne sur la période 2009-18. Reflet des difficultés économiques du Sultanat, les prix n’ont progressé en moyenne que de +0,9 % en g.a. l’an passé. Pour 2019, le taux d’inflation devrait accélérer pour s’établir à +1,5 %, sous l’effet du retrait graduel (supposé) des subventions et de l’introduction à partir du mois de juin de droits d’accise (de 50 % à 100 %) sur l’alcool, le tabac, les boissons sucrées et le porc.

Des comptes externes et publics très dégradés et une montée des risques financiers à moyen terme

Au plan externe, alors que le Sultanat dégageait sur longue période un excédent courant, le pays enregistre des déficits courants significatifs depuis 2014, bien qu’en nette réduction l’an passé à -4,7 % du PIB (contre -15,2 % du PIB en 2017) grâce à la remontée des cours du baril et les départs des expatriés. Les déficits courants ont été essentiellement financés par le recours à l’endettement extérieur, celui-ci se montant à 94,3 % du PIB fin 2018 contre 34,6 % du PIB fin 2014. Si les réserves de la Banque centrale restent pour le moment suffisantes, à 16,5 Mds USD fin mars 2018 (soit 5 mois d’importations de biens et de services), elles ont été sujettes à une forte volatilité au cours du 2ème semestre 2018, atteignant un point bas historique fin septembre (14 Mds USD), possiblement sous l’effet de sorties de capitaux importantes.

Alors que traditionnellement le solde public dégageait un surplus, la faiblesse des cours du pétrole depuis 2014 s’est soldée par un déficit public élevé. En dépit de la remontée des cours en 2018, le déficit ne s’est réduit que modestement, passant de -13,9 % du PIB en 2017 à -9 % du PIB en 2018, un seuil toujours élevé, conséquence du relâchement des efforts budgétaires et de la difficulté d’accroître les recettes non-hydrocarbures, l’introduction de la TVA (taux a priori de 5 %) ayant été à cet effet reportée en 2020 a minima. Le prix d’équilibre budgétaire est estimé par le FMI à 92,2 USD, soit l’un des seuils les plus élevés de la région. En dépit d’une légère amélioration attendue en 2019 (-7,2 % du PIB) du fait de monétisations d’actifs, le déficit budgétaire devrait se maintenir à un seuil élevé au cours des prochaines années, alimentant d’autant plus la dette publique, passée de 5 % du PIB fin 2014 à 53,5 % du PIB fin 2018. Le financement du déficit apparaît cependant de plus en plus difficile, compte tenu de la hausse de l’aversion au « risque Oman » et des récentes dégradations de la note souveraine en catégorie spéculative par Fitch en décembre 2018 et Moody’s en mars 2019. Si la résilience financière du Sultanat n’est pas remise en cause pour les deux ans à venir, grâce notamment à des réserves (fonds souverain et Banque centrale) représentant la moitié du PIB, la perspective de remboursement de dettes à l’horizon 2021 et 2022 (4,3 Mds USD et 6,4 Mds USD respectivement) pose un vrai défi aux autorités.

Des marges d’actions au plan des politiques économiques de plus en plus contraintes

Au plan monétaire, les difficultés induites par la faiblesse des cours du pétrole se traduisent par une hausse des taux d’intérêt qui, de facto, sont étroitement liés à ceux de la Réserve fédérale américaine et ont donc suivi la même trajectoire haussière (du moins jusqu’à récemment). La Banque centrale agit essentiellement sur la liquidité, qui, après des moments de tensions entre fin 2015 et mi-2016, s’est normalisée, dans le sillage des émissions obligataires. Dans la période récente, la Banque centrale a assoupli plusieurs contraintes macro-prudentielles dans le but de relancer le crédit bancaire et d’accroître la liquidité.

Au plan budgétaire, les autorités ont adopté à partir de janvier 2016 des mesures de consolidation (réduction des subventions à l’essence, coupes dans les dépenses en capital, hausse des tarifs de l’électricité et de l’eau pour les industriels…). Ces mesures n’ont toutefois pas été poursuivies en 2018, ce que le Budget 2019 semble entériner. La mise en œuvre des réformes attendues tant au plan fiscal (TVA, autres impôts envisagés…) que des dépenses courantes (baisse des subventions, gel des embauches et des salaires dans la fonction publique…) est en effet freinée par la montée des tensions sociales, sur fond de chômage élevé des Omanais (17,5 % d’après la Banque mondiale dont 49 % pour les jeunes).

La situation sociale a également encouragé le gouvernement à resserrer les contraintes d’omanisation pour les entreprises privées à travers des pressions à l’embauche d’Omanais et l’instauration depuis janvier 2018 d’un « visa ban » portant désormais sur près d’une centaine de postes, la plupart à qualification moyenne. Cette nette dégradation du climat des affaires intervient malheureusement au moment où le Sultanat peine, dans un contexte financier dégradé, à attirer des investissements étrangers pour mener à bien ses projets de diversification économique. En parallèle, les réformes visant à améliorer l’environnement des affaires (abolition de l’obligation du sponsor, PPP law…) demeurent toujours en attente compte tenu de l’extrême lenteur du processus décisionnel.

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