Situation économique et financière du Sultanat d’Oman (novembre 2019)

Une activité pénalisée par la relative faiblesse des prix du pétrole

Avec un PIB d’environ 79 Mds USD en 2018 et 4,6 millions d’habitants, dont 43 % d’immigrés, le Sultanat d’Oman figure dans la catégorie des pays à hauts revenus de la Banque mondiale avec un PIB par habitant de près de 19 000 USD.

Le développement de l’économie a reposé à l’origine quasi intégralement sur l’exploitation des hydrocarbures, secteur qui reste aujourd’hui au cœur du modèle de croissance. En 2018, les ventes de pétrole et de gaz représentaient ainsi 35,5% du PIB, 65,6% des exportations et 78,2% des recettes budgétaires en dépit de la mise en œuvre d’un plan de diversification censé favoriser la croissance du secteur non-pétrolier, notamment privé, et créer de l’emploi pour les nationaux (« omanisation »).

Alors qu’Oman enregistrait des taux de croissance annuels supérieurs à 4% entre 2008 et 2016 (à l’exception de 2014), la croissance a nettement fléchi depuis 2017 (0,3 % en 2017, +1,8% en 2018), conséquence notamment de la baisse de la production pétrolière induite par l’engagement d’Oman à participer aux efforts des pays exportateurs de brut dans le cadre de l’accord de Vienne. D’après le FMI, la croissance serait nulle en 2019, avant de rebondir à 3,7% en 2020 sous réserve d’une hausse de la production pétrolière.


Des comptes externes dégradés et une politique monétaire contrainte

Au plan externe, alors que le Sultanat dégageait sur longue période un excédent courant, le pays enregistre depuis 2016 des déficits significatifs (-7,2% du PIB en 2019 selon le FMI, après -5,5% du PIB en 2018). Si les flux d’IDE sont orientés à la hausse depuis 2017 (4,2 Mds USD en 2018), ils concernent avant tout les investissements des majors dans l’amont gazier.

Dans le sillage de l’Etat omanais (voir infra), les banques et les entreprises publiques ont fortement sollicité les marchés obligataires internationaux dans la période récente, portant la dette extérieure totale du pays à 105,6% du PIB attendus fin 2019 selon le FMI (contre 34,6% du PIB fin 2014).

Parallèlement à cette dégradation des comptes externes, les réserves de la Banque centrale se sont réduites, passant de 20,2 Mds USD fin décembre 2016 à 15,9 Mds USD fin juin 2019, soit un montant équivalant à environ 5 mois d’importations de biens et de services.

En matière de politique monétaire, la Banque centrale a pour objectif prioritaire de maintenir l’ancrage du rial au dollar US. Cet ancrage du rial a permis de contenir le taux d’inflation (+1,3% en moyenne sur la période 2009-18).

L’abandon en cours de plusieurs subventions (essence, électricité) et l’introduction de droits d’accises sur l’alcool, le tabac et les boissons sucrées devraient toutefois se traduire par une légère accélération des prix (+1,8% en 2020, après +0,8% en 2019 selon le FMI).


Une accumulation rapide de dette publique

Alors que le solde budgétaire dégageait traditionnellement un surplus abondant le fonds souverain SGRF, la chute des cours du pétrole s’est soldée par l’apparition dès 2015 d’un déficit public jamais observé auparavant (-7,9% du PIB en 2018 ; -6,7% du PIB en 2019 selon le FMI).

Le prix d’équilibre budgétaire reste l’un des plus élevés de la région à 87,3 USD le baril en 2019 contre 26 USD au début des années 2000, résultat de la hausse continue des dépenses publiques, en particulier relatives à l’embauche de fonctionnaires, alors que le taux de chômage des jeunes s’établirait à 49% d’après la Banque mondiale.

Dans ce contexte, les autorités ont fortement sollicité les marchés internationaux de la dette (22 Mds USD au total depuis juin 2016) et contracté en juillet 2017 un prêt à 5 ans de 3,6 Mds USD auprès de banques publiques chinoises. Par voie de conséquence, la dette publique a rapidement crû, passant de moins de 5% du PIB fin 2014 à près de 60% du PIB attendu fin 2019.

Le Sultanat, qui est parvenu à lever 3 Mds USD supplémentaires en juillet 2019, grâce au regain d’intérêt des investisseurs pour les pays émergents, fait désormais face à d’importantes échéances de remboursement à moyen terme : 4,3 Mds USD en 2021 et 6,4 Mds USD en 2022.

 

Un secteur bancaire solide mais exposé aux dépôts gouvernementaux et aux prêts immobiliers

Le secteur bancaire apparaît solide, affichant un ratio de solvabilité (CAR) de 17,9% fin 2018 pour un seuil minimal fixé à 11%. Avec un ROE de 10,6% et un ROA de 1,6% fin 2018, la profitabilité du secteur est satisfaisante, reflet en large partie du degré élevé de concentration, les 5 principales banques du Sultanat détenant 77% des actifs totaux.

Malgré la hausse du risque de crédit, liée au niveau élevé d’endettement des ménages et à l’exposition à un secteur immobilier en difficulté (30% du portefeuille de prêts), le taux de créances douteuses reste globalement contenu à 2,7% fin 2018 (contre 1,9% fin 2017).

Néanmoins, Moody’s s’attend à un resserrement de la liquidité à court terme compte tenu de la décélération probable de la croissance des dépôts, en particulier gouvernementaux (30 % du total).

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